Ariane et Bacchus

COMPOSITEUR Marin MARAIS
LIBRETTISTE Saint-Jean

    

Tragédie en musique, en un prologue et cinq actes, avec divertissements, sur un livret de Saint-Jean, inspiré de la tragédie Ariane de Thomas Corneille, et de la comédie héroïque de Donneau de Visé Les Amours ou le Mariage d’Ariadne et de Bacchus, représentée en 1672 au Théâtre du Marais avec une importante machinerie.

Elle fut représentée, sans grand succès, à l’Académie royale de musique, le 8 mars 1696, avec une distribution réunissant : Louis Gaulard du Mesny (Bacchus), Jean Dun (Aenarus, roi de Naxos), Françoise Moreau dite Fanchon (Dircé, soeur d’Aenarus), Marthe Le Rochois (Ariane), Marie-Louise Desmatins (Corcine, confidente d’Ariane), Charles Hardouin (Adraste, roi d’Ithaque), Guyard (Géralde, magicien), Claude Desvoyes (Alecton).

 

Louis Ladvocat évoque longuement l’ouvrage dans ses lettres à l’abbé Dubos :

lettre du 19 janvier 1696 : On a donné les rôles d’Ariane dès lundi. Marest en fera la première représentation des choeurs, samedi prochain, et prétend le mettre sur pied le 20 février. lettre du 6 février 1696 : On jouera mardi les Saisons, et l’on répète Ariane et Bacchus, qu’on espère donner le 20 du présent. On a répété dans mon cabinet les airs de violon qui m’ont paru des meilleurs. les choeurs en sont très beaux. Pour les rôles, on n’en est pas si content. Peut-être que les troisème, quatrième, cinquième actes seront plus beaux. Ainsi soiy-il. Pour les vers, ils sont des plus courts et le sujet de la pièce est incriticable. Rien ne s’y fait que par les dieux. Junon prend la figure de Dircée. Elle endort Ariane. Les songes font paraître Bacchus amoureux de Dircée. Ariane se réveille. L’Amour la détrompe et lui fait connaître la fourverie de Junon. Géralde, évêque de Cahors et magicien dans la ,pièce, veut endiabler Bacchus, mais ses charmes paraissent impuissants. Il fait venir Alecton qui met en fureur Ariane qui veut tout tuer hors Bacchus, pour lequel elle de lucida intervalla. Junon fait revenir Dircée qui était chez les Anciens un poète corinthien et dans la pièce un confident d’Ariane. Bacchus désarme Ariane qui se veut poignarder. Adraste, amant d’Ariane et prince d’Ithaque, inconnu pour tel chez les Anciens et qui a pris des ailes pour venir de la mer d’Ionie, 500 bonnes lieues distante de Naxe dans la mer Égée où est la scène, croit que Bacchus, avec le poignard qu’il lui voit en sa main, veut tuer Ariane, se bat avec ses amis contre la troupe de Bacchus, qui en demeure vainqueur. Et revenant témoigner sa joie à Ariane qui le veut tuer dans sa fureur, Adraste arrive espirant aux pieds d’Ariane des blessures de Bacchus. Jupietre descend du ciel, qui commande à Bacchus d’épouser Ariane. Junon n’est plus contraire, les dieux étant pour elle. Mercure par l’attouchement de son caducée guérit Ariane de sa fureur. Bacchus et Ariane chantent ensemble :

Amour, cher auteur de ma peine,

Exprime en ce moment mes transports amoureux,

Récompense de si beaux feux.

En unissant nos coeurs d’une éternelle chaîne.

