Médée et Jason

COMPOSITEUR François Joseph SALOMON
LIBRETTISTE Abbé Simon-Joseph Pellegrin

 

Tragédie lyrique en cinq actes et un prologue, sur un livret de l’abbé Pellegrin sous le nom de La Roque. Représentée à l’Académie royale de musique, le 24 avril 1713.
Distribution : Mlle Poussin (L’Europe), Hardouin (Apollon) et Mlle Antier (Melpomène) pour le prologue, Mlle Journet (Médée), Cochereau (Jason), Thévenard (Créon, roi de Corinthe), Mme Pestel (Créüse, fille de Créon), Mlle Dun (Nérine, confidente de Médée), Dun (Arcas, confident de Jason), Mlle Antier (Cléone, confidente de Créüse), Buseau (Un Corinthien), Mlle Limbourg (Une Corinthienne), Dun (Un Démon), La Rosière (Un Magicien), Mlle La Roche (Une Magicienne), Mlle Mesnier (Une Nymphe), Chopelet, Mantienne, Le Mire (Matelots).
C’était la première création depuis que, après la mort de Pierre Guyenet, le 30 août 1712, et par un accord dit traité des syndics, signé le 24 décembre de la même année, la direction de l’Académie royale était revenue à Jean-Nicolas de Francine, le privilège étant cédé aux créanciers (Guyenet, ruiné, avait laissé un passif de 400 000 livres). Par ailleurs, André Cardinal Destouches avait été institué par le roi comme inspecteur général, le 8 janvier 1713.

L’œuvre fut reprise :

le 17 octobre 1713 avec des modifications, et quelques changements dans la distribution : Mlle Milon (L’Europe), Mlle Poussin (Créüse), Mlle Antier (Une Amazone) ;
le 1er mai 1727, avec Mlle Eremans (L’Europe), Chassé (Apollon) et Mlle Antier (Melpomène) pour le prologue, Mlle Antier (Médée), Tribou (Jason), Thévenard (Créon), Mme Pélissier (Créüse), Mlle Misnier (Nérine), Dun (Arcas), Mlle Souris (Cléone, une Corinthienne), Mlle Eremans (Une Amazone, une Nymphe), Tribou (Un Corinthien, un Matelot) ;

A l’occasion de cette reprise, le Mercure de France consacra à l’ouvrage un long article dans le numéro de juin 1727, intitulé : Observations sur l’Opera de Médée & Jason.
“Cet Opéra, qui fut condamné dès sa naissance à un oubli éternel, et qui ne furmonta qu’avec peine ce premier orage , n’en a point essuyé à cette derniere reprise. Les applaudissements ont été unanimes et la musique a eu beaucoup plus de partisans que le poème, et tout le monde convient qu’il n’y en a guère qui approche plus de celle du Grand Maître, sur qui tous les auteurs doivent se conformer, s’ils veulent donner du vrai et du beau. Il y a d’excellents morceaux dans tous les actes , la varieté règne par tout ; et quoique le poème soit assez long, il a paru trop court à la plupart des spectateurs. Le sujet, quoique des plus noirs, est devenu interressant par la maniere dont il est traité.
ACTE I
Jason fait connaître à Arcas , son confident , que ce n’est pas sans remords qu’il fait divorce avec Medée. Arcas a beau lui dire que les crimes de Médée l’autorisent à la répudier, Jason n’en est pas plus tranquille ; il se reproche surtout l’injure qu’il fait à ses enfants, que Créon fait élever dans sa Cour. Cette exposition était nécessaire, puisque la principale action devait être le meurtre de ces enfants par la main de leur propre mère. Tous ces remords n’empêchent pas Jason de se livrer tout entier à son amour dès qu’il voit paraître Creuse ; il le fait entendre par ces deux vers.
Mais Creuse vient en ces lieux,
Amour, c’est à toi seul de paraître à ses yeux.
Creuse troublée d’un songe, veut détourner Jason de l’Hymen que le Roi son Pere a résolu. Elle n’instruit pas Jason du songe qui l’oblige à lui faire cette prière. Son amant alarmé la soupçonne d’inconstance. Le désespoir où il se livre la force à lui déclarer que c’est l’amour même qui la fait parler ainsi. Voici comment elle s’exprime :

