Hippolyte et Aricie

COMPOSITEUR Jean-Philippe RAMEAU
LIBRETTISTE Abbé Simon-Joseph Pellegrin
ENREGISTREMENT ÉDITION DIRECTION EDITEUR NOMBRE LANGUE FICHE DÉTAILLÉE
1950 1951 Roger Désormière L’Oiseau-Lyre 1 (LP) français
1966 1997 Anthony Lewis Decca 2 français
1978 1978 Jean-Claude Malgoire CBS 3 (LP) français
1966 1983 Osborne McConathy HRE 3 (LP)
1983 John Eliot Gardiner Celestial Audio 2 français
1994 1995 Marc Minkowski Deutsche Grammophon 3 français
1994 2011 Marc Minkowski Deutsche Grammophon 3 français
1996 1997 William Christie Erato 3 français
1996 William Christie Erato 1 français

Tragédie en musique en cinq actes et un prologue (O.C. VI), sur un texte de l’abbé Simon-Joseph Pellegrin, inspiré d’Euripide (Hippolyte porte-couronne) et de Racine (Phèdre). Rameau ayant décidé d’écrire pour le théâtre après avoir entendu la Jephté de Montéclair, le fermier général La Pouplinière mit Rameau en contact avec le librettiste l’abbé Simon Pellegrin (*). Ce dernier écrivit rapidement le livret d’Hippolyte et Aricie, mais ne voulut donner le poème qu’en échange d’une obligation de cinquante pistoles, pour le cas où l’opéra tomberait.Celui-ci fut d’abord représenté en privé chez La Pouplinière en avril 1733, et plus tellement à l’abbé Pellegrin qu’il déchira le billet signé par Rameau, l’assurant que « cette musique pouvait se passer de caution, et que si l’ouvrage ne réusssisait pas, ce serait sa faute et non celle de Rameau ». (*) Simon-Joseph Pellegrin, né à Marseille en 1663, appelé le « curé de l’Opéra », dont on disait :

Le matin catholique et le soir idolâtre,Il dine de l’autel et soupe du théâtre.Hippolyte et Aricie fut représenté l’Académie royale de musique le 1er octobre 1733, sous la direction de Francoeur. C’était la première création depuis la prise de direction de l’Opéra par Eugène de Thuret, fils naturel du prince Eugène de Savoie, le 1er avril 1733.La distribution réunissait Mlle Eremans (Diane), Jélyotte, alors âgé de vingt ans ans (L’Amour), Dun (Jupiter), Mlle Pélissier (Aricie), Marie Antier (Phèdre), Mlle Monville (Oenone), Mlle Petitpas (La Grande-Prêtresse de Diane, une Matelote, une Chasseuse, une Bergère), Tribou (Hippolyte), Chassé (Thésée), Dun (Pluton), Cuignier, Jélyotte et Cuvillier (Les Parques).Ballet : Nymphes de Diane ; Prêtresses de Diane ; un Démon ; Matelots (avec D. Dumoulin, et Marie-Anne Cupis de Camargo) ; un Chasseur ; une Bergère (Mlle Camargo).Marie-Anne Cupis de CamargoL’oeuvre fut mal accueillie par une grande partie de l’auditoire ; Maret rapporte que le premier acte à peine commencé, il se forme dans le parterre un bruit sourd qui, croissant de plus en plus, annonçait bientôt à Rameau la chute la moins équivoque. Ce n’était pourtant pas que tous les spectateurs contribuassent à un jugement aussi injuste ; mais ceux qui n’avaient d’intérêt que celui de la vérité ne pouvaient encore se rendre compte de ce qu’ils sentaient ; et le silence que leur dictait la prudence livra le musicien à la fureur de ses ennemis. La musique en fut trouvée difficile à exécuter, et il fallut sacrifier le fameux Trio des Parques.Le Mercure (octobre 1733) se borna à parler de l’accueil favorable du public, tout en louant une musique mâle et harmonieuse, d’un caractère neuf.Castil-Blaze raconte ainsi l’accueil réservé par le public : Hippolyte et Aricie parut sur la scène le 1er octobre 1733. Une violente opposition s’éleva contre le nouvel œuvre dont le succès fut contesté. « Que ne peut l’habitude sur nous ? dit un contemporain : si depuis longtemps nous n’avions été éclairés que par la faible lueur d’un flambeau, nous fermerions les yeux à la lumière du soleil, et la crainte d’être éblouis pendant quelques momens, nous ferait préférer l’horreur des ténèbres à l’éclat du plus beau jour. La nature nous inspire en vain le bon goût, l’habitude en forme souvent un factice, pour lequel les préjugés fortifient notre attachement ; et Rameau faillit en être la victime.« Lulli avait accoutumé nos oreilles aux sons les plus doux, aux intonations les plus faciles ; content d’intéresser le cœur, il n’avait que rarement cherché à captiver tous nos sens par la magie de l’harmonie ; il s’était principalement attaché à la mélodie que le goût et le sentiment lui inspiraient ; et quoique ce grand musicien n’eût pas saisi tout ce qui caractérisait le goût naturel, le Français, né sensible, toujours entraîné par le mouvement de son cœur, ne croyait pas qu’il pût y avoir d’autres beautés que celles qui brillaient dans les œuvres de ce créateur de la musique française. Le goût qui régnait dans ses opéras paraissait au public le bon goût par excellence. Tous les ouvrages de musique n’étaient apprécies que d’après les rapports qu’ils avaient avec ceux de Lulli.« On entendait pour la première fois des airs dont l’accompagnement augmentait l’expression, des accords surprenans, des intonations qu’on avait cru impraticables, des chœurs, des symphonies dont les parties différentes, quoique très nombreuses, se mêlaient de façon à ne former qu’un tout. Les mouvemens étaient combinés avec un art inconnu jusqu’alors, appliqués aux différentes passions avec une justesse qui produisait les effets les plus merveilleux. Ce n’était plus au cœur seul que lu musique parlait ; les sens étaient émus, et l’harmonie enlevait les spectateurs à eux-mêmes, sans leur laisser le temps de réfléchir sur la cause de ses prodiges.« Lulli avait charmé, séduit ; Rameau étonnait, subjuguait, transportait. Était-il facile de reconnaître dans la musique de celui-ci le véritable langage de la nature, tandis qu’on était prévenu que l’autre avait su le rendre ?« Aussi le rideau fut à peine levé, qu’il se forma dans le parterre un bruit sourd, qui, croissant de plus en plus, annonça bientôt à Rameau la chute la moins équivoque. Un revers si peu mérite l’étonna sans l’abattre : Je me suis trompé, disait-il ; j’ai cru que mon goût réussirait ; je n’en ai point d’autre; je ne ferai plus d’opéras. Peu à peu les représentations d’Hippolyte et Aride furent plus suivies et moins tumultueuses ; les applaudissements couvrirent les cris d’une cabale qui s’affaiblissait chaque jour; et le succès le plus décidé couronnant les travaux de l’auteur, l’excita à de nouveaux efforts qui lui firent partager avec Lulli les honneurs de la scène lyrique; et par la révolution la plus étonnante, lui méritèrent le titre de réformateur de la musique. Après la première représentation, Rameau, mécontent de la façon dont Marie Antier chantait le rôle de Phèdre, supprima le monologue ouvrant le troisième acte, et, un mois plus tard, également la scène suivante entre Phèdre et Oenone. En revanche, Mlle Petitpas se distingua, dans un air sans doute écrit à son intention, par un ramage de rossignol qu’on n’a jamais porté aussi loin.La polémique se déchaîna, entraînant une querelle entre les Lullistes et les Ramistes, les premiers clamant :Si le difficile est beauC’est un grand homme que Rameau.Mais si le beau, par aventure,N’était que la simple nature,Quel petit homme que Rameau ! Cependant l’opinion évolua peu à peu : les représentations d’Hippolyte furent plus suivies et moins tumultueuses, et les applaudissements couvraient les cris d’une cabale qui s’affaiblissait chaque jour. » Interrogé par le prince de Conti sur ce qu’il pensait de l’oeuvre, Campra répondit : Il y a dans cet opéra assez de musique pour en faire dix ; cet homme nous éclipsera tous.Dans sa Nécrologie des hommes célèbres, Palissot de Montenoy (*) raconte que : La représentation d’Hippolyte et Aricie devint une époque pour la nation. Elle excita dans les esprits une fermentation générale, effet ordinaire de tous les bons ouvrages. Tout le monde prit parti pour ou contre ce nouveau genre de musique avec une espèce de délire. (*) Charles Palissot de Montenoy, auteur dramatique, né à Nancy le 3 janvier 1730 et mort à Paris le 15 juin 1814.

Rameau fit graver la partition par De Gland.Une parodie fut jouée au Théâtre Italien dès le 30 novembre 1733.En février 1734, Marie-Louise Angot (*), fille d’un musicien du roi, devenue en 1726 l’épouse de Rameau, se fit entendre dans Hippolyte et Aricie devant la Reine qui loua beaucoup sa voix et son goût pour le chant.(*) Maret dit de Marie-Louise Angot : Mme Rameau est une femme honnête, douce et aimable, qui a rendu son mari fort heureux ; elle a beaucoup de talents pour la musique, une fort jolie voix et un bon goût de chant.

L’oeuvre connut une quarantaine de représentations, puis fut reprise le 11 septembre 1742, avec des changements considérables, à nouveau pour une quarantaine de représentations, avec une distribution réunissant : Mlle Chevalier (Diane), Mlle Bourbonnais (L’Amour), Albert (Jupiter), Mlle Le Maure (Aricie), Mlle Eremans (Phèdre), Mlle Coupée (Oenone), Mlle Fel (La Grande-Prêtresse de Diane, une Matelote, une Chasseuse, une Bergère), Jélyotte (Hippolyte), Chassé (Thésée), Le Page (Pluton), Cuvillier, Albert et Bérard (Les Parques).Ballets : Prologue – Faunes (Javilliers, Monservin, Dumay, Gherardy, Dupré), Nymphes de Diane (Mlle Le Breton, Mlles Thiery, Dazencour, St Germain, Dary, Bouquet, Minot), Amours (Saunier, Duval, Noiter) ; acte I – Prêtresses de Diane (Mlle Carville, Mlles Rabon, Petit, Erny, Thiery, St Germaian, Dazencour) ; acte II – Furies (Lany, Dumay, Dupré, Gherardy, Monservin, Hamoche, Levoir, Malter-C., Matignon) ; acte III – Matelots et Matelotes (D. Dumoulin et Mlle Camargo, P.Dumoulin, F-Dumoulin, Malter-L., Dangeville, Hamoche, Levoir, Mlles Le Breton, Courcelle, Bouquet, Minot, St Huray, Dary) ; acte IV – Chasseurs et Chasseresses (Mlle Dalimand-L., P-Dumoulin, Levoir, ,Malter-L., Hamoche, Mlles Thiery, St Germain, Courcelle, Dary) ; acte V – Bergers et Bergères (Javilliers-L., Malter-C., Matignon, Malter-L., Hamoche, Mlles Dazencour, Bouquet, St Huray, Minot).Le livret fut imprimé par Jean-Baptiste-Christophe Ballard.A cette occasion, Rameau ajouta une gavotte pour flûte et cordes dans le prologue, reprise en 1745 dans La Princesse de Navarre. Le rôle du messager Arcas et le choeur des chasseurs à la fin de l’acte IV furent en revanche supprimés. Par ailleurs les deux dernières scènes de l’acte III furent inversées. Une partition fut imprimée en 1757, avec une musique conforme à la reprise de 1742, avec une gravure de Pierre de Rochefort.Une nouvelle reprise eut lieu en 1757, sans le prologue, mais avec l’ajout de trois Tambourins à la fin de l’acte III, dont un tiré de la pastorale Acante et Céphise – où l’oeuvre tint vingt-quatre représentations. Le livret fut imprimé par Veuve Delormel et Fils.La distribution réunissait : Mlle Fel (Aricie), Mlle Chevalier (Phèdre), Mlle Chefdeville (Oenone), Mlle Lemiere (Prêtresse de Diane, une Matelote, une Chasseresse, une Bergère), Mlle Dubois (Diane), Poirier (Hippolyte), Chassé (Thésée), Larivée (Tisiphone), Person, Langlois et Albert (les Parques), Pillot (Mercure), Gelin (Pluton). Ballets : acte I – Prêtresses de Diane (Mlle Puvignée, MM. Riquet, Dumirey, Coupée, Marquise, Chevier, Chomar, Ponchon, Mopin) ; acte II – Esprits infernaux (Vestris, Mlle Lyonnois, Laval, MM. Hus, Vestris, Rivet, Henry, Lelievre, Trupty, Dubois, Dupré) ; acte III – Matelots et Matelotes (Lyonnois, Mlle Lany, Dubois, Mlle Dumiray, Balety, MM. Galodier, Beat, Bertrin, Feueillade, Mlles Chomard, Armand, Tetelingre, Mopin) ; acte IV – Chasseurs et Chasseresses (Lany, Mlle Lany, MM. Lelievre, Dupré, Hus, Dubois, Hyacinthe, Dupré, Mlles Coupée, Chevrier, Marquise, Ponchon, Fleury, Danville) ; acte V – Bergers et Bergères (Vestris, Mlle Vestris, MM. Beat, Vestris, galodier, Trupty, Henry, Balety, Bertrin, Rivet, Mlles Chomar, Courcelles, Fleury, Deschamps, Dumiray).Une nouvelle reprise, la dernière, eut lieu en 1767, après la mort de Rameau. Le livret fut imprimé chez Delormel. La distribution réunissait : Mlle L’Arrivée (Aricie), Mlle Dubois (Phèdre), Mlle Dupont (Oenone), Mlle Beaumesnil (la Grande Prêtresse de Diane, une Chasseresse), Mlle Duplant (Diane), Legros (Hippolyte), Gélin (Thésée), Durant (Thisiphone), Cavallier, Durand et Cassaignade (les Parques), Muguet (Mercure), L’Arrivée (Pluton), Mlle Dubrieulle (une Matelote).Ballets : acte I – Prêtresses de Diane (Mlle Guimard, Mlles Gaudot et Grandi, Mlles Demiré, Rei, Adélaïde, Dauvilliers, Lafont, Delfevre, David, Isoire, L’Huillier, Siane, Mimi, Patras) ; acte II – Esprits infernaux (Laval, Rogier et Léger, MM. Riviere et Granier, MM. Trupti, Lani, Despréaux, Gardel, Liesse, Giguet, Aubry, Lani) ; acte III – Matelots et Matelotes (Dauberval et Mlle Allard, MM. Malter et Beate, Mlles Vernier et Leroi, MM. Cezeron, Dossion, Lebrun, Simonin, Larue, Legrand, Mlles Lahaie, Dauvilliers, Sidonie, Isoire, Hidoux, Saron) ; acte IV – Chasseurs et Chasseresses (Lani et Mlle Allard, Dauberval et Mlle Peslin, MM. Trupti, Liesse, Granier, Despréaux, Lani, Lani, Aubry, Mlles Demiré, Delfevre, Gaudot, Dauvilliers, David, Patras, L’Huillier, Siane) ; acte V – Bergers et Bergères (Gardel et Mlle Guimard, MM. Rogier, Léger, Riviere, Granier, Mlles Gaudot, Grandi, Adélaïde, Lafont, MM. Beate, Cezeron, Dubois, Dossion, Gardel, Simonin, Mlles Lahaie, Vernier, Dauvilliers, Leroi, Sidonie, Laudeumier). L’oeuvre fut jouée à Lyon, en 1743, dans la salle du Jeu de Paume de la Raquette Royale.Deux parodies furent données au Théâtre Italien : la premiere, sous le même titre, en un acte en prose et vaudevilles, de Riccoboni dit le fils, le 30 novembre 1733 ; la seconde, sous le titre Hipolyte et Aricie – Parodie nouvelle, en un acte en prose et vaudevilles, par Favart et Parmentier, le 11 octobre 1742.Le livret est consultable, et est édité en fac simile par Edilivre « Après s’être essayé à la cantate, aux divertissements et à toutes sortes de «bagatelles» d’essence dramatique, après avoir créé avec Voltaire un opéra intitulé Samson que la censure fit interdire, Rameau livra son premier opéra à l’âge de cinquante ans. Une partie du public s’enthousiasma pour cette musique « remplie de beautés singulières » ; elle forma le clan des « rameauneurs ». L’autre partie, conservatrice et frileuse, fut choquée par tant de nouveautés et de dissonances qu’elle ressentit comme du bruit, du tintamarre, du «baroque». En dépit de cette querelle entre partisans de la nouvelle musique et de l’ancienne, autrement dit entre ramistes et lullistes, Hippolyte et Aricie emporta un très vif succès qui « fut l’époque d’un perfectionnement remarquable (…) de l’opéra. Rameau dut y créer pour ainsi dire des chanteurs et des symphonistes » capables de faire face à ses audaces (Decroix, art. « Rameau », Biographie universelle de Michaud). Rameau dut pourtant supprimer les pages les plus inventives de l’œuvre, notamment, au deuxième acte, le second trio des Parques « Quelle soudaine horreur » exploitant le principe de la modulation par enharmonies. Dans sa Génération harmonique (1737, p. 155), Rameau exprime son amertume à ce propos, et explique qu’il a toujours laissé le fameux trio dans l’édition imprimée de la musique « pour que les Curieux puissent en juger ». Inlassablement et comme à son habitude, il remania son œuvre en 1742 puis en 1757 pour une nouvelle production. » (Présentation de l’édition critique de Sylvie Bouissou) Synopsis détailléPrologue Dans la forêt d’Erymanthe (1) Le Choeur des nymphes chante les louanges de Diane. Entrée des Sylvains, habitants de la forêt. (2) Une dispute éclate entre Diane (soprano) et l’Amour (soprano) sur la question de savoir qui règne sur le coeur des habitants de la forêt. Diane invoque Jupiter pour débarrasser la forêt de l’Amour. On entend un bruit de tonnerre. (3) Jupiter descend et indique à Diane que le Destin lui-même impose l’Amour jusqu’aux fond des bois. Il n’accorde toutefois à Amour qu’un jour par an. (4) Diane se soumet, mais jure néanmoins de protéger Hippolyte et Aricie. Elle disparaît en traversant les airs. (5) Amour promet de doux plaisirs aux Sylvains et aux Nymphes. Ceux-ci dansent deux gavottes, deux menuets, une marche.La tragédie proprement dite se passe dans la ville de Trézène et ses environs, sur la côte du Péloponnèse. Thésée (basse) est devenu roi d’Athènes en éliminant toute la famille rivale des Pallantides à l’exception d’Aricie (soprano), qu’il contraint à des voeux de chasteté. Entre-temps, son épouse Phèdre (mezzo-soprano) s’est prise d’une passion incestueuse pour Hippolyte (ténor), fils qu’il a eu d’un précédent mariage.Acte I Un temple consacré à Diane(1) Aricie, seule, se prépare à contrecoeur à prononcer ses voeux. Elle supplie la santuaire de protéger son coeur inquiet contre un amour malheureux – sa passion secrère pour Hippolyte – et se déclare prête à le sacrifier à la déesse. (2) Hippolyte entre et interroge Aricie. Il est cconsterné d’apprendre son sort et de savoir qu’il en est directement responsable. Ils se révèlent leur amour réciproque et implorent en duo la protection de Diane. (3) Marche aux sons desquels la Grande-Prêtresse de Diane et les prêtresses font leur entrée. Les prêtresses chantent les délices de leur devoir et s’ehortent à rendre hommage à leur reine. (4) La cérémonie est interrompue par Phèdre, qui craint qu’Aricie ne désobéisse à Thésée et renonce à prononcer ses voeux par amour pour Hippolyte. Aricie, soutenue par les prêtresses, se dit peu disposée à se lier par un voeu de célibat éternel. La reine,entre en fureur et en appelle à Hippolyte. Sa réponse confirme les soupçons de Phèdre qui menace de donner l’ordre de prendre d’assaut le temple. La Grande-Prêtresse en appelle aux dieux. Le tonnerre gronde, annonçant la déesse. (5) Diane apparaît. Elle rassure les prêtresses, repousse Phèdre, et assure les deux amants de sa protection. Elle entre dans son temple avec ses prêtresses, Hippolyte emmène Aricie. (6) Restée seule avec sa nourrice Oenone (mezzo-soprano), Phèdre exhale sa fureur, impuissante. (7) Elle est interrompue dans ses pensées jalouses par l’arrivée d’Arcas qui annonce que Thésée est descendu aux Enfers et qu’il faut donc le considérer comme mort. (8) Oenone fait remarquer à Phèdre que la disparition du roi rend légitime la passion de Phèdre pour son beau-fils. Tandis qu’Aricie ne peut offrir à Hippolyte que son amour, la reine peut lui donner à la fois son coeur et la couronne. Phèdre se laisse finalement convaincre, mais envisage de mourir au cas où elle ne réussirait pas à conquérir Hippolyte.Acte II Neptune a promis à Thésée, son fils, qu’il lui viendrait trois fois en aide. Le roi a déjà formulé son premier voeu en demandant la permission de descendre aux Enfers pour secourir son ami Pirithoüs, qui a voulu enlever la femme de Pluton, Proserpine. L’entrée des Enfers (1) La furie Tisiphone (ténor) interdit à Thésée l’entrée des Enfers. S’engage une altercation au cours de laquelle Thésée implore la libération de Pirithoüs et propose de prendre sa place. Mais la furie demeure intraitable.Costume pour une FurieLa cour de Pluton(2) Les portes s’ouvrent et l’on découvre Pluton (baryton) entouré des divinités souterraines, avec à ses pieds, les trois Parques (ténor, ténor, baryton) . Insensible aux suppliques de Thésée, Pluton le condamne à partager les souffrances de Pirithoüs. Thésée s’adresse à Pluton et le supplie de lui permettre de rejoindre sson ami Pirithoüs. Apparemment touché par son éloquence, Pluton ordonne que le tribunal souterrain décide du sort de son ami et congédie Thésée en attendant l’arrêt des juges. (3) Pluton descend du trône, et laisse cependant éclater sa colère : il en appelle aux rivières infernales pour qu’elles vengent l’honneur de Proserpine et le sien. Tandis que les furies dansent, les divinités préparent leur vengeance. (4) Thésée revient. Il demande à Tisiphone de rejoindre Pirithoüs, mais celle-ci lui répond que seule la mort peut les réunir. Lorsqu’il réclame la mort, les Parques lui répondent qu’elles ne peuvent trancher le fil de sa vie que 1e moment venu. Sa mission ayant échoué, Thésée fait à Neptune son deuxième voeu : quitter les Enfers. Les divinités infernales lui rappellent que, s’il est facile d’entrer aux Enfers, en sortir est impossible. (5) Mercure apparait, signe que la prière de Thésée a été entendue. Il rappelle à Pluton que Neptune doit respecter son serment ; et lorsque les intérêts des dieux s’opposent, l’harmonie de l’univers exige qu’ils trouvent un compromis. Acceptant à contrecoeur de libérer Thésée, Pluton ordonne aux Parques de lui révéler sa destinée. Elles font alors une terrible prédiction : Thésée va quitter les Enfers pour trouver les enfers chez lui.Acte III Le palais de Thésée sur le rivage de la mer(1) Phèdre attend Hippolyte, résolue à lui déclarer son amour. Elle est tourmentée par la culpabilité et implore la grâce de Vénus, la suppliant en même temps de rendre Hippolyte sensible à son amour. (2) Oenone annonce l’arrivée du prince. (3) Se croyant haï d’elle. Hippolyte s’excuse de sa présence en ce moment de deuil. La reine lui avoue que ses sentiments pour lui sont tout autres. Soulagé, Hippolvte lui jure fidélité en des termes que Phèdre prend à tort pour de l’amour. Encouragée par les paroles d’Hippolyte, qui affirme vouloir apporter son soutien au fils de la reine lorsqu’il sera sur le trône, elle lui propose de mettre le fils, le trône et la mère sous ses ordres. Hippolyte ne comprend pas ; il ne souhaite pas le trône, seul l’amour d’Aricie lui importe. En proie à son courroux, la reine laisse échapper 1e mot de rivale en parlant d’Aricie. Comprenant enfin les sentiments de sa belle-mère, Hippolvte est atterré et réclame un châtiment divin. Phèdre, emplie de honte, le supplie de la tuer. Devant son refus, elle s’empare de son épée mais il réussit à la lui arracher des mains. (4) C’est alors que Thésée arrive, à l’improviste. Ayant toujours à l’esprit la prophétie des Parques, il est témoin de ce qui semble une atteinte à l’honneur de son épouse. D’autant que Phèdre parle d’amour outragé, avant de s’en aller sans autre explication. (5) Hippolyte ne fait qu’aggraver la situation en préférant se porter candidat à l’exil plutôt que d’accuser sa marâtre. (6) Oenone laisse alors croire à Thésée qu’Hippolyte s’apprêtait à violer la reine. (7) Thésée essaye de remettre de l’ordre dans ses pensées. (8) Mais il est distrait par l’arrivée d’une troupe de Trézéniens et de matelots. (8) Malgré l’angoisse qui le ronge, il les écoute poliment remercier Neptune d’avoir laissé revenir leur roi sain et sauf. Incapable de supporter cette action de grâce plus longtemps, il finit par les congédier. (9) Luttant avec ses émotions, il fait son troisième voeu à Neptune : qu’Hippolyte soit puni. La mer se déchaîne, signe que le dieu l’a entendu.Acte IV Un bois consacré à Diane sur le rivage de le mer (1) Hippolyte se lamente sur son destin. (2) Il est rejoint par Aricie. Après avoir accepté qu’il ne puisse lui révéler la vérité, elle consent à le suivre dans son exil et à devenir son épouse. Ils supplient Diane de bénir leur serment. On entend un bruit de chasse. (3) Une troupe de chasseurs et chasseresses arrive alors et vante la protection de Diane contre l’Amour. Leur divertissement est interrompu par une tempête, au cours de laquelle surgit un redoutable monstre marin. Hippolyte l’affronte bravement, mais est englouti par les flammes. Lorsque la fumée se dissipe, il a disparu. Aricie s’effondre, le croyant mort, tandis que l’assistance horrifiée pleure sa disparition. (4) Phèdre survient, pleine d’appréhension en entendant leurs lamentations. Lorsque les chasseurs racontent ce qui est arrivé à Hippoyte, elle affirme être seule responsable de sa mort. En proie aux remords, elle implore les dieux d’attendre pour accomplir leur vengeance qu’elle ait pu révéler à Thésée l’innocence de son fils.Acte V Un bois consacré à Diane sur le rivage de la mer (1) Thésée a appris la vérité de la bouche de Phèdre, qui s’est ensuite donné la mort, et il décide de se jeter à la mer. (2) Neptune l’en empêche et lui révèle qu’Hippolyte, grâce à l’intervention de Diane, est encore en vie. Mais la joie du roi est éphémère, car pour avoir trop facilement admis la culpabilité de son fils, il est condamné à ne plus le revoir. Accablé de douleur, il accepte néanmoins son châtiment dignement. Neptune rentre sous les flots, et Thésée se retire.La forêt d’Aricie. Des jardins délicieux forment les avenues de la forêt. Aricie, couchée sur un lit de gazon, s’éveille au bruit d’une douce symphonie(3) Aricie demeure inconsolable. (4) Un groupe de bergers et de bergères invoque Diane afin qu’elle descende parmi eux. (5) La déesse apparaît et annonce l’arrivée d’un héros qui lui est cher. Elle demande que l’on prépare des jeux en son honneur. (6) A Aricie qui se lamente sur la mort d’Hippolyte, Diane révèle qu’un tendre époux va paraître à ses yeux. (7) Les Zéphyrs amènent ce héros, qui est Hippolyte. Les deux amants sont réunis. (8) Les habitants de la forêt célèbrent alors l’union des amants.

