Atenaide

 

COMPOSITEUR Antonio VIVALDI
LIBRETTISTE Apostolo Zeno
ORCHESTRE Modo Antiquo
CHŒUR
DIRECTION Federico Maria Sardelli

 

Atenaide/Eudossa Sandrine Piau soprano
Teodosio Vivica Genaux soprano
Pulcheria Guillemette Laurens mezzo-soprano
Varane Romina Basso mezzo-soprano
Marziano Nathalie Stutzmann contralto
Leontino Paul Agnew ténor
Probo Stefano Ferrari ténor

 

DATE D’ENREGISTREMENT avril 2007
LIEU D’ENREGISTREMENT Florence – Teatro della Pergola
ENREGISTREMENT EN CONCERT non

 

ÉDITEUR Naïve
COLLECTION Tesori del Piemonte – volume 36 / Opere teatrali vol. 5
DATE DE PRODUCTION 18 septembre 2007
NOMBRE DE DISQUES 3
CATÉGORIE DDD

 
Critique de cet enregistrement dans :

Diapason – novembre 2007 – appréciation 5 / 5

« La série vivaldienne de Naive compte d’ores et déjà parmi les plus belles initiatives de l’histoire du disque, et le service rendu à cette page oubliée de l’histoire de l’opéra rappelle les cycles Haydn et Verdi, miracles opérés par Philips dans les années 1970. La nouvelle production maintient le niveau remarquable de la série, d’autant plus épatant que les équipes varient d’Alessandrini à Spinosi, de Dantone à Sardelli, les sensibilités et les styles changent, l’excellence demeure. Cela vaut également pour les affiches, où l’on retrouve régulièrement quelques « valeurs sûres », finement distribuées, tout en évitant la monotonie.Atenaide, célèbre échec florentin de Vivaldi on 1728, et deuxième livret d’Apostolo Zeno mis en musique par le compositeur (après Teuzzone, Mantoue 1718, qui figure déjà parmi les futurs projets), conte les aventures byzantines (à plus d’un titre…) d’une princesse grecque (Eudossa) déguisée (sous le nom dAtenaide) à la cour de l’empereur Teodosio. Le rôle de méchant est confié, comme toujours, à un subalterne, afin de préserver l’avenir conjugal de deux couples amoureux et la pureté morale des autres. Vivaldi avait à sa disposition quelques chanteurs célèbres, dont le ténor haendélien Annibale Pio Fabbri (le philosophe Leontino, père de l’héroïne) et l’irremplaçable Anna Giro (noble Pulcheria, soeur de l’empereur), ainsi que, dans le rôle titre, la virtuose Maria Giustina Turcotti, rivale de Faustina Bordoni ; le commentaire — comme tou­jours brillamment renseigné — de Frédéric Delaméa nous livre quelques croustillants secrets touchant à sa vie personnelle…Une fois de plus, Naive aligne une distribution où il est difficile de distinguer quiconque. Certes, on aimerait un soutien plus ferme de la part de Sandrine Piau, dont les mouvements lents laissent un brin à désirer, contrairement à ses explosions virtuoses, toujours époustouflantes. Guillemette Laurens touche aux limites de sa vélocité dans le terrible « Sorge l’irato nembo » du II (emprunté à Orlando), nous offrant ailleurs un portrait plein de noblesse et de sensibilité (merveilleux « Te solo penso » du III) où son timbre original et sa diction font des merveilles. Difficile de choisir entre l’éclat impérial de Vivica Genaux (fier « Al tribunal d »amore » du II, avec une partie orchestrale péremptoire, toute en rythmes pointés) et la couleur profonde de Romina Basso, championne des récitatifs qui, brillamment animés par tous les solistes, dansent littéralement dans sa bouche. Si l’orchestre de Federico Maria Sardelli cède un rien en vigueur à l’Ensemble Matheus, sans égaler en sensualité l’Accademia… Bizantina d’Ottavio Dantone, le maestro italien parvient à tirer de ses musiciens une interprétation vive, colorée, d’un constant engagement théâtral, sans l’ombre de maniérismes qui grèvent parfois le Vivaldi de Fabio Blondi. Bravi tutti, à commencer par l’inépuisable Vivaldi. « 