Quand je vous refuse ma main,
C’est l’Amour, et je l’en atteste,
Qui m’en inspire le dessein ;
Achever un Hymen qui vous fera funeste,
C’est vous plonger moi-même un poignard dans le sein.
De Médée en fureur que n’ai-je pas à craindre ?
Je crois déja la voir prête à vous immoler :
Ah ! dans un sang si cher son courroux va s’éteindre ;
Toute absente qu’elle est, elle me fait trembler.

Le fond de cette scène a paru intéressant. Le sieur Tribou et la Dlle Pelissier l’ont chantée et jouée avec tout le sentiment qu’elle demande. Creuse se retire à l’approche de Créon, à qui elle veut cacher son agitation. Le songe affreux dont elle est occupée, ne lui permet pas d’assster à une fête, quoiqu’elle soit destinée à son amant. On célèbre la victoire que Jason vient de remporter sur les Athéniens ; le Roi déclare à ses Peuples qu’il leur va donner ce héros pour Roi.
ACTE II
Creuse, toujours occupée du songe dont elle n’a point encore parlé, en confie enfin le secret à sa confidente. L’auteur rend raison de son silence par ces trois vers :
J’en aurais à Jason montré toute l’horreur,
Mais il aurait blâmé la douleur qui m’accable.
J’ai renfermé mon trouble dans mon cœur.
On n’a pas trouvé ces trois vers trop beaux, mais ceux qui ont expliqué le songe ont été plus goûtés ; les voici :

A peine le sommeil vient me fermer les yeux,
Que j’entends gronder le tonnerre ;
Un nuage s’entr’ouvre et du plus haut des cieux,
Je vois un char brûlant descendre sur la terre ;
Médée est dans ce Char qui fait frémir les airs.
Ses yeux étincelants de rage,
Sont plus ardens que les éclairs
Qu’on voit briller pendant l’orage.
Le Palais de Créon soudain est enflammé.
Jason, par l’Amour animé,
Cherche au travers des feux à s’ouvrir un passage ;
Contre lui, contre moi, tout l’Enfer est armé.
J’invoque en vain les Dieux, que pour lui seul j’implore ;
Sur lui Médée avance, un poignard à la main :
Je ne vois point le coup qui lui perce le sein;
Mais du sang de Jason ce poignard fume encore.
On a senti l’équivoque de ce dernier vers par la catastrophe, Médée en poignardant ses enfants a répandu le sang même de Jason. Quelques critiques ont trouvé que l’actrice à un peu trop chargé l’expression de ce songe ; mais elle a eu des apologistes, fondés fur ces vers qu’elle dit au commencement de la scène :
Puis-je voir sans frémir une image cruelle
Qui ne m’abandonne jamais.

Ces deux vers semblent l’avoir autorisée à mettre en action ce qui n’est qu’un récit ; elle croît voir encore ce qu’elle ne fait que raconter.
Médée arrive dans la seconde scène ; Creuse la reconnaît telle qu’elle l’a vue dans son songe ; elle veut fuir, mais sa rivale la rend immobile d’un seul coup de baguette. Elle fait étaler à ses yeux tout ce qui peut lui inspirer de l’effroi. Creuse n’en est point ébranlée, et ne commence de craindre que quand Médée lui dit qu’elle percera le cœur de Jason. Médée la congédie d’un second coup de baguette. Nérine, sa confidente, lui conseille d’essayer les voies de la douceur auprès de Jason, avant que d’en venir aux dernières extrémités. Medée y consent, et lui ordonne d’aller trouver Jason, et de lui dire qu’elle l’attend dans ces lieux écartés. Elle ordonne en même temps aux Démons de sa suite de rentrer dans les Enfers, et d’ordonner de sa part à la Jalousie d’en sortir peur exécuter ses ordres. Ce second acte finit par ces vers :

Et vous, Démons, rentrez dans l’infernal séjour ;
Allez armer pour moi la noire Jalousie ;
Qu’elle vienne servir ma haine et mon amour ;
Que Creuse éprouve à son tour
L’horreur dont mon âme est saisie.