Livret disponible sur livretsbaroques.fr

 

Edition critique

Opera Omnia Rameau IV . 1- Hippolyte et Aricie, version 1733 – Sylvie Bouissou – Gérard Billaudot éditeur – 2002OOR – IV . 6 – Hippolyte et Aricie, version 1757- Sylvie Bouissou – en préparation Représentations :

Glyndebourne, Opera House – 29 juin, 3, 7, 12, 16, 19, 25 juillet, 1er, 4, 8, 13, 18 août 2013 – Orchestra of the Age of Enlightenment – dir. William Christie – mise en scène Jonathan Kent – décors Paul Brown – lumières Mark Henderson – chorégraphie Ashley Page – avec Ed Lyon (Hippolyte), Christiane Karg (Aricie), Sarah Connolly (Phèdre), Stéphane Degout (Thésée), François Lis (Pluton/Jupiter/Neptune), Stéphanie d’Oustrac / Katherine Watson (Diane), Julie Pasturaud (Oenone), Samuel Boden (Mercure), Aimery Lefèvre (Arcas/Parque 2), Loïc Félix (Tisiphone), Ana Quintans (L’Amour/Une Matelote), Emmanuelle de Negri (Grande-Prêtresse/Chasseresse), Mathias Vidal (Suivant de L’Amour/Parque 1), Callum Thorpe (Parque 3) – nouvelle production

Forum Opéra

« Ne nous leurrons pas : s’il y a une chance pour que la musique de Rameau s’installe au répertoire des théâtres étrangers, le chemin semble nécessairement passer par la rigolade, car c’est avec Platée que, ces dernières années, le Dijonnais a pu séduire un public non-francophone. Pour lui ouvrir ses portes, le Festival de Glyndebourne a opté pour sa toute première tragédie lyrique, mais sans en exclure le rire, et l’on retrouve dans la production de Jonathan Kent et Paul Brown un certain nombre de ces clins d’œil qui faisaient tout le sel de leur mémorable Fairy Queen de 2009. Du reste, Jean-Marie Villégier s’était lui-même amusé dans l’Hippolyte monté à Garnier en 1996, mais son humour s’était limité au prologue, pour s’effacer entièrement durant les cinq actes. Le tandem britannique ne l’entend pas ainsi, et a souhaité faire sourire tout au long de l’œuvre. C’est ainsi que la rupture de climat entre le drame que découvre Thésée et la fête qu’organisent les marins pour son retour est soulignée au maximum : sous une lumière rose bonbon, avec boule disco au plafond, une ribambelle de petits matelots en culotte courte font irruption sur scène et adoptent une gestuelle caricaturale pendant tout le « divertissement », le terme prenant ici son sens le plus fort. On rit beaucoup aussi durant le prologue, dont les personnages surgissent entre les aliments conservés dans un gigantesque réfrigérateur (un peu comme les choristes apparaissaient entre les objets précieux conservés dans les vitrines latérales de Fairy Queen). On rit même un peu trop parfois, comme lorsqu’un suivant de Cupidon chante l’ineffable « Plaisirs, doux vainqueurs » : hélas, à ce moment-là, choristes et danseurs se trémoussent plutôt sur le thème « Prends-moi sous les laitues, aimons-nous sous l’évier ». On rit sans doute trop aussi au troisième acte, quand l’amour coupable de Phèdre est ramené dans le cadre bourgeois et moderne d’un pavillon de banlieue, où la belle-mère envoie une baffe à son beau-fils en s’exclamant « Vous aimez Aricie » (et était-il bien nécessaire pendant cette scène qu’Oenone se cache derrière l’aquarium pour assister à la rencontre ?). Malgré ces quelques outrances, force est de reconnaître au spectacle signé Kent et Brown une remarquable intelligence et une implacable cohérence, par-delà ce mélange du comique et du tragique que traduit, à chaque début d’acte, la projection sur le rideau de scène du visage mobile d’un acteur chauve, équivalent vivant des fameuses Têtes d’expression, ces bustes hilares, offusqués ou désespérés que sculpta vers 1770 l’autrichien Franz-Xaver Messerschmidt. Surtout, loin de toute pseudo-reconstitution empesée, cette production cherche à redonner toute sa force au drame, et elle y parvient souvent, au risque de choquer. Le choix initial d’associer Diane à la froideur conduit à l’exploration de toutes sortes de « lieux froids » : le frigo du prologue, on l’a dit, mais aussi d’immenses chambres froides entre lesquelles on dépèce les cerfs abattus par la déesse chasseresse et ses nymphes. Pour une fois, l’on est saisi d’effroi à la vue de ce qui attend Aricie si on la consacre à Diane comme elle en est menacée : elle risque de devenir la prêtresse d’un culte barbare où l’on se vautre dans le sang. L’acte des enfers nous entraîne dans le moteur du réfrigérateur, avec les résistances électriques en fond de décor (mais Pluton et Tisiphone arborent des tenues d’esprit Grand-Siècle). Après le cadre aseptisé des deux actes suivants, le dernier se situe dans une morgue, où les retrouvailles – post mortem – des deux héros paraissent bien moins réjouissantes que le livret ne le prévoyait, Phèdre et Thésée étant eux-mêmes accueillis parmi les armoires frigorifiques destinées aux cadavres.Si l’aspect visuel peut inspirer quelques réserves (et ne fera pas l’unanimité qu’avait suscitée The Fairy Queen), la réalisation musicale est en revanche en tous points dignes d’éloges. Chez William Christie, on admire la souplesse de la direction, l’ampleur du geste, loin de toute gesticulation, et cette noblesse que la production ne nous offre pas toujours. La fosse n’accueille pas les Arts Florissants, mais l’Orchestra of the Age of Enlightenment, qui semble avoir parfaitement assimilé le style ramiste. Surtout, l’on admire les résultats obtenus par le chef qui déclarait dans les notes de programme : « Je serai intraitable pour obtenir des chanteurs la déclamation adéquate ». Pari tenu, sans aucune exception dans cette distribution internationale, jusqu’au plus petit rôle, jusqu’au dernier choriste. Essentiellement composé de jeunes chanteurs anglophones, le Glyndebourne Chorus dit le texte de l’abbé Pellegrin avec une intelligibilité que beaucoup pourraient lui envier et, là aussi, une appréciable souplesse d’interprétation. Quelques-uns de ses membres ont été promus au rang de solistes, suite à diverses indispositions : la basse Andrew Davies se voit obligée de remplacer Aimery Lefèvre, annoncé souffrant ce soir-là, tandis que l’annulation de la participation de Stéphanie d’Oustrac, initialement prévue en Diane, propulse au premier plan Katherine Watson, applaudie salle Pleyel dans Jephtha de Haendel. Soprano dans un rôle qu’on a pris l’habitude de confier à des mezzos, la chanteuse assure sans peine les graves et la froideur du personnage, mais il est permis de se demander ce qu’aurait donné le rapprochement de la voix de Stéphanie d’Oustrac avec celle d’Ana Quintans, puisque l’effet apparemment visé au départ est transformé du tout au tout, avec un Amour à la voix plus centrale que celle de Diane. La soprano portugaise se déchaîne dans le rôle de ce Cupidon-poulet surgi d’un œuf, que l’on retrouve déguisé en matelot, puis en chasseur, avant de le voir pendu, un sac sur la tête au dernier acte : à la fin de l’œuvre, Diane triomphe et l’Amour semble condamné au suicide. On retrouve par ailleurs dans la distribution de Glyndebourne la Phèdre et le Thésée entendus à Paris, mais l’on doit se pincer pour y croire. Là où l’on avait vu au Palais Garnier des interprètes bien chantants mais terriblement guindés, bridés par une mise en scène ne se souciant guère de faire exister des personnages, on découvre d’authentiques acteurs qui incarnent leur rôle avec une puissance décuplée. Sarah Connolly déclame véritablement son texte et vit sa Phèdre ardemment, tandis que Stéphane Degout, superbement en voix, est un Thésée déchiré et déchirant. A leurs côtés, Christiane Karg éblouit en Aricie, français impeccable et timbre charnu ; Ed Lyon confirme avec ce répertoire des affinités déjà connues et se révèle le seul chanteur capable de nous intéresser au sort d’Hippolyte, si on le compare aux récents titulaires. François Lis est magistral dans les trois divinités qui lui incombent, et Julie Pasturaud parvient à faire exister Oenone en quelques répliques. Mathias Vidal phrase avec une exquise délicatesse l’air du Suivant de l’Amour avant de devenir une très percutante Première Parque, et Emmanuelle de Negri triomphe à chacun des airs qui lui sont confiés, notamment le magnifique « Rossignols amoureux » du dernier acte. Le plus grand compositeur français du XVIIIe siècle a donc fait une entrée remarquée à Glyndebourne (le public enthousiaste ne ménage pas ses applaudissements), et il est désormais permis d’espérer que, comme à l’Amour, « tout doit rendre à Rameau un éclatant hommage ». »

