CD Giulio Cesare in Egitto

COMPOSITEUR Antonio SARTORIO
LIBRETTISTE Giacomo Francesco Bussani

 

ORCHESTRE La Cetra Barockorchester Basel
CHOEUR
DIRECTION Attilio Cremonesi

 

Giulio Cesare Alexandrina Pendatschanska ssoprano
Cleopatra Laura Alonso soprano
Cornelia Claire Brua mezzo-soprano
Tolomeo Dominique Visse alto
Sesto Amel Brahim-Djelloul soprano
Nireno Maria Cristina Kiehr soprano
Curio Andries Cloete ténor
Rodisbe Steven Cole ténor
Achilla Federico Sacchi basse

 

DATE D’ENREGISTREMENT 25, 26, 28 août 2004
LIEU D’ENREGISTREMENT Innsbruck – Festival de Musique Ancienne
ENREGISTREMENT EN CONCERT oui

 

EDITEUR ORF Alte Musik
DISTRIBUTION MWE
DATE DE PRODUCTION janvier 2006
NOMBRE DE DISQUES 3 (+ 1 CD-Rom : livret en italien, anglais, allemand + bonus : 12 morceaux)
CATEGORIE SACD hybride multicanal

 

 

Critique de cet enregistrement dans :

Opéra Magazine – mars 2006 – appréciation 3 / 5

« Si L’Orfeo d’Antonio Sartorio avait déjà connu deux parutions discographiques, le Giulio Gesare in Egitto de ce grand nom de l’opéra vénitien a dû attendre d’être enregistré sur le vif au Festival d’Innsbruck 2004 pour connaître pareille consécration.
C’est en 1676 que ce dramma per musica en trois actes voit le jour, sur un livret de Francesco Bussani dont le titre évoque aussitôt un autre nom, celui de Haendel. Rien d’étonnant, puisque c’est ce texte que Haym adapta en 1724 pour le compositeur saxon. Les modifications furent évidemment radicales, permettant de mesurer l’évolution du genre lyrique en un peu moins de cinquante ans. Il n’y a pas de hiérarchie structurelle des personnages chez Sartorio (où l’on remarque la présence de la nourrice Rodisbe, rôle comique dont Haendel et son librettiste feront l’économie) et les récitatifs s’enchaînent avec des airs très brefs, tournant autour de la minute et demie, qu’ils soient bipartites, strophiques ou à da capo. Le rythme dramatique est donc trépidant et joue beaucoup sur les contrastes.
Dans son adaptation — la partition parvenue jusqu’à nous n’est pas complète—, Attilio Cremonesi n’a pas ménagé ses efforts pour varier les effets. Son ensemble instrumental bénéficie d’une prise de son proche et naturelle qui en fait l’élément central de l’enregistrement, les chanteurs ayant plus de difficultés à suivre le rythme endiablé de Sartorio… et du chef. Certains sont confrontés à des tessitures trop tendues, voire trop aigués et, à l’arrivée, ce sont Dominique Visse, Federico Sacchi et Steven Cole qui paraissent le plus à l’aise. Dommage pour cet autre Giulio Gesare, même si on ne saurait trop en vouloir aux solistes de ne pas pouvoir résister à un tourbillon musical et théâtral par lequel il est plus d’une fois agréable ou émouvant de se laisser emporter. »

Diapason – février 2006 – appréciation Diapason Découverte – technique 7,5 / SACD 8

« Décembre 1676. Cavalli vient de mourir, Stradella d’écrire San Giovanni Battista, Alessandro Scarlatti de fêter ses seize printemps. Quatre décennies après la fondation de son opéra public — métamorphose d’un genre né on ne peut plus privé —, Venise est à l’art lyrique ce qu’en 1930 sera Hollywood à l’art cinématographique. Et c’est là, au Teatro San Salvatore, dans une Sérénissime convertie aux intrigues amoureuses en ré mineur, aux tragiques castrats, aux travestis burlesques et, peu à peu, à l’aria qui mènera le siècle suivant par le bout du nez, qu’un certain Antonio Sartono présente son dixième dramma per musica, Giulio Cesare in Egitto. Un succès, qui sillonnera l’Italie avant de quitter la scène définitivement, vaincu à la fin du XVIIe siècle par un style nouveau et irrésistible, le bel canto.
Peut-être n’en aurions-nous jamais entendu parler. Seulement voilà. Un demi-siècle après cette première triomphale, un opéra homonyme connut à Londres le même sort, et il se trouve que ce Giulio Cesare seconde manière composé par Haendel repose sur le même livret du volubile Giacomo Francesco Bussani. Quel était donc ce Cesare originel dont l’histoire avait si bien retenu le titre et une partie de la prose ? A quoi pouvaient donc ressembler l’enjôleuse Cléopâtre, son horrible frère Ptolémée, la noble veuve de Pompée et son fils téméraire an 1676? Pour obtenir une réponse, il fallut attendre la fin du XXe siècle et quelques tentatives, d’ailleurs hasardeuses, de reconstitution à Yale puis à Toronto. Un peu plus tard, durant l’été 2004, le Festival d’Innsbruck à son tour se penchait sur le bel endormi. C’est l’enregistrement sur le vif de ces trois soirées autrichiennes que l’ORF rend aujourd’hui publiques.
Riche idée. Nous ne sourions pas seulement au jeu des ressemblances et des dissemblances, à cet « Alma del gran Pompeo » taillé en air chromatique beau comme du Rossi, aux premiers « Nel tuo seno » de Cornelia et « Belle Dee » de Tolomeo, aux épisodes vénitiens — Sesto déguisé en fille, Cornelia en officier — éliminés à Londres, aux scènes comiques tirées d’une reprise napolitaine an 1680. Nous n’observons pas seulement la marche de l’Histoire quand le récitatif monteverdien bascule dans le théâtre de Stradella (« Fiamme, ferri ») puis carrément dans le style à venir de Scarlatti (« Ai bellici carmi », avec trompette). Nous découvrons une oeuvre pleine et entière, saturée de merveilles (“La speranza”, la scène finale de Tolomeo…), véloce, prolixe, urgente.
Au prix de coupes significatives quoique peu voyantes, tous les interprètes témoignent de cette urgence imprévue. Sans doute Maria Cristina Kiehr a-t-elle mieux chanté et l’instinct théâtral de Dominique Visse, doublé d’un sens musical sans défaut, butte sur les pages finales. Mais la fête n’est véritablement gâchée que par deux héroïnes anéanties, Cléopâtre et Comelia, la première sans charme ni technique, la seconde sans contrôle ni aigu. Tout le reste, le César véhément de Pendatschanska, la nourrice roublarde de Steven Cole, le Sextus chérubin d’Amel Brahim-Djelloul, la virevoltante Cetra de Bâle et le mouvement irrésistible que lui imprime Attilio Cremonesi, rend mieux que justice à ce drame chamarré. Venise 1676, sans l’ombre d’un doute, une découverte. »