CD Motezuma

COMPOSITEUR Antonio VIVALDI
LIBRETTISTE Girolamo Giusti

 

ORCHESTRE Il Complesso Barocco
CHOEUR
DIRECTION Alan Curtis

 

Motezuma Vito Priante
Mitrena Marijana Mijanovic
Fernando Cortes Maité Beaumont
Ramiro Romina Basso
Asprano Inga Kalna
Teutile Roberta Invernizzi

 

DATE D’ENREGISTREMENT novembre 2005
LIEU D’ENREGISTREMENT San Martino al Cimino – Palazzo Doria Pamphili – Sala Olimpia
ENREGISTREMENT EN CONCERT non

 

EDITEUR Archiv
DISTRIBUTION Universal
DATE DE PRODUCTION février 2006
NOMBRE DE DISQUES 3
CATEGORIE DDD

 

 

Reconstitution partielle d’Alessandro Cicognini

 

Critique de cet enregistrement dans :

Classica / Répertoire – mai 2006 – appréciation Recommandé 9

“Régulièrement décrié pour les faiblesses de son orchestre et l’approximation de sa direction, Alan Curtis à la tête de son Complesso barocco mérite mieux que les ratiocinations dont il fait souvent l’objet. Les amoureux du baroque doivent en effet à sa fortune personnelle la révélation de nombreux inédits. L’indépendance financière de Curtis lui offre un accueil sans pusillanimité chez des éditeurs qui autrement hésiteraient à investir dans la rareté musicale. Curtis a ainsi pris le relais de l’intégrale pionnière des opéras de Haendel que McGegan effectua jadis chez Harmonia Mundi. Il a mis sur le devant de la scène des Vivaldi (Giustino) confidentiels en faisant le choix de distributions raffinées. C’est donc justice de le voir proposer la première mondiale du Motezuma de Vivaldi. Jadis pastichée, faute de manuscrits originaux, par un Jean-Claude Malgoire fasciné par la valeur politique du livret, l’oeuvre, roborative, paraît quelques mois après la révélation de Tito Manlio.
L’événement que fut la découverte du manuscrit dans les archives de la Sing-Akademie de Berlin par le musicologue Stefen Voss a été assez commenté dans la presse pour qu’on n’y revienne pas. Mais est-elle d’importance? Absolument, même si le début de l’enregistrement a un air de déja entendu, la symphonie d’ouverture étant celle de Griselda reutilisée dans Bajazet et l’air d’entrée de Motezuma celui de Tito (acte I scène 8). Peu importe : il caractérise la superbe du héros baryton, ses failles et ses doutes. Le choix du timbre masculin pour porter les tourments politiques d’un sultan, d’un consul romain ou d’un empereur exotique, souligne davantage l’originalité lyrique de Vivaldi parmi ses confrères et concurrents. Le castrat ou le travesti n’endosse pas la complexité humaine, mais le caricature. Et si Cortez, alias Fernando, assume le rôle du travesti casqué, c’est pour mieux signaler son arrogance et sa veulerie. Le seul héros est l’empereur mexicain dont la déchéance est une critique politique cryptée sous l’obligation du sentimental. Certes, ce Motezuma-là n’est pas le Huascar anticolonial des Indes galantes, mais Vito Priante donne au souverain mexicain une stature passionnante, aidé par un chant rageur et volontairement faillible. Face à lui, doté par Vivaldi de pages impressionnantes (“Dalla sdegno che m’accende” au premier acte, “L’aquila generosa” au III), Hernan Cortez trouve en Maite Beaumont un mezzo ductile et séducteur. Chacun des six personnages bénéficie d’ailleurs d’une distribution de luxe, nécessaire pour endosser une vocalité particulièrement échevelée. Inga Kalna pousse l’aigu comme un poignard habile et Marijana Mijanovic retrouve cet alto sombre et hanté qui la caractérise. Dans les récitatifs d’un grand dramatisme,Curtis effectue un sans faute. Son orchestre joue des couleurs et des oppositions d’affects avec une aisance remarquable. Merci à eux : ce Motezuma est un nouvel indispensable dans l’univers vivaldien.”