Classica – novembre 2007 – appréciation Recommandé 9

« Casting de luxe pour opéra Impérial ! Afin de chanter les amours complexes de l’Athénienne Eudoxie courtisée par un Perse mais échouée dans le lit de l’empereur de Byzance, Naïve a sorti le grand jeu contractuel. Piau, Agnew, Genaux, Laurens… Saluons d’abord l’arrivée du brillant Modo Antiquo de Sartlelli dans le giron de I’édition vivaldienne. Révélé par deux précédents enregistrements consacrés à Vivaldi chez CPO (Arsilda puis la véritable première mondiale deTito Manlio pour lequel Sardelli ne disposait pas de chanteurs adéquats), on avait été séduit par sa vivacité sans excès, sa pâte généreuse et ses subtils instrumentistes. Plus rond que Dantone, moins abrupt que Spinosi, Sardelli ourle une texture raffinée autour de gosiers auxquels Vivaldi a destiné des accompagnements inouïs (le Bel piacer di fido core, et son couple de flûtes à bec!). Certes, comme souvent chez la Prêtre Roux, le premier acte a tendance au bavardage des récitatifs et le second au réemploi de « tubes » venus de Farnace et d’Orlando Furioso. Mais ces péchés doivent être attribués aux conditions de l’entreprise – opéra du XVIIIe siècle. Que dire alors de Haendel… À Londres comme au teatro della Pergola de Florence en 1728, il fallait faire salle comble, d’autant que Vivaldi y était en rivalité avec le nouveau style napolitain des Vinci et Porpora. On lui pardonne volontiers ces redites. Les réactualisations de Nel profondo cieco mondo ou Sorge l’irato nembo venus d’Orlando sont entonnées par l’impressionnante Romina Basso et une Guillemette Laurens qui effectue un retour fulgurant dans un rôle diabolique. Son métier est intact, sa forme éblouissante. Et quelle incarnation ! Le personnage de Pulcheria la jalouse, la torturée, trouve chez elle des accents dont on n’a guère l’habitude dans le récitatif italien. Sa fréquentation de la tragédie française, plus déclamatoire, lui a donné une scienœ inégalée du mot. Sa « parole», avec celle de Paul Agnew, domine d’ailleurs la distribution. Aux côtés de la Française magique, l’Américaine Vivvica Genaux impose un travesti de plus en plus pyrotechnique, assénant des moments vertigineux (M’accende amor l’ire guerrier in petto) qui culminent dans un troisième acte violent et dense. Sa technique et son abattage évoquent de plus en plus Marylin Home. L’agilité de Sandrine Piau en pâlit presque. Paul Agnew endosse un rôle attribué lors de la création à PioFabbri, l’un des favoris de Haendel. Il est épaulé par l’autre ténor, plus sobre, de Ferrari. Opéras de femmes et d’hommes à parties (presque) égales, ce nouvel opus Naïve renforce l’exceptionnelle qualité de la collection comme de sa direction artistique. »

Le Monde de la Musique – décembre 2007 – appréciation 4 / 5

« L’empereur romain d’Orient Teodisio et le roi des Perses Varane se disputent le coeur d’Eudossa, également appelée Atenaide. Pulcheria, la soeur du premier, a pour soupirants Marziano, général byzantin, et Probo, préfet du prétoire. C’est sur cette donnée clas­ de rivalités sentimentales et militaires, aménagée par le librettiste Apostolo Zeno, que Vivaldi a construit cet opéra pour Florence en 1728. La distribution comptait alors des vedettes capables de surmonter les obstacles techniques d’une partition foisonnante. Elle se tut pourtant pendant près de trois siècles avant que Federico Maria Sardelli la réveille en 2006 sur la scène même de sa création, le Théâtre de La Pergola, et l’enregistre au même endroit avec une équipe de luxe.Cette nouvelle étape de la titanesque édition Vivaldi confirme les qualités révélées par les six intégrales précédentes : une séduction mélodique immédiate, des couleurs instrumentales choisies, comme dans le duo de flûtes à bec dans « Bel piacer di fido core » ou la superposition du basson et des pizzicatos des cordes dans « Cor moi che prigion sei » Vivaldi avait par ailleurs réuni quelques airs « à succès » issus de Farnace ou d’Orlando furioso en adaptant les paroles à sa nouvelle commande.En choisissant bien les voix, les responsables de cette entreprise ont évité que se confondent les personnages. On retient en particulier Sandrine Piau dans le double rôle d’une Atenaide-Eudossa, et Romina Basso dans celui du fier Varane. Il faut également mentionner l’interprétation passionnée de Nathalie Stutzmann du rôle de Marziano, à qui Vivaldi a réservé quelques-uns de ses plus beaux moments. Pour sa première contribution de grande envergure au cycle, Federico Maria Sardelli prouve qu’il comprend la respiration de cette musique et se garde bien, comme il l’écrit, de suivre « la fâcheuse tendance en vogue aujourd’hui qui veut faire de Vivaldi un prodige d’extravagance et de convulsions rythmico-dynamiques ». »