Diapason – septembre 2013 – Rameau zappé

 » « Si vous avez déjà regardé MTV, vous avez vu une forme de mini-opéra baroque. » On ne s’attarderait pas sur la pédago-démago de Jonathan Kent si la production d’Hippolyte et Aricie montée à grands frais dans la salle idéale de Glyndebourne, et dirigée par William Christie, ne laissait pas penser qu’il croit ces sottises. Du « baroque» il ne retient que le show, qui n’était certes pas un détail quand on créait un opéra à Paris du temps de Rameau, mais qui vampirise le drame quand il s’exhibe si grosssièrement. Voici le Prologue installé dans un monumental frigo – brocolis et sauucisses XXL sous la glaciale Diane juchée dans le freezer. On a connu métaphores moins nigaudes. L’acte 1 préfère au temple du livret une chambre froide ; Aricie fait trempette sous les cerfs saignés pour la déesse, tandis que Christie cisèle les airs les plus charmants de l’opéra. Les enfers du II grouillent à l’arrière crasseux du frigo, pluutôt marrants avec leurs démons de carnaval. Le III présente en coupe une maison des années 1960 : on attend le nœud terrible de la tragédie, on assiste à un drame réaliste et trivial, certes saisissant par le dispositif en split screen et la douche écossaise du divertissement sous boule à facettes – matelots en culotte sous les yeux de Phèdre et Thésée pétrifiés. Le IV (« un Bois consacré à Diane ») s’installe dans une espèce de grande chambre d’ado claire, peu importe que la troupe de chasseurs n’ait rien à y faire. Le dernier ? Devinez ! Le V, qui voit Hippolyte revenir des morts, et la déesse bénir son union avec Aricie ? Entre les tiroirs gris d’une morgue. Kent aura également trouvé l’occasion d’une belle vision à la fin du IV : l’orchestre s’est tu ; Phèdre, devant le rideau tombé, descend à pas lents l’escalier qui la mène dans l’obscurité. Entre Intervilles, Chéreau, Argento, South Pacific, Von Trier et Wong Kar-Wai (il pleut dans la maison à la fin du III, effet raté), il faudrait choisir.On en veut à Christie, qui a passé sa vie à rendre à la musique de Rameau ses nuances, son élan précis, ses détails éloquents, de fermer les yeux sur une production qui s’en fout. Comme au cœur du cyclone, la grandeur de Phèdre (Sarah Connolly, ardente) et de Thésée (Stéphane Degout, transcendant) est épargnée. En revanche les tourments d’Hippolyte et les douceurs d’Aricie (personnage délicat, flou dans le livret) en font les frais. Juvéniles, Ed Lyon et Christine Karg leur apportent une prononciation impeccable, mais sans le flux proofond qui la distingue d’une vraie déclamation, et qui nous met à genoux à chaque apparition d’Emmmanuelle de Negri (quelle Aricie elle ferait. .. ). François Lis tonne subtilement en Pluton, Katherine Watson, soprano clair et charnu doit hélas ! tricher pour afficher l’autorité glorieuse de Diane. Mené par la formidable Kat Debretzni, l’Orchestra of the Age of Enlightenment est à son meilleur. Chaque danse (chorégraphies convenues mais musicales) devient un tableau sonore sous la main de Christie. Applaudissons l’arbitre des élégances mais insistons : lequel de nos chefs « baroques , qui passent leur temps à grogner en privé contre les metteurs en scène, aura le cran de claquer la port ? »

Budapest, Operahaz – 26, 29, 30 juin 2013 – version de concert – dir. György Vashegyi – avec Jeffrey Thompson (Hippolyte), Katalin Szutrély (Aricie), Judit Németh (Phèdre), Istvan Kovacs (Thésée), Krisztián Cser (Pluton), Melinda Heiter (Diane), Emoke Baráth (Prêtresse), Zoltán Megyesi (Mercure)

 

Bordeaux, Auditorium, Salle Dutilleux – 11 février 2013 – Versailles – Opéra Royal – 13 février 2013 – version de concert – Ensemble Pygmalion – dir. Raphaël Pichon – avec Maria Riccarda Wesseling (Phèdre), Elodie Kimmel (Aricie), Samuel Boden (Hippolyte), Edwin Crossley-Mercer (Thésée), Jérôme Varnier (Pluton/Troisième Parque), Vincent Vantyghem (Tisiphone/Deuxième Parque), Sabine Devieilhe (la Grande prêtresse de Diane, une Bergère, une matelote), Anna Reinhold (Diane), Francisco Fernandez-Rueda (Mercure/Première Parque), Aurélia Legay (Oenone, une Chasseresse)

 

Forum Opéra – Gaëlle, hélas, est lasse

« Il faut bien l’avouer, la présence de l’une des plus admirables parmi les jeunes chanteuses françaises dans cet Hippolyte et Aricie était une des grandes raisons qui pouvaient attirer le public à l’Opéra royal de Versailles en cette veille de Saint-Valentin. Hélas, trois fois hélas, après avoir brillé de mille feux en Rosine du Barbier de Séville à Saint-Etienne le mois dernier, Gaëlle Arquez s’est retirée alors qu’elle avait été une Aricie passionnée le 13 juillet 2012 à Beaune. Le concert que reproposait ce soir Raphaël Pichon à la tête de son ensemble Pygmalion n’était donc pas tout à fait le même, la distribution ayant subi plusieurs remaniements. Comme il l’avait fait l’année précédente pour Dardanus, le jeune chef avait opté pour la dernière des trois versions de l’œuvre que laissa Rameau ; en l’occurrence, ce choix s’avère moins spectaculaire, les modifications apportées par le compositeur concernant surtout le prologue, supprimé, et le cinquième acte, le plus faible dramatiquement, où le superbe « Plaisir, doux vainqueurs » est confié à une soprano plutôt qu’à un ténor. Le livret de l’abbé Pellegrin est loin d’être le meilleur sur lequel travailla Rameau, et ce remaniement ne le transforme pas en tragédie plus palpitante. L’orchestre est l’autre bénéficiaire de cette version de 1757, qui lui ajoute des couleurs et renforce certains effets. Malgré la noblesse et l’élégance de sa direction, qui contraste agréablement avec la frénésie de certains de ses confrères (et consœurs), malgré l’éloquence avec laquelle il ralentit et apaise paradoxalement la première intervention des Parques, malgré la qualité de l’orchestre et du choeur, Raphaël Pichon ne renouvelle pas l’excellente impression suscitée par sa première incursion ramiste, le drame ne prend pas vraiment, mais les chanteurs y sont sans doute pour quelque chose. Ce n’est pas avec Samuel Boden qu’Hippolyte gagnera la consistance que parviennent rarement à y mettre les interprètes du rôle. Ce ténor britannique, d’une gracilité de petit oiseau, ne prend vraiment corps qu’au début du quatrième acte, avec l’air « Ah, faut-il en un jour perdre tout ce que j’aime », qui l’oblige enfin à sortir de sa réserve. A Edwin Crossley-Mercer on ne saurait en revanche reprocher un manque d’engagement : il incarne Thésée avec autant de conviction que s’il le jouait en scène, exploitant pleinement le grand rôle qui lui est ici offert et qu’il mérite. La voix est longue, à l’aise d’un bout à l’autre de la tessiture, et il la fait sonner avec une insolence qui relègue un peu ses partenaires à l’arrière-plan. Par comparaison, Jérôme Varnier sonne presque léger dans les aigus, malgré ses graves superbement caverneux. Benoît Arnould devait succéder à Thomas Dolié, entendu à Beaune en Tisiphone, mais c’est finalement Vincent Vantyghem qui reprend le personnage, où il semble moins à l’aise qu’en deuxième Parque, le trio qu’il forme avec Varnier et Francisco Fernandez Rueda étant bien plus harmonieux que les caricatures nasillardes qu’on a pu entendre ailleurs. Parmi les dames, on passera rapidement sur la Diane inexistante d’Anna Reinhold. Sollicitée en dernière minute, Aurélia Legay retrouve les petits rôles qui lui avaient été confiés en mai dernier au Palais Garnier, auquel elle ajoute celui d’Oenone, plus intéressant sur le plan théâtral. Sabine Devieilhe s’impose dans les airs des divertissements, qui correspondent à merveille à son timbre, et sa voix séduit bien davantage que celle d’Elodie Kimmel, propulsée au premier plan par la défection de Gaëlle Arquez : soprano anonyme et sans charme, elle ne peut faire vivre Aricie. Maria Riccarda Wesselin, enfin, serait sans doute une superbe Phèdre en scène, mais privée des avantages du théâtre, et annoncée souffrante, elle a du mal à s’affirmer, faute de graves vraiment sonores et d’une diction plus ciselée. Si un enregistrement de cet Hippolyte et Aricie devait s’ensuivre, espérons que chaque rôle trouve le défenseur le plus adéquat, parmi les différents casts qu’aura dirigés Raphaël Pichon. »

Beaune – Festival d’Opéra Baroque – 13 juillet 2012 – Choeur et Orchestre Pygmalion – dir. Raphaël Pichon – version de concert – avec Anders Dahlin (Hippolyte), Gaëlle Arquez (Aricie), Clémentine Margaine (Phèdre), Edwin Crossley-Mercer (Thésée), Anna Reinhold (Diane), Eugénie Warnier (Oenone), Francisco Fernandez (Mercure), Thomas Dolié (Tisiphone), Julie Fuchs (Prêtresse)

Concertclassic

« Après Dardanus, et avant Castor et Pollux l’an prochain, Raphaël Pichon(photo) et son Ensemble Pygmalion poursuivent, avec le premier opéra de Rameau, leur exploration des versions remaniées par le compositeur, recrées pour le Festival de Beaune, avant de partir en tournée. Contrairement à Dardanus où les trois derniers actes de la mouture de 1744 étaient absolument nouveaux, frustrant parfois l’auditeur de scènes pittoresques, la réécriture de 1757 d’Hippolyte et Aricie consiste surtout en un approfondissement du raffinement orchestral. Des réaménagements dramatiques, si naturels qu’ils se feraient oublier, le plus notable est la suppression du prologue, pratique devenue désuète au milieu du dix-huitième siècle que l’auditeur d’aujourd’hui ne regrette guère. Avec un sens des couleurs et des textures qu’il convient de saluer, les Pygmalion font ressortir la subtilité de l’écriture de Rameau – le frémissement du premier dessus de violon (Sophie Gent) révèle délicieusement les fragrances pastorales aux deux derniers actes. La battue dynamique de Raphaël Pichon met en valeur l’inventivité harmonique et rythmique de la partition, avec un résultat d’une belle et constante consistance. Si d’aucuns signaleraient la frontalité presque raide des choeurs, nous préférons souligner avec quelle pertinence ils s’insèrent dans l’acoustique réverbérée de la Basilique Notre-Dame – où les circonstances météorologiques ont contraint de faire retraite. L’ampleur sonore prend alors une grandeur que l’on ose qualifier de sacrée, en particulier dans la mort d’Hippolyte, véritable oraison funèbre. Fidèle au projet initié par Raphaël Pichon, Gaëlle Arquez trouve dès son air d’entrée l’intonation juste pour une Aricie qui ne pâlit nullement à côté de la Phèdre tourmentée de Clémentine Margaine, au timbre charnu et fruité, balancée entre la vindicte amoureuse et l’orgueil de la souveraine. Objet de convoitise, Thésée est incarné de manière très prometteuse par Edwin Crossley Mercer : diction impeccable et émission focalisée – tout juste un peu tendue par moments. Sans nul doute un interprète incontournable du rôle dans les prochaines années. Juvénile, l’Hippolyte d’Anders Dahlin l’est assurément, bien qu’un peu compacté nasalement. Pluton et Troisième Parque à Garnier, Jérôme Varnier ajoute Neptune à son arc vocal d’un style toujours aussi juste comme peut l’être celui Thomas Dolié, Tisiphone et Seconde Parque applaudi dans Les Indes Galantes toulousaines en mai dernier. Avec la clarté requise pour Mercure et la Première Parque, Francisco Fernandez Rueda complète le trio infernal. Anna Reinhold réserve à Diane un medium convenablement paré. Quant à Eugénie Warnier, invitée régulière à Beaune, elle se montre aussi séduisante en Grande Prêtresse, que Chasseresse, Matelote ou Bergère, dans des numéros de caractère accomplis. »

Télérama

« La pluie qui arrosait sans discontinuer le vignoble bourguignon, vendredi 13 juillet, a empêché le festival de Beaune de célébrer ses vendanges ramistes comme il l’avait fait en 2011 pour Dardanus : à la belle étoile, dans la cour découverte des Hospices. Repli d’infortune à la basilique Notre-Dame – avec son plateau exigu, l’acoustique réverbérante de sa nef. Qu’importe : la réussite artistique est au rendez-vous ! Un enchantement comme on ne le goûte qu’ici, où, grâce à la sagacité et à la générosité des organisateurs, Anne Blanchard et Kader Hassissi, les jeunes talents les plus prometteurs, et déjà les mieux aguerris, se mesurent aux sommets du répertoire baroque. Il y a vingt ans, Christophe Rousset et ses Talens lyriques exploraient des raretés de Haendel ou de Jommelli ; en 2006, Jérémie Rhorer et son Cercle de l’Harmonie, encore inconnus, se révélaient dans l’Idoménée de Mozart. Depuis 2011, Raphaël Pichon et son ensemble Pygmalion ont pris le relais, avec un cycle de tragédies lyriques de Rameau, dans des éditions tardives remaniées par leur auteur, peu ou jamais données. Créé en 1733, Hippolyte et Aricie est le premier opéra d’un débutant quinquagénaire. Débutant, mais pas novice. Organiste réputé, Rameau est l’auteur déjà célèbre de cantates, de pièces de clavecin, d’un traité d’harmonie. « Dans cet opéra, il y a assez de musique pour en composer dix autres » admire André Campra, un confrère chevronné. Eternel insatisfait, Rameau remet pourtant son ouvrage sur le métier à deux reprises : en 1742, et, largement septuagénaire, en 1757. La charpente dramatique, telle que la fixe le livret, habilement démarqué de la Phèdre de Racine, est épargnée, et le chamboulement, moins radical que ceux subis par les opéras suivants – Castor et Pollux, Dardanus, Zoroastre. Les améliorations ponctuelles de 1742 sont souvent intégrées à la version de 1733 – notamment dans les réalisations discographiques de référence, de Marc Minkowski et de William Christie. Plus substantielles (ajout de vitamines instrumentales et de piments harmoniques pour dynamiser l’orchestre), les modifications de 1757 sont toutes prises en compte ce soir. C’est le premier attrait de l’exécution dirigée par Raphaël Pichon. Mais ce n’est ni le seul, ni le plus impressionnant. Encore plus frappante se révèle, à Beaune, la qualité de l’orchestre, du chœur, de chaque soliste. Qualité supérieure à celle de l’Hippolyte et Aricie affiché il y a peu à l’Opéra de Paris, avec une distribution d’un luxe surfait, et une direction d’une solennité creuse. Ici, nul grand nom « starisé », mais de jeunes protagonistes, ardents à défendre leur prise de rôle, et à la marquer d’une pierre blanche. A commencer par le Thésée d’Edwin Crossley-Mercer, baryton au timbre d’airain, qu’on n’avait encore jamais entendu aussi personnel et émouvant. Avec Aricie, la soprano Gaëlle Arquez confirme ce qu’annonçait déjà son Iphise, l’an dernier, dans Dardanus : une jeune première au fier tempérament, d’une délicatesse sans fadeur, dans les élégies si tendres de Rameau. On pourrait poursuivre le palmarès, avec, dans l’acte grandiose des Enfers, la Furie et la deuxième Parque de Thomas Dolié, le Neptune, le Pluton et la troisième Parque de la basse Jérôme Varnier – le cumul des mandats est de règle dans la tragédie lyrique.La palme revient à la direction de Raphaël Pichon. D’une énergie et d’une souplesse rythmique inépuisables dans les danses. D’une austère gravité dans le drame. A vingt-huit ans, ce grand précoce a assimilé la leçon de ses devanciers « baroqueux », tel John Eliot Gardiner, et choisi son XVIIIe siècle – celui de Montesquieu pour la distinction spirituelle, de Condorcet pour le message universel. Sans mignardise Pompadour, ni mollesse à la François Boucher. Chœur comme orchestre, son Rameau n’est que sève et lave. Hautes futaies et flambées basaltiques. On l’espère longtemps en activité. »

Opéra Magazine – septembre 2012

« Une soirée bien dans le style du superbe Festival de Beaune : une œuvre connue mais dans une édition rare, interprétée par de jeunes musiciens plus que prometteurs. Hippolyte et Aricie est le premier opéra écrit en 1733 par un Rameau déjà quinquagénaire. Mais c’est la version de 1757 que l’on nous propose ici. Fort de son expérience de la scène acquise sur le tard, Rameau avait retravaillé l’ouvrage : le Prologue a disparu, un de ses airs retrouvant place plus loin ; l’ordre de quelques scènes a changé et l’orchestration a été modifiée, à la fois plus raffinée mais aussi plus spectaculaire, avec des basses grondantes et davantage de percussions. Plus concis, l’opéra remanié convient bien à une version de concert, confiée ici à Raphaël Pichon, son ensemble Pygmalion (chœur et orchestre) et un beau plateau de solistes. On l’a écoutée avec, dans l’oreille, une représentaation, un mois plus tôt, de la production du Palais Garnier : la version de 1733, mise en scène par Ivan Alexandre et dirigée par Emmanuelle Haïm. La lecture de Raphaël Pichon, assez dynamique, évite les coups de boutoir de la fondatrice du Concert d’Astrée ; mais il n’est pas (encore ?) un spécialiste du lyrique et si les tempi sont bien choisis, fluides ou conquérants, ils avancent très droit sans trop de variations. L’orchestre est d’une tenue admirable, chatoyant, cordes palpitantes, bois délicats ; le chœur, enchanteur, déploie une clarté polyphonique idéale. Anders Dahlin incarne un Hippolyte de réve, à la fois suave et expressif, avec une diction parfaite. Gaëlle Arquez campe une Aricie sensuelle et bouleversante, avec des accents poignants sur tout son registre. Peut-étre pourrait-on lui reprocher une prononciation parfois brouillonne, mais quelle classe! Remplaçant Maria Riccarda Wesseling, primitivement annoncée, Clémentine Margaine, jeune mezzo française en troupe au Deutsche Oper de Berlin, est une Phèdre au grand format vocal, pas toujours idiomatique mais qui sait exprimer la fureur et la détresse du personnage. Après tout, on n’a pas oublié la Phèdre hors norme de Jessye Norman, jadis à Aix ! Edwin Crossley-Mercer chante Thésée avec beaucoup d’aplomb, sans approcher la performance exceptionnelle de Stéphane Degout à Garnier. À ses côtés, Jérôme Varnier y était Neptune ; à Beaune, il est aussi un Pluton impressionnant par son creux et son timbre mordant. Thomas Dolié, en Tisiphone, nous ravit par sa décontraction et sa facilité. Son français est inégalable, comme celui d’Eugénie Warnier. Cette dernière réussit à enchaîner pas moins de cinq rôles, avec un brio stupéfiant ! La longueur des phrases et le registre étendu d’ « Amants, quelle est votrefaiblesse ? »,juste avant le célèbre chœur « À la chasse », la mettent un peu en difficulté, mais sa spontanéité et son agilité vocale font merveille. On avait applaudi Eugénie Warnier ici même, l’an dernier, en Despina dans Cosi fàn tutte, sous la baguette de Marc Minkowski, au côté de la Dorabella de Gaëlle Arquez. Toutes deux ont devant elles un avenir brillant, et le Festival de Beaune est pour beaucoup dans l’essor de ces futures stars. »