Crescendo – avril 2006 – appréciation 9 / 10

“La redécouverte en 1999 à Kiev d’archives de la Sing-Akademie de Berlin perdues pendant la Seconde Guerre mondiale avait été évoquée avec beaucoup d’espoir par les musicologues qui espéraient ainsi pouvoir remettre en lumière des partitions intéressantes. Parmi elles figurait un manuscrit comptant dix-sept des vingt-huit numéros de l’opéra Mote2uma dc Vivaldi, opéra dont on possédait le livret mais dont la partition avait disparu. Il en restait donc onze à reconstituer, tâche à laquelle se consacra Alessandro Ciccolini. un musicologue spécialiste en la matière, qui a composé des récitatifs et fait des emprunts à d’autres oeuvres du Prêtre Roux. Il n’y est pas question d’intrigue amoureuse mais de la conquête de l’empire mexicain sur lequel régnait Motezuma par le conquistador Femando Cortés. On peut maintenant apprécier les fruits de ce travail, se réjouir qu’il ait été fait et savourer les qualités de l’oeuvre grâce à la distribution de haut niveau qu’a réunie autour de lui Alan Curtis, un des chefs actuellement les plus présents sur les scènes des opéras et oratorios haroques. Le baryton Vito Priante assume avece aplomb le rôle titre de Motezuma. C’est cependant l’épouse de ce dernier, Mitrena, qui est le personnage principal, charge que Marijana Mijanovic endosse avec superbe.
L’air “S’impugni la spada” à la fin du premier acte est à cet égard tout simplement prodigieuxavec ses exigences techniques tellement bien maîtrisées. Roberta Invernizzi incarne Teutile la fille du couple, alors que Maïté Beaumont fait de même pour Cortes dont le frère Ramiro est campé par Romina Basso. La soprano Inga Kalma donne voix au général mexicain Asprano, son air du deuxième acte “D’ira e furor armato” avec accompagnement de trompette est un des grands moments de l’opéra. Tous doivent être associés dans les mêmes éloges, voix bien timbrées et colorées,réunissant les qualités de l’élégance transalpine, ornementation judicieuse des reprises dans les airs, pertinence du sens dramatique… chacun et chacune sont à leurs places et l’assument pleinement. La direction d’Alan Curtis est attentive aux contrastes, aau caractère théâtral et dramatique, permettant ainsi à la belle unanimité d’Il Complesso Barocco d’approcher le meilleur soutien aux six solistes.”

