Les Fetes d’Hébé ou Les Talens Lyriques

COMPOSITEUR Jean-Philippe RAMEAU
LIBRETTISTE Antoine Gautier de Montdorge
DATE DIRECTION EDITEUR NOMBRE LANGUE FICHE DETAILLEE
John Eliot Gardiner Erato 1 français
1997 Raymond Leppard EMI 1 (extraits) français
1998 William Christie Erato 2 français

 

Opéra-ballet en un prologue et trois entrées (O.C. IX), créé à Paris le 21 mai 1739. Antoine Gautier de Montdorge (1707 – 1768), maître à la Chambre aux Deniers du roi, poète amateur, est le seul ou le principal auteur du livret. Comme il ne signa pas d’abord son poème, le bruit courut que La Pouplinière, Gentil-Bernard et l’abbé Pellegrin y participèrent également.

Distribution : Mlles Sallé (Terpsichore), Bourbonnois (Amour), Marie Fel (Hébé), Eremans (Sapho), Mariette (*) (Eglé), Pélissier (Iphise), MM. Albert (**) (Alcée), Le Page (Tirtée), Jélyotte (Thélème, Mercure).

(*) Mlle Mariette, considérée comme la « sultane favorite » du prince de Carignan, était à la fois chanteuse et danseuse. Le rôle d’Eglé lui valut un grand succès. Elle était surnommée la Constitution de l’Opéra et la Princesse. A la mort du prince de Carignan, elle porta le deuil de son amant en longs voiles de crêpe.

(**) Chassé ayant quitté l’Opéra, Albert se trouva chargé des seconds rôles de basse-taille. Après le retour de Chassé, en 1742, il fut à nouveau chargé des troisièmes rôles.

Le succès fut au rendez-vous, et l’ouvrage fut donné plus de cinquante fois consécutives. Le dernier acte, intitulé la Danse, fut particulièrement bien accueilli, et selon le Mercure de juin, les plus difficiles ne se lassaient pas de le voir.

Le 14 juin 1739, Marie Sallé signifia verbalement son intention de prendre sa retraite définitive, ce qu’elle fit le 15 juin de l’année suivante. Elle avait alors trente-deux ans.

Le 14 juillet, une jeune danseuse italienne (*), Barbara Campanini fit ses débuts. Elle était arrivée de Parme en compagnie d’un danseur napolitain, Rinaldi Fossano, et on la surnomma Mlle Barberine ou la Barbarini. Rameau avait composé une entrée de ballet supplémentaire à leur intention.

(*) Barbara Campanini, née à Parme, le 7 juin 1721, morte à Barschau, en Basse-Silésie, le 7 juin 1799. Voltaire disait d’elle que Frédéric II de Prusse, qui l’avait invitée à Berlin en 1743, lui donnait plus d’appointements qu’à trois ministres d’état.

Dès le lendemain 15 juillet, le marquis d’Argenson notait dans ses Mémoires :

Il a paru hier une nouvelle danseuse à l’Opéra. Elle est Italienne ; elle s’appelle la Barbarini ; elle saute très haut, a de grosses jambes, mais danse avec précision. Elle ne laisse pas d’avoir des grâces dans son dégingandage ; elle est jolie, quoiqu’elle ait eu la f … en arrivant à Paris, causée par les eaux de la Seine qui ne manquent pas d’attaquer ainsi les étrangers qui y arrivent pour la première fois, et les purgent comme pour les avertir de se préparer à recevoir quantité de choses malsaines dans cette grande ville. Avec cela, elle a été fort applaudie ; il est à craindre que sa danse ne soit suivie. Nous voyons par là que Camargo a pris chez les étrangers les sauts périlleux qu’elle nous a produits. Notre danse légère, gracieuse, noble et digne des Nymphes va donc devenir un exercice de bateleur et de bateleuse, ce que nous prenons chez les Italiens et chez les Anglais. Ainsi a dégénéré et dégénère tous les jours notre musique céleste de Lully ; l’artiste l’emporte sur l’homme de goût, le mérite de la difficulté surmontée donne la vogue aux arts étrangers, et nous cédons sottement le pas quand nous en sommes si hautement en possession.

Le Mercure de juillet 1739 lui prodigua des appréciations flatteuses. Il vante l’entrée que la Barberina danse avec beaucoup de grâces, et plus encore de justesse et de légèreté, admire qu’elle passe l’entrechat à huit avec une vivacité surprenante, et trouve en fin de compte que son caractère de danse est dans celui de Mlle Camargo… Et, ce qui ne gâte rien : Avec de la jeunesse, de l’oreille et une force admirable, elle est bien faite et d’une taille convenable ; elle a beaucoup d’agrémens dans sa personne. Il faut ajouter que la Barberina était rapidement devenue la maîtresse du prince de Carignan.