Opéra Garnier – 9, 13, 17, 19, 22, 24, 27, 29 juin, 1er, 4, 7, 9 juillet 2012 – Le Concert d’Astrée – dir. Emmanuelle Haïm – mise en scène Ivan Alexandre – décors Antoine Fontaine – costumes Jean-Daniel Vuillermoz – lumières Hervé Gary – chorégraphie Natalie Van Parys – avec Sarah Connolly (Phèdre), Anne-Catherine Gillet (Aricie), Andrea Hill (Diane), Jaël Azzaretti (L’Amour / Une Prêtresse / Une Matelote), Salomé Haller (Oenone), Marc Mauillon (Tisiphone), Aurélia Legay (La Grande Prêtresse de Diane / Une Chasseresse / Une Prêtresse), Topi Lehtipuu (Hippolyte), Stéphane Degout (Thésée), François Lis (Pluton / Jupiter), Aimery Lefèvre (Arcas / 2. Parque), Manuel Nunez-Camelino (Un Suivant / Mercure), Jérôme Varnier (Neptune / 3. Parque), Nicholas Mulroy (Première Parque) – production de Théâtre du Capitole, Toulouse

vidéo intégrale

https://www.youtube.com/watch?v=s_KDx_0oxo0

Forum Opera

« Etudiant dans Mythologies le pouvoir magique de la tautologie, Roland Barthes citait cette sociétaire de la Comédie-Française qui, pour évoquer la façon de mettre en scène un classique du répertoire, assenait cet argument-massue : « Athalie est une pièce de Racine », mettant dans cette phrase tout le poids d’une doxa omnipotente. De même, il semble que pour Ivan Alexandre, « Hippolyte et Aricie est un opéra de Rameau », ce qui implique forcément robes à panier et perruques poudrées, toiles peintes et divinités descendant des cintres dans des machines. Alors que tous ces oripeaux sont ceux du théâtre du XVIIIe siècle, et non les attributs de la musique du compositeur dijonnais, qui transcende les limites de son temps. Et bien qu’elle se veuille « modeste », ou « respectueuse », cette option n’en relève pas moins de la facilité : au lieu d’imaginer ce qui pourrait être aujourd’hui l’équivalent des fastes des spectacles de l’Ancien Régime, comme avait su l’oser Robert Carsen pour Les Boréades, au lieu de revisiter le Grand Siècle comme l’avait génialement fait l’équipe d’Atys, on se contente de servir au public un vague à la manière de, car ce n’est pas non plus une reconstitution avec éclairage à la bougie. On met en avant l’absence de décor construit, mais il y a quand même au deuxième acte cet énorme escalier qui supporte Pluton et les divinités infernales, et tous ces châssis, qui permettent certes des changements à vue, sont hélas assez peu inspirés. A part chez le couple Phèdre-Thésée, aux manteaux rouges, et aux enfers, où un peu de couleur apparaît (et où pointe la tentation d’un soupçon de modernité, avec ces Parques suspendues la tête en bas), décors et costumes se cantonnent à une palette redoutablement terne, allant du beigeasse au verdâtre, et même la mer devient une plate étendue aux teintes boueuses. Si la tenue vestimentaire des principaux protagonistes a été soignée, on ne peut pas en dire autant de celle des choristes : pour ces dames, robes abat-jours dont le tissu plisse et godaille, pour ces messieurs, tonnelets plus ou moins seyants, le tout sous des éclairages d’une fixité consternante. De manière générale, dès qu’on n’y danse pas, tout ce qui se passe sur la scène est d’un statisme pesant : les solistes viennent se planter au pied de la rampe, face au public, et le chœur entre le plus souvent de côté, un poing sur la hanche, les coudes en dehors. Une idée amuse pourtant, celle de faire revenir l’Amour aux troisième et cinquième actes pour interpréter des airs normalement dévolus à des personnages secondaires.. Heureusement, l’on s’agite beaucoup plus en fosse, et Emmanuelle Haïm se démène pour insuffler au spectacle un peu de l’énergie qui la caractérise. Le chœur du Concert d’Astrée est dans une forme éclatante, et l’orchestre sait proposer des sonorités subtiles, notamment dans la musique la plus audacieuse, celle des enfers. Manque peut-être un peu plus de relief encore pour ces moments qui devraient être intenses, ce à quoi la mise en scène n’aide guère, évidemment. Quant à la distribution, on y retrouve avec un immense bonheur l’exceptionnelle Anne-Catherine Gillet, qui triomphait déjà dans les représentations toulousaines. Avec des moyens on ne peu plus différents, la soprano belge nous offre ici une incarnation comparable à ce que proposait jadis une Agnès Mellon : fraîcheur du timbre, articulation exemplaire, investissement dramatique, toutes les conditions sont réunies pour une prestation des plus mémorables. Grand écart pour l’autre revenant du Capitole, Stéphane Degout, qui, après avoir été Pelléas à Bastille, reprend à Garnier le rôle que tenait en 1996 Laurent Naouri, plus habitué à Golaud. En moins de dix ans, depuis le petit rôle de Borilée dans Les Boréades, la carrière du baryton français a bien pris son envol et, malgré une direction d’acteurs qui le bride dans tous ses mouvements, il n’est pas impossible qu’il soit en plus à l’aise dans cette tessiture sensiblement plus grave que chez Debussy. On lui reprochera de rouler un peu trop ses r, au point que Thésée semble en appeler à la défense des « lois » lorsqu’il s’exclame « C’est aux dieux à venger les rois ». Chez les nouveaux venus, Sarah Connolly est une bien belle Phèdre, qui ne fera pourtant oublier ni Jessye Norman à Aix-en-Provence en 1984, ni surtout Lorraine Hunt, belle-mère d’Hippolyte sur cette même scène en 1996. Son chant n’est pas en cause, loin de là, mais il lui manque cet art de sculpter le mot que maîtrisait suprêmement la précédente tenancière du rôle au Palais Garnier. Après l’avoir découvert dans Les Paladins en 2004, le public parisien retrouve Topi Lehtipuu dans Rameau, mais le ténor finlandais paraît ici un peu crispé, dans ce rôle ingrat de puceau orgueilleux. Et sa prononciation du français, globalement satisfaisante, conserve ses difficutlés avec le son [?]. Si Atis des Paladins nous invitait à partir « en pèlerinaille », Hippolyte « proteille » sa bien-aimée « en outraillant une immortelle » (et « je ne m’en repens pas » offre une rime trop riche avec « papa »). Jaël Azzaretti bénéficie de l’ajout de deux airs qui lui permettent de déployer tout son talent, Aurélia Legay sait à merveille plier sa grande et large voix aux deux rôles qui lui sont accordés, et Andrea Hill est une Diane au timbre séduisant. Chez les hommes, Marc Mauillon offre en Tisiphone une de ces compositions dont il a le secret, vivante image d’une furie dessinée par Bérain, grimé comme le Joker de Batman, et vocalement plus proche du ténor que du baryton. Si le timbre un peu nasal de Manuel Nuñez Camelino n’est pas gênant en Mercure, il gâte hélas l’ineffable « Plaisirs, doux vainqueurs », ici presque transformé en parodie. Le trio des Parques est hélas déséquilibré par un Nicholas Mulroy qui peine à se faire entendre en concurrence à ses deux collègues, surtout face au majestueux Jérôme Varnier. En Jupiter et en Pluton, François Lis étale des notes graves auxquelles on pourrait souhaiter un peu plus d’épaisseur.Enfin, outre le fait qu’on a beaucoup entendu Hippolyte et Aricie dans la capitale (en 1984 à l’Opéra-Comique, en 1996 à Garnier) alors que d’autres chefs-d’œuvre de Rameau attendent toujours d’y être recréés, on peut s’interroger sur une tendance sensible depuis une vingtaine d’années, qui fait de l’Opéra de Paris un garage de luxe : la vocation de notre première scène nationale est-elle réellement d’accueillir des reprises venues d’autres théâtres – car le plus souvent, il ne s’agit même pas de coproductions – qui ne représentent en rien une économie, mais simplement évitent la prise de risques ? La question mérite d’être posée. »

L’oeil et l’oreille

À Toulouse, c’était en 2009 une des toutes dernières productions de l’ère Joël, avec les vertus de soin et de fignolage dans la production encore pratiquées dans ce qui reste en France de grandes maisons de province (on est plus désinvolte à Paris, où on travaille dans le génie). Exemplaire et bien rare hommage au grand Rameau : l’opéra royal à la française pour une fois fait ressemblant, dans le respect de ses valeurs, qui imposent autant de servitudes : le faste évidemment, le temps qui ne compte pas (pour le travailleur, pour le spectateur non plus), les intermèdes pris au sérieux, les machines, les manières à retrouver ou réinventer, le style. Rameau demande les grandes manières, et pour les porter avec grâce du geste et de la voix, ce qu’on appelait autrefois les Grands Sociétaires. Jessye Norman, Rachel Yakar, Van Dam dans ce même Hippolyte et Aricie à Aix, Sénéchal dans Platée à Aix puis vingt ans plus tard à l’Opéra-Comique, ont eu ces grandes manières, soit dans le pathétique soit dans le burlesque. Les trop illustres Indes Galantes, à quoi très longtemps la France a réduit Rameau (comme on réduisait Vivaldi aux Quatre Saisons), lui ont rendu le détestable service de privilégier le décoratif, le show : elles n’ont ni intrigue ni action, pas de personnages (ce sont des prétextes, des figurants de luxe), le chant ne faisant qu’y garnir (agréablement) le divertissement dansé en n’exprimant rien.Tandis que derrière Hippolyte et Aricie il y a Racine : une autre dimension, malgré le happy end et mille distorsions. Et dans le livret comme dans la musique, partout la passion. Leurs airs en portent la preuve, airs caractérisés, projetés, violents, les personnages ont un accent individuel, du format et du relief. Ils appellent un chant soutenu, sur lequel il faudra bien que s’alignent les divinités secondaires, silhouettes qui interviennent çà et là (ex machina, évidemment). Tout cela apparaissait à plein au Capitole où Stéphane Degout se payait le luxe, pas mince, de faire oublier Van Dam. Autour de ce Thésée, monolithiquement tragique, aucun protagoniste ne succombait ni à l’afféterie, comme si chanter était danser ; ni à un des plus subtils (mais pires) maux scéniques d’aujourd’hui, la tentation du décalage ou de la parodie, l’offenbachisation des données de la tragédie, dont les manières sont si faciles à caricaturer. Ce sérieux d’ensemble dans la représentation, c’est le style : et avec les éléments splendidement choisis mis à la disposition du metteur en scène Ivan Alexandre, les décors (et toiles peintes) d’Antoine Fontaine, les costumes de Jean-Daniel Vuillermoz, la chorégraphie de Natalie van Parys, le spectacle vivait, dans une rarissime harmonie de geste, d’attitude, et de chant. Emmanuelle Haïm et Astrée y apportaient l’énergie et le lyrisme.Ils en apportent plus encore aujourd’hui dans le cadre de l’Opéra Garnier, dont les ors semblent avoir été faits pour sertir idéalement cette production prestigieuse. Les décors élargis s’y déploient comme sur mesures, et ont retrouvé une proportion. Quelque chose pourtant s’est un rien décalé. Les tailles de deux protagonistes ont changé, détail qui compte dans une production où tout est proportion. D’une certaine façon l’extrême longilignité de Topi Lehtipuu (Hippolyte) déséquilibre quelque chose sur scène, l’impact du son produit ne répondant d’ailleurs pas vraiment à la spectaculaire silhouette cuirassée du fils de l’Amazone ; la taille royale de Sarah Connolly, autrement imposante (et faite pour la tragédie) qu’à Toulouse, sa couronne à pointes qui tranche, semblent dès sa première apparition la faire venir d’un autre univers décoratif et culturel, et on ne pourra pas ne pas trouver étrangère (exotique ? parodiée ?) sa longue coiffure dénouée ; autre disproportion, le chant de Stéphane Degout, désormais extraordinaire de poids, de style châtié, de classe, réduit à zéro les divinités hiérarchiquement plus élevées et superlativement empanachées, Pluton, Jupiter, Neptune qui de la voix, si on peut dire, ne lui arrivent pas à la cheville.De même le personnage de l’Amour, excellemment chanté par Jaël Azzaretti, y compris l’illustre Rossignols amoureux du dernier acte, devenu omniprésent (omniremuant) et s’annexant des ariettes secondaires, repousse de ses minauderies et mines Aricie très au second plan, et l’exquise Anne-Catherine Gillet semble n’y avoir plus que le cristal de son timbre, de la chasteté, et du style.Cet Amour touche à tout, un peu trop putto monteverdien, décalant et futilisant tout ce qu’il touche, sème sur son passage le mélange des genres. Pardon pour ces remarques, qui ne sont pas des réserves : mais l’harmonie d’un ensemble aussi triomphal demande à chacun le sacrifice de quelques-unes des qualités par lesquelles il pourrait briller trop fort, et la main de fer du maître d’œuvre. Un des régals d’une soirée royale (et régalante) a été le prodigieux décor d’un prodigieux tableau de l’Hadès, avec sa stupéfiante scène des Parques ; et l’autre, en un sens plus rare, d’entendre des instruments baroques produire une substance et une complexité de son qui marque à Rameau la place de musicien et d’orchestrateur qui n’est qu’à lui dans ce fourre-tout où on nous confondrait tout ce qui est avant Beethoven (et même toi, malheureux Mozart !). Un tel festin notamment de bassons, ça ne s’offre pas tous les jours. »

La Lettre du musicien

« Belle réussite pour la reprise à l’Opéra de Paris de la production d’Hippolyte et Aricie venue du théâtre du Capitole de Toulouse. Ivan Alexandre a remonté de fond en comble sa mise en scène esthétisante pour profiter au maximum des moyens du palais Garnier, dans le respect d’une certaine tradition mais sans pour autant asphyxier l’œuvre. Le baryton Stéphane Degout, Thésée sublime qui brille tant par le timbre que par la projection et la diction, est un atout maître pour la réussite de l’hallucinant et captivant second acte, aux Enfers. A l’aise dans le rôle-titre, l’excellente Anne-Catherine Gillet est une Aricie pleine de fraîcheur et de grâce, que l’on souhaite réentendre souvent à Paris. L’Hippolyte de Topi Lehtipuu est un peu fragile mais d’une grande musicalité, en revanche quel dommage que la Phèdre de Sarah Connolly s’économise et ne s’investisse vraiment que dans ses derniers airs ! Les seconds rôles de la distribution sont de très bonne facture, notamment l’Amour de Jaël Azzaretti dont les interventions pimpantes sont du meilleur effet.Comme lors de la création toulousaine, c’est Emmanuelle Haïm qui officie dans la fosse. Elle dirige son ensemble le Concert d’Astrée avec une relative sécheresse et ne pétrit pas assez à notre goût la pâte dramatique et dense de la partition, mais parvient cependant à lui donner une cohérence stylistique qui fait fonctionner efficacement l’ensemble. Les ballets, parenthèses dansantes selon le goût de l’époque, où Rameau se plaît à mêler des timbres inhabituels, sont particulièrement réussis. »

Mag elle aime

« A-t-on jamais vu spectacle lyrique aussi ravissant ? Décors, lumières, costumes, danses, tout concourt à nous plonger dans le merveilleux baroque XVIIIème dont cet Hippolyte et Aricie, premier opéra de Jean-Philippe Rameau (1683-1764) est issu.Le compositeur l’a créé en 1733 ; il avait déjà 50 ans. Ce coup d’essai précéda bien d’autres œuvres du genre, parmi lesquelles les fameux Platée, Les Indes galantes, Castor et Pollux, Dardanus ou encore Zoroastre. La production présentée pour la première fois cette saison à Paris a été créée au théâtre du Capitole de Toulouse en 2009, alors que Nicolas Joël – aujourd’hui à la tête de l’Opéra national de Paris – en était le directeur. Trois ans après, les ors du palais Garnier accueillent ce très beau spectacle, mis en scène par Ivan Alexandre et dirigé par Emmanuelle Haïm venue avec sa formation Le concert d’Astrée. Le livret puise à la source de la tragédie racinienne, avec la passion de Phèdre pour son beau-fils menaçant les amours d’Hippolyte et d’Aricie, tandis que dieux et déesses négocient et arbitrent, ici Diane contrainte de faire la place à l’Amour, là Pluton condamnant aux enfers, plus loin Neptune imposant sa loi par les flots.Dans ce monde implacable où les divinités président aux destinées humaines, l’intervention de divertissements dansés au coeur de chacun des cinq actes vient insuffler une légèreté qui fait de la pièce une merveille d’équilibre entre tension et détente. Le phrasé précis, le timbre cristallin et nuancé de la soprano belge Anne-Catherine Gillet nous fait ressentir toute la tendresse d’Aricie. Jaël Azzaretti interprétant l’Amour nous emporte au sommet de la joie amoureuse, tandis que la mezzo-soprano Sarah Connolly en Phèdre et le baryton Stéphane Degout en Thésée imposent de leur haute maîtrise vocale l’autorité puis la faiblesse de leurs personnages. Seul Hippolyte déçoit, les mots en français semblant sortir comme étouffés de la bouche du finlandais Topi Lehtipuu. Les chorégraphies de Nathalie van Parys recréent la légèreté des ballets de cour, quand la musique tout en finesse de Rameau dirigée avec énergie et tranquillité par Emmanuelle HaÏm porte le tout avec délices.Les costumes de Jean-Daniel Vuillermoz sont fastueux. Vert amande, rose chair, vieil or, les couleurs sont poudrées, comme délicatement fanées au soleil, les jupes sont à paniers et les bustes hautement corsetés, quand franges, galons et broderies animent taffetas et brocards de soie. Dessinés par Antoine Fontaine, éclairés d’une lumière couleur de miel évoquant tour à tour la douceur d’une fin d’après d’après-midi d’été et la chaleur de la chandelle, les décors participent de la mise en scène absolument baroque qui joue sur une double magie : celle de recréer un opéra comme à la Cour de Versailles et celle de mettre en scène la tragédie elle-même. Ainsi il en descend des cintres (non seulement des décors, mais aussi des dieux et des déesses), il en monte de dessous la scène, il en pousse des deux côtés… Tout en trompe-l’oeil et grandioses, comme pour prévenir tout risque de préciosité par ailleurs : un savant équilibre en somme, pour un régal de la vue comme de l’ouïe pendant près de trois heures. »

