La Griselda (Alessandro SCARLATTI)

COMPOSITEUR Alessandro SCARLATTI
LIBRETTISTE Apostolo Zeno
ENREGISTREMENT ÉDITION DIRECTION EDITEUR NOMBRE FICHE DETAILLEE
Cambridge Records
1960 1994 Bruno Maderna Arkadia 3
1970 2001 Nino Sanzogno Opera d’oro 2
2002 2003 René Jacobs Harmonia Mundi 3

Opéra en trois actes, créé à Rome, au Théâtre Capranica, en janvier 1721, à la suite d’une commande du prince Ruspoli, dans une distribution entièrement masculine- cinq castrats et un ténor – destinée à une représentation privée. Le rôle de Gualtiero était (sans doute) tenu par Antonio Bernacchi, et celui de Costanza par Giovanni Carestini, alors âgé de seize ans.
Le livret d’Apostolo Zeno (1701), inspiré du Decameron de Boccace, fut révisé par un anonyme, peut-être le prince Ruspoli lui-même.
Il s’agit du dernier opéra conservé de Scarlatti, qui avait alors soixante ans.
Le manuscrit autographe est conservé au British Museum de Londres.
Personnages : Gualtiero, roi de Sicile (castrat alto) ; Griselda, épouse de Gualtiero (soprano) ; Costanza, fille de Gualtiero et Griselda, vivant à la cour de Corrado, éprise de Roberto (alto) ; Roberto, frère cadet de Corrado, épris de Costanza (castrat soprano) ; Corrado, prince des Pouilles (ténor) ; Ottone, noble sicilien (castrat alto) ; Everardo, fils de Griselda (rôle muet).

 