Forum Opéra

“Cette incursion d’Alan Curtis en terre vivaldienne est une réussite, en dépit de l’ouverture qui laissait craindre le pire : articulations outrées et hachées, cors boisés totalement à côté de la note, clavecin ferraillant. Heureusement, à une exception près, l’équipe de solistes dont s’est entouré le chef est d’ordre dorique, c’est-à-dire de premier ordre et soutient l’opéra de bout en bout.
Vito Priante campe un Moctozuma très noble, au timbre chaud et velouté. Son “Gl’oltraggi della sorte” séduit d’emblée par des graves puissants et stables, malgré un accompagnement trop poussif. En face, son ennemi espagnol “Fernando” (Hernan Cortes), est à la hauteur. Maité Beaumont conjugue une agilité technique confondante à une belle musicalité et son portrait viril de conquérant rappelle par certains aspects le Jules César hændélien de Jennifer Larmore (Harmonia Mundi). Passons à présent aux choses qui fâchent : Marijana Mijanovic possède sans nul doute une voix corsée, particulièrement reconnaissable, et ne manque pas de tempérament. Malheureusement, la mezzo-soprano souffre toujours d’une émission brouillonne, souvent décalée par rapport à l’orchestre et d’une maîtrise chaotique des ornements, que son vibrato forcé ne fait qu’aggraver. Ainsi, le magnifique “S’impugni la spada” avec deux cors de chasse, savonné à qui mieux mieux, ressort totalement méconnaissable. Le reste du plateau est excellent, avec une mention toute particulière à Inga Kalna. La charmante soprano lettone – d’après la photo de livret – jette dans “Brilleran per noi più belle” des aigus hystériques à faire fuir illico de sa loge n’importe quel admirateur trop entreprenant, puis se révèle absolument ahurissante dans l’air de bravoure “D’ira e furor armato” où elle rivalise d’agilité avec une trompette naturelle plus que rutilante (dont on saluera d’ailleurs, en dépit de son intonation précaire, le tube intact non percé de trous pour faciliter le jeu – halte aux pseudo “trompettes baroques”, comme dirait Hervé Niquet).
Qu’est-il donc arrivé au Complesso Barocco ? Comme si Alan Curtis parvenait au prix d’un effort surhumain à se contraindre, l’orchestre est métamorphosé ! Ample, large, opulent, Il Complesso Barocco joue moins sur les couleurs et la cohérence de l’ensemble que sur le dynamisme de la masse instrumentale. Placide, Curtis ? Certes non. Les tempi sont bien contrastés, vifs et emportés, sans excès. N’attendez cependant pas les successions de piano et forte névrotiques alla Spinozi, ou des attaques furieuses et grinçantes que seuls les Italiens savent nous livrer. Etrangement, au fur et à mesure que l’action progresse, la discipline semble se relâcher chez des instrumentistes happés par un drame qu’ils ne peuvent plus contrôler. Le trio guerrier “A battaglia, a battaglia !”, survitaminé, est envoûtant. En revanche, le chef n’a pas su préserver la dimension onirique qu’il insufflait chez Haendel, cette pulsation lancinante où l’orchestre se faisait écrin d’une voix sublime, estompant toute notion du temps. De façon plus prosaïque, cela signifie que l’empreinte typique d’Alan Curtis, qui consiste dans les mouvements lents à faire jouer les cordes en sourdine et à ralentir le tempo subtilement, petit à petit, est ici presque imperceptible.”

Le Monde de la Musique – avril 2006 – appréciation 4 / 5

“Le retour à Berlin des archives de la Sing Akademie (exilées à Kiev pendant la Seconde Guerre mondiale) permet d’enfin entendre Motezuma dans sa version originale. Jusqu’alors connu seulement par son livret, cet opéra créé à Venise en 1733 avait obligé des musiciens tel Jean Claude Malgoire à procéder à des adaptations pour lui redonner de la voix. La découverte en 2002 du musicologue Stellen Voss offre une partition jouable mais incomplète : ne demeurent que dix-sept des vingt­huit numéros constituant les trois actes. Alessandro Ciccolini, également premier violon du Complesso Barocco, a terminé les airs inachevés, composé certains récitatifs, proposé des da capo et emprunté des mélodies à d’autres opéras de Vivaldi (Tïto Manlio, Farnace, L’Incoronazione di Dario, La Virtù trionfante, La Fida Ninfa et Griselda). Ainsi raccommodée, la partition dissimule ses accrocs.
Située au début du XVIe siècle, l’euvre s’attarde sur la conquête du Mexique par les Espagnols : l’empereur Motezuma subit le fer du general Fernando (Hernado Cortès). Comme dans tout drame lyrique, les élans du coeur contrarient la raison des armes : Ramiro, frère de Fernando, aime Teutile, fille de Motezuma et Mitrena. Mais suivant la tradit ion, les tensions s’apaisent et l’action se conclut dans la réconciliation générale.
Contemporain de la Fida Ninfa et de l’Olimpiade, Motezuma suit la narration même si, comme le déclare avec candeur Alan Curtis, « la caractérisation théâtrale de Vivaldi n’est pas toujours d’une évidence immédiate”. L’emprise des événements sur les personnages n’a pas une traduction musicale aussi fidèle que chez Haendel, mais le Prêtre roux signe quelques puissants récitatifs accompagnés.
Cette première discographie bénéficie d’une distribution équilibrée et motivée. Vito Priante incarne un Motezuma bouillonnant et inflexible. Il affronte le Fernando plus rusé mais tout aussi déterminé de Maite Beaumont (le rôle était destiné à un castrat soprano). Le Ramiro de Romina Basso est toujours prêt à modérer les ardeurs guerrières de son frère. Vaillant Asprano d’Inga Kalna, Teutile juvénile de Roberta Invernizzi et Mitrena entière de Marijana Mijanovic, seul personnage vraiment tragique du drame. Alan Curtis se montre moins passif qu’à l’accoutumée et dirige efficacement son Complesso Barocco.”