ClassiqueInfo

« Etrennée en 2009 au Théâtre du Capitole de Toulouse, la nouvelle production d’Hippolyte et Aricie commandée à Ivan Alexandre signe le retour de la première tragédie lyrique de Rameau sur la scène de l’Opéra de Paris, seize ans après celle de Jean-Marie Villégier, dirigée alors par William Christie. A rebours d’une certaine doxa qui exige une actualisation des œuvres censée les rendre plus accessibles au public d’aujourd’hui, le journaliste et metteur en scène français assume une esthétique qui se veut d’époque, dans un esprit de restitution de ce qui se faisait alors dans le répertoire lyrique.Le pari était pourtant risqué, d’autant que la résurrection d’Atys l’an dernier constitue pour beaucoup, quoiqu’avec une relative partialité, l’aune à laquelle se juge désormais toute nouvelle approche « historique » dans le répertoire baroque. On pourrait d’ailleurs reconnaître dans les frises des plafonds une certaine réminiscence de ceux qui ornent le prologue dans l’opéra de Lully. Les décors d’Antoine Fontaine, tout en perspectives, flattent l’œil d’agréable manière, d’autant que les éclairages à la fois pastels et automnaux d’Hervé Gary leur confèrent une atmosphère bucolique que n’auraient pas reniée les peintres du dix-huitième galant. Si les machines se font discrètes dans la première partie de soirée, elles ne manquent pas à l’appel du monstre des mers qui engloutit le héros au quatrième acte. Croissants de Diane qui couronnent prêtresses et chasseresses, divinités qui descendent des cintres, le matériel technique et symbolique de l’opéra baroque ne fait pas défaut, et témoigne d’un consciencieux travail de reconstitution.Pourtant alors que ce dernier enthousiasmait dans la vision que Jean-Marie Villégier nous a légué d’Atys, il peine ici à renouveler une aussi éclatante réussite. Peut-être faut-il en chercher les raisons dans l’approche des deux productions, très différentes, malgré l’apparence de similitude. Dans Lully, le vocabulaire scénographique et chorégraphique était mobilisé non pour réaliser une historiographie, mais pour façonner un imaginaire qui enjambe le fossé entre le Grand Siècle et le vingtième. L’objectif était de rendre éloquents pour notre sensibilité contemporaine les codes de celle du dix-septième, révélant la paradoxale et atemporelle « actualité » du sacrifice de Cybèle. Au théâtre, Ivan Alexandre semble avoir préféré l’image, au demeurant réussie. De manière symptomatique d’ailleurs, ce sont les mouvements chorégraphiques réglés par Natalie van Parys, empruntant à différents anachronismes, que l’on a chargés de décontextualiser le drame d’un point de vue chronologique, preuve s’il en est que c’est avant tout une question d’esprit – de grammaire – plus que de matériel.On ne boudera cependant pas notre plaisir, particulièrement dans le deuxième acte, aux Enfers, sans nul doute le plus satisfaisant. Les masques inversés qui recouvrent les Parques produisent un effet certain. Mais la relative placidité de la production, pour une part assumée, aplanit la progression dramatique de l’ouvrage, sensible dans des éclairages en aplat qui trahissent d’évidente manière le dynamisme plus focalisé de l’éclairage à la bougie – les travaux d’André Green et Benjamin Lazar en ont depuis plusieurs années administré la preuve.Cette inconstance dans la tension se trouve probablement accentuée par les dimensions de la salle du Palais Garnier, qui ont exigé d’étoffer les effectifs de figurants, figeant davantage des ensembles devenus plus massifs. Le problème pénalise également le Concert d’Astrée, dans une fosse peut-être un peu basse pour ne pas interférer avec l’intelligibilité vocale. D’autant que la battue d’Emmanuelle Haïm, vigilante au plateau et généreuse envers les couleurs de ses pupitres, se révèle parfois inconstante, en particulier au début de la soirée, où elle semble hésiter à aller jusqu’au bout des ramifications de la rythmique très détaillée de la partition. A l’instar des bons vins, la fraîcheur un peu fruste de la formation entendue lors de cette première s’arrondira probablement au fil des représentations.Nonobstant ces réserves, reconnaissons que le tissu orchestral déployé constitue un écrin de premier ordre pour les chanteurs. Avec Stéphane Degout, Thésée reçoit une incarnation exemplaire, qui prend sans conteste dans ce rôle le relais de Laurent Naouri. Les inflexions presque rocailleuses de la voix, valorisées par une technique qui recherche toujours la luminosité de l’émission, traduisent à la perfection les contrastes qui s’affrontent dans l’âme du héros. A ses côtés, Sarah Connolly mêle admirablement le miel et les fragrances fruitées à la limite de l’acidité dans une Phèdre torturée qui n’hésite pas à arracher des cris de souffrance. Elégante quoiqu’un peu surette, Anne-Catherine Gillet compose une Aricie attachante, tandis que Topi Lehtipuu démontre une intelligence remarquable en Hippolyte, rachetant les instabilités de la ligne décelées ça et là.Avec une certaine componction dans l’intonation, Andrea Hill se distingue de l’Amour sémillant de Jaël Azzaretti, sans ménagement parfois pour la diction. Salomé Haller confère à Oenone des accents dramatiques tandis que Marc Mauillon impressionne littéralement en Tisiphone. Aurélia Legay se montre convaincant en Grande Prêtresse de Diane autant qu’en chasseresse. François Lis se révèle plus à l’aise en Jupiter qu’en Pluton, un peu grave pour lui. On retiendra les Parques : Nicholas Mulroy, la Première, Aimery Lefèvre en deuxième, également Arcas, et Jérôme Varnier, la Troisième, qui porte aussi le trident de Neptune. Manuel Nunez Camelino, un suivant, se signale en Mercure et Sydney Fierro complète le plateau en chasseur. Préparé par Xavier Ribes, le chœur du Concert d’Astrée enfin se démarque par un sens de l’idiome appréciable autant qu’indispensable dans la tragédie lyrique à la française. »

La Tribune

« Lorsqu’il écrit ce premier opéra, Jean-Philippe Rameau a 50 ans. Ce n’est pas faute d’avoir eu envie d’en écrire un plus tôt, mais le compositeur déjà reconnu par ses contemporains n’avait jamais réussi à trouver le librettiste idéal. Grâce à sa rencontre avec l’abbé Pellegrin, ce sera chose faite. Rencontre qui se révèlera plus que fructueuse puisque grâce à cet érudit, Rameau créera donc Hippolyte et Aricie, mais aussi Platée, les Indes Galantes ou Castor et Pollux pour ne citer que les œuvres les plus connues. Ces opéras appartiennent à la tragédie lyrique, c’est-à-dire un genre créé par Lully et Quinault qui place sur un pied d’égalité la musique, le texte et la danse. Un genre très riche, aux vastes promesses, qui nécessite toutefois une direction rigoureuse mais aussi une mise en scène astucieuse pour ne pas tomber dans le désuet. Et force est de constater que le dernier spectacle présenté à l’Opéra Garnier est une vraie réussite. L’œuvre de Rameau met en musique l’Hippolyte et Aricie d’Euripide et le Phèdre de racine, le musicien ayant choisi de mêler les deux histoires afin d’en retenir ce qui lui plaisait le plus : le côté épique du récit d’Euripide et l’aspect tragique de Phèdre. L’intrigue retrace les amours contrariés d’Hippolyte et d’Aricie par la passion coupable de Phèdre vis-à-vis de son beau-fils, Hyppolyte. Contrairement à l’œuvre racinienne, l’opéra se terminera bien, les deux tourtereaux finissant par se retrouver grâce à l’aide de la bienveillance des dieux.L’histoire date certes un peu. Mais comme souvent dans l’art lyrique, cela n’a pas vraiment d’importance. Et la façon dont Ivan Alexandre, Antoine Fontaine et Jean-Daniel Vuillermooz ont mis en scène, décoré et habillé les protagonistes est un régal. On est, plongé, dès le début, dans une ambiance d’estampes anciennes couleur sépia, les chanteurs ayant le visage peint de blanc de céruse, comme dans ces tableaux qui ont marqué notre enfance. Les décors sont gigantesques et mouvants, nous plongeant dans un monde mi terrien, mi aqueux. Où l’on ne sait si l’on est en haut ou en bas, où les nuages, eux aussi mouvants font parfois penser à ces incrustations illustrées des Monty Python, qui nous faisaient mourir de rire. Mélange des genres qui donne toute sa légitimité au grandiloquent des colonnes, des cavernes, des hydres ou de certains costumes. Il y a toujours un clin d’œil quelque part nous donnant à comprendre que la réalité est plus raffinée qu’elle n’y paraît et que tout est dans le symbole. Raison pour laquelle d’ailleurs on se croit souvent dans des tableaux de Gustave Moreau. Les passages dansés, loin d’être ennuyeux accompagnent l’intrigue et viennent appuyer le raffinement de l’ambiance créée par des costumes féeriques.La musique de Rameau est tout aussi enchanteresse, Emmanuel Haïm à la direction de son orchestre du concert d’Astrée lui restituant toute sa fougue et sa rigueur. Anne-Catherine Gillet en Aricie est cristalline et d’une fluidité parfaite. Sarah Connoly, dans le rôle de Phèdre est particulièrement émouvante, sa voix profonde et dramatique ajoutant à la richesse du personnage. Mention spéciale aussi à Stéphane Degout, dans le rôle de Thésée. Sa voix chaude est tout aussi convaincante dans les basses que les notes plus élevées. Nous faisant vivre à l’unisson ses tourments de père et de mari bafoué. La musique baroque n’en finira jamais de nous réserver des surprises. Et l’on aimerait qu’il y en ait beaucoup comme celle-ci. »

Concertclassic

« Retrouvant chez lui les Enfers, Thésée bout et se torture alors qu’un divertissement saisit la scène. Vrai moment de théâtre muet et quasi immobile. Thésée, comme à la création de cette production au Capitole en 2009, c’est Stéphane Degout, baryton noble, qui au fil du temps prend un grave éloquent et nous évoque irrésistiblement Ernest Blanc. Pour son Thésée vaillant et meurtri, le spectacle se recommanderait par lui seul. Mais il y a les autres, tous les autres. Si Topi Lehtipuu est mal à l’aise dans la tessiture d’Hippolyte, gêné sur le passage, incertain de ses appuis, ses mots sont toujours sentis, et surtout sensibles, et son dialogue avec Phèdre vous cloue sur place lorsqu’il le parle d’un mot. Admirable pour le style, et miroir implacable d’éclat pour la Phèdre terrorisée, perdue tout de suite, d’une Sarah Connolly qui tranche sur toute la troupe. Ivan Alexandre ne fait rien d’autre que suivre les mots que Pellegrin et la musique que Rameau lui ont donnés, personnage moderne dans un monde mythologique, tout comme son Thésée de mari. Mais Sarah Connolly force les conventions et éclate le cadre, elle est Phèdre, dévorée, titubante et en cheveux, comme jetée hors d’un lit de cauchemar lorsqu’elle comprend qu’Hippolyte a péri. Deux gestes suffisent à l’actrice consommée, mais c’est d’abord la voix, longue, moirée, et dure pourtant, où passe un souvenir de la Phèdre de Janet Baker (où bien l’on rêve ?). Avec son soprano haut et clair, son timbre de diamant, Anne-Catherine Gillet est demeurée une Aricie aussi poétique et aussi désarmante que déjà à Toulouse, avec ces voyelles timbrées, cet art du mot en musique qui font regretter de ne pas l’entendre plus souvent dans le répertoire baroque. Andrea Hill fait hélas une Diane justement chiche en mots, perchée sur sa lune aurait-elle peur ? Mais son timbre de lait se délecte. Sa Grande Prêtresse – impeccable Aurélia Legay – a plus de langue qu’elle. Savoureuse Oenone de Salomé Haller. Les autres sont aux Enfers : Marc Mauillon, Tisiphone implacable, fait froid dans le dos, François Lis fait tonner son Pluton – et en Troisième Parque le timbre tranchant de Jérôme Varnier lui répond, étonnant doublé de basses françaises nobles, paire magnifique. Quel Luxe ! Surtout si l’on ajoute pour les Parques Aimery Lefèvre, déjà à Trézène un Arcas saisissant, et Nicholas Mulroy. C’est aux Enfers qu’on comprend où veut en venir Ivan Alexandre. Sa régie, toujours portée par une direction d’acteur sensible, n’est pas une reconstitution malgré les toiles peintes, les décors à coulisses, les costumes et la gestique inspirés de l’époque, mais une échappée poétique, dans le temps arrêté de la Tragédie lyrique, en soi déjà un exotisme puissant, mais aussi dans un univers onirique. Cocteau n’est jamais loin. La lumière est plus noire qu’à Toulouse (la grande scène de Garnier en disperserait-elle la nacre ?), le ton général plus dramatique, le sentiment plus mélancolique. Et cela se sent dans la fin refermée doucement sur la délicieuse rossignolade de Jaël Azzaretti, amour mutin. Une tendresse au lieu de la joie, comme c’est bien vu. Car il n’y a pas de raison de se réjouir, le drame a bien eu lieu. Broutilles : les danses de Natalie van Parys flottent encore un peu, elles se resserreront. Bémol : Emmanuelle Haïm met ses enfers dans le coton et fait ailleurs toujours joli. Il y avait plus de drame à Toulouse, l’orchestre y était plus précis. Reparti dans la nuit, on se repasse la soirée, et les images nous assaillent, comme, l’irréel Mercure et sa traîne de fumées et d’étoiles (le si tendre et si joli Manuel Nuñez Camelino) ou cet incroyable Neptune émergé de son océan tout au fond du ciel, dont chaque mot vous claque dans l’oreille : encore une fois le fabuleux Jérôme Varnier. On aimerait bien avoir un livre de ce spectacle, des vues des décors irréels d’Antoine Fontaine, mais bonne nouvelle, on en aura une captation, signée Olivier Simonnet ! « 

Opéra Magazine – septembre 2012

« Nous avions énormément aimé ce spectacle, lors de sa création à Toulouse, en mars 2009. Une reprise trois ans plus tard, et la transposition sur la scène de Garnier, pouvaient poser problème. De fait, l’agrandissement ou le nombre accru des choristes et danseurs, tout en donnant une majesté supérieure, fait peut-être perdre un peu de la fraîcheur initiale. Toutes les qualités demeurent pourtant, dans une production d’exception par son intelligence et son goût, et la cohérence d’un parti qui donne l’une des options possibles, méritant de faire date, pour faire revivre l’un des sommets de la tragédie lyrique. On ne se répètera pas pour dire la beauté des décors et costumes d’Antoine Fontaine et Jean-Daniel Vuillermoz qui, au temps du tape-à-l’œil, rivalisent dans la maîtrise de l’harmonie et de la nuance comme du jeu des machineries, et celle de la chorégraphie de Natalie van Parys, tout en finesses allusives, rappelant que l’opéra classique se veut d’abord une fête pour les yeux. Les légères modifications (en particulier un monstre du III, qui devient superbe toile peinte, pour absorber Hippolyte au sein de sa gueule) ne font qu’ajouter à notre bonheur. Quelques changements dans la distribution vont dans le bon sens, notamment l’Oenone de Salomé Haller, qui redonne tout son poids, scénique et voocal, à un personnage charnière malgré ses interventions limitées, et la Diane pertinente d’Andrea Hill, dans la sage mesure de ses interventions à partir de sa nacelle. Sarah Connolly en Phèdre ne fait pas oublier la voix plus large, et plus personnelle peut-être, d’Allyson McHardy, mais la tragédienne se révèle ici de premier ordre. Topi Lehtipuu, de joli timbre, est un Hippolyte un peu raide et monochrome, par ailleurs sans reproche. On apprécie aussi le passage de Marc Mauillon du rôle d’Arcas à celui de Tisiphone. Ceux qui restent donnent aussi bien ou mieux encore qu’antérieurement. À côté des vaillants Pluton et Neptune, d’un bon Arcas, d’une Grande Prêtresse qui force légèrement mais conduit vaillamment ses ensembles, et d’uneJaël Azzaretti toujours charmeuse dans le vif et spirituel Amour, on demeure ébloui par la splendide performance de Stéphane Degout, Thésée idéal par la beauté de timbre, la somptuosité des graves, la perfection constante du phrasé, et l’autorité en scène qui s’est encore accrue. Pour l’Aricie d’Anne-Catherine Gillet, vocalement plus large et plus sûre, le progrès est encore plus grand, aboutissant à un personnage à la fois décidé et sensible, qui s’intègre admirablement à la force éléégante de la production. La salle, qui fait à l’ensemble un accueil triomphal dont on se réjouit, lui réserve, ainsi qu’à Stéphane Degout, des ovations méritées. Reconnaissant avec objectivité (dans la vidéo du site internet de l’Opéra) qu’il existe d’autres façons légitimes de diriger l’ œuvre, Emmanuelle Haim, avec son Concert d’Astrée, assure l’excellente tenue générale, sans parvenir pourtant à faire passer, sans un peu d’ennui, le difficile acte V – peut-être le seul problème non totalement résolu d’un spectacle pour lequel il est inutile de redire tout le mérite d’Ivan Alexandre, le savant, brillant, et modeste maître d’œuvre. »

Enschede, Muziekkwartier – 30 mai 2009 – Den Bosch – Theater aan de Parade – 3 juin 2009 – Utrecht – Stadsschouwburg – 5 juin 2009 – Arnhem – Schouwburg – 7 juin 2009 – Groningen – Stadsschouwburg – 9 juin 2009 – Den Haag – Lucent Danstheater – 11 juin 2009 – Zwolle – Theater De Spiegel – 13 juin 2009 – Leeuwarden – Stadsschouwburg De Harmonie – 16 juin 2009 – Breda – Chassé Theater – 18 juin 2009 – Heerlen – Theater – 20 juin 2009 – Rotterdam – Rotterdamse Schouwburg – 23 juin 2009 – Apeldoorn – Schouwburg Orpheus – 25 juin 2009 – Amsterdam – Stadsschouwburg – 27 juin 2009 – Nationale Reisopera – Musica ad Rhenum – Koor van de Nationale Reisopera – dir. Jed Wentz – mise en scène Stephen Langridge – décors, costumes Alison Chitty – lumières Chris Davey – chorégraphie Teck Voon Ng – avec Eugénie Warnier (Aricie), Sophie Daneman (Phèdre), Paul Agnew (Hippolyte), Maarten Koningsberger (Thésée), Frans Fiselier (Pluton, Neptune), Marie-Adeline Henry (Diane), Machteld Baumans (Oenone), Richard Coxon (Tisiphone), Ivo Posti, Pascal Pittie, Grzegorz Stachowiak (Parques), Hanneke de Wit (la Grande-Prêtresse), Jean-Léon Klostermann (Arcas, Mercure), Amaryllis Dieltiens (une Prêtresse, une Chasseresse)

Toulouse – Théâtre du Capitole – 6, 8, 10, 13, 15 mars 2009 – Orchestre et Chœur du Concert d’Astrée – Ballet Les Cavatines – dir. Emmanuelle Haïm – mise en scène Ivan A. Alexandre – décors Antoine Fontaine – costumes Jean-Daniel Vuillermoz – chorégraphie Natalie Van Parys – avec Frédéric Antoun Philippe Talbot (Hippolyte), Anne-Catherine Gillet (Aricie), Allyson McHardy (Phèdre), Stéphane Degout (Thésée), Françoise Masset (Oenone), Jennifer Holloway (Diane), Bruno Calucci (Mercure/Un suivant de l’Amour), Jaël Azzaretti (L’Amour), François Lis (Pluton, Jupiter), Jérôme Varnier (Neptune/Troisième parque), Emiliano Gonzales-Toro (Tisiphone), Aurélia Legay (La Grande-prêtresse de Diane), Sam Nicholas Mulroy (Première Parque), Nicolas Letilleux (Seconde Parque) – nouvelle production

