La Liberazione di Ruggiero

Page de titre de la partition de 1625

COMPOSITEUR Francesca CACCINI
LIBRETTISTE Ferdinando Saracinelli
DATE DIRECTION EDITEUR NOMBRE LANGUE FICHE DETAILLEE
1989 Yusre Arimura FOCD 2 italien
1993 Richard Burchard Nanerl Recordings 1 italien
Wladyslaw Klosiewicz Pro Musica Camerata 1 italien

 

Balletto rappresentato in musica, représenté le 3 février 1625, à la Villa Poggio Imperiale (*) à Florence, en l’honneur de du Prince Ladislas de Pologne (1595 – 1648), futur roi en 1632 sous le nom de Sigismond IV.
(*) située sur la colline d’Arcetri, la villa Poggio Baroncelli fut construite au XVIe siècle. En 1624, elle devint la résidence de la Grande-Duchesse Marie Madeleine d’Autriche, veuve de Cosimo II de’ Medici, et prit le nom de Villa Poggio Imperiale.

Le livret, en un prologue et trois scènes, inspiré de l’Orlando furioso de L’Arioste, fut écrit par Ferdinando Saracinelli, poète et surintendant de la musique de la cour. Alfonso Parigi se chargea des décors, dont son fils Giulio Parigi, grava cinq représentations.

Il se termina par un grand ballet équestre, Il Ballo delle Signore Dame : quatre groupes de vingt-quatre chevaliers, en costumes blancs, rouges, bleus, verts, avec des casques dorés garnis de plumes, sur des chevaux couverts de lourdes armures, paradèrent pendant une demi-heure, en chantant, sur une musique de violes.
Il fut repris à Varsovie en 1628 dans une traduction polonaise, du poète polonais Stanislas Serafin Jagodynski (v. 1594 – 1644), sous le titre Wybawienie Ruggiera z Wyspy Alcyny (*), premier opéra italien représenté à l’étranger.
(*) réédition récente par Instytut Badan Literackich PAN – avril 2008

L’œuvre est considérée comme le premier opéra composé par une femme.
Le livret fut édité deux fois par Pietro Cecconcelli, l’année de la représentation, sous le titre : La Liberazione di Ruggiero dall’Isola d’Alcina. Balletto Rappta in Musica al Ser.mo Ladislao Sigismondo Principe di Polonia e di Suezia Nella Villa Imp.le della Sereniss.ma Arcid.ssa d’Austria Gran Duch.sa di Toscana.
La partition fut également éditée en 1625. Des extraits furent repris par Hugo Goldschmidt en 1901.
Une édition moderne de la partition, pour piano et voix, de Doris Silbert, parut en 1945, chez Northampton, Mass., Smith College ; une seconde en 1961, de Brian Clark.

« A la fin de le Renaissance, le ténor et compositeur des princes Médicis, Giulio Caccini (décédé en décembre 1618) incarne dans le panthéon des compositeurs italiens, tel un astre premier, l’un des maîtres fondateurs de l’opéra naissant. Le nouveau genre musical manifeste, aux côtés de la peinture et de l’architecture, le génie artistique de la Florence baroque. Encouragé par Vincenzo Galilei, le père de l’astronome, Caccini se spécialise dans une nouvelle écriture lyrique qui place la voix au premier rang. L’écriture monodique s’impose comme l’illustre son traité « Le Nuove Musiche » de 1602. Ainsi naît l’opéra où le nouvel art vocal favorise l’expression des passions humaines. Le chant accompagné par une « basse continue » devient le manifeste esthétique de toute une époque. Celle adoratrice de l’Antiquité et nostalgique de sa pureté originelle.
Sa fille aînée, Francesca (1587- vers 1640), elle même chanteuse, reprend le flambeau paternel. « La Cecchina », comme on l’appelle alors, servit aussi les Medicis, écrivant divertissements et spectacles pour leur plaisir. Ainsi, son opéra « La liberazione di Ruggiero dall’Isola d’Alcina », créé à Florence en 1625, reste l’aboutissement de ses recherches musicales et théâtrales et, dans l’histoire, le meilleur exemple d’opéra florentin du « premier baroque ». Nous voici à la « source » de l’opéra italien. Une source à laquelle Monteverdi saura nourrir son oeuvre révolutionnaire. C’est qu’ici, le roman sentimental, chevaleresque et merveilleux, d’après l’Arioste, permet une représentation exacerbée où l’amour s’oppose au devoir, et la magie à la nature. Haendel reprendra au XVIIIe, la trame de l’histoire en soulignant la solitude de l’enchanteresse Alcina, impuissante à garder auprès d’elle Roger, celui qu’elle aime véritablement. »

(Concert classic – 15 mars 2002)

