Le Ballet des Muses

Frontispice de l'édition Ballard de 1666

COMPOSITEUR Jean-Baptiste LULLY
LIBRETTISTE Isaac de Bensérade / Molière

 

Ballet (LWV 32) à treize entrées, sur un texte d’Isaac de Bensérade, dansé – par le roi – le 2 décembre 1666, dans le cadre des fêtes organisées au château de St Germain-en-Laye, du 1er décembre 1666 au 20 février 1667.

Carlo Vigarani avait aménagé une scène dans l’ancienne salle de bal du château (*), construite par Henri II.

(*) voir Une salle de spectacles royale bien oubliée

Le roi y tint sept rôles, dont ceux de berger (accompagné de Madame, Mlle de La Vallière et de Mme de Montespan (*), poète, nymphe, gitan, Cyrus (héros du roman de Mme de Scudéry).

(*) Mme de Montespan avait obtenu de son mari jaloux qu’il la laisse à Paris, payant les dettes de ce dernier en engagegant ses propres bijoux.

 La BNF détient l’édition du livret par Robert Ballard, et le manuscrit de Philidor l’Aîné, de 1690.

Frontispice de l'édition de 1690

En 1702, Danchet et Campra utilisèrent des extraits dans les Fragments de Lully : pour la première entrée, la Fête marine, et la troisième entrée, la Bergerie.

La rôle du Ballet des Muses fut souligné par Sébastien de Brossard dans son Catalogue: C’est selon toutes les apparences ce Ballet quui a donné l’idée de faire des opéras en français.

 

Synopsis détaillé

Les Muses, charmées de la glorieuse réputation du Monarque, quittent le Parnasse pour venir à la Cour.

Mnémosime prend l’occasion du voyage de ses filles pour contenter le juste désir qu’elle a de le voir. Dialogue de Mnémosime et des Muses. Les Arts établis dans le royaume décident de faire en faveur de chacune d’elles une entrée particulière.

Entrée 1 – pour Uranie, Muse de l’Astronomie : on représente les Sept Planètes

Entrée 2 – pour Melpomène, Muse de la Tragédie : Pyrame et Thisbé, tragédie

Entrée 3 – pour Thalie, Muse de la Comédie : les deux premiers actes de Mélicerte (*), comédie pastorale héroïque, restée inachevée, de Molière (personnages : Mélicerte, Myril, Lycarsis, le Roy, Acante, Mopse, Corinne, Tyrène, Nicandre, Daphné, Eroxène, Tircis).

(*) argument de Mélicerte : Les bergères Daphné et Éroxène dédaignent les vœux des bergers Acante et Tyrène, car elles aiment toutes deux le beau Myrtil , fils présumé du rustre Lycarsis; mais Myrtil se soucie peu de leurs avances, car son cœur ne bat que pour la jeune et belle Mélicerte. Au moment où Myrtil vient d’attendrir son prétendu père et de lui faire accepter son mariage avec Mélicerte, on apprend que le Roi arrive dans la vallée de Tempé pour y chercher Mélicerte… La suite manque, mais on imagine sans peine que Mélicerte ne tardera pas à se révéler de naissance princière, et que Myrtil, qui est d’une distinction rare, s’avérera fils d’un grand seigneur, si bien qu’il pourra légitimement prétendre à la main de sa bien-aimée. Mélicerte ne fut publiée qu’en 1682.

Le 5 janvier, Mélicerte fut remplacée par une Pastorale comique composée par Molière, en quinze scènes mêlées de musique et de danses faisant intervenir des magiciens, des bergers, des paysans, des Egyptiens et Egyptiennes.

Entrée 4 – pour Euterpe, Muse de la Pastorale : quatre Bergers (dont un joué par le Roi) et quatre Bergères (dont Madame, Mme de Montespan et Mlle de La Vallière) dansent sur des chansons en forme de dialogue. Chanson sur un air de Gavotte. Chanson sur un air de Menuet.

Entrée 5 – pour Clio, Muse de l’Histoire : un Ballet guerrier, représentant la bataille d’Alexandre contre Porrus, et la générosité du Monarque qui rendit aux vaincus tout ce que le droit des armes leur avait ôté. Alexandre et cinq Grecs, Porrus et cinq Indiens

Entrée 6 – pour Calliope, Muse des Beaux Vers : cinq Poètes, dont deux sérieux et deux ridicules

Entrée 7 – récit d’Orphée (joué par Lully) avec une Nymphe (chantée par Mlle Hilaire), et huit Traciens

Entrée 8 – pour Erato, Muse de l’Amour : six Amants tirés de romans fameux : Téagène et Cariclée, Mandane et Cyrus (joué par le Roi), Polexandre et Alcidiane

Entrée 9 – pour Polymnie, Muse de l’Eloquence et de la Dialectique, avec une “Dispute” entre trois philosophes grecs (Démocrite, Héraclite et Le Cynique) et trois orateurs latins (Cicéron, Hortence et Sénateur) représentés en ridicule par des Comédiens Français et Italiens

Entrée 10 – pour Terpsichore, Muse de la Danse : Ballet champêtre de quatre Faunes et quatre Femmes sauvages, dont la danse est interrompue par le chant d’un jeune Satyre (chanté par Le Gros)

Entrée 11 – dispute dansée des Neuf Muses (dont Madame, Mmme de Montespan, Mlle de La Vallière) et des Piérides, filles de Piérus

Entrée 12 – trois Nymphes (dont une jouée par le Roi) jugent du combat des Muses et des Piérides

Entrée 13 – les Piérides condamnées ne voulant pas céder, Jupiter punit leur insolence en les changeant en oiseaux.

 

Le Ballet des Muses fut repris les 5 et 8 janvier 1667 au château de Saint-Germain en Laye, ainsi que que les 25, et 31 janvier, 5, 12, 14 et 19 février 1667, avec de nombreuses modifications.

Le 14 février 1667, fut jouée, à la fin du ballet, Le Sicilien ou l’Amour peintre, comédie de Molière en prose avec des entrées de ballet.

Le 5 février furent ajoutée à la sixième entrée Les Poètes, une petite comédie en un acte de Philippe Quinault, interprétée par les comédiens de l’Hôtel de Bourgogne, se terminant par une Mascarade espagnole – où le roi se distingua en dansant en jouant des castagnettes -, une quatorzième entrée des Espagnols et Espagnoles, et une quinzième entrée des Maures.
Livret et partition disponibles sur livretsbaroques.fr

 

 Représentations :

Grandes Écuries du Château de Versailles – 23 juin 2006 – Mélicerte – Compagnie de danse baroque Casa Orfea – mise en scène Scarlett de La Croix – costumes Gwendoline Grandjean – avec Emmanuelle Isenmann