Opéra Magazine – mars 2006 – appréciation Diamant Opéra

“En 1992, la partition de Motezuma étant considérée comme perdue, Jean-Claude Malgoire en utilise le livret pour réaliser un sympathique pasticcio — alors baptisé Montezuma — qu’il crée à Monte-Carlo et enregistre pour Astrée-Auvidis. En 2002, un musicologue retrouve le matériel que l’on croyait disparu dans les archives de la Sing-Akademie de Berlin, pour une résurrection en concert à Rotterdam, en juin 2005, sous la direction de Federico Maria Sardelli. Suite à un rocambolesque feuilleton juridique, certains concerts sont ensuite interdits, tout comme la création scénique annoncée au Festival de Barga. Le premier enregistrement mondial, quant à lui, échoit à Alan Curtis chez Archiv. Une précision quand même : la partition redécouverte à Berlin n’était pas complète et il a fallu, au premier et au troisième acte, emprunter à d’autres oeuvres de Vivaldi, voire composer de la nouvelle musique. La tâche a été confiée à Alessandro Ciccolini, premier violon d’Il Complesso Barocco, qui a effectué un travail remarquable.
Créé à Venise en 1733, Motezuma nous montre la confrontation entre le conquistador Hernan Cortés (Fernando dans le livret) et l’empereur Moctezuma lors de la conquête du Mexique par les Espagnols. Amour entre ennemis, tentatives de meurtre, de suicide ou de sacrifice.., les affects et contrastes de tradition s’enchaînent dans un contexte particulièrement violent, jusqu’à la terrible entorse à la vérité historique du lieto fine. Le livret offre un très fort potentiel dramatique, rehaussé par le regard peu flatteur jeté sur les conquérants et par la difficulté de Motezuma et Fernando à se plier au modèle du souverain éclairé. La partition, quant à elle, est somptueuse. On y retrouve ce sens de la mélodie qui emporte, ce traitement de l’orchestre particulièrement dense et expressif, parfois très éloigné du style napolitain qui s’impose à l’époque, y compris sur les grandes scènes vénitiennes. Les accompagnements sont riches de sens et la dialectique orchestrale, avec sa complémentarité, ses contrastes, son soutien ou son opposition à la dialectique vocale, créée un espace dramatique qui est peut-être l’un des éléments les plus fascinants de l’art opératique vivaldien.
On en jouit d’autant plus que cet enregistrement s’avère d’une qualité remarquable. Il Complesso Barocco semble enfin atteindre au niveau d’excellence dont il n’avait fait jusque-là que s’approcher, et les solistes sont brillants, dans les airs comme dans les récitatifs, dans l’expression comme dans le chant. Le baryton Vito Priante est un excellent Motezuma, Roberta Invernizzi fait regretter que Teutile ne soit qu’un rôle secondaire et la mezzo Romina Basso est une vraie révélation. Maite Beaumont n’appelle une fois encore que des éloges en Fernando, de même que la soprano Inga Kalna, Asprano percutant. Reste le cas de Marijana Mijanovic : la personnalité et la présence séduisent, mais le manque de soutien a des conséquences dommageables, notamment sur la justesse, qu’un vibrato artificiel ne saurait dissimuler.
Ce coffret s’inscrit tout de même parmi les réalisations vivaldiennes les plus enthousiasmantes de ces dernières années.”