« Unique ouvrage scénique de la fille de Giulio Caccini qui nous soit parvenu, cette Libération de Ruggiero, créée à Rome en 1625 et fréquemment reprise hors d’Italie, à Varsovie en 1628 par exemple, relève encore de l’esthétique des premiers spectacles de Cour florentins (recitar cantando prédominant, interpolation d’un long balletto dont la musique a été perdue, courts airs strophiques…), à mi-chemin entre les intermezzi renaissants et l’opéra à proprement parler. L’écriture vocale est d’une absolue beauté, la soprano virtuose, Francesca Caccini, a sur ce point retenu toutes les leçons de son père; et l’œuvre recèle ainsi quelques moments proprement magiques (scène des Sirènes, lamento « Ferma, ferma crudele »). (Guide de la musique ancienne et baroque)

« Une ouverture précède le prologue où paraît Neptune, et où il y a un choeur à six voix, chanté par les divinités des eaux ; on y trouve également un petit duo et un terzetto pour voix de femmes.
Après le prologue, nouvelle ouverture, ainsi que cela se pratiquait encore beaucoup plus tard par Cambert, mais non par Lully. Les personnages chantent bien plutôt sous la forme de récitatifs que d’airs. Page 16, petit chœur de jeunes filles, entremêlé d’un petit duo et d’un petit terzetto.
A la page 28, on rencontre une ritournelle pour trois flûtes, ce qui prouverait que Cambert, malgré ce qu’en dit Saint-Évremond, n’a pas inventé ces ritournelles pour flûtes.
A la page 8, il y a une indication qui met un peu sur la voie, pour deviner ce que pouvait être l’orchestre qui accompagnait cette pièce. Là se trouvent quelques mesures pour quatre violes, quatre trombones, orgue portatif et un instrument à clavier qui n’est pas autrement désigné.
A la page 44, on lit un chœur à quatre voix de jeunes filles, suivantes d’Alcine ; toutes les quatre chantent en clé d’ut première. Puis vient encore un chœur de monstres, à cinq voix mixtes.
A la page 67, on cite un ballet dansé par huit dames de la suite de l’archiduchesse, et par huit cavaliers, mais on n’en donne pas la musique. » (Bibliothèque du Conservatoire National de Musique et de Déclamation – Jean Baptiste Weckerlin – Paris – 1885)

Partition – reconstruction libre de A. Gentile
Fac simile de la partition de 1625 – réédition SPES – 2003


Représentations :

Via del Lago – Braccianao – Chiesa Santa Maria del Riposo – 2 juin 2012 – dir. Anna De Martini – mise en scène Simone Caviello – costumes Cinzia Di Dio

 

Seattle – Cornish Opera Theater – novembre 2011 – dir. Stephen Stubbs – mise en scène et chorégraphie Anna Mansbridge – décors Montana Tippett – costumes Christine Meyers – lumières Connie Yun – avec Christine Knackstedt (Alcina), Erika Chang, Gretchen Conrad, Turi Henderson, Angela Hsu, Achil Jackson, Kolton Kolbaba, Octavia McAloon, Thomas Thompson, Danica Winkley, José Luis Munoz, Sarah Best, Faith Coben, Peter Durham, Maya Horowitz, Matthew Reed, Toivo Rovainen, Olivia Spenser, Meg Strader, Vaula Torkola



extraits vidéo (1 ; 2 ; 3 ; 4)

 

Château de Montfrin (Gard) – 5 septembre 2009 – Ateliers baroques de Montfrin – dir. Gabriel Garrido

 

Paris – Maison de la Radio – Salle Olivier Messiaen – 17 mars 2002 – version de concert – Ensemble et Choeur Elyma – dir. Gabriel Garrido – avec Adriana Fernandez (Alcina), Alicia Borges (Melissa), Furio Zanasi (Ruggiero), Alain Clément (Neptune), Stephan Van Dyck (le fleuve Vistule, Astolfo), Elisabeth Holmertz (Dame d’honneur I), Katherine Hill (Dame d’honneur II), Mélanie Remaud (Dame d’honneur III), Catarina Costa e Silva (Dame d’honneur IV), Sacha Hatala (Dame d’honneur V), Blandine Staskiewicz (la Messagère d’Oreste), Katia Velletaz (la Sirène), François-Nicolas Geslot (le Berger), Marina Lodgensky (une Plante encorcelée, une Dame).