La Barbarina 

Le Mercure d’août 1739 redouble d’éloges, évoquant un pas de deux que la Barberina a dansé avec son partenaire : il faut avouer qu’on n’a peut-être encore rien vu dans ce caractère pantomime et burlesque de si surprenant ni de si singulier.

Les Talens lyriques fut donné la dernière fois le 2 septembre, pour la cinquante-et-unième fois. Selon Dubuisson, on aurait pu le pousser plus loin encore.

On le reprit le 10 décembre 1739, pour remplacer Dardanus. Le directeur de l’Opéra Thuret, ayant considéré comme non valable le congé donné oralement par Marie Sallé, voulut la contraindre à paraître, mais elle s’en dispensa et signifia son congé par huissier le 17 décembre. Elle dut toutefois reparaître, et recueillit des louanges, de même que les demoiselles Mariette et Barbarina : Mlle Sallé a reparu avec toutes ses grâcesMlles Mariette et Barbaarina, par émulation, y ont fort attiré les applaudissements du public.

Des reprises eurent lieu en 1747, avec la Camargo dans le rôle d’Eglé, en 1756, avec, dans la distribution, Marie Fel, Mlle Puvigné et Poirier, puis en 1764, avec Sophie Arnould dans le rôle d’Iphise, et Le Gros dans le rôle de Mercure, avec une intelligence dont on ne l’aurait pas cru susceptible (Bachaumont).

Le 6 mars 1765, l’acte de la Danse fut intégré dans des Fragments joués devant le roi et la reine, après le Prologue du ballet héroïque des Amours des Dieux, de Mouret, et l’acte de l’Amour enjoué d’Antoine Dauvergne, avec des ballets de Laval père et fils.

De 1770 à 1777, des exécutions eurent lieu, sans le prologue et la première entrée.

Ainsi,  le 9 juillet 1770, Rosalie Levasseur, âgée de vingt-et-un ans, parut dans le rôle d’une Bergère dans l’acte de la Danse, s’attirant le commentaire de Bachaumont : Mademoiselle Rosalie a payé de sa personne pour ses camarades : le public ne peut que lui savoir gré de son zèle ; elle a très bien rendu les divers rôles dont elle était chargée ; elle acquiert de jour en jour plus de droit sur notre reconnaissance. Cette actrice précieuse plaît d’autant plus qu’elle n’est ni insolente, ni capricieuse comme les autres, et qu’elle joint à la meilleure volonté des talents décidés.

 

On compta plus de trois cents représentations jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

L’œuvre fut notamment jouée à Lyon, dans la salle du Jeu de Paume de la Raquette Royale, en 1749/50, à l’initiative de Mangot, beau-frère de Jean-Philippe Rameau.

 

Selon le Journal de Paris du 5 janvier 1777, rapportant les propos d’un proche de Rameau, les plus beaux morceaux des Talens lyriques avaient été composés pour l’opéra Samson : la musique du “Divertisement du Fleuve”, à l’acte I, était le morceau destiné à peindre l’eau jaillissante du rocher ; le grand morceau de Tirtée était celui de Sanson reprochant leur lâcheté aux Israélites ; le divertissement de l’acte III était la “Fête d’Adonis”.

 

On donna deux parodies en 1756 de la troisième entrée, considérée comme la meilleure : l’une, de Favart, sous le titre de l’Amour impromptu, à l’Opéra Comique, le 10 juillet, l’autre, de Araignon & Clément, au Théâtre Italien, sans succès, le 27 septembre, sous celui du Prix de l’amour.

 

Les FETES D’HBE, ou les Talens lyriques, 132me Opé. C’est un Ball. dont les paroles sont de M. Mondorge & de différens Auteurs, & la musiq. de M. Rameau. Il est gravé in-4°. fut donné pour la premiere fois le 21 Mai 1739, parodié sous le titre des TALENS COMIQUES, & remis le 25 Juillet 1747 & en Juillet 1756. Le sujet du Prolog. est Hebé, qui voyant l’inconstance des Dieux, abandonne l’Olympe, & cherche sur la terre un asyle plus heureux : il se passe entre cette Déesse, Momus, l’Amour, les Graces, Zéphyre, &c. L’Amour, après être venu rendre hommage à Hebé, annonce le sujet du Ballet, en l’engageant à venir voir sur les bords de la Seine triompher les talens lyriques. La premiere entrée, intitulée la Poésie, est remplie principalement par Sapho dans sa jeunesse, & Alcé, fameux Poëte Grec. La seconde, intitulée la Musique, est tirée de Platon & de Plutarque, & le sujet en est Tirtée, qui par la beauté de son chant anime tellement les Lacédémoniens, qu’ils remportent la victoire sur les Messeniens. Après les premieres représentations, on fit quelques changemens à cette entrée, qui la rendirent meilleure qu’elle n’étoit auparavant. La troisieme entrée enfin, est intitulée la Danse, & se passe entre Mercure amoureux d’une Bergere, qui par ses talens s’est rendue digne d’être admise à la Cour de Terpsicore. (de Léris – Dictionnaire des Théâtres)
“Pas de fil conducteur, mais trois histoires plaisantes et légères, inspirées de la mythologie ou de scènes quotidiennes, intitulées “la Poésie”, avec Sapho, “la Musique”, avec Tirtée, “la Danse”avec la bergère Eglé, élève de Terpsichore (Le Monde de la Musique – mars 1998)
 Synopsis