ACTE III
Jason vient trouver Medée dans un bois où elle lui a fait dire qu’elle l’attend. Il tremble pour Creuse , et forme la résolution de calmer sa redoutable ennemie autant qu’il lui sera poflìble. Le théâtre change et represente un brillant palais, Des Démons transformés en Amours, Jeux , Plaisirs, et Nymphes, font la fête de ce troisième acte. Leurs chants et leurs danses n’ont pour objet que d’attendrir le cœur de Jason pour son épouse. La Jalousie conduit Creuse auprès de son Amant ; elle lui reproche son infidelité. Jason tremblant pour elle, lui jure qu’il l’aime toujours, elle lui répond en se retirant :

Eh ! bien si tu m’aimes encore,
Fuis de ces lieux et suis mes pas.

Jason veut suivre Creuse pour la désabuser ; Médée vient l’arrêter, et sur le refus qu’il lui fait de demeurer , elle le menace de la mort de son amant : ces dernières paroles font frémir Jason. La scène qu’il a avec Médée, a passé pour une des plus belles de la pièce ; en voici quelques vers :

Jason
C’est m’arracher ma vertu,
Que m’associer à vos crimes.
Médée
Quel reproche ! Dieux, j’en frémis :
Et c’est Jason qui m’en accable.
Quoi ! des Mortels le plus coupable !
Jason
Quels crimes font les miens ?
Médée
Tous ceux que j’ai commis.
Jason
Dieux ! le poison ? le parricide ?
Médée
Ce sent là nos communs forfaits.
Jason
Justes Dieux !
Médée
Je ne les ai faits,
Que pour trop aimer un perfide.

On convient que dans cette scène, le poète et le musicien se sont également bien servis. Jason quitte Médée en la menaçant de sa colère, si elle attente sur les jours de Creuse ; Médée au désespoir, jure de se venger avec éclat, elle ordonne aux Démons de se transformer en monstres furieux, et de porter le ravage par tout.
ACTE IV
Creuse commence ce quatrième Acte, Elle se plaint de la prétendue infidélité de Jason, et n’en est désabusée qu’après qu’elle a appris de lui qu’il n’est resté auprès de Medée, que parce que cette cruelle rivale a menacé les jours de son amant. Creuse, cependant, ne paraît pas tout-à-fait rassurée. Créon vient, il gémit des maux qui désolent son peuple; Creuse se retire après avoir dit ces quatre vers :

Le Roi vient : il gémit, cachons-lui mes alarmes ;
Dérobons lui des pleurs qui coulent malgré moi ;
Ses soupirs sont dignes d’un Roi,
Mais je dois rougir de mes larmes.

Rien n’est plus digne d’un Roi, que ce que dit Creon au sujet des malheurs dont son peuple est accablé, voici comme il parle :

Que de sang ! que de morts viennent de toutes parts,
S’offrir en foule à mes regards !
Ne puis-je être immolé pour un Peuple que j’aime !
Mais quand vous me montrez de si tristes objets,
Dieux ! dans chacun de mes sujets,
N’est- ce pas m’immoler moi-même ?

C’est bien dommage que les Dieux abandonnent un si bon Roi au pouvoir d’une mégère telle que Meéée. L’auteur a semblé vouloir excuser cette injustice des Dieux, en le rendant parjure, mais ce crime n’a pas paru assez grand pour être expié avec tant de rigueur.
Médée est arrêtée ; on la mène devant le Roi ; Jason demande grâce pour elle ; il l’obtient, à condition qu’elle partira dès le même jour ; Créon pour la remplir d’effroi, fait un serment horrible ; elle feint de consentir à son exil pour mieux tromper et Jason et le Roi. Les matelots qui doivent la reconduire à Colchos font prêts, à mettre à la voile ; Médée fait déchaîner les vents, et les flots, et par là Créonse voit dans l’impuissance de remplir son serment ; quel crime est plus pardonnable ? On a trouvé bien à dire à tout cela y mais les beautés que ces défauts ont produit l’ont emporté sur les défauts même. Passons au 5e acte.
ACTE V
On suppose qu’il s’est passé une nuit entre le quatrième acte & le cinquième, l’auteur le fait entendre par ces vers de Médée :

Les ombres de la nuit ont fait place à l’Aurore.
Et dans mon cœur le trouble règne encore.