 

ResMusica – 18 mars 2002

« Coïncidence ? Une grosse semaine après la Journée Internationale des Femmes, voilà que Gabriel Garrido vient apporter un point d’orgue à ce décidément remarquable cycle « Figures de l’Antique » de Radio-France ; en créant salle Olivier Messiaen ce qui semble être le premier opéra de l’histoire, écrit d’une féminine main. Dans ce domaine comme en tant d’autres, on en conclura donc que le beau sexe ne s’est montré ni maladroit, ni tardif : 1625, la monteverdienne Favola d’Orfeo (Crémone, 1608) venait tout juste d’avoir dix-huit ans ! Et un quart de siècle seulement venait de s’écouler depuis la création florentine du premier opéra connu, au sens moderne du terme : l’Euridice de Jacopo Peri (1600). Florence, justement — et la cour des Médicis —, c’est le lieu de naissance de cette première (?)Alcina du tout nouveau genre musical.
Festivité de cour oblige, il s’agit de surcroît d’un opéra-ballet, avec prologue et conclusion allégoriques. Genre qui ne perdurera guère dans la Péninsule, à l’opposé de la France ; mais où on connaît au moins trois grands représentants sur trois siècles : Ercole Amante de Cavalli (pour la France justement), Armida de Rossini, ainsi que Le Villi de Puccini. Qui est donc cette Francesca Caccini, surnommé « la Cecchina » ? La fille de ce Giulio qui nous a laissé quelques admirables Arie Antiche (airs extraits de ses opéras), ou Le Nuove Musiche ? Oui, mais pas seulement : une véritable enfant de la balle ! A famille de musiciens peu sexistes ses spécialistes ; l’aînée Francesca aura la composition comme Papa, mais aussi le chant (on suppose qu’elle fut elle-même sa propre première Alcina). La cadette sera une cantatrice demandée, créatrice de l’Arianna de Monteverdi, dont on a, au moins, conservé le célébrissime et poignant Lamento.
Elle paraît avoir composé un nombre important d’opéras ; tous, sauf celui-ci, ont disparu. A l’écoute de La Liberazione, il est vivement permis de le regretter. Gabriel Garrido donne splendidement la réplique à René Jacobs, grand spécialiste de l’opéra du Nord italien (sa magnifique trilogie Cavalli chez Harmonia Mundi, pour preuve…). L’Argentin, qui ressuscite ou ressource de manière exemplaire le patrimoine baroque de son continent, est devenu en quelques années une incontournable référence monteverdienne (une autre brillante trilogie, chez K517 cette fois) ! Pas inutile en l’occurrence : « la » Caccini parle d’emblée le Monteverdi courant.
L’instrumentarium est fort cuivré (quatre trombones…), et dès le Prologue se reconnaissent des réminiscences d’un Orfeo qui serait déjà aux Enfers. Car l’Alcina caccinienne (Adriana Fernandez), à la différence de son ambiguë et complexe héritière haendélienne, est beaucoup plus conforme à l ’original de L’Arioste : c’est une incarnation du Mal, une véritable Circé, magicienne jouissant de ses rapts et soudainement amoureuse. Ruggiero est bien entendu un autre personnage « important » (Furio Zanasi, excellent dans un rôle un peu terne) ; mais c’est essentiellement, en tout manichéisme, la fée libératrice Melissa (extravagante Alicia Borges) qui porte en elle l’exutoire théâtral et musical.
Autour de ces trois protagonistes se meut une foultitude de partenaires : personnages secondaires, intervenants issus du chœur, chœur lui-même. L’effectif très ténu, et d’une extraordinaire qualité, choisi par Garrido pour ses instrumentistes donne d’emblée des gages de réussite qui seront honorés. Les cordes sont magnifiques, et outrepassent, déjà, le simple emploi de soutien du madrigal, genre que pratiquait aussi Donna Francesca. Aux flûtes et cornets, de même qu’aux trombones précités, d’ourler avec couleur et éclat un chant d’une incroyable variété.
Autant la structure de l’opéra est très libre, avec son immense premier acte dont la durée est plus que double que celle des deux derniers ; autant l’écriture vocale s’impose comme sans cesse renouvelée, au service du drame. Le parlé-chanté de Caccini senior (recitar cantando, récitatif —un jour cela deviendra le Sprechgesang !) prédomine, bien entendu. Mais ne sont pas omis – comme dans les Madrigaux de Monteverdi – les variations libres, ariosos, airs embryonnaires avec ritournelles, duos, trios, ensembles… et finale !
Songer que la représentation s’accompagnait, donc, de ballets, donne une idée du faste de cette musique inventive, fraîche, tendre – et quasi pastorale (dans une histoire qui ne l’est pas). Monteverdi, toujours : le Combat de Tancrède et Clorinde n’est pas loin ; et son admirable nouveauté, sa fabuleuse licence, se devinent à nouveau ici. On s’attardera, au surplus, sur l’inventivité très baroque de situations et groupes de personnages. Ici, des chœurs de demoiselles, là des cavaliers et dames délivrés de l’emprise d’Alcina (ballet équestre). Le plus étonnant : ce chœur mixte de « plantes ensorcelées » (préfigurant par la thématique « les Fleurs » des Indes Galantes), où se peuvent entendre et goûter non seulement… des filles-fleurs, mais aussi des garçons-fleurs !
Gabriel Garrido, qui connaît ce répertoire comme sa poche, s’arc-boute sur une tension dramatique servie sur un plateau par une belle poésie, laquelle compense une trame plutôt pauvrette. Lissant chaque contour du texte maître et conducteur, il narre plutôt qu’il ne déclame, ce qui est excellent – aidé en cela par une équipe magnifiquement soudée. Au sein de laquelle on relèvera en particulier des choristes masculins solistes absolument transcendants. Lorsqu’on aura salué, pour conclure, la pertinence et le brio de ce week-end « Figures de l’Antique » conçu par René Kœring et ses collaborateurs, si riche en découvertes fécondes ; ainsi que la qualité de la documentation fournie (très nourrie de belles références littéraires), on conviendra que tous auront fait en sorte, ce 17 Mars 2002, que Francesca Caccini s’impose en fin de festivités avec l’aura de son héroïne d’opéra : en magicienne, bénéfique cette fois. »