Synopsis détaillé


L’action se passe entre le XIe et le XIIIe siècle, lors de la domination normande de la Sicile
Acte I
Salle magnifique réservée aux audiences publiques. D’un côté le trône royal, flanqué de deux autres sièges ; de l’autre, les grands du royaume et le peuple. Lointaines fanfares.
A Palerme, le peuple murmure sur la mésalliance du roi Gualtiero (castrat/alto) et de la bergère Griselda (soprano). Leur fille âgée de quinze ans, Costanza (soprano), a disparu. Elle se trouve en fait chez chez Corrado (ténor), prince des Pouilles, où elle s’est épris de Roberto (castrat/soprano), son fils puîné. Un autre enfant de Griselda naît, Everardo, ce qui provoque une rébellion de la population excitée par Ottone (castrat/alto), un noble palermitain.
(1) Afin de calmer les esprits, Gualtiero annonce au peuple qu’il répudie Griselda. (2) Arrive Griselda avec ses suivantes. Gualtiero la questionne pour qu’elle rappelle comment, humble bergère, elle est devenue reine, comment leur fille lui fut arrachée, quinze ans auparavant, puis comment un nouveau fils leur est né, Everardo. Gualtiero lui annonce que contraint par le peuple, il la répudie. Griselda lui rend la couronne et le sceptre. Air de Griselda (« In voler cio che tu brami ») . (3) Ottone survient et annonce l’arrivée du prince Corrado accompagné de l’épouse royale. Gualtiero va l’accueillir sans s’occuper de Griselda qui se lamente. Ottone confie à Griselda qu’il lui reste fidèle et qu’il l’aime. Il lui propose de l’aider à résister, mais Griselda le repousse. Air de Griselda (« Nell’aspro mio dolor »). (5) Resté seul, Ottone espère que Griselda changera d’avis lorsqu’elle sera éloignée du trône. Air d’Ottone (« Chi regina mi disprezza »).
Port maritime proche de la ville. Des navires font voile dans le lointain. Aborde un riche vaisseau, dont débarquent, escortés de chevaliers, dames et gardes, Corrado, Roberto et Costanza
(6) Air de Roberto (« Come presto nel porto crudele »). Corrado décide de partir en avant annoncer l’arrivée de Roberto et Costanza à Gualtiero. (7) Roberto sait qu’il va perdre Costanza, mais souhaite son bonheur. Air de Costanza (« Bel labbro, ancor non sai »). (8) Gualtiero demande le secret à Corrado. Tous deux arrivent devant Costanza. Gualtiero demandent à Corrado et Roberto de rester auprès d’elle, le temps qu’elle s’habitue à sa nouvelle condition. Air de Gualtiero (« Vago sei, volto amoroso »). (9) Air de Costanza (« Godi, bell’alma, godi »). (10) Corrado tente de rassurer Roberto et lui promet qu’il sera bientôt heureux. Roberteo n’en croit rien. Air de Roberto (« Non vorrei conoscere »). (10) De retour au palais, Gualtiero s’étonne de la présence de Griselda, tout en admirant secrètement sa beauté. Il lui montre un portrait de sa nouvelle épouse. Griselda, à la vue du portrait se trouble, puis félicite Gualtiero. Celui-ci lui demande à nouveau de quitter le palais. Air de Gualtiero (« Che bella tirannia »). (10) Griselda va embrasser son fils Everardo. Ottone arrache ce dernier de ses bras, et exerce sur elle un chantage que Griselda refuse. Air de Griselda (« Di’, che sogno e che deliro »). (15) Ottone décide d’employer la ruse pour obtenir les faveurs de Griselda. Air d’Ottone (« Quella tiranna, che il cor m’impiaga »).
Appartements royaux somptueusement ornés en l’honneur de Costanza. Une petite table porte le sceptre, la couronne et le manteau royaux
Corrado présente à Costanza ses appartements. Elle avoue se plier à sa nouvelle condition, quoique son coeur reste fidèle à Roberto. Air de Corrado (« Non lasciar d’amar chi t’ama »). (17) Costanza feint la froideur devant Roberto perd espoir. Air de Costanza (« Voi sospitate »). (18) Roberto, seul, se lamente. Air de Roberto (« Amanti, che piangete »).
Acte II
Vue champêtre, avec chaumières, petits bosquets, colline et chute d’eau
