CD Sémélé (direction David Stern)

SEMELE

 

COMPOSITEUR

Georg Friedrich HAENDEL

LIBRETTISTE

William Congreve

 

ORCHESTRE Choeur et Orchestre Opera Fuoco
CHOEUR
DIRECTION David Stern
Jupiter Paul Agnew
Cadmus, Somnus Jonathan May
Semele Danielle De Niese
Ino Louise Innes
Juno Guillemette Laurens
Iris Susan Miller
Apollo Ernesto Tres Palacios

DATE D’ENREGISTREMENT juillet 2003
LIEU D’ENREGISTREMENT
ENREGISTREMENT EN CONCERT

EDITEUR Pierre Vérany
DISTRIBUTION Night and Day
DATE DE PRODUCTION 15 mars 2004
NOMBRE DE DISQUES 2
CATEGORIE DDD

 Critique de cet enregistrement dans :

Goldberg – octobre 2004

« Cet enregistrement ne menacera guère ses concurrents, pourtant peu nombreux. L’on comprend mal pourquoi ce jeune ensemble a choisi de débuter sa carrière discographique par Semele s’il ne faisait pas suffisamment confiance à l’oeuvre pour l’enregistrer intégralement quatre airs, trais choeurs et deux da capo passent ainsi à la trappe. Le chef explique avoir voulu donner l’illusion d’un concert interprété avec une « énergie vibrante ». Cette dernière se limite à l’adoption d’un tempo quasi unique, assez allant, certes, mais qui rend la sinfonia du Sommeil identique à l’entrée de la furieuse Junon, et change l’ineffable « O sleep » en un clone du « Se vuol ballare » de Figaro – mélancolie, douceur, sensualité sont aux abonnés absents… Les moyens d’Opera fuoco (quinze musiciens) mal adaptés à l’ouvrage, qu’ils changent en grosse cantate. La distribution vocale va dans le même sens – les Junon et Ino sous-dimensionnées de Laurens et Innes – réserve de beaux moments : de Niese est notamment une Sémélé fort sensuelle, qui gagnerait à être employée dans un registre lyrique (la virtuosité l’éprouve). A l’inverse, Agnew, au timbre un peu fatigué, abuse des sons droits dans les airs lents mais affiche une solide vocalisation. Bel apport du contre-ténor Fournier, et de la basse May dans double rôle de Somnus – mais pourquoi un second ténor pour les cinquante secondes d’Apollon? L’on restera donc fidèle aux gravures « officielles » de Gardiner (Erato) et de Nelson (DG), à défaut de pouvoir se procurer leurs électrisants « live » de 1981 et 1985. »

Diapason – mai 2004 – appréciation 4 / 5 – technique 6 / 10

« Droit sur les pas de la création parisienne du chef-d’oeuvre, au Théâtre des Champs-Elysées, vient cette curieuse affaire dont il n’est point aisé de dresser le bilan. Commençons par les « preuves matérielles » : l’orchestre de Haendel au Covent Cardcn comptait une trentaine de cordes, mais David Stern croit pouvoir rendre justice a l’écriture touffue et musclée du Saxon avec… cinq petits violons, un seul alto, deux violoncelles et une contrebasse, donc un tiers de l’effectif original. Rien d’étonnant que le hautbois colla parte se fasse mieux entendre que la substance qu’il est censé teinter, et qu’au moment crucial, la sonorité évanescente et chétive n’entretienne nul rapport avec le propos dramatique.

Deuxième source de stupeur : les coupures intempestives que le chef justifie d’un mot nonchalant et qui, tout en épargnant l’air tautologique d’Athamas « Your tuneful voice », dévorent, entre autres, le prodigieux choeur « Avert these omens » et deux tiers de l’air de Semele « No, no, I’ll take no less »… Cette dernière blessure nous agace particulièrement car, s’il est une raison d’acquérir ce coffret, elle se nomme Danielle de Niese, une Semele intelligente, sensuelle, fruitée, brillamment virtuose, peut-être la meilleure de celles que le disque « officiel » nous ait offertes. Sans doute n’est-elle guère servie par la direction superficielle et nerveuse (au mauvais sens du terme) de Stern, dont les tempos mal choisis et guère assumés dépouillent « O Jove ! » et « O Sleep ! » de leur incomparable magie.