Diapason – mars 2006 – appréciation 5 / 5 – technique 8 / 10 – Évènement du mois

“Jusqu en 2003, la partition de Motezuma figurait sur la liste des ouvrages perdus de Vivaldi. On connaissait seulement son livret, opposant le souverain mexicain à Cortez, l’envahisseur espagnol. La qualité de l’intrigue, exotique et spectaculaire, parcourue par des sentiments forts, n’avait pas échappé au malicieux Malgoire : en 1992, il inventait « son » Motezuma, pur patchwork raboutant des récits et airs authentiques. Onze ans après, la partition est redécouverte dans les archives de la Sing-Akademie berlinoise, hélas incomplète, et Alan Curtis acquiert au prix fort les droits d’exécution et d’enregistrement.
Les privilégiés qui assistèrent, à Rotterdam en juin 2005 à la première audition en temps modernes du matériel préservé, avec une Lemieux en Mitrena hallucinée et un Sardelli déchaîné, ressentaient une certaine frustration. Comment s’immerger totalement dans le drame sans vivre les sept premières scènes disparues de l’acte I, où se dessinent les personnalités de Cortez (Fernando), Motezuma et Mitrena, son épouse désespérée, les quatre premières de l’acte III, et la grande scène de réconciliation avant le lieto fine? Quelle musique, pourtant ! Ivresse rythmique époustouflante de « S’impugni la spada» avec deux cors de chasse ; défi au langage napolitain avec « D’ira a furor armato », où la trompette naturelle rivalise brillamment avec le soprano ; trio étrange «A battaglia, a battaglia », mélange complexe de rythmique guerrière et de délicatesse galante. Et quels récitatifs!
Ce Motezuma ne peut revivre que reconstruit. Alessandro Ciccolini, violoniste et ici leader du Complesso Barocco, s’est frotté aux airs manquants : sa proposition tient du génie. « Tace il labro » et « L’aquilia generosa », composés quasi ex nihilo, miment à s’y méprendre des airs de maturité authentiques. Difficile aussi, pour les récits reconstitués, de deviner quand la main du réviseur se substitue à la plume de Vivaldi. Excellent plateau vocal, enfin. Là où Marie-Nicole Lemieux abandonnait Mitrena à des délires orlandiens, Marijana Mijanovic, qui pouvait tout oser, la drappe de souffrance et de majesté, comme dans I’accompagnato « Ed ho cor di soffrir » (III, 9).
Maité Beaumont, mezzo-soprano énergique et agile, campe un Fernando dominant, de taille à affronter le Motezuma coloré, théâtral et orgueilleux de Vito Priante, qui abuse parfois, dans les récits, du changement de registre. Roberta Invernizzi est une Teutile fragile, un rien hystérique (« Barbaro piu non sento »), sensuelle dans le tourment (« L ‘agonie dell’alma afflitta »). Agréable Ramiro de Romina Basso, plein et bien timbré. Superbe Asprano, enfin d’Inga Kalna, aux envolées délicieuses dans les aigus acidulés. Alan Curtis dirige un Complesso Barocco plein de couleurs et de matière, traité avec fermeté, équilibre et gènèrosité. Une réussite convaincante.”