(1) Griselda est revenue vivre dans la forêt. Air de Griselda (« Mi rivedi, o selva ombrosa »). (3) Corrado arrive, accompagné d’Everardo. Il annonce à Griselda qu’il a reçu l’ordre de livrer ce dernier aux bêtes sauvages. Ému par Griselda, il lui rend l’enfant. (4) Ottone survient, l’épée à la main, accompagné de gardes, et lui annonce qu’il vient tuer Everardo. Griselda le supplie. Ottone exige, pour sauver l’enfant, qu’elle acepte le mariage. Griselda refuse. Air de Griselda (« Figlio !Tiranno ! O Dio ! »). (5) La résistance de Griselda rend Ottone furieux. Air d’Ottone (« Bellezze spietate »).
Une forêt, traversée de chemins, avec une vue sur la mer dans le lointain. Au second plan, la champêtre cabane de Griselda, ouvert, dans laquelle l’on aperçoit un lit rustique ; à côté, d’autre cabanes
(10) Seule, Griselda est accablée et s’endort. Air de Griselda (« Finita, barbara sorte »).
Grande galerie
(11) Roberto questionne Costanza qui avoue avoir quelues sentiments pour son époux. Air de Roberto (« Tu non intendi »). Gualtiero ramène Roberto qui s’en allait. Il demande à Costanza et à Roberto de l’accompagner à la chasse. Air de Gualtiero (« Luce mia bella »). (9) Seule, Costanza se rend compte que l’amour peut se révéler cruel.
Sonneries de cors. Des animaux sauvages traversent la scène, suivis par les chasseurs, armés d’épieux
(12) Costanza s’aproche de la cabane de Griselda, et découvre celle-ci endormie. A sa vue, elle se trouble, et embrasse Griselda qui, dans son sommeil, croit voir sa fille, puis se réveille. Griselda interroge Costanza et se rend compte que celle qu’elle croyait être sa fille est sa rivale. Duo de Griselda et Costanza (« Non sei quella »). Survient Gualtiero à qui Costanza demande de pouvoir garder Grisedda auprès d’elle comme suivante. Gualtiero lui révèle que Griselda est son ancienne épouse, mais Costanza maintient sa demande. (14) Corrado vient annoncer qu’Ottone veut venir enlever Griselda. Gualtiero déclare se désintéresser de son sort. Air de Gualtiero (« Vorresti col tuo pianto »). (15) Ottone tente une nouvelle fois de décider Griselda à le suivre. Sur son refus, il ordonne à ses soldats de l’emmener. (16) Gualtiero qui l’a entendu, fait arrêter Ottone par Corrado, et lui enlève son épée. (17) Sur les prières de Costanza, Gulatiero accepte que Griselda revienne au palais, comme servante. Trio.
Acte III
Au palais
(5) Traduit en justice, Ottone avoue avoir agi par amour pour Griselda. Gualtiero lui pardonne, et lui promet que Griselda sera sienne lorsqu’il aura lui-même épousé Costanza. Air d’Ottone (« Mi dimostra il tuo bel dono »). (6) Gualtiero ordonne à Griselda de préparer la cérémonie de mariage et de cacher sa douleur. Air de Griselda (« Se il mio dolor t’offende »). (7) Seul, Gualtiero avoue sa souffrance de devoir traiter ainsi sa femme qu’il aime toujours. Air de Gualtiero (« Ho in seno due fiammelle »).
Allée ravissante dans les jardins royaux
(8) Air de Roberto (« Come va l’ape di fiore in fiore »). Robereto est décidé à partir avant la cérémonie. Corrado tente en vain de le retenir. (9) Costanza reproche son départ à Roberto, mais Roberto reste décidé. Il s’embrassent. Duo. (10) Survient Griselda qui leur fait des reproches. (11) Gualtiero demande des explications que Corrado lui donne : Costanza et Roberto s’aiment. Gualtiero fait preuve de compréhension, pourvu que leur amour reste chaste. Quatuor.
Amphithéâtre que l’on prépare pour les noces, à grand renfort d’illuminations et d’autres décorations
(13) Griselda, habillée en servante, hâte les préparatifs. (14) Tout le monde arrive pour la cérémonie. L’humilité de Griselda attendrit Gualtiero. Il annonce à Griselda qu’il la donne en mariage à Ottone. Griselda explose et refuse. Gualtiero lui offre le mariage avec Ottone ou la mort. Griselda choisit la mort. Gualtiero ne peut plus se retenir et embrasse Griselda. Sa vertu reconnue, Griselda est acclamée. Ottone s’accuse d’avoir comploté par amour pour Griselda, Gualtiero lui pardonne. Corrado annonce à Griselda que Costanza est sa fille. La mère et la fille tombent dans les bras l’une de l’autre. Gualtiero offre Costanza pour épouse à Roberto, et rétablit Griselda sur le trône. Ensemble. Ballet.