Opera fuoco ? Flamme inconstante tout au plus. Elle a pour partenaires la très belle Ino de Louise Innes, dont le mezzo léger, pur et sensible est une vraie découverte, et Paul Agnew, artiste considérable, mais dont la personnalité ne nous semble correspondre pas au personnage, ni dans ses éclats vocalisateurs,ni dans ses voluptueux roucoulements. Si le tempérament de Guillemette Laurens convient mieux à Junon que ses moyens vocaux naturels, nous retiendrons désormais les noms de Jonathan May et d’Ernesto Tres Palacios? On l’aura compris : c’est pour les solistes qu’on ouvrira la boite. Quant à « Semele », elle attend toujours son heure glooriseu au disque. »

Le Monde de la Musique – mai 2004 – appréciation 3 / 5

« Pour son premier disque, l’ensemble parisien Opera Fuoco et son chef David Stern ont eu la main heureuse mais pas encore assez solide pour tenir un tel pari. Haendel signe avec Semele une de ses plus belles partitions lyriques mais aussi une des plus délicates à ordonner. Cet opéra raconte comment Sémélé, éprise de Jupiter qui l’enlève le jour de ses noces avec le prince béotien Athamas, périra à cause d’un plan ourdi par sa rivale Junon. La superposition des intrigues (les mortels et les dieux), les différents niveaux de lecture (l’amour entre Jupiter et Sémélé, mais aussi les aspirations de cette dernière à l’immortalité, l’organisation générale du monde), la variété des sentiments et des climats, la forme imprévisible de l’oeuvre rendent la tâche particulièrement difficile au chef. Il ne semble pas que David Stem ait entièrement assimilé les éléments hétérogènes de la partition car il en présente une lecture bien univoque. Si, dans son ensemble, son interprétation restitue correctement les épisodes d’inquiétude ou de suspense, elle néglige la sensualité, la figure érotique du sommeil, la douceur émolliente. David Stern refuse de pousser la porte de cette école de la chair et, en conséquence, reste sur le palier de l’opéra. Comment peut-on diriger d’un bras si méca-nique l’air si voluptueux  » O sleep » (II, 2), l’apollinien « But hark ! » (II, 4) ou graver à la pointe sèche la Grotte du sommeil (III, 1)?

La distribution fait se côtoyer des chanteurs de renom et de jeunes artistes. Elégant comme à l’accoutumée, Paul Agnew incarne un Jupiter grisé d’amour. La Sémélé de Danielle de Niese est plus coquette que frémissante. Abonnée aux rôles de mégère, Guillemette Laurens accomplit la vengeance de Junon sans le moindre remords Les autres rôles sont convenablement interprétés, sauf le Sommeil trop balourd de Jonathan May.

Cette version a préféré la légèreté à l’intégralité : orchestre de poche (vingt musiciens, dont dix instruments à cordes) et très nombreuses coupures. Mais l’éditeur n’en dit mot. »

