La naissance d’Osiris

 

COMPOSITEUR Jean-Philippe RAMEAU
LIBRETTISTE Louis de Cahusac

 

ORCHESTRE Chœur et Simphonie du Marais
CHOEUR
DIRECTION Hugo Reyne

 

Pamilie Stéphanie Révidat soprano
Une Bergère Céline Ricci soprano
Un Berger François-Nicolas Geslot haute-contre
Le Grand-Prêtre Bertrand Chuberre baryton-basse
Jupiter Florian Westphal basse

 

DATE D’ENREGISTREMENT 27 et 28 octobre 2005
LIEU D’ENREGISTREMENT Pouzauges – Centre Cultureel de l’Échiquier
ENREGISTREMENT EN CONCERT oui

 

EDITEUR Musiques à la Chabotterie
DISTRIBUTION Codaex
DATE DE PRODUCTION 24 août 2006
NOMBRE DE DISQUES 1
CATEGORIE DDD

Volume I de la collection RameauCritique de cet enregistrement dans :

Crescendo – février/mars 2007 – appréciation Joker

“L’oeil pétillant de gourmandise, Emmanuelle Haïm me disait un jour que tous les ballets de Rameau mériteraient de revenir à l’affiche tant ils regorgent d’invention. Il semble qu’elle train de se faire doubler par Hugo Reyne ! Après avoir longtemps travaillé sur le ballet de cour lullyste, ce dernier inaugure en beauté un nouveau label (Musiques à la Chabotterie) et une collection au titre alléchant : “Rameau ou le Compositeur des Lumières” avec le premier enregistrement mondial de La Naissance d’Osiris – à ne pas confondre avec Osiris, première entrée du ballet heroïque Le.s Fêtes de l’Hymen et de l’Amour, intitulé à l’origine Les Dieux d’Egypte, et qui témoignait déjà, en 1747, du goût français pour l’Egypte des pharaons. Composé pour célébrer la naissance du musiciens donnent une singulière danse des duc dc Beny, futur Louis XVI, La Naissance d’Osiris fut donné pour la première fois le 12 octobre 1754 au château dc Fontainebleau lors d’un spectacle, largement couvert par Le Mercure galant, qui réunissait également les Incas du Pérou (tiré des Indes galantes) et Pygmalion. Rameau estimait cette partition, dont il réutilisa plusieurs pages, à commencer par la mélodie de l’air du berger “Du printemps sur l’herbe fleurie” reprise quelques jours plus tard dans Anacréon. Dés l’Ouverture, les ramistes évolueront en terrain familier et s’amuseront à reconnaître tantôt la musique des Paladins, tantôt celle des Boréades ou encore tel air entendu dans Zoroastre. Ce ballet est un pur enchantement! Certes, la bergerie avec ses ariettes enjouées, ses “tendres musettes”, mais ces douceurs ne versent jamais dans la mièvrerie car le propos se renouvelle sans soit en cesse et l’allégorie accueille des danses d’une incroyable vivacité, sans parler des effets spéciaux empruntés au théâtre comme l’apparition, à grands renforts de coups de tonnerre, de Jupiter – mention spéciale pour le majestueux Florian Westphal. C’est du meilleur Rameau, frais et divertissant, qui plus est servi par des interprètes inspirés. La Symphonie du Marais n’a jamais sonné aussi bien, plus sûre, plus précise que dans ses disques Lully, le concert apportant sans doute cette étincelle qui fait toute la différence. En bis, clin d’oeil à cette fête du 14 octobre 1754, les musiciens donnent une singulière danse des Sauvages, un peu lourde, mais d’une savoureuse rusticité. Un disque léger et stimulant pour les matins chagrins.”

Le Monde de la Musique – décembre 2006 – appréciation 4 / 5

“On savait Hugo Reyne défenseur de la cause lulliste, on le découvre ramiste zélé. Pour le premier volume consacré à l’auteur de Platée, publié par son propre label, Musiques à la Chabotterie (résidence vendéenne de la Simphonie du Marais), l’artiste a choisi une oeuvre inédite, à peine dévoilée par une suite de danses voici dix ans (Mary Térey-Smith et la Capella Savaria — Naxos). Ce ballet allégorique en un acte agrémenta en octobre 1754 le séjour bellifontain de Louis XV et de sa cour. On entend généralement dans cette Naissance d’Osiris un hommage à celle du duc de Berry, futur Louis XVI. Certaines voix suggèrent d’autres événements royaux ou le souvenir de la paix d’Aix-La-Chapelle.Comme l’impose souvent ce genre d’exercice, la musique suit un argument anecdotique et symbolique : Pamilie, au sortir du temple de Jupiter, perçoit une voix lui commandant de saluer la naissance d’Osiris. A proximité dudit temple, Pamilie chante l’amour avec des bergers et bergères avant que le maître de l’Olympe n’acclame le héros du jour.Captée en concert, cette interprétation restitue toute la richesse harmonique et les couleurs instrumentales de la musique de Rameau. Hugo Reyne manifeste un plaisir évident à la diriger : contrastes de tempos idéaux, vigoureux élans rythmiques, souplesse naturelle des gavottes, rusticité savoureuse des musettes. Ces idées si justes mériteraient une réalisation plus précise : le choeur souffre de l’apparition mouvementée de Jupiter et les hautbois connaissent quelques écarts. Les chanteurs ont su éviter les épines que Rameau a semées dans cette campagne égyptienne et soignent leur diction au point de dispenser l’auditeur de recourir au livret. Cette enthousiasmante découverte s’achève par la célèbre Danse des Sauvages, clin d’oeil aux Indes galantes dont Les Incas du Pérou s accompagnaient avec Pygmalion la création de cette Naissance d’Osiris.”