(livret TCE – décembre 2000)

 

Livret : http://www.librettidopera.it/griselda/griselda.html

Partition complète publiée en 1975, par le musicologue Donald Jay Grout.

« Le Royaume de Sicile, gouverné par Gualtiero. A la naissance de son fils Everardo (enfin, un peu après), Gualtiero se trouvé confronté à une révolte de son peuple qui réclame la répudiation de son épouse Griselda, simple bergère qu’il avait épousée seize ans auparavant, et dont il avait déjà eu une fille l’année suivant leur mariage, fille qu’il avait dû faire abandonner pour les mêmes raisons, car le peuple refuse de devoir plus tard être gouverné par le rejeton d’une vulgaire fille des bois. Gualtiero s’exécute et fait venir des Pouilles sa pseudo-future nouvelle épouse, la jeune Costanza, escortée par le fidèle Corrado, sorte de semi-confident de Gualtiero, et du jeune frère de Corrado, Roberto. Las! La charmante princesse, qui a été élevée par Corrado, et a par conséquent grandi avec Roberto, est éprise du jeune homme, qui partage sa flamme. Pendant ce temps, Griselda est bien évidemment très malheureuse, ce dont tente de profiter le sombre Ottone, un noble napolitain, qui aimerait bien la “récupérer”, cette Griselda, maintenant qu’elle n’est plus sa souveraine. Voilà pour la situation de départ qui va plus ou moins stagner durant tout le premier acte et une partie du deuxième, avec quelques redites (plusieurs scène Griselda/Ottone du genre “Je t’aime! / Moi non plus! / Aime-moi, idiote! / Et puis quoi encore, sinistre pervers!”, ou Costanza/Roberto dans le style “Aaaaarh-je-suis-le-plus-malheureux-des-hommes-je-ne-veux-pas-voir-ce-mariage-adieu! / Tu m’abandonnes?! / Il le faut! / Partons ensemble! / Mon amour! / Je veux fuir avec toi, dussé-je sombrer dans la misère! / Pas question! Je veux ton bonheur! Sois reine! / Alors comme ça tu ne m’aimes plus, c’est ça?! / Ça ne serait pas t’aimer que t’aimer au point de te pousser à renoncer au trône. Je ne veux que ton bonheur. / Mon œil! Puisque c’est comme ça, pars imbécile! Mais sache que je te serai toujours fidèle! / Ah-tu-ne-te-rends-pas-compte-comme-la-jalousie-me-fait-souffrir-ingrate!”, etc, etc, etc…). Mais soudain, au milieu du deuxième acte, coup de théâtre: lors d’une chasse, Costanza, lasse de poursuivre les sauvages bêtes aux côtés de son royal fiancé, tombe nez-à-nez avec une cabane en forêt, refuge de Griselda, qui, dormant, rêve que sa fille perdue vient à sa rencontre. S’ensuit une très belle scène où les deux femmes sentent une affection aussi instinctive et réciproque qu’inexplicable les lier l’une à l’autre; Costanza aimerait voir en Griselda sa mère qu’elle n’a jamais connue, alors que Griselda (qui cependant a entre-temps compris que Costanza n’était autre que celle qui l’a supplantée dans les faveurs royales) se prend à rêver que cette charmante demoiselle serait sa fille perdue, qui d’ailleurs portait le même nom (tiens donc, ce que c’est que le hasard tout de même… enfin, j’ironise sur la sitaution qui dite comme ça semble un tantinet ridicule, mais détrompez-vous, cette scène est vraiment très émouvante, et les deux artistes étaient tellement convaincantes que certains auditeurs —dont moi— n’ont manqué de verser une p’tite larme durant le duo “Non sei quella…”…). Surgit alors Gualtiero, qui se montre odieux envers Griselda et révèle à Costanza qu’il s’agit de son ex, avant de se cacher précipitamment avec sa fiancée, car… arrive Ottone, bien décidé à enlever Griselda, soit-disant sur un ordre royal! “ »Séleurouakilordonne »?! Te voilà bien zélé, Ottone!” s’exclame en substance Gualtiero, avant de le faire arrêter par Corrado. Costanza obtient de son fiancé que Griselda devienne sa dame de compagnie, et le II se clôt sur un superbe trio (“Ti voglio sempre odiar”, II-17). Je vous passe les détails du début du III (sachez simplement que Gualtiero continue de traiter Griselda comme une chienne —notamment dans la terrible scène 6, qui voit leur premier face-à-face en seul à seul—, et que Roberto veut lever l’ancre une bonne fois pour toutes —Corrado tentera sans grand succès de l’en dissuader [ici, très bel air de Robert, “Come va l’ape”]— et va faire ses adieux à Costanza, ce qui est prétexte à un duo torride (enfin, presque), “Bella mano” (III-9), subitement interrompu par une Griselda offusquée, qui, ayant tout entendu, leur fait des remontrances et va pour tout révéler au roi, qui, pas troublé le moins du monde, rabroue la rapporteuse et va jusqu’à encourager les deux jeunes gens à flirter (si si!), ce qui lance un très beau quatuor (“Non fu mai colpa amor”, III-11). Enfin bref, fort heureusement tout sera bien qui finira bien, puisque le moment fatyidique venu d’allumer les torches nuptiales pour les noces de Gualtiero avec Costanza et Griselda avec Ottone (à qui le roi avait promis non sans perversité “au moment même où j’épouserai Costanza, Griselda sera tienne”!), Gualtiero, bouleversé par la fidélité, la droiture et l’abnégation de sons épouse bafouée (qui l’implore de lui donner la mort sur-le-champ plutôt que de lui imposer le mariage avec Ottone), va tout révéler : Costanza n’est autre que leur fille abandonnée, et lui-même n’a fait tout ce cirque que pour prouver à ses sujets combien elle est fantastique cette bergère et comme ils ont tort de faire leurs snobs. Ottone, de son côté, avouera avoir été l’instigateur de ma révolte populaire pour ravir Griselda à son suzerain, qui, magnanime, lui pardonne. Tout rentre dans l’ordre, tout le monde est content, Griselda redevient reine et Costanza peut épouser son cher petit Roberto. » (Festival Mozart)

