Montezuma

COMPOSITEUR Carl Heinrich GRAUN
LIBRETTISTE Frédéric II /Giampietro Tagliazucchi
ENREGISTREMENT ÉDITION DIRECTION ÉDITEUR NOMBRE LANGUE FICHE DÉTAILLÉE
1966 1996 Richard Bonynge Decca 2 (extraits) italien
1991 2011 Johannes Goritzki Delta 2 italien
2010 Sergio Azzolini Celestial 2 italien

DVD

ENREGISTREMENT ÉDITION DIRECTION ÉDITEUR FICHE DÉTAILLÉE
1982 2012 Hans Hilsdorf Arthaus

Tragedia per musica, écrite sur un livret en prose française de Frédéric II, le roi-philosophe, inspiré de l’Alzire de Voltaire, versifié en italien par le poète Giampietro Tagliazucchi. L’opéra fut représenté au Hofoper de Berlin, le 6 janvier 1755, sous la direction du compositeur, dans une mise en scène de la baronne von Weerts.

La distribution réunissait notamment la soprano Giovanna Astrua (Eupaforice), le castrat alto Porporino (Ferdinando Cortès), le castrat mezzo-soprano Giovanni Amadori (Montezuma).

Le livret relate la fin du dernier roi aztèque, assassiné en 1520 par le conquérant espagnol Cortès.

Personnages : Montezuma, empereur du Mexique (soprano), Eupaforice, reine de Tlascala, épouse de Montezuma (soprano), Tezeuco, serviteur imperial (ténor), Pilpatoè, general imperial (soprano), Erissena, confident de la reine (soprano), Narvès, commandant espagnol (soprano), Ferdinando Cortés, condottiere espagnol (soprano)

 

Représentations :

Versailles – Opéra Royal – 10, 11 février 2011 – Concerto Elyma – dir. Gabriel Garrido – mise en scène Claudio Valdès Kuri – représentations annulées

 

Berlin – Schiller Theater – 26, 28 janvier 2012 – version de concert – dir. Michael Hofstetter – chef de choeur Eberhard Friedrich – avec Vesselina Kasarova (Montezuma), Anna Prohaska (Eupaforice), Pavol Breslik (Tezeuco), Florian Hoffmann (Pilpatoè), Adriane Queiroz (Erissena), Michael Maniaci (Ferdinando Cortes), Ann Hallenberg (Narvès)

 

Potsdam – Neues Palais von Sanssouci – Schlosstheater – 21, 22 janvier 2012 – Kammerakademie Potsdam – dir. Sergio Azzolini – mise en scène Geoffrey Layton – décors, costumes Anna Eiermann – dramaturgie Micaela von Marcard – avec Florin Cezar Ouatu (Montezuma), Laila Salome Fischer (Erissena), Makoto Sakurada (Tezeuco), Mark Chambers (Pilpatoè), Paolo Lopez (Cortes), Gerald Thompson (Narvès)

 

Edimbourg – King’s Theatre – 14, 15, 17 août 2010 – Madrid – Teatro del Canal – 15, 17, 18, 20, 21 septembre 2010 – Guanajuato – Teatro Juárez – International Cervantino Festival – 14 octobre 2010 – Concerto Elyma – Coro de Ciertos Habitantes – dir. Gabriel Garrido – mise en scène Claudio Valdés Kuri – décors Herman Sorgeloos – lumières Carsten Sander – costumes Ximena Fernández – avec Flavio Oliver (Montezuma), Lourdes Ambriz (Eupaforice), Rogelio Marín (Tezeuco), Lucía Salas (Pilpatoé), Lina López (Erissena), Adrián George Popescu (Fernando, Cortes), Christophe Carré (Navrès) – nouvelle coproduction avec Theater der Welt ; Teatro Real de Madrid ; Instituto Nacional de Bellas Artes ; Festival Internacional Cervantino

Opéra Magazine – novembre 2010 – 20 septembre 2010

L’oeuvre, qui se réfère à une des pages les plus noires de la conquête du Mexique, n’a pas été choisie par hasard : en 2010, on célèbre le 200e anniversaire du début du processus d’indépendance des républiques ibéro-américaines.