Diapason – novembre 2006 – appréciation Diapason découverte

“Triple découverte. D’Hugo Reyn, chef rameauneur — après sept ans d’inlassable lullysme. De son jeune label vendéen dont voici le volume I. D’une prometteuse « collection Rameau ». Enfin de l’ouvrage, vrai trésor. Pourquoi, parmi la dizaine d’actes de ballets composés par Rameau, Osiris a-t-il vu passer devant lui La Guirlande, Les Sibarites ou Nélée & Myrthis ? Mystère.Car La Naissance d’Osiris ou la Feste Pamilie, en plus de la qualité constante de sa musique, tient deux atouts maîtres : sa destination et sa forme. Présentée devant la cour à Fontainebleau le 12 octobre 1754, cette Naissance célèbre celle, intervenue deux mois plus tôt, du Duc du Berry, futur Louis XVI, placé sous la tutelle du dieu égyptien—” illustre bienfaiteur de l’humanité”, précise Le Mercure. Quant à la forme, il s’agit certes une fois encore d’un acte pastoral, et, lisant les vers de Cahusac («.. Je ne pus chanter que l’amour / Je lui consacrai dès ce jour / Mon troupeau, mes chants et ma vie / Je ne vis plus que pour Sylvie… ») nous redirions avec Monsieur Jourdain : “Pourquoi toujours des bergers?” Mais cette bergerie-ci a sur La Guirlande et ses semblables un sérieux avantage : elle ignore le récitatif. Nul bavardage sur le berceau du dauphin, à peine quelques “récits “orchestrés, puis des ariettes, des duos, des choeurs, un tonnerre, des ballets figurés à perte de vue. De la musique, de la musique, de la musique. Vous reconnaîtrez ici tel Air gay des Paladins (l’ouverture…qui devient choeur final), là tel autre des Boréades (sans les paroles « Eh pourquoi se défendre »), opéras postérieurs à Osiris. Ne craignez pas ces doublons : la pièce se tient, on n’y compte pas une note de trop, l’imagination orchestrale le dispute au naturel de l’inspiration, tout coule de source et d’abord la joie, principe de l’ouvrage. C’est d’ailleurs cela qu’Hugo Reyne restitue à la perfection : la joie, le sourire, la fête autour du divin enfant. Ni pompe ni affectation. A cette Egypte bellifontaine, le chef trouve peu de raffinement : son petit orchestre sonne vert et frais, un rien chétif dans le Tonnerre mais prodigue partout ailleurs hormis le preux Bertrand Chuberre qui vainc sans effort apparent sa difficile « Flamme des éclairs », les solistes ont le gosier rustique, dépourvu aussi bien de verbe que de charme (hélas ! faut l’avouer, pour la musette « Du printemps sur l’herbe fleurie » ou le joli duo de la scène 3); le choeur a le teint sauvage ; le chef lui-même sacrifie technique, écriture et polyphonie au simple plaisir de jouer. Mais comme la musique lui parle et comme il la fait parler ! A l’image de la pièce, le concert, capté sur le vif à Pouzauges (Vendée) il y a un an, est une offrande. Musical et généreux, voilà ce qu’il demeure par-dessus tout. Et intégral : après les applaudissements, vient le bis. Surprise.”