Prologue

Une campagne riante, avec au loin le mont Olympe.

Hébé (dessus) versait le nectar à la table des dieux. Lassée par l’inconstance des dieux, elle décide redescend sur terre où elle est poursuivie par Momus (haute-contre). Une douce symphonie annonce les Grâces, dont une porte l’arc de l’Amour, une autre porte son carquois. L’Amour (dessus) vient demander aux Thessaliens que l’on célèbre l’amour de la jeunesse. Puis il propose de se transporter sur les bords de seine. Une troupe de Zéphirs soutient le char destiné à Hébé.

Première entrée : la Poésie ou Sapho

Un bosquet, avec, dans le fond, deux portiques de verdure.

(1) Sapho (dessus), poétesse, que les Grecs surnommaient la « dixième muse », à la cour de Lesbos, gouvernée par Hymas (basse), a été touchée par les talents d’Alcée (basse), poète également, mais ce dernier a été frappé d’exil par Hymas, à la demande de Thélème, favori de Hymas et rival d’Alcée. (2) Thélème (haute-contre), agité par le remords, rencontre Sapho qui nie être éprise d’Alcée. Thélème lui avoue son amour, et Sapho lui demande qu’il obtienne une grâce du roi. (3) Sapho apprend à Alcée qu’il est victime d’un rival jaloux, mais qu’elle espère, par son art, apitoyer Hymas. Tous deux invoquent le dieu des vers. Un bruit de chasse annonce l’arrivée du roi. Alcée se cache. (4) Hymas et sa suite arrivent, et s’installent pour voir la fête allégorique préparée par Sapho. (5) Le théâtre s’ouvre pour laisser voir, à travers des portiques de verdure, un lointain frappé de lumière : le point de vue est terminé par le cours d’un fleuve, et on aperçoit, sur le devant, une Naïade couchée sur son urne. Chant des Mariniers. La Naïade (dessus) se plaint être délaissée par un ruisseau. Bruit souterrain. Le Fleuve (basse) sort de l’onde et rassure la Naïade. Il fait revenir le ruisseau dont elle est éprise et tous deux chantent d’être réunis. (6) Sapho profite de la satisfaction de Hymas pour lui demander de pouvoir suivre Alcée dans son exil. Hymas annule sa décision. Thélème préfère s’enfuir. (7) Alcée apparaît et la fête continue. Le choeur chante la gloire de Sapho. (8) Le Ruisseau (haute-contre) et la Naïade, Sapho et Alcée, et le choeur chantent l’amour.

Deuxième entrée : la Musique ou Tirtée

Le péristyle d’un temple

(1) Iphise (dessus), princesse de Sparte, s’apprête à épouser Tirtée (basse), chef de l’armée lacédémonienne. Alors qu’elle se rémémore comment celui-ci l’a séduite par son chant, se prépare un pompeux sacrifice. (2) Mais Lycurgue (haute-contre), roi de Sparte, vient lui annoncer qu’un oracle s’oppose à ce mariage : Iphise est promise au vainqueur des Messéniens. Il la console en lui annonçant que Tirtée s’apprête lui-même à vaincre les ennemis de la cité. (3) Tirtée entraîne le peuple de Lacédémone au combat par son chant : passant brusquement du mode lydien au mode phrygien, il inspire l’ardeur à ses troupes (4) Iphise invoque l’oracle (haute-contre)pour connaître l’isue du combat. (5) Un Amour sort du temple et se joint au Génie d’Apollon qui entraîne le Génie de Mars. Ils s’unissent pour attirer le Génie de la Victoire. Celui-ci est suivi d’un Amour qui porte le flambeau de l’Hymen. (6) Iphise accueille Tirtée qui lui raconte comment il a été vainqueur. (7) Unis à Lycurgue, ils chantent l’amour. (8) Des nuages chargés de trompettes, de timbales, de hautbois et de bassons descendent sur le théâtre auquel l’orchestre s’unit. Tirtée annonce qu’Apollon veut se joindre à la victoire du chant. Chants de victoire.