Le Monde

« Nouvelle réussite pour Nicolas Joël, le patron du Capitole de Toulouse, qui accueille Hippolyte et Aricie, de Jean-Philippe Rameau (1683-1764), dont la première, le 6 mars, a suscité un bel engouement public.Jusqu’alors les choses étaient naturellement partagées en matière de mise en scène d’opéra baroque. Il y avait, d’un côté, les tenants de la voie historique – ainsi Benjamin Lazar, dont le Cadmus et Hermione, de Lully, monté à l’Opéra-Comique à Paris en 2008, est un modèle du genre. De l’autre, les parangons de la transposition : David McVicar et son Couronnement de Poppée, de Monteverdi (2004), ou Krzysztof Warlikowski, dont l’Iphigénie en Tauride, de Gluck (2006) ont suscité moult controverses.Il y a désormais une troisième voie. Non pas médiane, mais tangente et poétique, celle du metteur en scène Ivan Alexandre. Une voie qui prône le petit pas de côté ou le quart de volte déplaçant la ligne et faisant surgir le rêve. Prendre au baroque les codes vestimentaires, la rhétorique gestuelle, les décors peints et autres machines merveilleuses, oui. Mais pour mieux ouvrir les mains et laisser s’envoler la musique. Perruques, poudre, danse, autant de nostalgies amoureuses qui rendent palpable sans douleur le poids du temps ayant porté jusqu’à nous les chefs-d’oeuvre inoubliés.Qui est Ivan Alexandre ? Transfuge de la critique musicale ? Renégat de la musicologie ? Les deux sans doute. Le nom de ce Français né en 1960 est encore inconnu du monde de la scène, puisqu’il signe avec Hippolyte et Aricie sa deuxième mise en scène, après Rodelinda, d’Haendel, donné à Buenos Aires en juin 2007. Mais il est familier aux lecteurs mélomanes du Nouvel Observateur et du magazine Diapason, où Ivan Alexandre tient chronique d’une plume acérée et fait figure de spécialiste du répertoire baroque.Son spectacle est d’un raffinement extrême, pour en appeler à la langue de l’abbé Pellegrin, librettiste de cette première tragédie lyrique d’un Rameau déjà âgé de 50 ans (1733). Les costumes aux harmonies voilées de Jean-Daniel Vuillermoz sont d’une élégante beauté, comme les lumières d’outre-monde d’Hervé Gary ou les ingénieux décors de toiles peintes (plus de 2 500 m2 !) par Antoine Fontaine. Les chorégraphies de Natalie Van Parys sont d’une force émotionnelle rare, portée par les excellents danseurs de la compagnie Les Cavatines.Vocalement, cet Hippolyte a aussi fière allure : le Thésée de Stéphane Degout, magistral de noblesse et d’intensité, la Phèdre incandescente de la mezzo américaine Allyson McHardy (une révélation) et l’Amour de Jaël Azzaretti, angelot narquois et matois.A la tête de son Concert d’Astrée (orchestre et choeur des grands soirs), Emmanuelle Haïm fait du beau travail. On peut souhaiter plus de contrastes et de couleurs sombres, mais sa direction rend justice à cet opéra magnifique, dont l’aîné et rival de Rameau, André Campra (1660-1744), disait qu’il comportait « assez de musique pour en faire dix ».

La Dépêche

« Après un « Couronnement de Poppée » de Monteverdi magistral, tant au plan scénique que musical, Nicolas Joël a voulu rendre un juste hommage à Jean-Philippe Rameau. Avant de quitter Toulouse à la fin de la saison pour devenir le patron de l’Opéra de Paris, le directeur artistique du Théâtre du Capitole a confié au journaliste Ivan Alexandre (collaborateur du « Nouvel Observateur » et du magazine « Diapason ») le soin de réaliser une nouvelle mise en scène d’« Hippolyte et Aricie ». Décors raffinés de toiles peintes d’Antoine Fontaine, costumes et perruques d’un XVIIIe siècle imaginaire dessinés par Jean-Daniel Vuillermoz, éclairages subtils depuis le bord de la scène réglés par Hervé Gary : le spectacle offre au spectateur un merveilleux voyage au royaume des dieux et des héros de la mythologie antique. Jouant à fond la carte d’un théâtre spectaculaire, de machineries à l’ancienne, la production multiplie les objets et machines volantes, les changements de décor à vue. Elle rend aussi justice aux divertissements dansés, interprétés avec brio et légèreté par la compagnie Les Cavatines. « Je n’ai pas cherché à réaliser une reconstitution. J’ai simplement souhaité que tout se passe en rêve », précise Ivan Alexandre. Le résultat est à la mesure de ses ambitions : magique, dénué de tout réalisme daté, cet « Hippolyte et Aricie » redonne ses lettres de noblesse à la tragédie lyrique de Rameau.À la tête de son orchestre d’instruments anciens, Le Concert d’Astrée, Emmanuelle Haïm porte la production avec autant d’énergie que d’efficacité dramatique. Très attentive aux chanteurs, elle veille à souligner la richesse instrumentale de la partition de Rameau.Sur le plateau, la distribution est dominée par le Thésée de Stéphane Degout, superbe d’autorité vocale et scénique, parfait de style et d’élégance, de clarté de la diction dans un répertoire qu’il maîtrise sans faiblesse, tant dans les récitatifs que les airs. La mezzo-soprano américaine Allyson McHardy prête à Phèdre un beau tempérament dramatique et un timbre émouvant, la soprano Jaël Azzaretti est exquise dans les trois rôles de l’Amour, la Bergère et la Matelote. En Hippolyte et Aricie, Frédéric Antoun et Anne-Catherine Gillet forment un couple physiquement bien assorti. Comédiens sensibles, ils composent des personnages touchants. Pas de fausse note parmi les autres rôles : tous les interprètes participent à la réussite du spectacle, longuement acclamé le soir de la première. »

Libération

« Première tragédie composée par Rameau, à 50 ans, Hippolyte et Aricie est inspiré de la Phèdre de Racine, mais beaucoup moins facile à mettre en scène. Et ce, en raison d’un livret faisant peu cas de la dimension temporelle dans la succession des événements, des chœurs, des danses et de la distribution de leurs durées respectives, ce qui n’aide pas à la construction du drame. Depuis le fameux Atys de Lully, signé William Christie et Jean-Marie Villégier, en 1987 aux Champs-Elysées, il y a aussi de nouveaux standards d’exigence musicale et théâtrale à respecter lorsqu’on s’attaque à la tragédie lyrique française.Plus près de nous, les Bourgeois Gentilhomme et Cadmus et Hermione, montés par Vincent Dumestre et Benjamin Lazar, ont aussi marqué par leur souci historique. Musicologue et critique, collaborateur de Marc Minkowski, Ivan Alexandre fait partie de ceux dont la vie a été transformée par cet Atys révolutionnaire. Son Hippolyte et Aricie, à Toulouse, ne pouvait être que la somme des passions qui l’animent : architectures en trompe-l’œil, toiles peintes, nacelles suspendues dans l’éther, nymphes et dieux ; c’est le baroque à l’état pur, dans sa féerie mais aussi son hypnotique statisme.Avec le concours du peintre scénographe Antoine Fontaine et du costumier Jean-Daniel Vuillermoz (les deux sur la Reine Margot de Chéreau), de l’éclairagiste Hervé Gary et de la chorégraphe Natalie van Parys, aguerrie au style baroque via les Arts florissants, Ivan Alexandre, fidèle à la lettre ramiste, a voulu accorder ce qu’on voit avec ce qu’on entend, et s’en est donné les moyens. On est confondu par la beauté des tableaux, monumentaux, oniriques, par la gestion millimétrique de l’espace, le raffinement du geste et le poids conféré aux chanteurs. Transfuge des Arts florissants de Christie avant de fonder son Concert d’Astrée, en 2000, la claveciniste et chef Emmanuelle Haïm dirige son propre ensemble sur instruments anciens, toujours impressionnant de justesse d’intonation, de virtuosité instrumentale et d’esprit. Contrepartie de sa battue dansante et nerveuse, ciselant détails et articulations, un manque de contrastes et de tendresse, une certaine uniformité du discours qui met parfois chanteurs et chœur en décalage.Le mariage des timbres et des voix, notamment dans le trio contrapuntique des Parques, n’en est pas moins souvent éblouissant, et cela grâce à la distribution. Bien que souffrant, le ténor canadien Frédéric Antoun se tire vaillamment du rôle d’Hippolyte, face à l’Aricie au soprano charnu et ductile d’Anne-Catherine Gillet. Saisissante (de timbre corsé et capiteux, de tempérament et de projection) est la Phèdre de la mezzo américaine Allyson McHardy. Diane de charme de la mezzo, américaine également, Jennifer Holloway, Amour pétulant de Jaël Azzaretti, Pluton racé du baryton François Lis, Neptune limpide de Jérôme Varnier, le style ramiste, déclamatoire et éloquent est servi avec art. Enfin, dix ans après avoir emballé en Papageno à Aix, Stéphane Degout compose un Thésée dévastateur : volume, projection, ardeur du mot, c’est le baryton français le plus naturellement et efficacement émotionnel de sa génération.Déployant progressivement ses charmes, de l’aride au somptuaire, cet Hippolyte et Aricie est magistral. »

Le Figaro

« À Toulouse, pour sa première mise en scène, Ivan Alexandre livre une version raffinée de la tragédie lyrique Hippolyte et Aricie. Après tout, François Truffaut et Claude Chabrol furent critiques de cinéma avant de devenir réalisateurs ! Pourquoi un critique musical ne deviendrait-il pas metteur en scène d’opéra ? Dans Le Nouvel observateur et Diapason, Ivan Alexandre décortique depuis un quart de siècle les chefs-d’œuvre de l’art lyrique avec une intelligence qui devaient bien un jour lui donner envie de s’y coller à son tour. Après une première tentative confidentielle en Argentine, voici ses débuts en France, dans le répertoire baroque qui lui tient tant à cœur. Inquiétude soudaine pour le critique chargé d’évaluer le travail d’un ancien confrère : et si c’était un échec ? Le monde de la critique est pavé d’artistes ratés ! Le rideau se lève sur Hippolyte et Aricie, premier opéra et coup de maître de Rameau, créé en 1733 : au bout d’à peine dix minutes, l’évidence est telle que l’on a oublié que le metteur en scène était encore, il y a quelques jours à peine, un écrivain sans expérience de la scène.Évidence d’une pure beauté esthétique, d’abord : les fascinants décors en trompe l’œil d’Antoine Fontaine, les incroyables perruques et crinolines de Jean-Daniel Vuillermoz, les éclairages à la rampe d’Hervé Gary, la chorégraphie vivante de Natalie Van Parys, ressuscitent un monde d’illusion, d’un raffinement inouï, dont les images compteront parmi les plus splendides que l’on ait vues depuis longtemps. C’est du Benjamin Lazar sans le systématisme appuyé.Car la mise en scène d’Ivan Alexandre n’affirme pas : elle suggère. Les personnages de la tragédie lyrique n’étant pas proches de nous, il joue de cet éloignement au lieu de chercher un réalisme hors de propos : les transformations de décors à machines, la juste symétrie des personnages dans l’espace, remplaceront psychologie et transposition. Seule la gestuelle des chanteurs nécessitera un travail plus approfondi pour paraître plus intégrée qu’apprise : elle a encore ici quelque chose de scolaire.Belle direction d’Emmanuelle Haïm, extrêmement attentive au texte et à la vie de sa déclamation : on sera comblé lorsqu’elle communiquera à son orchestre agile du Concert d’Astrée autant de gourmandise et d’audace qu’aux voix, car ses vents sonnent trop lisses pour cette musique où l’idylle côtoie les dissonances les plus hardies. Très beau plateau, dominé par le Thésée de Stéphane Degout, tout simplement exceptionnel, la ­Phèdre incandescente d’Allyson McHardy, l’Amour virevoltant de Jaël Azzaretti, mais tous seraient à citer. Dans le couple protagoniste, Frédéric Antoun et Anne-Catherine Gillet nous ont paru un peu pâles le soir de la première, mais leur musicalité est sans défaut, et la soprano se chauffe en cours de soirée pour atteindre un vrai rayonnement. Paris mérite de voir ce spectacle. »

Webthea

Rien n’est trop beau pour Rameau : superbe résurrection d’un chef d’oeuvre; Une perle du répertoire lyrique français vient de trouver à Toulouse un écrin idéal. Hippolyte et Aricie de Jean-Philippe Rameau y revit dans les fastes et les rituels qui sans doute l’ornaient lors de sa création. Maîtres d’oeuvre de ce somptueux retour aux sources, une équipe de baroqueux fervents qui aime et qui connaissent de A à Z les codes, les clés, les mystères de son langage et de sa musique : Emmanuel Haïm et son Concert d’Astrée, le décorateur Antoine Fontaine, l’inventeur des costumes Jean-Daniel Vuillermoz, et, nouveau venu dans l’univers de la mise en scène, le musicologue Ivan Alexandre. Une musique qui perle aux oreilles, des images d’un raffinement princier, des interprètes qui se coulent dans les modes et les rites comme si ils les avaient inventés.Rameau était déjà quinquagénaire, à la mi-temps d’une carrière qui jusqu’alors lui valut plus de respect que de prospérité – son traité d’harmonie lui valut une réputation de savant -, quand il se lança pour la première fois dans l’écriture d’un opéra. Ce fut Hippolyte et Aricie, un succès qui le propulsa aussitôt dans les limbes des célébrités et lui donna des ailes pour une série d’œuvres lyriques qui n’en finissent pas de nous enchanter, des Paladins aux Boréades en passant par les Indes Galantes. « Dans un seul ouvrage il compose assez de musique pour en faire dix » disait de lui son aîné et admirateur, André Campra.C’est donc à une sorte de reconstitution que l’on assiste même si son réalisateur en réfute le mot, une ballade stylisée dans le temps et les rituels des représentations d’antan. Ivan Alexandre n’est ni le premier ni le seul à remonter ainsi la marche des siècles. Le jeune Benjamin Lazar en a fait son cheval de bataille (voir webthea des 26 novembre 2007 et 25 janvier 2008) mais Alexandre ne lui emboîte pas vraiment le pas : chez lui pas d’éclairage à la bougie, pas de diction affectée de « e » muets sonnant ou de « s » sifflants. Les lumières, très belles, se contentent d’être rasantes « à la manière de » et le parler des chanteurs cherchent avant tout à être clair. Journaliste et critique au Nouvel Observateur et pour la revue Diapason et par conséquent observateur privilégié des modes de la scène, il ne la pratique pas à la manière des Strehler, Chéreau ou Brook, grands manipulateurs d’âmes. Chez lui c’est l’historien qui semble s’exprimer, l’archéologue amoureux des traditions qui rêve un monde à la fois révolu et idéalisé.Le raffinement des décors d’Antoine Fontaine, la splendeur des costumes de Jean-Daniel Vuillermoz lui font écho : une profusion de toiles peintes descend des cintres, surgit des sols, glissent des coulisses à l’horizontale entre cour et jardin et s’ouvrent sur des perspectives qui évoquent à la fois Watteau et les forêts du Douanier Rousseau. Neptune assis sur son aigle dévale du ciel sur un lit de nuages qui font le gros dos, Diane dégringole de l’Olympe arrimée à un quartier de lune, Mercure plane dans les airs et Pluton apparaît dans sa suite infernale avec les trois Parques messagères attelées la tête en bas ! Soies, velours, brocarts, satin, organdis, broderies, drapés, plissés, corolles, rien ne manque aux costumes ni à leurs accessoires jusqu’au moindre bouton sur les bottes. De même pour les maquillages qui sculptent, ombrent ou ravivent les visages. Rien n’est trop pour Rameau.Les ballets de la compagnie Les Cavatines chorégraphiés par Natalie van Parys maîtrisent avec grâce toute la gestique baroque. Tout comme les chœurs du Concert d’Astrée, tout comme les solistes dans leurs poses codées. Ils chantent debout face au public dans des attitudes figées et pourtant l’émotion passe dans ce combat des dieux et des hommes où Phèdre paie de sa vie l’amour fou qu’elle cultive pour Hippolyte, le fils de Thésée, son mari parti à la guerre et déclaré mort.… Euripide, Sénèque puisèrent dans sa passion criminelle et surtout Racine qui fut le principal inspirateur de Rameau et de l’abbé Pellegrin, son librettiste.Allyson McHardy, mezzo soprano née aux Etats-Unis est cette Phèdre de fureur et de douleur, magnifique découverte, actrice accomplie, diction impeccable et superbe phrasé. Stéphane Degout, si jeune fait croire à son Thésée guerrier éperdu, les graves cuivrés, la projection nette, la diction lumineuse, il est une fois de plus exceptionnel. En Aricie, la liégeoise Anne-Catherine Gillet, souvent entendue et acclamée au Capitole où elle chanta Wagner, Mozart, Offenbach, se coule avec charme dans le style ramiste. La jolie surprise de la soirée vient de l’Amour dont Jaël Azzerati compose un délicieux personnage, coquin, vif argent au timbre de rossignol. Elle le chante si bien qu’on lui a attribué quelques airs en suppléments piqués à des personnages secondaires. On en redemanderait…Emmanuelle Haïm dirige avec flamme les chanteurs et ses compagnons du Concert d’Astrée qui parent le riche tissus musical de Rameau dune subtile élégance. Le continuo velouté du violoncelliste Paul Carlioz, le cor de Claude Maury, les musettes, les danses des flûtes traversières achèvent le bonheur de cette réussite. »

ResMusica

« Rendons hommage à Ivan Alexandre pour l’extraordinaire travail de recréation historique entrepris en parfaite harmonie avec décors, costumes, lumières et ballets. Si les gestes des acteurs sont codifiés avec pondération, il sait créer avec peu de véritables personnages qui vivent. L’élégance est partout maîtresse de cérémonie. Tout est beau, délicat et subtil, même le royaume de Pluton a des séductions venimeuses irrésistibles. Peu de lumière à la manière de bougies mais une lumière d’or évoquant la nuit ou le coucher du soleil. Mais c’est le soleil noir des enfers qui est peut-être le plus extraordinaire. Les chorégraphies, si importantes, sont variées et d’une rare élégance. La richesse et l’ampleur des costumes sont telles que la vaste scène est rapidement habitée. Les décors en toiles peintes avec effets de perspectives sont sidérants d’efficacité dramatique et les changements de décors à vue ajoutent à la magie du spectacle. Le jeu des acteurs est stylisé et naturel à la fois, en un parti pris d’élégance de tous les instants. Peu de couleurs mais distribuées avec goût : or et crème pour Hippolyte et Aricie, rouge pour Thésée et Phèdre, vert d’eau pour les chœurs et or cuivré pour l’Amour et sa cour. Sous la direction d’Emmanuelle Haïm le Concert d’Astrée est virtuose, l’énergie et l’élan dramatique ne faiblissent jamais. En revanche avec une si riche orchestration la faiblesse des nuances est regrettable, d’autant que cela entraîne un manque de couleurs. Comme si la pâte de l’orchestre était riche dans son ensemble et évitait les contrastes. L’élégance visuelle répond en miroir à un orchestre de parfait bon goût mais sans les audaces de colorations attendues chez Rameau. Tout est donc déplacé au niveau couleur et expressions sur les voix et il faut dire que la distribution est d’un niveau superlatif qui permet d’apporter aux personnages toute l’humanité qui est la leur. »