Classica-Répertoire – mai 2004 – appréciation Recommandé

« Choisir de baptiser un ensemble Opera Fuoco est en soi un manifeste. La notice de ce premier enregistrement contient d’ailleurs un programme explicite, on trois parties Opera Fuoco sera « un atelier d’innovation lyrique »qui vise à « trouver un style et une véracité qui transcendent et actualisent la notion d’authenticité  » ; à placer « le texte au coeur de la démarche »; et à créer une « nouvelle énergie sur instruments d’époque ». Ce défi, à la fois simple et ambitieux, on peut dire qu’il est ici en très grande partie relevé. Et notamment en un de ses points, excellemment rendu « réintégrer le récitatif comme le véritable moteur de l’opéra, propre à dynamiser le tissu même de l’opéra tout entier ». Il y a en effet dans cette gravure, dès les premiers récitatifs, un somptueux travail sur le texte (son articulation, sa théâtralisation). Se dégage aussi comme rarement, au prix d’un certain nombre de coupures il est vrai (cinquante minutes de musique en moins par rapport à la version Nelson – beaucoup de récitatifs mais aussi des airs de Sémélé, Junon et Athamas), une impression de grande cohérence, d’un vrai sens de la progression dramatique. De tout cela, on ne peut que louer David Stern. L’orchestre est, sur le plan purement musical, de grande beauté – pour ne citer qu’eux : les violons dans l’air d’Iris « There from martal Cares retiring », le tapis éthéré puis le continua du sublime duetto « Bless the glad earth with heav’nly lays »; ou encore le tissu savamment nauséeux du réveil de Somnus. Quant au choeur, il est d’une énergie articulatoire et d’un investissement exceptionnels. Et la distribution, tout en restant légèrement en deçà de l’équipe de Nelson (mais comment faire face aux définitifs Ramey,Horne, et même Battle) n’est pas en reste avec, au sommet l’anthologique Jupiter d’Agnew, d’une suavité à pleurer dans « Where’er you walk » et « Come to my arms my lovely fair ».

Presque au même niveau, Danielle De Niese qui, dans le rôle-titre, possède un charme puissant et une présence réelle (moins cependant que ce n’était le cas de la sophistiquée Battle), et Jonathan May en Cadmus et Somnus, l’une des plus belles basses baroques du moment. Splendide Ino de Louise Innes également (« Turn hopeless lover »). Guillemette Laurens compose un portrait irrésistible, très personnel, de la jalouse et meurtrière Junon (« Hen-ce Iris, hence away »). Sébastien Fournier en Athamas est un peu gêné dans les graves (« Your tuneful voice ») et Susan Miller en Iris est par moment un peu métallique, mais ils restent tous les deux plus que recommandables. Au total : une première réalisation fort réussie qui, sans détrôner complètement la version Nelson (bien plus que la version Gardiner), la complète magnifiquement. Quelques moments sont proprement miraculeux et il y a là un rare caractère d’évidence. Longue vie à Opera Fuoco! »

Opéra International – avril 2004 – appréciation 4 / 5

« Opera Fuoco est un jeune ensemble ambitieux qui se fonde sur une co-direction musicale (entre le chef d’orchestre David Stern et le gambiste Jay Bernfeld) et sur une profession de foi qui pourrait se résumer par « primo le parole ». Le souhait de toucher urgemment le public a pourtant conduit à un choix artistique discutable : au motif de mieux transmettre l’oeuvre, des pages ont été ôtées. Qui oserait mutiler Corneille ou Racine, ou même Lully, essuierait de justes reproches… Couper dans une oeuvre n’est pas la servir, c’est l’éviter et s’en défier. Les solutions interprétatives se trouvent dans le texte et rien que dans le texte.

Cependant, le travail musical est intéressant. Si l’orchestre et le choeur – leur jeunesse excuse – manquent çà et là de cohésion, le plateau de solistes est solide. A côté de la basse Jonathan May, le contre-ténor Sébastien Fournier et, surtout, la mezzo-soprano Louise Innes (au timbre magnifiquement dense) sont à suivre. Paradoxalement, le talentueux Paul Agnew, cet idéal vocal et musical de haute-contre, semble avoir une légère difficulté (unique-ment stylistique) à chanter dans son arbre généalogique : son Jupiter, plus décoratif qu’héroïque, sonne français. La distribution est dominée par Guillemette Laurens (sa Juno royale offre de la virtuosité sans jamais alléger le timbre, et nous dispense des usuels et vulgaires poitrinages d’épouse jalouse) et par Danielle De Niese : avec son timbre dense, elle est une Semele sensuelle et intelligente, amoureuse mais jamais candide. »