Troisième entrée : la Danse ou Eglé

Un bocage et, au loin, un hameau

(1) Mercure (haute-contre) s’est vu promettre une conquête par Amour dans le hameau, mais ne veut pas se faire reconnaître. (2) Le berger Eurilas (basse) conseille de ne pas trop extérioriser son amour. (3) Mercure interroge Eurilas qui lui apprend qu’Eglé (dessus), à la demande de Terpsichore dont elle est l’élève, va se choisir un époux et qu’il espère être l’élu. Mercure le rassure. (4) Eglé arrive au son du hautbois du berger Palémon, ornée d’une guirlande de fleurs qu’elle doit présenter au berger de son choix. Mercure, de son chant, accompagne la danse d’Eglé. Palémon, jaloux et dépité, sort en cassant son hautbois. (5) Mercure déclare son amour à Eglé qui en est troublée. Il se dévoile et promet un amour fidèle à Eglé. (6) Les bergers du hameau arrivent en chantant. Danses. Eglé donne la guirlande à Mercure. Eurilas est déçu, mais se console qu’Eglé n’ait pas choisi un berger du hameau. Un Amour vole et apporte son caducée à Mercure qui se fait reconnaître de tous. Une symphonie brillante interrompt le chant des Bergers. (7) Le décor change et montre un jardin orné. Mercure annonce l’arrivée de Terpsichore et de ses Nymphes, ainsi que des Faunes et des Sylvains. Chants et danses. Mercure offre à Terpsichore de prendre Eglé dans sa suite. Terpsichore prend Eglé pour danser, et toute sa cour la reconnaît pour Nymphe de la danse, dès que la Muse lui a remis son tambourin.

 

Le synopsis est aussi sur le site Ars Musica

 

Représentations :

Oldenburgische Staatstheater – 19, 24 juin, 1er juillet, 27, 30 août, 12, 20, 22, 26 septembre, 21, 22 novembre, 15, 27 décembre 2009, 14 janvier 2010 – dir. Thomas Bönisch – mise en scène Jan Pusch, Hans-Jörg Kapp, Sebastian Ukena – chorégraphie Jan Pusch, Hans-Jörg Kapp, Sebastian Ukena – dramaturgie Johanna Wall, Honne Dohrmann – avec Barbara Schmidt-Gaden (Cephise), Mareke Freudenberg (La Statue), Ute Biniaß (L’Amour), Barbara Schmidt-Gaden (Sapho), Henry Kichlii (Hymas), Paul Brady (Alcée), Thomas Burger (Thélème), Mareke Freudenberg (Najade), Marcia Parks (Iphise), Thomas Burger (Lycurgue), Paul Brady (Tirtée), Anne-Katrin Kupke (Une Lacédémonienne) , Barbara Schmidt-Gaden (Eglée), Toshio Matsui (Eurilas) – nouvelle production intitulée La Fête, adaptée des Fêtes d’Hébé et de Pygmalion)

 
Bayreuth – Markgräfliches Opernhaus – Bayreuther barock – 26, 27 septembre 2008 – La Compagnie Baroque – Barockorchester des United Continuo Service – United Continuo Ensemble – Cracovia Danza, Ardente Sole – dir. Prof. Bernhard Epstein – mise en scène, décors Olga Motta – chorégraphie Romana Agnel – avec Constanze Backes, Julla Schmidt (sopranos), Theodora Baka, Martina Schänzle (mezzo-soprano), Jan Kobow (ténor), Henning Kaiser, Johannes Weiss (contre-ténors), Ralf Grobe, Markus Flaig (baryton-basses)

 

 

 Bruxelles – Palais des Beaux Arts – 16 décembre 1996 – Londres – Barbican Centre – 18 décembre 1996 – Théâtre de Caen – 20 décembre 1996 – Strasbourg – Opéra du Rhin – 10 mars 1997 – Mulhouse – La Filature – 18 mars 1997 – en version de concert – Les Arts Florissants – dir. William Christie – avec Sophie Daneman, Sarah Connolly, Maryseult Wieczorek, Paul Agnew, Jean-Paul Fouchécourt, Olivier Lallouette, Matthieu Lécroart

 Lyon – Théâtre de Fourvière – 1964 – représentation intégrale – dir. Carrière – avec Brumaire, Sarroca, Silvy, E. Arnaud, Linval, Sénéchal
Paris – Radio – 1952 – 1962 – avec Janine Collard, Esposito, Mallabrera, Roux

Dijon – 2 mars 1939

Monte Carlo – 24 janvier 1914 – dir. Jehin – avec Alexandrovitz, D. Gilly, Maguenat, M. Journet

Bruxelles – 1910 – exécution de la première entrée.