Concertclassic – 15 mars 2002

« On se souvient avec quelles ardentes envolées, la chanteuse Nella Anfuso, s’est impliquée pour « restituer » ce parlar cantando, comprenez « parler en chantant » que les compositeurs florentins ont alors perfectionné. Voilà qu’un argentin cette fois, en la personne de Gabriel Garrido, reprend l’ouvrage. Mais avec des réussites passées qui ont démontré sa « maestria » singulière lorsqu’il s’agit de réveiller la magie de l’opéra italien. Son « Orfeo » de Monteverdi puis « Le retour d’Ulysse » du même auteur, deux ouvrages gravés chez l’éditeur K 617, ont dévoilé avec quelle aisance imaginative le chef, grand conteur, savait ouvrager ses lectures.
Avec cette « Liberazione », Garrido comble une lacune : il lève un voile sur le théâtre lyrique italien des années 1620, chaînon manquant entre les premières réalisations, proches de 1600, et les ouvrages de la maturité de Monteverdi (vers 1640). En version de concert, la représentation s’inscrit dans le cycle « Figures Antiques » que la Maison de Radio France accueille pour un week-end (15-16-17 mars). Ainsi Florence débarque à Paris. Sous la conduite d’un argentin mordu, voici donc les délices d’une époque fascinante où l’enjeu des musiciens est de fondre paroles et musique en un « tout » homogène : vocal, musical, dramatique et visuel. Pour ce faire, un plateau de solistes aguerris dont Furio Zanasi dans le rôle de Roger, ainsi que les instrumentistes de son ensemble Elyma sauront ressusciter l’imaginaire théâtral de la Florence de premières lueurs baroques. »

Guin (Suisse) Düdingen – Regensburg Neuburg an der Donau (Allemagne) – mai 1999 – dir. Gabriel Garrido – mise en scène Ruth Orthmann – avec Emanuela Galli (Alcina / Sirena), Alicia Borges (Melissa), Furio Zanasi (Ruggiero), Alain Clément (Nettuno), Ruben Amoretti (Vistolafiume), Alain Bertschy (Pastore), Haïda Housseini (Nunzia)


Teatro Metastasio di Prato – 20 décembre 1998 – Ensemble vocale strumentale « Giovanni Bardi » – dir. A.Curtis – mise en scène Pasquale D’Ascola

 

Breda (Pays Bas) – Chassé Théâtre – 1996 – Opéra d’Anvers – 1997 – Musica Antiqua Köln – dir. Florian Heyerick – Compagnie Opera Mobile – mise en scène Peter Jonckheer – chorégraphie Sigrid T’Hooft – décors Jan Verstraeten – costumes Marie Vandewoude – avec Anita Dur (Alcina), Jean-Claude Ohms (Ruggiero), Johanna Dur (Melissa), Greetje Anthoni (Sirena), Katrine Druyts, Inge van de Kerkhove, Pascale de Turck (Damigella), Steve Dugardin (Nunzia), Ian Degen (Piante incantate), Mark McFadyen (Pastore / Astolfo), Conor Biggs (Mostri, Koen Meynckens (Numi)

 

Varsovie – 1996 – Orchestre de Chambre de Varsovie – dir. Stephan Sutkowski


Münich – Staatstheater am Gärtnerplatz – 30 avril, 3, 4 mai 1994 – Münchener Biennale – arrangement Ada Gentile – dir. Nicolae Moldoveanu – mise en scène Marcus Schneider – décors et costumes Alexander Herrmann et Martin Triebswetter