« Griselda, composé en 1721, est le cent-quatorzième et dernier opéra de Scarlatti. A ce titre, il prend une certaine valeur symbolique : non seule-ment le compositeur semble lui avoir accordé un soin tout particulier dans l’orchestration, d’une infinie richesse et subtilité, mais cet opéra est aussi l’un des derniers représentants d’une école extrêmement exigeante sur le double plan de la qualité littéraire et musicale, avant que celle-ci ne soit peu à peu amenée à céder le pas, notamment sous la plume du propre élève de Scarlatti, Johann Adolf Hasse, face aux partisans d’une musique plus facile, davantage virtuose.
Griselda est une oeuvre dense et variée, mais non point virtuose, et à ce titre, parce qu’elle ne livre pas d’emblée toutes ses séductions, elle demande à l’auditeur, pour en recevoir pleine justice, un travail d’écoute et d’acclimatation. Point de vocalises gratuites ni d’introductions orchestrales excessivement brillantes : ici le texte, riche et complexe, à haute teneur allégorique et morale, occupe encore une place déterminante et il est préférable, pour apprécier vraiment l’oeuvre, de lui accorder du temps, livret en main.
De quoi s’agit-il? D’un épisode célèbre qui inspirera également Bononcini, Albinoni et Vivaldi, tiré de Boccace mais enrichi (ou, si l’on veut, abusivement complexifié) par le grand librettiste Apostolo Zeno, et de surcroît modifié sur l’ordre et avec l’aide du riche mécène de Scarlatti, Francesco Maria Ruspoli – comme souvent dans la carrière du musicien. Le peuple refuse de reconnaître Griselda, épouse du roi de Sicile Gualtiero, parce qu’elle est de basse extraction. Son époux, pour mettre en valeur ses qualités morales et sa constance, et lui-même ébranlé dans ses convictions, la répudie et lui fait subir une série d’épreuves. Malgré les plus cruelles humiliations, elle s’en sort avec succès et prouve ainsi qu’elle a toutes les qualités requises pour être reine et génitrice royale.
Dans cette intrigue principale s’in-sère un épisode essentiel : Griselda, au terme de son parcours, doit aider aux préparatifs des noces de celui qui était son époux et de la jeune Costanza… personnage qui se révèle au bout du compte n’être rien d’autre que leur propre fille! Beaucoup de sadisme, un personnage dont la permanente douleur prend un caractère édifiant, des situations où l’amour crée un vertige identitaire, tels sont les ingrédients de ce beau livret chargé. » (Répertoire – octobre 2003)

« Comme il était courant à l’époque avec un livret à succès, La Griselda d’Apostolo Zeno fut plusieurs fois mis en musique. A la première tentative de Carlo Francesco Pollarolo (1701), succédèrent celles de Antonio Maria Bononcini (1718), de Tommaso Albinoni (1728), d’Antonio Vivaldi (1735), etc. La version d’Alessandro Scarlatti fut représentée au Théâtre Capranica de Rome, en 1721. Son librettiste régulier, le prince Ruspoli, remania le texte original, supprimant des personnages ou au contraire donnant plus de place aux rôles secondaires, changeant des vers de Zeno… Ce fut le cent quatorzième et dernier opéra du compositeur, avant sa mort le 22 octobre 1725.
Ceux qui ont lu Le Décaméron de Boccace reconnaîtront une des traces littéraires de cette histoire. Gualtiero, roi de Sicile, a pris pour femme une bergère nommée Griselda. Le peuple n’a jamais accepté cette union indi-gne et le roi est obligé de répudier sa femme. Mais, comme il avait déjà fait semblant de livrer à la mort leur fille Constanza, le roi va éloigner son épou-se pour mieux la reconquérir, c’est-à-dire avec l’accord de ses sujets. Son ami Corrado, qui tantôt avait pris en charge Constanza, ramène en Sicile la jeune fille où elle est présentée comme la future reine du pays.
Les intrigues parallèles se mettent en place alors : tout en acceptant le mariage, Constanza souffre d’être séparée de son amoureux Roberto tandis que sa mère Griselda, retournée vivre dans sa cabane sylvestre, doit repousser sans cesse le courtisan Ottone, amoureux d’elle depuis toujours et qui voit là une chance unique de la conquérir. Constanza ren-contre Griselda par hasard et, émue par son sort, en fait une servante qu’elle ramène au château. Après l’avoir chassée, Gualtiero n’épargne pas à Griselda la préparation des futures noces et, épreuve ultime, lui annonce qu’il l’offre en mariage à Ottone. Griselda, qui a tout supporté par amour, réclame la mort plutôt que de donner son cœur à un autre. Finalement, la vertu de cette femme apparaît aux yeux de tous et – assurance suprême de bonheur – Ottone avoue avoir poussé artificiellement le peuple au sou-lèvement, dans l’espoir de cette répudiation. Tout finit bien, pour la mère comme pour la fille.
Scarlatti a recherché un équilibre (entre héroïque et pastoral, action et réflexion, etc.) dans ce qu’il pressentait peut-être comme son dernier grand ouvrage. Compositeur vieillissant, il voyait d’un mauvais œil le style léger et superficiel qui avait cours – celui de Adolf Hasse, par exemple – alors que lui-même n’avait pas vraiment rencontré le succès ces dernières années. C’est peut-être par défi qu’il a composé cette œuvre originale pour un ensemble assez réduit, avec un texte qui possède ses propres qualités littéraires (il y a un dépouillement très moderne qui va a l’essentiel, avec une poésie minimaliste) et en recherchant une vraie psychologie de per-sonnages (avec attribution de tonalités respectives). Le côté spectaculaire de certains opéras baroques n’est donc pas de mise ici, mais plutôt la recherche de l’épure, apportant un soin minutieux à l’écriture de récitatifs qui se distinguent avantageusement du passe-partout habituel. » (Anaclase.com)