Le roi, qui s’appelle Aenarus, aussi inconnu pour être roi de Naxe que Dircée, sa soeur et Géralde magicien et Adraste s’en reviennent avec les suivants de Bacchus et les sujets du roi forment des danses. Deux Amours viennent décoiffer Ariane et portent dans le ciel sa coiffure. Mlle Desmatins, qui a perdu tous ses cheveux, restera sur le théâtre en attendant son bonnet de nuit, qui pourra l’enrhumer à force de l’attendre, attendu que les demoiselles abandonnent leurs âmes aux charmes de l’amour. Sans leurs aimables flammes, on n’a pas d’heureux jours. La coiffure est changée en couronne d’étoiles et l’opéra finira.

lettre du 13 février 1696 : On a recommencé, mardi, les Saisons qui continueront jusques au vingt-trois, que l’on donnera Ariane et Bacchus. Et l’on espère jouer tous les jours jusques au jubilé, c’est-à-dire le jeudi, le vendredi, le dimanche et mardi, et le samedi, lundi, mercredi, les Saisons, avec une scène de Porsonnac, chantés par Dumesnil, et quelque entrée comique, et après le jubilé, les quinze jours qui resteront jusques à la semaine de la Passion, les Saisons ou Ariane s’il plaît.

 

Avant d’être confié à Marthe Le Rochois, le rôle d’Ariane avait d’abord été destiné à la Desmatins (*).

(*) Marie-Louise Desmatins (ou Desmâtins), née en 1670, morte le 20 avril 1708, danseuse puis chanteuse. Fille d’un violon du roi et nièce de Beauchamps, elle débuta à l’Académie royale de musique à 12 ans, dans Persée, où elle dansa et chanta. Elle se cantonna dans de petits rôles puis connut le succès après la retraite de Marthe Le Rochois qui l’avait formée. Elle excellait dans les rôles tendres comme dans les rôles furieux et créa de nombreux ouvrages. (Benoit)

Marie-Louise Desmatins

Publication par Christophe Ballard en 1696. Copie manuscrite par Philidor l’Aîné.

Pas de reprise.

Des morceaux furent toutefois réutilisés dans Télémaque ou les Fragments des Modernes d’André Campra sur un livret d’Antoine Danchet, représentée le 11 novembre 1704

Synopsis

Prologue

La ville de Paris dans un de ses plus beaux points de vue

Les divinités, des Fleuves, des Ruisseaux et des Fontaines viennent, avec la Nymphe de la Seine, se réjouir d’être épargnés des “fureurs de la guerre”, et de pouvoir laisser régner à Paris “les Amours et les Jeux”. Pan, dieu des bergers, propose de préparer des “fêtes nouvelles pour le plus juste et le plus grand des rois”.

Pour ce divertissement, Terpsichore, muse des spectacles, choisit comme sujet l’histoire d’Ariane et Bacchus. Mais elle est vite interrompue “par un bruit de timbales et de trompettes”. La Gloire, accompagnée de sa suite, descend alors du haut du cintre dans une machine céleste. Elle paraît ainsi pour compléter avec panache l’hommage rendu à Louis XIV : elle lui permet de “voler de victoire en victoire” et rappelle aux “mortels” qu’ils lui doivent un “repos si doux, si plein d’attraits”.

Acte I

Une grotte terminée par une mer à perte de vue

Ariane se plaint d’avoir été abandonnée par Thésée, une peine dont elle ne parvient pas à se consoler et qu’elle transforme bientôt en fureur lorsqu’elle apprend de sa suivante Corcine qu’elle est trompée par sa propre soeur, Phèdre. Bouleversée par cette révélation, elle s’évanouit. Survient alors un prince d’Ithaque amoureux d’elle, Adraste, qui voudrait tirer parti de la situation, mais son confident, le magicien Géralde, l’en dissuade et lui rappelle qu’il est promis à une autre, Dircée, la soeur du roi de Naxe (Naxos), Aenarus. Celle-ci ne tarde pas du reste à paraître. Elle s’étonne de la froideur d’Adraste et s’aperçoit qu’il est troublé lorsqu’elle prononce le nom d’Ariane. Son frère Aenarus annonce ensuite l’arrivée de Bacchus qui revient victorieux de l’Inde, et, pour favoriser le voyage de ce héros sur la mer, il ordonne la célébration d’un sacrifice à Neptune. La cérémonie, animée de danses et au cours de laquelle ce dernier dieu accepte d’enchaîner les vents impétueux, est toutefois interrompue par Junon, jalouse des honneurs réservés à Bacchus, fruit des amours de son époux Jupiter et de la belle Sémélé.