Anaclase

On se souvient qu’en 1992, Jean-Claude Malgoire et La Grande Ecurie & La Chambre du Roy publiaient chez Astrée l’enregistrement d’une reconstitution de Motezuma, opéra que Vivaldi fit représenter à Venise à l’automne 1733 et que l’on croyait alors perdu à jamais, seul le livret étant arrivé jusqu’à nos jour. À Berlin, le musicologue Steffen Voss, qui faisait des recherches aux archives de la Sing Akademie, y rencontre en 2002 un manuscrit au papier filigrané vénitien qui autorise de l’attribuer à la main du copiste d’une cantate du prete rosso. Il compare sa trouvaille au livret de Giusti et comprend qu’il vient de redécouvrir Motezuma, trésor inespéré que Il Complesso Barocco s’empresse de graver en Italie, un peu plus de deux ans plus tard. Aujourd’hui, le disque de Malgoire fait donc valeur de docu-ment pour quiconque s’intéresse à la carrière de ce chef, mais demeure obsolète pour le vivaldien convaincu.
De ce Motezuma ressuscité, l’on doit à Alan Curtis une lecture non seulement claire mais inspirée, dont la cohérence frappe dès la Sinfonia par la tonicité de son 1er mouvement, l’élégance et l’équilibre de la partie centrale et l’évidence festive de la conclusion. La pâte des cordes se trouve particulièrement soignée, dans une interprétation qui se garde d’une ten-dance actuelle voyant plusieurs chefs baroques s’oublier en des contras-tes trop chaotiques. La proposition de Curtis s’avère sensible d’un bout à l’autre, toujours attentive aux situations du drame, et volontiers au service des voix.
L’ouvrage surprendra par une relative inégalité, le premier acte faisant se succéder une kyrielle de récitatifs tous plus verbeux les uns que les autres, pour enfin donner libre cours à des airs plus conséquents dans les deux actes suivants. Grâce à une prestation vocale satisfaisante, l’on passera aisément sur la pauvreté de ce début, comme sur le peu d’intérêt d’un livret vanté en son temps, mais s’épuisant très vite, malgré d’incontestables qualités qui pourtant ne sauraient mener à elles seules une intrigue dévelop-pée sur près de trois heures. On saluera donc l’Asprano du soprano letton Inga Kalna pour son agilité idéale dans les vocalises et ornements, agilité qui n’a d’égal que le bel entretien d’un legato séduisant, outre un brio qui sert à merveille l’écriture virtuose que Vivaldi a réservée au rôle. Le mezzo-soprano Romina Basso prête un timbre chaleureux et attachant à Ramiro à travers un chant toujours bien mené. Avantageusement vaillante se montre Maite Beaumont en Fernando, fiable d’un bout à l’autre, dans une couleur parfaitement maintenue qui sans doute aucun crédibilise le travestisse-ment, et accentue l’autorité du personnage. On retrouve l’enthousiaste expressivité de Roberta Invernizzi en Teutile, ménageant des aigus d’une tendresse inattendue et parfois bouleversante, grâce à un art raffiné de la nuance. Enfin, Mitrena bénéficie des demi-teintes troublantes du contralto Marjana Mijanovic qui emporte les suffrages dans les arie, malgré des soucis de stabilité que les recitativi révèlent çà et là.
Avec un tel plateau vocal, notre frustration s’agrandit en mesurant les limites incontestables de Vito Priante, tant piètre artiste que sa basse à l’appréciable ampleur s’avère vaillante, qui n’offre au rôle-titre qu’une caricature d’interprétation. Si la voix compte d’indéniables possibilités, on remarquera un impact jamais également assuré et une justesse parfois mise en péril par une véhémence incontrôlée. Il sera d’ailleurs préférable pour lui que nous n’évoquions pas les questions de style… Mais cette ombre ne gâche certes pas le plaisir et l’intérêt d’une publication qui fera date.”

Goldberg – juin 2006 – appréciation 4 / 5

“Tous les interprètes sont excellents. La contralto Marijana Mijanovic se détache avec sa voix extrêmement flexible, Romina Basso fait preuve d’une technique impressionnante, en particulier dans les ornementations, et le baryton Vito Priante a la gravitas d’un Motezuma convaincant.”