Les Échos – Rameau glorifié

« Le Capitole de Toulouse à l’heure de Jean-Philippe Rameau : le fait est plutôt rare. Ivan Alexandre, figure connue de la presse musicale, avait déjà à son actif une production de « Rodelinda », de Haendel, à Buenos Aires, en 2007. Avec « Hippolyte et Aricie », il signe sa première mise en scène en France. Pas de relecture ou d’interprétation, ici, pas de reconstitution non plus, mais une évocation de ce que pouvait être une représentation lyrique au XVIIIe siècle – maquillages pâles, feux de la rampe, gestes obéissants à une rhétorique précise… Une proposition (comme peuvent en faire, de manière plus affirmée, Benjamin Lazar ou Eugene Green) qui risque de trouver ses limites dans le décoratif, mais dont les atouts tiennent dans une invitation permanente au rêve et au merveilleux.Ce travail, pensé dans le moindre détail, réussit à fondre avec un maximum de fluidité les divers éléments du spectacle, musique, danse, chant, sans perdre de vue l’unité dramatique donnée par l’abbé Pellegrin, librettiste, à cette nouvelle mouture des amours d’Hippolyte, fils de Thésée, dont sa belle-mère, Phèdre, s’est éprise. Les décors à transformation d’Antoine Fontaine sont un ravissement perpétuel, les costumes de Jean-Daniel Vuillermoz une splendeur et la chorégraphie de Natalie Van Parys s’intègre habilement dans l’ensemble. Les dieux descendent des cintres, un monstre marin engloutit le héros… l’imagination est au pouvoir.A la tête de son Concert d’Astrée, Emmanuelle Haïm mène le jeu musical, non sans raideur dans le Prologue et le Premier Acte, adoptant ensuite un ton plus mesuré (sans perdre une once de sa vitalité) et plus propre à laisser les lignes mélodiques respirer. La formation chorale est de tout premier ordre. Les instrumentistes déploient une verve sonore réjouissante, l’énergie est là, suivant celle de leur mentor ; on espère à l’avenir encore plus d’élégance, de raffinement, de fantaisie, pour être à la hauteur d’une partition de bout en bout marquée par le génie qui, à sa création en 1733, suscita d’autant plus d’étonnement que c’était là le premier opéra d’un compositeur quinquagénaire.La distribution, internationale, fait, pour que la langue française soit entendue dans toute sa clarté, des efforts qui se révèlent payants. On ne peut dire que du bien de François Masset (OEnone), François Lis (Pluton/Jupiter), Jérôme Varnier (Neptune), Jennifer Holloway (Diane), musiciens stylés. Phèdre (par qui le drame arrive) est confiée à Allyson McHardy, mezzo chaleureuse, véhémente, dont la déclamation ne manque pas de grandeur. Dans une tessiture qui semble un peu grave pour elle, Anne-Catherine Gillet, une fois son trac vaincu, campe une Aricie fraîche et touchante. Hippolyte revient à un jeune ténor canadien, Frédéric Antoun ; émission haute et facile, timbre corsé, chant distingué : voilà un interprète à suivre de près.Dominant tout le monde, Stéphane Degout incarne un Thésée de noble stature. La voix ample, ronde, percutante, est de toute beauté, un plaisir à elle seule ; l’intelligence de l’artiste en est un autre, qui fait vibrer chaque mot, chaque phrase. A trente-quatre ans, et en pleine possession de moyens exceptionnels, il a déjà les plus grands théâtres à ses pieds. Ce n’est que justice. »

Concertclassic

« Que faire d’Hippolyte et Aricie ? Comment résoudre, entre autre, le divorce entre un poème indigent et une musique inspirée ? Il faut un spectacle, un vrai, pas un bricolage à transpositions pseudo-modernistes, pas une proposition d’interprète. Non, un vrai spectacle, avec les codes de l’époque, mais sans en être prisonnier, où s’introduit dans une distance la tendresse d’un geste, la poésie d’un discours, qui montre le temps passé entre le siècle de Rameau et le nôtre et nous en approche pourtant. Un geste de théâtre ne suffit pas à cela, il faut que l’artiste soit entièrement pénétré par l’esprit de l’œuvre pour pouvoir la montrer au spectateur. Cela arriva parfois au Rameau comique – la brillante et cruelle Platée de Laurent Pelly en est l’exemple le mieux repéré. Mais la Tragédie Lyrique selon le Dijonnais n’avait pas encore retrouvé son espace et sa force, sinon par éclipse dans le Zoroastre de Pierre Audi que l’Opéra Comique accueille à la fin du mois. C’est chose faite.Toiles peintes, éclairages recherchant la vraie lumière des théâtres d’alors – sans sacrifier aux ressources minimalistes de la bougie mais en approchant la poétique au plus près, de la rampe ou des coulisses, par les portants aussi,- costumes pris au répertoire du temps et très subtilement réinterprétés, maquillage au blanc, toute une poétique visuelle se réinvite dans l’ouvrage, lui rendant ses vrais visages. Accessoires et décors faramineux : on n’est pas près d’oublier la lune de Diane, d’un sombre éclat comme au sortir d’une éclipse ; ni la traîne verticale de Mercure, volutes de fumée et d’étoiles, ni l’immense métier à tisser des parques , centre du royaume de Pluton, ni l’aigle de Jupiter : Antoine Fontaine a mis dans ses décors baroque la fantaisie d’un Bérard, l’univers de Cocteau n’est jamais loin, cet alliage subtil transfigure ce qui n’aurait été qu’une reconstitution et l’on s’aperçoit que le langage du spectacle lui doit infiniment. Un code de couleurs surprenant, des gris infiniment variés, unifie l’ensemble, refusant le carnaval pictural dont Benjamin Lazar chavire ses spectacles : ces costumes, ces décors ne sont pas des éléments de séduction, ils sont intégrés à l’œuvre, et servent le propos du metteur en scène.On serait tenté de produire dans Hippolyte et Aricie un geste tonitruant. Ivan Alexandre s’en garde bien. Passant par-dessus la pauvre langue de l’Abbé Pellegrin, il porte partout ses personnages à leur ultime degré de concentration : Thésée aux enfers se statufie, vrai visage de la douleur, image vivante de l’impuissance, Aricie est touchée au vif, Phèdre se garde de toute hystérie mais souffre avec une intensité palpable. Tout ici n’est au sens strict que poésie, même les actions : le monstre tsunami qui dévore Hippolyte est autant poétique d’effet que transportant, son spectaculaire – c’est le seul effet absolu de la soirée, le seul qu’autorise Rameau – est d’abord lyrique. Cette langue de l’émotion habite les personnages mais aussi chaque élément de la scène. Les apparitions sont d’une fluidité clouante : ces dieux qui descendent des cintres sont portés par des ailes invisibles, on ne peut pas les croire soutenus par des cordes. Même la mise en place des décors à coulisses hors de toute musique créent des respirations qui accroissent encore la fluidité du tout. On assiste à un rêve terrible. Aussi belles que soient les images – ce Neptune perdu dans un rai de soleil tout au fond de la scène nous est resté dans l’œil avec une précision incroyable – elles font d’abord sens. L’esthétique de l’ensemble n’est que théâtre. Et sur tout règne une nostalgie prégnante, inexplicablement touchante, jusque sur les ballets subtils de Nathalie van Parys, idéalement coulés dans la trame dramatique, qui font mentir l’idée de divertissement et soulignent à quel degré d’unité Rameau est parvenu dans son premier essai lyrique. Distribution de première force. Allyson Mc Hardy rend justice d’abord à la Phèdre de Racine, donnant une noblesse supplémentaire à ses ires et ses douleurs, au risque parfois de ne pas nous étreindre au cœur. Mais quelle incarnation ! Les deux amoureux sont parfaits de jeunesse, d’ingénuité presque. On en n’attendait pas moins d’Anne-Catherine Gillet, touchante, mais l’on est surpris de la présence scénique et de la belle voix, si nourrie d’harmoniques mais sans trille, de Frédéric Antoun, Hippolyte idéal de tendresse, avec dans le timbre une teinte lyrique rappelant Eric Tapy. L’Oenone rêche de Françoise Masset, dans son costume noire, fait une composition saisissante, double noire de Phèdre, la Diane élégante de Jennifer Holoway, l’Amour de Jaël Azzaretti, qui se débrouille joliment des rossignolades et fait un cupidon savoureux, la Tisiphone sonore (mais un peu brouillonne de jeu) de Gonzales Toro, les deux basses somptueuses font des dieux intraitables – le Pluton de François Lis, mais aussi son Jupiter, et le Neptune si bien chantant de Jérôme Varnier un peu gâché par son éloignement, dont on goûte mieux la pleine matière en Parque, tous faisaient un théâtre vivant qui nous a saisi, mais s’inclinaient devant une incarnation absolue, ce Thésée noir, fermé, porté jusqu’au fond de sa douleur par une Stéphane Degout lui aussi poète. Il manque encore à l’orchestre attentif d’Emmanuelle Haïm les caractères marqués, les accents et les attaques contrastées, l’échelle dynamique que Rameau a infusés ici, les Enfers sont un peu pâles de son et les Parques d’ailleurs pourraient dissoner plus surtout après la saisissante fureur de Pluton, mais nous étions à la première et cela se fera, on pouvait déjà l’entendre et donc le prédire. »

Forum Opéra – Le triomphe d’Alexandre

« Dans le copieux programme, richement orné d’images de maquettes des décors et des costumes, Ivan Alexandre annonce la couleur : il ne s’agit pas pour lui de tenter une pseudo-reconstitution historique d’une des trois productions de l’opéra de Rameau données du vivant du compositeur. Il souhaite plutôt inviter le spectateur d’aujourd’hui à découvrir Hippolyte et Aricie dans le contexte de moyens en usage à la création. Le résultat proposé, fruit de l’imagination et de la culture de l’équipe qu’il a animée, est un spectacle d’une théâtralité et d’une beauté si raffinées qu’il sert pleinement l’œuvre tout en manifestant de façon éclatante l’inventivité et l’étendue des divers talents rassemblés. Dès le lever du rideau, l’enchantement commence et, prodige, il ne faiblira pas ! Les ateliers du Capitole ont réalisé les décors d’Antoine Fontaine destinés à permettre, comme en 1733, les changements à vue puisqu’on sait que la tragédie lyrique ne se sent pas tenue de respecter la règle de l’unité de lieu. C’est un triomphe de trompe-l’œil qui nous révèle tour à tour les allées ordonnées de la forêt d’Erymanthe, l’architecture solennelle du temple de Diane, la profondeur ténébreuse des espaces infernaux, une antichambre du palais de Thésée, un bois le long du rivage et le jardin paradisiaque où l’amour licite trouvera sa récompense. Dans leur fluidité silencieuse si propice à la continuité musicale, le surgissement et la disparition de ces châssis et toiles peintes, en coulisses, dans les cintres, dans les dessous, réveille-t-il en nous quelque goût enfantin pour le merveilleux ? Nous y prenons un plaisir extrême, comme aux apparitions des déités (Diane dans sa nacelle, Jupiter sur son aigle au milieu des nuages, Pluton en Juge souverain, ou Neptune au sein des flots), à l’élévation de la « montagne humide » et au monstre affreux, dont la variété témoigne de l’invention inépuisable du concepteur. Ces décors sont magnifiés par les éclairages d’Hervé Gary, fournis par des lampes munies de réflecteurs sur la rampe et des projecteurs latéraux ou zénithaux ; ensemble, ces moyens créent une atmosphère lumineuse évocatrice de l’éclairage aux bougies et, modulés subtilement comme la musique de Rameau, peuvent suggérer aussi bien les clairs-obscurs de la forêt que la menace d’orage sur la mer, la pénombre d’un temple ou la clarté d’un ciel serein. Evidemment les costumes inspirés à Jean-Daniel Vuillermoz par des modèles d’époque en sont magnifiés : uniformes masculins et féminins des suivants de Diane, pourpre et ors royaux pour Thésée et Phèdre, tenue virginale d’Aricie, cuirasse d’Hippolyte, vertugadins et drapés, paniers et coiffures des danseurs, la recherche semble infinie et les solutions d’un goût exquis. Les épisodes dansés que la musique appelle s’insèrent infailliblement dans la représentation : loin d’être seulement les divertissements destinés au repos du spectateur après les scènes de tension tragique, ils épousent si étroitement les situations et les rythmes, grâce aux trouvailles incessantes de Natalie Van Parys, qu’ils en deviennent nécessaires. Les évolutions harmonieuses des dévots de Diane, dès l’ouverture du prologue, ne sont pas une jolie façon de meubler la scène mais l’expression et la célébration de l’ordre du monde régi par la Déesse. Sans relâche la chorégraphe trouve des pas nouveaux accordés aux diverses situations, des enveloppements voluptueux des amours aux ondulations menaçantes des démons, des sauts capricants des cerfs à la chaloupée des marins, c’est un panorama réinventé de la danse au XVIIIe siècle, magnifiquement servi par la troupe des Cavatines. Mais la paisible et vertueuse danse initiale va être troublée par l’irruption narquoise d’un adolescent qui pointe sa tête par la toile peinte : l’entrée de l’Amour n’a rien de solennel, c’est bien celle d’un trublion dont les flèches vont désorganiser la belle ordonnance fondée sur la séparation des sexes sans égard pour la componction de la mijaurée divine cramponnée à sa nacelle. A la fin du prologue, les dévots sont constitués en couples et partent en cortège vers le temple de l’Hymen. Transportés dans le temple de Diane, nous découvrons Aricie solitaire dans sa tenue de novice promise au célibat mais les dévots agenouillés dans la pénombre disent l’atmosphère de recueillement du lieu. Le duo avec Hippolyte, par exemple, enchaîne les attitudes théâtrales connues par des images figées qu’ici les artistes animent et s’approprient en un ballet troublant, pur délice esthétique. De l’entrée solennelle de la grande Prêtresse, à celle, pompeuse, de Phèdre, suivie de son humiliante prostration, Ivan Alexandre n’a rien laissé au hasard ; et sa vigilance, jamais en défaut, donne au spectacle une puissante unité qui sert admirablement l’œuvre et le genre, le livret et la partition. En ce sens, son travail s’accorde splendidement à celui d’Emmanuelle Haïm. Amoureuse du chef d’œuvre de Rameau depuis ses études au conservatoire, celle qui fut le chef de chant et la continuiste au clavecin de William Christie lors des représentations à Garnier de l’ère Hughes Gall s’est imposée depuis dix ans à part entière comme chef d’orchestre reconnu. Elle a choisi la version de 1733, mâtinée de celle de 1742 en particulier pour le cinquième acte où les retrouvailles d’Hippolyte et Aricie sont abrégées. Avec le déplacement de la déploration de Thésée au troisième acte, située après le divertissement et non avant, c’est la seule infidélité à la lettre de la création. Pour ce qui est de l’esprit, à la tête de ses troupes, l’orchestre et le chœur le concert d’Astrée, l’intrépide musicienne se lance à l’assaut du monument, accompagnant sa direction de ces larges mouvements du buste qui semblent déverser une énergie nerveuse en un survol rasant. La justesse rythmique est immédiate et sera sans défaut ; la richesse harmonique paraît parfois limite, comme le continuo, les cors ne sont pas sans défaut et la trompette bien isolée, mais à trop écouter d’enregistrements enrichis en studio on acquiert de mauvaises habitudes ou bien nous n’étions pas placé au mieux. Le choeur initial semble un peu vert, puis on l’oublie dans les splendeurs qui suivent, et dont l’adéquation entre ce que l’on entend et ce que l’on voit remplit de satisfaction. La Bruyère serait content : on vérifie ce soir que « le propre de (l’opéra) est de tenir les esprits, les yeux et les oreilles dans un égal enchantement ». Car les chanteurs contribuent au mieux à la réussite, scénique, nous l’avons dit, par leur engagement, et vocale par leur qualité. Parmi les nombreux interprètes, Anne-Catherine Gillet et Stéphane Degout ont conquis leur célébrité pour l’essentiel hors du répertoire baroque. La première, dont nous avons souvent dit les mérites y compris pour sa Poppea, ne nous a pas entièrement convaincu, en particulier au premier acte ; outre une raideur vocale nouvelle, déjà perceptible dans sa Susanna, elle semble vouloir donner à Aricie la plénitude du statut d’héroïne que lui accorde le titre de l’ouvrage mais que la musique ne lui donne pas. Le second, en revanche, attendu avec perplexité en Thésée parce que des timbres plus graves restaient dans l’oreille, emporte l’adhésion très vite par la fermeté et la justesse admirables de l’interprétation vocale et théâtrale. Quant à Frédéric Antoun, est-il bien le ténor aigu à la française prescrit ou un bon ténor doté d’un centre et de graves charnus ? On peut se poser la question, d’autant que le diapason est à 400, mais non nier la séduction de son Hippolyte élégant, viril et sensible. La Phèdre d’Allison Mc Hardy partage avec ses partenaires francophones la clarté d’élocution indispensable mais sa virulence, son ironie et ses douleurs sont bien celles du personnage. Signalons l’Amour espiègle de Jaël Azzaretti, par ailleurs une matelote et une bergère ; voix souple aux aigus facile, elle triomphe dans l’ariette virtuose du dernier acte. Diane en tête, les Olympiens sont dignement servis par Jennifer Holloway, Johan Christensson, le sonore François Lis et le musical Jérôme Varnier. Ce dernier, outre Neptune, participe au trio des Parques, avec Nicholas Mulroy et Marc Mauillon, dont l’apparition fantastique et les deux airs constituent un sommet de la partition et du spectacle. Lauriers mérités aussi pour Aurélia Legay, majestueuse Prêtresse et chasseresse convaincue, Françoise Masset, Oenone pragmatique et insinuante, et Emiliano Gonzalez Toro, méconnaissable en Tisiphone endiablée. On aura compris que nos quelques réserves pesaient trop peu pour nous empêcher de partager le déferlement d’enthousiasme qui a éclaté au rideau final. Grâces soient rendues à tous, de l’initiateur aux concepteurs et aux artisans ! Le spectacle sera-t-il enregistré par Mezzo, dont le logo figure sur le programme ? La réussite de cette équipe sera-t-elle le point de départ d’un projet Rameau ? Non seulement la représentation a transporté, mais voilà qu’elle fait rêver ! »

L’Isola disabitata – L’art et les flèches

http://isoladisabitata.over-blog.org:80/article-28867677-6.html

Muse Baroque

« Voilà donc un spectacle somptueux à l’esthétique grandiose et picturale, mais avec une distribution en demi-teinte comprenant plusieurs chanteurs peu habitués à ce répertoire. Avec les changements adéquats, cet Hippolyte & Aricie mériterait de nombreuses reprises voire une captation DVD… « http://www.musebaroque.fr/Concerts/hippolyte_aricie.htm