Médée après avoir longtemps balancé entre sa fureur et l’amour qu’elle a pour ses enfants, évoque les Furies pour verser un sang qu’elle n’ose répandre ; ce qui donne lieu à un quatuor généralement applaudi. Les Furies l’ayant enhardie à la vengeance, elle leur ordonne d’entrer dans le palais de Créon, par ces six vers :

Mettons le comble à mes forfaits.
Ne rentrez pas encor dans les sombres abîmes ;
Vos Enfers sont dans ce Palais ;
Vous y trouverez vos Victimes :
Entrez, je vais me joindre à vous ;
Je veux porter les premiers coups.

Jason vient, Médée dissimule si bien avec Jason que les spectateurs sont attendris. Mlle Antier à joué cette scène avec un art infini, et bien des gens l’ont trouvée au-dessus de l’excellente actrice qui l’avait devancée dans le même rôle.
Les Critiques ont trouvé cette scène inutile, quoiqu’ils soient convenus qu’elle est bien traitée ; ils en prouvent l’inutilité par le pouvoir que Médée avait de se rendre invisible, aussi bien que les Furies qui font déjà entrées dans le Palais ; mais ceux qui ont jugé plus favorablement, ont dit qu’elle a voulu laisser à Jason le mortel regret de l’avoir introduite lui-même auprès de ses victimes.
Les Peuples viennent se réjouir du prochain départ de Médée, tandis que cette épouse outragée se venge de son infidele époux sur ce qu’il a de plus cher. Les Furies s’emparent du cœur de Créon, ce qui donne lieu à une scène de terreur ; à peine est-il rentré avec Creuse, que le palais est embrasé. Les Furies en empêchent l’entrée à Jason. Médée paraît enfin dans un char. Elle annonce à Jason que son amante touche à son dernier moment ; elle lui dit d’un ton ironique, qu’il peut reprendre, s’il veut, le nom de son époux , et sur l’aversion qu’il témoigne pour son hymen , elle lui répond :

Je viens d’en briser le lien ;
Du sang de tes enfans ce poignard fume encore,
Tu peux le plonger dans le tien.

Ces deux derniers vers justifient le songe. Jason veut se tuer ; les Gardes l’en empêchent, et Médée se sauve par le chemin des airs.”

le 21 novembre 1736, avec Mlle Eremans (L’Europe), Chassé (Apollon) et Mlle Julie (Melpomène) pour le prologue, Mlle Antier (Médée), Tribou (Jason), Chassé (Créon), Mlle Pélissier (Créüse), Mlle Julie (Nérine), Dun (Arcas), Mlle Monville (Cléone), Mlle Eremans (Une Corinthienne, une Amazone, une Nymphe), Dumast (Un démon), Cuvillier (Un Matelot), Fontenay, Cuvilier (Magiciens), Albert, Cuvilier, Dumast (Furies).