D’emblée, force est de constater que le public ne s’est pas bousculé dans la Sala Roja du récent Teatros del Canal d’une capacité d’environ huit cent cinquante places, choisie pour accueillir le spcctacle. La production ingénieuse et fluide du metteur en scène mexicain Claudio Yaldes Kuri, tour de force de clarté et d’intuition dramatique, méritait pourtant un meilleur et plus large accueil. L’œuvre aussi, peut-être si l’on se passionne pour la période… Le livret porte la signature de Frédéric II de Prusse, qui l’avait écrit en français, avant de le faire traduire en italien par Giampietro Tagliazucchi. L’ambition du monarque était d’élever l’opéra au rang des tragédies de Corneille, Racine et Voltaire. Graun, quant à lui, savait alterner arie, ensembles, chœurs, duos, trios, et il livre une partition expressive, mouvementée, moins statique que nombre d’œuvres de l’époque. Dans cet affrontement entre civilisation et barbarie, la dualité de la structure opppose le récitatif chargé de narrer l’action, aux airs, qui exposent la contemplation et résolvent le discours dramatique.

Montezuma et Herman Cortes, les deux adversaires, sont confiés à des artistes à la voix et au physique étonnnants : le contre-ténor italo-espagnol Flavio Oliver et le sopraniste roumain Adrian-George Popeseu, tous deux parfaitement à l’aise dans ces tessitures diaboliques. Sans grands noms, le reste de la distribution offre plusieurs surprises agréables, telle l’émouvante Eupafolice (promise de Montezuma) de la soprano mexicaine Lourdes Ambriz, saisissante dans la scène finale du suicide. Les costumes de Ximena Fernandez, quant à eux, constitués de capsules de boissons gazeuses écrasées, sont fort originaux.

Bien défendu par la direction enlevée du chef argentin Gabriel Garrido, à la tête de l’excellent Concerto Elyma sur instruments originaux et du Coro de Ciertos Habitantes, Montezuma reste pourtant, avant tout, une curiosité. Il semble peu probable qu’il puisse de nouveau s’imposer au répertoire, hors commémorations historiques de ce type.”

ConcertoNet

“Montezuma est un petit bijou (très petit, d’accord, mais un bijou, quand même). Si l’on pense à Haendel, la déception ne se fait pas attendre, au détour d’une aria, pendant un duo, ou pendant les ensembles. D’ailleurs, il y a l’histoire. Un roi, Frédéric de Prusse, illustre, cultivé et inventeur de l’impérialisme et du militarisme prussiens donne des leçons au monde contre Machiavel en devenant un de ses meilleurs disciples, le Machiavel du Prince, pas celui des Discours. On peut mépriser l’histoire que le librettiste Frédéric raconte, mais il faut accepter qu’un thème comme celui-ci ait été impossible quelques années plus tôt dans les théâtres uropéens. C’est déjà un progrès, on est au milieu du XVIIIe siècle. Mais, en musique, cela veut dire que le langage de Graun est un peu en retard. En philosophie, cela veut dire que les nouveaux thèmes du siècle qui finira comme on sait sont déjà sur la table. Le despotisme illustré existe partout en Europe, et ce n’est pas la même chose que l’Illustration. Bon, on n’est ici pour discourir sur l’histoire. Un dernier mot: mettre en scène le Montezuma de Graun a provoqué une petite polémique chez quelques uns de mes compatriotes à la peau trop délicate: la légende noire, une histoire sur la méchanceté des Espagnols pendant la conquête de l’Amérique! Tout ceci est un peu ridicule, mais la petite polémique a existé (très petite, mais polémique, quand même). Heureusement, le Teatro Real a produit ce spectacle, avec pas mal de partenaires internationaux allemands, britanniques et mexicains.