Acte II

Dans le port où doit être accueilli Bacchus

Ariane, remise de ses émotions, s’y rend et, pour cesser de souffrir, n’aspire plus qu’à la mort. L’Amour sur un nuage cherche bien à la consoler en lui annonçant qu’elle sera aimée de Bacchus. Adraste ensuite lui propose son coeur et sa couronne. Mais la fille de Minos ne veut rien entendre. Acclamé par des “peuples qu’on ne voit point”, Bacchus arrive et, d’emblée, il est conquis par la beauté d’Ariane. Après un divertissement où paraissent ses suivants, ceux du roi Aenarus et deux matelots, il lui déclare son amour. Troublée, Ariane s’enfuit.

Acte III

Des berceaux de treillage, avec des portiques, des statues et des fontaines

Adraste demande à Junon d’empêcher Bacchus de conquérir le coeur d’Ariane. La déesse paraît aussitôt sous les traits de Dircée qu’elle éloigne dans une île. Elle fait croire à Ariane que cette princesse est également aimée du fils de Jupiter, d’abord oralement, puis par l’intermédiaire de Songes après l’avoir endormie. Dépitée, la fille de Minos s’éveille mais, heureusement,l’Amour vient lui annoncer que ce n’était qu’un mauvais rêve et lui révèle les machinations de Junon.

Acte IV

Dans le palais d’Aenarus

Ariane, reprenant confiance, retrouve au début du quatrième acte Bacchus et, après une brève explication, partage avec lui des sentiments amoureux. Adraste assiste cependant à la scène. Devenu furieux, il décide de se venger. Il demande alors à Géralde de se livrer à ses enchantements, d’invoquer les Enfers, mais les démons refusent d’agir contre le fils de Jupiter. Seule la terrible furie Alecton accepte de porter la jalousie dans le coeur d’Ariane.

Acte V

Un grand salon qui paraît avoir été décoré pour quelque grand spectacle

De retour d’exil, Dircée se lamente d’avoir été délaissée d’Adraste et apprend qu’Ariane est jalouse d’elle, la croyant aimée de Bacchus. Celle-ci arrive en effet en colère et veut tuer le dieu dont elle est éprise. Mais en le voyant, le bras dont elle est armée s’immobilise. Émue, Ariane veut alors se suicider. Bacchus l’empêche cependant de commettre un tel acte en lui arrachant son poignard. Adraste le surprend dans ce geste salvateur et, s’imaginant qu’il cherche à faire périr Ariane, le combat. Bientôt, leurs suivants s’en mêlent et luttent entre eux. Ayant tué Adraste dans les coulisses, Bacchus revient sur scène auprès d’Ariane, mais celle-ci le repousse, “le coeur toujours agité d’une fureur mortelle”.

Soudain, “le tonnerre se fait entendre, l’air paraît tout en feu, le ciel s’ouvre, Mercure descend” et Jupiter, du haut probablement de son trône, s’adresse à Bacchus : “Pour éterniser la mémoire d’Ariane et de votre amour, Je veux, mon fils, qu’au céleste séjour, sa couronne à jamais fasse éclater sa gloire. Par elle l’Univers, instruit de ses vertus, parlera d’Ariane autant que de Bacchus.” A ces mots, Junon déclare qu’elle ne s’opposera pas à la volonté de “tous les dieux”. Après avoir été touchée par le caducée de Mercure, Ariane recouvre la raison et désormais l’union des deux amants peut être célébrée. Au cours d’un brillant divertissement sur lequel s’achève l’opéra, “deux Amours qui tenaient la couronne d’Ariane la portent au ciel, où elle est changée en une couronne d’étoiles”.

 

38me Opéra. C’est une Tra. en 5 Ac. dont les paroles sont de S. Jean, & la musi. de Marais. Elle fut représentée le 8 Mars 1696, & est imprimée partition in-4°. Le Prol. se passe entre Pan, Terpsicore, la Nymphe de la Seine & la Gloire ; & la décoration représentoit la Ville de Paris, dans un de ses plus beaux points de vue. (de Léris – Dictionnaire des Théâtres)