Marie Sallé y dansa un pas de deux avec David Dumoulin dans la troisième et la quatrième entrées.
Le Mercure de France de novembre 1736 commente ainsi cette reprise : Le 21, l’Académie Royale remit au théâtre la tragédie de Médée et Jason, dont le poème est de M. de la Roque, et la musique de feu M. Salomon, ordinaire de la Musique du Roi. Cette pièce, qui est trsè bien exécutée, et très favorablement reçue du public, avait été donnée dans sa nouveauté au mois d’avril 1713, et reprise dans le même mois de 1727. Au reste cet opéra est fort bien remis au théâtre. Le plaisir que font les représentations généralement applaudies, est égal à l’empressement que le public a témoigné de le revoir. Les rôles sont très bien remplis, et exécutés dans la grande perfection. Au Prologue, ceux de l’Europe, de Melpomène, et d’Apollon sont joués par Dlles Eremans, Julie et le Sr Person, et dan sla pièce, ceux de Médée et de Créuse par Dlles Antier et Pélissier, et cet ceux de Créon et Jason par les sieurs Chassé et Tribou. Les divertissements et les ballets composés par le Sr Blondi, sont aussi bien dessinés que variés, et très bien exécutés par les sujets de l’Académie. Les Dlles Sallé, Mariette et le Breton, les Sieurs Dumoulins, Dupré et Maltaire s’y distinguent. La Dlle Fel chante divers petits airs détachés, cantatilles, et ariettes avec un art et un goût exquis, surtout un air italien qui est universellement applaudi.

le 22 février 1749, avec Mlle Romainville (L’Europe), Le Page (Apollon) et Mlle Coupée (Melpomène) pour le prologue, Mlle Chevalier (Médée), Jélyotte (Jason), Chassé (Créon), Mlle Fel (Créüse), Mlle Jacquet (Nérine), Albert (Arcas), Mlle Coupée (Cléone), Poirier (Un Démon), Cuvilier, Person (Magiciens), Mlle Romainville (Une Nymphe), Cuvilier (Un Garde), Albert (Un Matelot), Mlle Boismenard (Une Matelote, une Corinthienne), Poirier, Cuvillier, Person (Furies).

A cette occasion, Charles Collé écrivit dans son Journal des speacles de Paris : Le 20 (février), l’on a remis Médée & Jason, opéra de l’abbé Pellegrin & de Salomon ; les Cahusac, les Bonneval, les Laujon, les Mondorge, les Ballot, & quelques autres sont parvenus à faire regretter sincèrement cet abbé Pellegrin, si honni de son temps. Du moins savait-il parfaitement la mécanique de son métier. Ses poèmes étaient communs, mais assez raisonnables ; il n’y avait que le génie & l’esprit qui y manquassent. On y trouve souvent des fonds de scène très passables, quelques vers heureux, beaucoup de mauvais vers à la vérité, mais toujours lyriques. Médée & Jephté surtout sont des preuves de ce que j’avance.