Il est important de voir un petit bijou, inconnu ou méconnu, comme celui-ci; j’avoue que je ne connaissais que les petits extraits enregistrés par Bonynge il y a quarante ans, ou plus, et les critères à l’époque n’étaient pas du tout semblables à ceux de Garrido. L’opportunité de faire une production avec un ensemble comme l’Elyma s’est présentée, dirigée par un Argentin et où participent de nombreux musiciens d’Amérique Latine. Et cela est important pour un théâtre espagnol de premier rang comme le Real. Mais on a vu également la collaboration avec une troupe théâtrale mexicaine d’un très haut niveau, dirigée par Claudio Valdés Kuri, et cela est tout aussi important pour un théâtre comme le Real. À part les qualités indiscutables des artistes, cette collaboration a tout son impact, et cela doit être le point culminant qui devrait conduire à des collaborations plus régulières avec l’Amérique latine, un monde bouillonnant, fascinant, et le partenaire naturel de l’Espagne, mais aussi du Portugal.

L’ambition et les desseins de cette production sont un peu à l’écart de ceux d’un théâtre d’opéra. D’abord, la mise en scène a été adaptée pour un autre théâtre, la salle Rouge des Teatros del Canal et non dans le la grande salle du Teatro Real. Cette grande salle n’était pas la plus adéquate pour un ensemble constitué d’instruments anciens comme l’Elyma, dont les sonorités sont subtiles, délicates, même dans les ensembles évoquant les mouvements, voire la violence (la méchanceté des Espagnols en action, par exemple). Le Canal convenait mieux, donc. Ce qu’on a entendu n’est pas une des meilleures prestations de l’Elyma et Garrido, très admirés partout, et dont le Monteverdi est insurpassable. C’est vrai que certains instruments donnent l’impression de jouer faux, comme le cor naturel, mais c’est un niveau de conscience sonore différent qu’on nous propose. Tout comme l’histoire du livret, qui sonne encore plus faux que cela.

Le quatuor vocal protagoniste est d’un niveau qui frôle l’excellence. C’est indiscutable pour les deux personnages principaux. Le contre-tenor italien Flavio Oliver compose un Montezuma à la ligne noble, et réussit dans les ambigüités ou les doubles sens proposés par Valdés. Un chant beau, celui d’un falsétiste qui ressemble parfois au contralto, avec des graves qui n’ont rien du falsetto. La soprano mexicaine Lourdes Ambriz obtient un succès très mérité avec son rôle riche en vocalises, agilités, bravoures même; Ambriz est une soprano lyrique et parfois tout à fait soprano légère; elle a une expérience de l’opéra large et profonde et aussi dans un groupe vocal comme Ars Nova. Avec Oliver et Ambriz, la soprano Lucía Salas, elle aussi mexicaine, et le contre-tenor roumain Adrian-George Popescu complètent une distribution très digne, avec des rôles secondaires d’un bon niveau, même si parfois ce ne sont encore que des débutants.

La troupe de Valdés mérite une «mention spéciale». Ce n’est pas une troupe comme les autres, une compagnie plus ou moins aléatoire, mais un groupe d’acteurs et de chanteurs avec une grande cohésion, une consistance intérieure considérable pour un travail d’équipe où, par exemple, les chanteurs déplacent eux-mêmes les décors. Et cela signifie une vision différente, un éthique opposée à celle de l’opéra. D’ailleurs, Valdés Kuri propose de nombreuses images, enrichit le texte-partition naïf-pervers, et se moque un peu de l’idéologie de Frédéric (idéologie en ce qu’elle est une fausse conscience qui justifie les faits, les «bienfaits» et les «méfaits» de son royaume: lui, Frédéric, c’est Montezuma, mais il n’est la dupe de personne, il envahit la Silésie avant que cela soit trop tard). La deuxième partie (acte III) mêle l’ensemble Elyma et le martyre de Montezuma avec des personnages du Mexique d’aujourd’hui, pittoresques, redoutables, tendres, sensuels, dangereux, y compris une espèce de jeune-mort, parce que la Mort comme squelette est une des icônes obligées de l’imaginaire mexicain. Il fallait voir le très sérieux Garrido en train de disputer son petit espace aux acteurs-chanteurs qui faisaient semblant de ne pas trop le respecter. Il y avait, donc, une complicité entre les desseins très différents personnifiés par Garrido et par Valdés. L’opéra original dure plus de quatre heures. Heureusement, le spectacle proposé ne dépasse pas, interlude mis à part, deux heures et demie. Je ne sais pas si c’est Valdés ou Garrido qui a emprunté un très beau morceau de Manuel de Sumaya, musicien mexicain du XVIIIe siècle, un canon, une petite fugue pour illustrer les personnages du Mexique d’aujourd’hui. Mais le choix est une réussite: avec Sumaya on assiste à un beau finale, pas héroïque, pas idéologique, pas faux comme dans la Hofoper de Berlin en 1755.