Diapason – mai 2009 – Rameau… au diapason

« II arrive que les critiques affrontent à leur tour les feux de la rampe … sans s’y brûler les ailes. Notre collaborateur Ivan A. Alexandre a signé au Capitole de Toulouse une nouvelle mise en scene d’Hippolyte et Aricie de Rameau accueillie par une pluie de louanges. « Ce spectacle est d’un raffinement extrême », pouvait-on lire dans Le Monde. « Les costumes aux harmonies voilées de Jean-Daniel Vuillermoz sont d’une élégante beauté, comme les lumières d’outre-monde d’Hervé Gary ou les ingénieux décors de toiles peintes (plus de 2 500 m2 !) par Antoine Fontaine. Les chorégraphies de Natalie Van Parys sont d’une force émotionnelle rare… A la tête de son Concert d’Astrée (choeur et orchestre des grands soirs), Emmanuelle Haïm fait du beau travail. » Même son de cloche du coté du Figaro qui saluait « l’évidence d’une pure beauté esthétique… La mise en scène d’Ivan Alexandre n’affirme pas : elle suggère. Les personnages de la tragédie lyrique n’étant pas proches de nous, il joue de cet éloignement au lieu de chercher un réalisme hors de propos… Belle direction d’Emmanuelle Haïm, extrêmement attentive au texte et à la vie de sa déclamation. » Et pour Libération, c’est « le baroque à l’état pur, dans sa féerie mais aussi son hypnotique statisme… Déployant progressivement ses charmes, de l’aride au somptuaire, cet Hippolyte et Aricie est magistral. » Bravo l’ami ! « 

Miskolc – Hongrie – Festival International Opera – 23 juin 2007avec Mester Viktória, Bretz Gábor, Gál Gabriella, Fodor Gabriella, Rezsnyák Róbert, Geszty Veronika, Hajnóczy Júlia, Bucsi Annamária

 

? – février 2003 – Opera Lafayette – dir. Ryan Brown – avec Robert Getchell (Hippolyte), Gaële Le Roi (Aricie), Jennifer Lane (Phèdre), Bernard Deletré (Thésée)

 

Saint-Louis – Opera Theatre – 14, 16, 20, 22, 24 juin 2001 – dir. Jane Glover – mise en scène Graham – avec Sari Gruber (Aricie), Ziegler, Marcel Reijans (Hippolyte), Maddalena, Morris Robinson (Pluton)

 

Palais Garnier – 17, 18, 20, 21, 22, 24, 25, 26, 28, 29 septembre 1996 – Opéra de Nice – 16, 18, 19 janvier 1997 – Montpellier – Corum Berlioz – 6, 7 février 1997 – Théâtre de Caen – 14 et 15 février 1997 – Musikverein de Vienne – 17 février 1997 – en version de concert – Brooklyn Academy of Music de New York – 7, 9, 10 et 11 mai 1997 – Les Arts Florissants – dir. William Christie – mise en scène : Jean-Marie Villégier – décors Nicolas de Lajartre – costumes Patrice Cauchetier – chorégraphie Ana Yepes – lumières Bruno Boyer – avec Mark Padmore, Paul Agnew, Anna-Maria Panzarella, Annick Massis, Lorraine Hunt, Isabelle Vernet, Laurent Naouri, Thierry Félix, Eirian James

Hippolyte et Aricie à l'Opéra de parisHippolyte et Aricie au BAM

Opéra International – novembre 1996

« Jean-Marie Villégier exerce, sur le livret et sur la partition, une lecture d’une littéralité absolue et un regard critique approfondi, comparant l’ouvrage à une grande forme, héritée de Lully, que des frivolités chorégraphiées auraient « mitée ». En outre, il souligne à quel point l’abbé Pellegrin s’appuie sur la Phèdre de Racine, qu’il suppose connue de chaque spectateur, jusqu’à en faire le « pré-prologue » de l’opéra et le socle de son propre livret. Face à un ouvrage ainsi désuni, Villégier présente une quasi-tragédie classique (situations et sentiments y sont exprimés au premier degré), qu’interrompent des divertissements dansés (l’ironie, souvent grinçante, y règne en maître). Direction d’acteurs serrée et puissante, chorégraphie débordante de vitalité et d’imagination, costumes aussi magnifiques dans l’éclat que dans l’ironie (celui des Trois Parques – trois hommes dans une seule robe à paniers – demeure une inoubliable et inquiétante vision)…Si la direction musicale de William Christie et la qualité orchestrale des Arts Florissants méritent bien des éloges, il n’en va pas de même avec la distribution vocale, dont l’unité stylistique n’existe pas et dont le niveau musical est fort inégal. Qu’y a-t-il de commun entre Laurent Naouri (Thésée) ou Lorraine Hunt (Phèdre), et Mark Padmore (Hippolyte) ou Eirian James (Diane)? Rien. Si les deux premiers nommés dessinent des personnages fermes, possèdent une diction et un style dramatique idoines, et maintiennent une ligne de chant qu’aucune subtilité déclamatoire ne trouble, il n’en va pas de même des seconds, dont le timbre peu gracieux, la composition drama-tique molle, ainsi que l’émission vocale poussée et trop large sont à la limite de l’acceptable, dans une telle institution nationale. Si on oublie la translucide Anna Maria Panzarella (Aricie), et la basse Nathan Berg (Jupiter, Pluton, Neptune) qui ensable sa voix dans la langue française, les seconds rôles ne sont pas tous fameux, à part la fraîche et joyeuse soprano Patricia Petibon (L’Amour), le fort prometteur Yann Beuron (Arcas, Mercure) et la solide Mireille Delunsch (La Grande Prêtresse, Une chasseresse). » (Opéra International – novembre 1996)

Diapason – novembre 1996 – Hippolyte et Aricie en proie au doute et au conflit – à propos des représentations au Palais Garnier
Diapason septembre 1996 – Hippolyte à l’Opéra
Opéra International – septembre 1996 – Rameau au Palais Garnier – Jean-Marie Villégier – entretien
Opéra International – septembre 1996 – William Christie bisse Hippolyte et Aricie – entretien

 

Opéra Théâtre de Metz – 23 septembre 1994 – dir. Marc Minkowski – avec Véronique Gens, Bernarda Fink, Massis, Mark Padmore, Smythe, Bastin

 

Beaune – Festival International de Musique Baroque – Cour des Hospices – 10 juillet 1994 – dir. Marc Minkowski – avec Véronique Gens, Bernarda Fink, Feighan, Massis, Mark Padmore, Smythe, Laurent Naouri

 

Versailles – Journées Rameau – 11 et 13 juin 1994 – version de concert – dir. Marc Minkowski – avec Véronique Gens, Jean-Paul Fouchécourt, Bernarda Fink, Smythe

 

Opéra de Leipzig – 8, 13 et 19 mai 1993 – dir. Udo Zimmermann – mise en scène, décors et costumes Gottfried Pilz – chorégraphie Elisabeth Clarke – avec Juliane Banse (Aricie), Anne Howells (Phèdre), Edith Chmiel (Oenone), Justin Lavender (Hippolyte), Tomas Möwes (Thésée), Johann-Werner Prein

 

New York – Merkin Concert Hall – 29, 30 novembre 1989 – Concert Royal Baroque Orchestra – version de concert

 

Théâtre municipal de Lausanne – 17 mars 1987 – dir. Jean-Claude Malgoire – mise en scène Pier Luigi Pizzi – Production d’Aix en Provence – avec Danielle Borst (Aricie), Felicity Palmer (Phèdre), Marie-Christine Porta, Elisabeth Baudry, Valérie Chevalier (la Chasseresse, la Grande Prêtresse, Peter Jeffes (Hippolyte), Ionel Pantea, Frangiskos Voutsinos, Reinaldo Macias, Regiland Boyce

Costume pour Aricie - P. L. PizziCostume pour Hippolyte - P. L. PizziCostume pour Diane - P. L. PizziCostume pour Thesee - P. L. Pizzi

« Parfaite codification de la couleur et du geste, jeu de formes et de signes ponctué par d’époustouflantes trouvailles dramaturgiques…Peter Jeffes campe un Hippolyte émouvant, avec une voix capiteuse…tandis que Danielle Borst reste une Aricie cristalline, fragile…mais déterminée dans son sentiment amoureux. Le contraste est total avec la Phèdre de Felicity Palmer. Le personage est racinien et la soprano britannique lui donne un format de tragédienne…Jean-Claude Malgoire dirige avec sa traditionnelle énergie. Les phrasés et la pulsation rythmique sont impeccables… » (Opéra International)

Opéra Comique – 16, 18, 20, 22, 23, 25, 26, 28 mars 1985 – reprise de la production d’Aix en Provence de 1983 – Ensemble baroque William Christie – dir. William Christie – mise en scène, décors et costumes Pier Luigi Pizzi – chorégraphie François Raffinot – avec Danièle Borst/Donna Brown, Véronique Dietschy/Marie-Christine Porta, Anne Howells/Brigitte Lafon, Agnès Mellon/Isabelle Poulenard, Valérie Chevalier, Marie Duisit, Jerry Hadley/Christopher Cameron, Ludwig Baumann/Philippe Bohée, Thierry Dran, Stephen Dupont/Jean-Philippe Courtis

« La mise en scène de Pizzi toujours aussi merveilleusement intelligente, sensible, symbolique sans excès, des costumes et décors d’une ravissante tonaalité…Grâce à William Christie, la partition acquiert une vigueur fascinante, rude et dense, souple et nerveuse…Distribution excellente…Danielle Borst peint une Aricie touchante et ssobre…Anne Howells trouve des accents de tragédienne, des gestes décantés…pour incarner d’une voix pleine, sensuelle et chaude, le dramatique personnage de Phèdre…Véronique Dietschy, charmante Diane…Christopher Cameron a campé un Hippolyte vibrant, tendrement amoureux, sobrement victorieux… » (Opéra International – mais 1985)

Opéra de Lyon – 6 mars 1984 – dir. John Eliot Gardiner – mise en scène Pier Luigi Pizzi – production du festival d’Aix en Provence de 1983 – avec Anne Marie Rodde (Aricie), Jennifer Smith (Diane), Carolyn Watkinson (Hippolyte), John Aler, Jules Bastin, Gilles Cachemaille (Thésée)

« Le merveilleus travail, scénique et pictural, de Pizzi n’a rien perdu de sa fraîcheur et de beauté plastoique absolument grandiose. C’est un véritable régal que de voir ces sublimes décors baroques, noir et or, sur lesquels les ravissants costumes jettent de somptueuses taches de coculeurs vives tranchant encore sur ces visions infernales, noirs personnages qui accompagnent inexorablement le destin du héros… »

Festival d’Aix en Provence – Théâtre de l’Archevêché – 15, 18, 22, 27, 31 juillet 1983 – coproduction avec l’Opéra de Lyon – English Baroque Solists – Monteverdi Choir – dir. John Eliot Gardiner – mise en scène Pier Luigi Pizzi – chorégraphie Catherine Turocy – avec Jessye Norman (Phèdre), Rachel Yakar (Aricie), Jennifer Smith, John Aler (Hippolyte), José Van Dam, Jules Bastin, Jean-Claude Orliac, Gilles Cachemaille

Hippolyte et Aricie

vidéo intégrale

https://www.youtube.com/watch?v=ajVGZWGuiAE (1)https://www.youtube.com/watch?v=Bm3OpgFt03E (2)

Opéra International – septembre 1983

« Refusant la reconstitution historique, Pier Luigi Pizzi nous procure un bonheur total, qui ne se démentira à aucun moment »… »Décors baroques, opposition du monde de la couleur et de la lumière avec celui des ténèbres, changement de décors à vue, mouvements de foule, divestissements dansés dans l’esprit de la spontanéité et de l’improvisation par le remarquable enensemble du New York Dance Company sur des chorégraphies de Catherine Turocy, cete fête en perpétuel mouvement forme un saisissant contraste avec l’extraordinaire présence immobile de Jessye Norman »… »Cette incarnation efface de la mémoire les Phèdre les plus bouleversantes, celle de Janet Baker compris »… »Elle ne fait pas oublier le Thésée de José Van Dam…qui créé ici un de ses plus grands personnages »… »L’américain John Aler confirme en Hippolyte l’enthousiasme suscité lors des Boréades l’an dernier…Nous tenons là un grand ténor ramiste »… »Toute la distribution est exemplaire, comme Rachel Yakar, Aricie frémissante »… »Les English Baroque Soloists et plus encore le Monteverdi Choir, sous la direction de John Eliot Gardiner sont les premiers responsables de cette fête sonore. »

Opéra International juillet/août 1983 – « Hippolyte et Aricie, tragédie-ballet » – Festival d’Aix en Provence

 

Théâtre Musical du Châtelet – 6 juin 1983 – version de concert – dir. Jean-Claude Malgoire – avec Grégory Reinhart (Jupiter), Carolyn Watkinson (Phèdre), Françoise Destembert, John Elwes, Anne-Marie Blanzat (Aricie), Urik Cold (Thésée).

 

Athènes – 1980 – English Bach Festival – dir. Charles Mackerras

 

Londres – Covent Garden – 1980 – English Bach Festival – dir. Charles Mackerras

 

Berlin – juillet 1980 – dir. Jean-Claude Malgoire – avec Malone, Dooleye, Knutsen

 

Oxford – English Bach Festival – 1978 – Opéra Royal du Château de Versailles – 7 juin 1978 – The English Bach Festival Chorus (dir. Nicholas Cleobury) – La Grande Écurie et la Chambre du Roy – dir. Jean-Claude Malgoire – mise en scène Lila Lalandi – avec Ian Caley, ténor (Hippolyte), Arleen Auger, soprano (Aricie), Carolyn Watkinson, mezzo-soprano (Phèdre), Edda Moser, soprano (La Grande Prêtresse de Diane, une Chasseresse), Anne-Marie Rodde, soprano (L’Amour, une Bergère), Sonia Nigoghossian, mezzo-soprano (Oenone), Lyliane Guitton, soprano (Diane), Jocelyne Chamonin, soprano (Une Prêtresse), Ulrik Cold, basse (Thésée), Max von Egmond, basse (Pluton, Jupitere), Jean-Claude Orliac, ténor (Un Suivant de l’Amour, Première Parque), Michael Golthorpe (Mercure, Tisyphone, Arcas), Michel Hubert (Troisième Parque)

 

Strasbourg – Opéra du Rhin – 20 avril 1974 – Opéra de Marseille – 1974 – dir. Jean-Claude Casadesus – mise en scène Pierre Barrat – scénographie Jean-Claude Maret – chorégraphie Robert Thomas – avec Luisa Bosabalian (Phèdre), Anna-Maria Miranda (Aricie), Dany Barraud (Diane), Claude Calès (Thésée), André Mallabrera (Hippolyte), Jean Brun (Pluton)

« Or avec la Phèdre de Luisa Bosabalian, l’Aricie d’Anna-Maria Miranda, la Diane de Dany Barraud; le Thésée de Claude Cales, l’Hippolyte d’André Mallabrera et le Pluton de Jean Brun, nous avons déjà une distribution solide, éloquente, une équipe homogène, efficace, rompue à tous les périls du chant français baroque. Le choeur est bien entraîné, le décor modeste mais ingénieux, les costumes sont simples mais bien choisis. La mise en scène respectueuse, claire, peut-être un peu pauvre elle aussi, vient de Strasbourg (Pierre Barrat). La chorégraphie, d’une imagination très néobéjartienne, vient de Marseille ».

Boston – Back Bay Theatre – 6 avril 1966 – New York City Opera – dir. et adaptation Osbourne McConathy – mise en scène Sarah Caldwell – avec Placido Domingo (Hippolyte), Beverly Sills, Jeannine Crader (Phèdre), George Fourie (Thésée), Boris Carmeli (Pluton), Carol Bogard (Diane)

Birmingham – 1965 – production du Barber Institute

 

Paris – Festival du Marais – 3 juin 1964 – Choeur Elisabeth Brasseur – Orchestre de la Sté des Concerts du Conservatoire – dir. Jacques Jouineau – mise en scène de Marcelle Tassencourt – costumes de François Ganeau – chorégraphie de Pierre Lacotte – avec Monique Linval (L’Amour), Rachel Yakar (Aricie), Michel Sénéchal (Hippolyte), Jane Rhodes (Phèdre), André Vessières, Georges Jollis (Pluton), J. Summer (Jupiter), Michel Hamel (Mercure), Maurice Delaunay (Tisiphone), Suzanne Lafaye (Oenone), Isabel Garcisanz (Diane), Stanislas Stakewicht (Neptune), Claude Bergerey (Bergère), Roger Trentin (Arcas), Yannick Houet (Grande Prêtresse), Antoine Selva, Maurice Sieyeès et Roger Trentin (Les Parques).

New York Academy – 11 avril 1954

 

Bâle – 1931 – en allemand

 

Société des Concerts du Conservatoire – 18, 25 janvier 1914 – avec M. Delmas (Thésée)

 

Opéra de Paris – 1908 – dix représentations, la première le 10 mai (ou six représentations, la première le 13 mai) – révision Vincent d’Indy – dir. André Messager / Paul Vidal – mise en scène Paul Stuart – décors Jusseaume, Rochette, Landrin, Carpezat et Ronsin – chorégraphie Léo Staats – costumes Pinchon – avec Mlle Gall (Aricie), Lucienne Bréval (Phèdre), Hatto, Rodolphe Plamondon (Hippolyte), Delmas, A. Gresse – Ce fut la première oeuvre montée par Messager devenu directeur de l’Opéra. Louis Laloy pensa relancer les représentations en procédant à des coupes importantes dans les divertissements dansés, mais le public ne suivit pas, et il n’y eut que six représentations.

Lucienne Bréval en PhèdreCostume pour AricieCostume pour ThéséeCostume pour Hippolyte« un spectacle plus intéressant qu’attrayant, même aux oreilles averties… Vincent d’Indy a, autant qu’il put, respecté le dialogue dramatico-récitatif de préférence au reste. Il semble avoir tergiversé quelque peu, en conservant un Prologue aussi superflu que puéril… Hippolyte et Aricie n’en demeure pas moins aujourd’hui un spectacle factice… La reconstitution que nous offre notre opéra, néanmoins, s’atteste des plus louables… L’ensemble de l’interprétation mérite les meilleurs compliments… (Jean Marnold – avril 1908 – dans « Musique d’autrefois et d’aujourd’hui »)

Paris – Société des Concerts du Conservatoire – 16, 23 février 1908 – fragment du IIIe acte – dir. Georges Marty – avec M. Delmas (Thésée)

 

Genève – 28 mars 1903 – première reprise – dir. Jacques-Dalcroze

Paris – Société des Concerts du Conservatoire – 22 mars 1840, 21 mars 1842 – Trio des Pârques – dir. François habeneck – avec Alexis Dupond, Wartel, Alizard, Ferdinand Prévot (Pluton)