Deux parodies en un acte en vaudevilles furent données au Théâtre Italien sous le même titre de Médée et Jason : la première, de Dominique, Lelio fils, & Romagnesi, le 18 mai 1727.
Dans son numéro de juin 1727, le Mercure de France lui consacre un long article : Le 18 Mai, les Comédiens Italiens donnèrent la premiere représentation de Médée & Jason, Parodie nouvelle. Cette pièce fut bien reçue du Public. Les sieurs, Dominique, Lelio fils, & Romagnesi en sont les auteurs. Nous abrègerons cet extrait, pour n’être pas obligé à répéter ce que nous avons déja dit dans celui de l’opéra du même nom, les auteurs de la Parodie ayant suivi le même plan. Nous remarquerons seulement les endroits qu’ils ont supprimés, pour réduire cinq actes à un seul. Acteurs : Médée : le Chanteur en Femme, Jason : le sieur Thomassin, Creuse : la Dlle Sylvia, Creon : Le fieur Paquetti, Arcas, confident de Jason : le sieur Dominique, Cleone, confidente de Creuse : la Dlle Thomassin.
On a supprimé la fête du premier acte , pour passer immédiatement de la scène de Jason avec Creuse, à celle qui commence le second acte dans la tragedie. Cette suite a paru très naturelle. Creuse, après avoir dit à Jason qu’elle ne saurait le rendre heureux, quoiqu’elle l’aime toujours, parce qu’elle craint que Médée ne se venge sur lui de son infidélité, explique les sujets de sa crainte à Cleone, et lui raconte le songe qu’elle a fait. Sa confidente lui répond que c’était le cauchemar. Médée arrive aussitôt dans un char volant ; les Démons qu’elle évoque chantent le chœur, « tremble Creuse , tremble », sur l’air: Ah ! vous avez bon air, bon air vous avez.. Médée étonnée de l’intrépidité de Creuse, lui dit qu’elle est la seule personne à qui elle n’ait pas fait peur. De là on passe à la première scène du troisième acte de l’Opera. Jason témoigne la frayeur que l’arrivée de Médée lui cause, par rapport à sa chère Creuse. La jalousie amène Creuse auprès de lui ; elle lui reproche son infidélité ; il a beau se justifier, elle lui ordonne de suivre ses pas pour lui prouver qu’il lui est fidèle. Il veut courir après elle , pour la rassurer ; Médée l’arrête. Cet acte est fuivi pied à pied, mais comiquement. Médée ordonne aux Démons de se transformer en Chats-Huants & en Loups-Garoux. Tout le reste de la tragédie subsiste dans la Parodie. Créon gémit des maux qui désolent ses Peuples, Médée se laisse prendre, elle est amenée devant Créon, qui, à la prière de Jason, borne son supplice à son exil. Mais comme Médée s’obstine à ne point partir à moins que Jason ne parte avec elle, Créon, pour l’intimider, fait un serment dans lequel il prie les Dieux de ravager toutes les vignes de Corinthe, & de le priver de l’aimable jus qu’elles produisent, si Medée n’est pas partie avant la fin du jour. Médée feint de consentir à son exil ; ce qui donne lieu aux Matelots qui doivent la conduire, de venir célébrer leur retour à Colchos, d’où ils étaient partis avec elle : c’est ce qui fait la seconde fête de cette Parodie. Les airs de violon, qui sont du sieur Mouret, ont été fort goûtés, & le sieur Lelio fils y a danse deux Entrées avec applaudissement. A la fête des Matelots succède le Monologue du cinquième acte de l’Opéra ; Médée n’évoque pas les Furies, parce qu’elle ne croit pas en avoir besoin pour faire un Quatuor. Elle fait les quatre parties toute seule en entrant de l’une dans l’autre. Ce Monologue est suivi de la scène de dissimulation ; Mdée entre dans le palais pour aller embrasser ses enfants, du consentement de Jason. Creuse arrive un moment après ; Jason lui dit que Médée est prête à partir, et qu’ils n’ont plus rien à craindre de sa part. Creon vient agité des Furies, & Médée paraît dans son char. Jason tremblant pour ses enfants , lui demande ce qu’elle en a fait ; Médée lui répond qu’il ne doit pas s’en embarrasser, par la raison qu’ils n’étaient pas de lui ; et comme dans un premier mouvement il lui dit : « Barbare, tu mourras », elle lui chante, en s’envolant dans lee airs : « Ah ! voyez donc comme il m’atteindra ! On vous en ratisse », etc. Tous les traits de critique tombent sur l’inutilité du serment de Creon, et sur l’unité de jour non observée.

 

Un seconde parodie, de Carolet, parut le 13 décembre 1736.

Livret disponible sur livretsbaroques.fr
Partition disponible sur partitionsbaroques.fr


80me Opé. La Tra. est de La Roque, (ou plutôt de l’Abbé Pellegrin sous ce nom) & la musiq. de Salomon: la premiere représentation s’en donna le 24 Avril 1713, & elle est imprimée partition in-4°. Le sujet du Prol. est l’Europe rassurée par Apollon & Melpomene, qui annoncent que ses maux vont finir par le retour de la Victoire, qui vient de se déclarer pour les Drapeaux de la France. Les Amours de Creüse, fille de Creon, Roi de Corinthe, traversées par Médée, femme de Jason, font le sujet du Poëme. Cet Opé. fut remis avec des changemens & des augmentations, le 17 Octobre suivant, & eut un grand succès, qui s’est soutenu dans les trois autres reprises qu’on en a faites en 1727, 1736 & 1749. (de Léris – Dictionnaire des Théâtres)

La musique comme métaphore – Ana Stefanovic – Une poétique de balance : Médée et Jason