Un beau spectacle, une approche tout à fait différente pour un titre méconnu du répertoire (nous espérons que Garrido et l’Ensemble Elyma réaliseront un enregistrement, l’avenir du titre lui-même étant un peu incertain). Quatre bons chanteurs, un ensemble musical sérieux et une foule d’images théâtrales riches, même dans les moments les plus complexes.”

 

Potsdam – Schlosstheater, Neues Palais, Sanssouci – 24 juin 2010 – Kammerakademie Potsdam – dir. et basson Sergio Azzolini – mise en scène Geoffrey Layton – décor Anna Eiermann – dramaturgie Micaela von Marcard – avec – Florin Cezar Ouatu (Montezuma), Mireille Delunsch (Eupaforice), Raquel Andueza (Erissena), Makoto Sakurada (Tezeuco), Mark Chambers (Pilpatoe), Paolo Lopez (Cortes), Gerald Thompson (Narvès)

 

Montpellier – Salle Pasteur – 17 juillet 1990 – dir. Jan Latham-Koenig – avec Jennifer Larmore (Montezuma), Ewa Malas-Godlewska, Jean-Luc Viala (Teseuco), Maria Bayo (Pilpatoe), Catherine Napoli, Isabelle Vernet (Ferdinand Cortes), Anne-Sophie Schmidt

“On aurait volontiers ajouté quelques éléments, vrais ou faux, de couleur locale. L’opéra pourtant superbe de Graun avait grand-peine à trouver sa vraie dimension théâtrale. A cette longue succession d’airs isolés, il manquait des couleurs et de la chaleur. la faute en revient-elle à la direction impersonnelle de Jan Latham-Koenig ou à des interprètes trop soucieux de bien faire et par là rarement épanouis au sein d’une partition qu’ils découvraient avec une extrême prudence. Là où on attendait des héros, on ne rencontrait que de bons élèves. On salue néanmoins la performance très séduisante, très contrôlée, de Jennifer Larmore. D’Ewas Malas-Godlewska, on retiendra la précision des vocalises et des aigus, tout en regrettant une dimension vocale sensiblemnt insuffisante.” (Opéra International – septembre 1990)

 

Berlin – 7, 8, 11 et 12 septembre 1989 – dir. Hans Hilsdorf – mise en scène Herbert Wernicke – avec Iris Vermillion, Denning, Gudrun Sieber, Gayer, Vogel, Grönross, Mercker

 

Festival de Spolète – 1987 – dir. Hubert Soudant – mise en scène Winfried Bauernfeind – scénographie Martin Ruprecht – coproduction Westdeutscher Rundfunk – Cologne

 

Opéra de Berlin-Ouest – 6 novembre 1981 – Bayreuth – Markgräfliche Opernhaus – 1982 – Orchester der Deutschen Oper Berlin – direction Hans Hilsdorf – mise en scène Herbert Wernicke – avec Alexandra Papadjiakou (Montezuma, mezzo), Sophie Boulin (Eupaforice, soprano), Gudrun Sieber, Catherine Gayer, Barbara Vogel, Walton Gronroos, Karl-Ernst Mercker

“Spectacle d’un raffinement extrême et d’une grâce inouïe. La musique…est d’un charme prenant et constant, sinfonie alertes, magnifiques arie”…”éblouissant spectacle”…”Alexandra Papadjiakou, jeune mezzo grec au timbre d’ambre”…”et Sophie Boulin qui a emporté un véritable triomphe. Cette jeune soprano colorature…a littéralement enthousisamé le public par sa belle technique”. (Opéra International – janvier 1982)