Forum Opéra – appréciation 3 / 4

“Fontainebleau, 1754. La cour réunie pour la saison des chasses fête, dans le théâtre du château, la naissance du duc de Berry (le futur Louis XVI ; l’Histoire a de ces ironies étranges : l’enfant que l’on fête fut coupé comme l’Osiris de la fable qu’on lui offre !). Avec sa Naissance d’Osiris, Rameau assure une partie des divertissements. Les choses sont faites en grand, malgré une scène « resserrée ». Un trio d’exception préside aux festivités : Rameau ; Cahusac, le poète ; mademoiselle Fel, la cantatrice et la « Céleste » de Quentin de la Tour. Rameau fournit une de ses musiques les plus fines, entre charme pastoral et ouragans anticipant les Boréades à venir. Cahusac, versificateur facile, même s’il est plus connu pour sa liaison avec mademoiselle Fel, donne un texte de belle facture. Fel, justement, nous dit-on, éblouit par la souplesse de sa voix.La Chabotterie, 2005. Hugo Reyne, que l’on a connu impeccable lullyste, donne le coup d’envoi d’une nouvelle collection Rameau avec cette Naissance qui vaut donc doublement. Le coffret augure bien de la suite ne serait-ce que par la qualité formelle de l’objet : un beau boîtage, solidement documenté, joliment glacé et illustré. En bon maître d’œuvre, Reyne retrace le chemin de piste qui de manuscrit en « collette » (les fameux ajouts ramistes sur les partitions mêmes) a mené à l’enregistrement. Tout l’arsenal de l’orthodoxie baroque en somme…Tout l’arsenal et plus encore. Car l’orchestre vaut de l’or. Dès l’ouverture, avec ses rugosités de cordes graves, sa scansion balancée, on sait que l’on n’aura pas là un opus parmi d’autres. Reyne n’a pas été élevé au « lait » christien pour rien. La pâte est ciselée ici comme rarement, avec une attention portée aux bois (ce n’est que justice ; c’est Rameau tout de même), au scintillement d’une harmonie fruitée mais aussi toute pleine d’un esprit gentiment alangui (les rondeaux et autres gavottes) et d’une rusticité pleine de fraîcheur (les musettes, bien-sûr ; et dire que l’on jouait de ça sous les lambris de Versailles !). Et comme l’orchestre est à la fête avec un long ballet à la scène 4, le plaisir est complet. La partition est pourtant d’une difficulté insigne, avec son « Tonnerre » virtuose qui en impose autant aux chanteurs qu’aux instrumentistes et au chœur (brillant ici). Comme quoi la partie n’était pas gagnée d’avance !L’équipe des chanteurs est aussi bien belle, même si la prise de son, si tendre, maternelle, pour l’orchestre détaille d’un peu trop près les mécaniques des gosiers. Superbe pourtant la Pamilie de Révidat, très exacte vocaliste et plus encore ; timbre charnu, élégance, souplesse féline de la vocalisation qui relève le défi se rentrer dans les habits de mademoiselle Fel. Parfait aussi, le Berger de Geslot avec son élocution claire, sa science des registres et l’espèce de velours feutré qui tapisse sa gorge. Pleine de flamme, elle, la Bergère de Céline Ricci qui a un peu les défauts de ses qualités ; parfois brouillonne, intonation un peu basse à certains moments et éloquence poussée dans ces derniers retranchements par l’ariette de la plage 14. Quelques pailles par-ci par-là chez le Grand Prêtre de Chuberre (c’est lui qui souffre de l’inquisition d’un micro indiscret) malgré la rigueur et la virtuosité de son « ariette très vive » de la plage 9. Pâle sans doute, en regard de tout cela, le Jupiter de Westphal qui n’impose rien dans sa brève apparition malgré des moyens indéniables.Une belle, une très belle Naissance qui finit en feu d’artifices par un rappel inattendu (pas tant que ça en fait, puisque les Indes galantes partageaient l’affiche des représentations de 1754) de la Danse du Grand Calumet de la Paix, percussive et qui réunit toutes les qualités évoqués plus haut. Une œuvre de qualité et une équipe de choix. La rencontre militante de deux univers. On vous parlait des fastes du théâtre de cour sous Louis XV. Le voilà comme si vous y étiez. Que demande le peuple ? “

Opéra Magazine – février 2007 – appréciation 3 / 5

“Il ne faut pas s’y tromper, La Naissance d’Osiris n’est pas, comme on pourrait le croire, un ballet allégorique de second ordre destiné à distraire. Très inspiré, Rameau signe même avec lui, en cette année 1754, l’une de ses musiques les plus délicieuses. Bien sûr, les thèmes récurrents de l’époque, comme ici la célébration, ne varient guère et, en dépit des jolis vers de Louis de Cahusac, dieux et déesses s’accordent invariablement sur de douces préoccupations pastorales.Parfaitement à son aise dans ce registre tour à tour festif et délicat, Hugo Reyne exalte avec un égal bonheur les exubérances et les tendresses de l’orchestre ramiste. Dès l’ouverture, La Simphonie du Marais fait montre d’une belle mise en place. L’ensemble, fort homogène, sonne rond, sans excès exhibitionnistes. Les cordes tissent des lignes alertes et soyeuses tandis que les bois, ductiles et fruités, charment par leurs coloris recherchés. Les tempi enfin, toujours bien sentis, sans accélérations racoleuses ni effets de manche, laissent l’esprit et le caractère de la danse s’épanouir avec beaucoup de naturel.Ce sont les voix qui constituent le point faible de cet enregistrement. Chacun endosse son rôle avec coeur et sensibilité, rien de plus, rien de moins. Si la Pamilie de Stéphanie Révidat demeure en toutes cir­constances distinguée, on reste sur sa faim d’un point de vue stricte­ment vocal : le timbre, pourtant agréablement corsé, et les vocalises, fluides, ne suffisent pas à convaincre pleinement. Le Berger de François-Nicolas Geslot appelle les mêmes remarques. Doté d’une excellente articulation et d’un joli filet de voix, il reste comme extérieur à ce qu’il chante. La Bergère de Céline Ricci, le Grand Prêtre de Bertrand Chuberre et le Jupiter de Florian Westphal se situent encore un cran en dessous.