Représentations :

Bielefeld – 5, 10, 12, 18, 25 avril, 19, 22, 24 juin 2008 – dir. Carolin Nordmeyer – mise en scène, décors et costumes Peer Boysen – lumières Jòn Philipp von Linden – avec Victoria Granlund (Griselda), Cornelie Isenbürger (Costanza), Susanne Reinhard (Ottone) Florian Mock (Roberto), Meik Schwalm (Gualtiero), Lassi Partanen (Corado)

 

Théâtre des Champs Elysées – 20 décembre 2000 – version de concert – Akademie für Alte Musik – dir. René Jacobs – avec Veronica Cangemi (Griselda), Lawrence Zazzo (Gualtiero), Miah Persson (Costanza), Malena Ernman (Roberto), Artur Stefanowicz (Ottone), Daniel Kirch (Corrado)

 

Festival Mozart – compte-rendu de Mathilde Bouhon

« Première particularité : la distribution ne compte aucune voix grave, la voix la plus grave (et unique “vraie“ voix d’homme) étant un ténor, en la personne de Corrado. Les autres personnages étaient distribués comme suit : Griselda et Costanza = sopranos ; Gualtiero et Ottone = contre-ténors ; Roberto = mezzo. (à la création, qui eut lieu à Rome où les femmes étaient à l’époque interdites de scène, la distribution était, vous l’avez deviné, entièrement masculine —CINQ CASTRATS et un ténor ! le rôle de Costanza fut tenu par un tout jeune chanteur, un certain… Carestini, futur créateur d’Ariodante et du Ruggiero d’Alcina.)…Autant dire que les chanteurs sont extrêmement sollicités tant vocalement que dramatiquement, et cela tombait vraiment bien, car Jacobs avait réuni pour l’occasion une troupe (presque) parfaite. Griselda touchante de résignation, Veronica Cangemi était vraiment très impressionnante dans les scènes émotionnellement chargées (notamment un air —“Se il mio dolor t’offende”, III-6— où Griselda semble pratiquement au bord de la démence) ; la jeune soprano suédoise Miah Persson était elle parfaite en jeune femme déboussolée par les évènements et par ses émotions dans le rôle de Costanza. Le jeune ténor allemend Daniel Kirch faisait un Corrado honnête et brave ; et l’Ottone du Polonais Artur Stefanowicz était correct (même si j’aurais personnellement aimé plus de noirceur et d’ambiguïté chez ce personnage —mais son premier air a été gratifié d’un sonore “bravo!” qui retentit dans le silence pré-applaudissements; une fan transie, sans doute! J ). Mais il y en avait deux que j’attendais plus particulièrement au tournant pour les avoir tous deux découverts dans Agrippina en mai dernier: le contre-ténor américain Lawrence Zazzo et la mezzo suédoise Malena Ernman. Et ils ne m’ont pas déçue, loin de là! Lawrence Zazzo s’est même révélé en Gualtiero supérieur à mes espérances, car si j’avais beaucoup apprécié son Ottone la saison dernière (souvenez-vous, le marin cucul la praline qui paradait en faisant des ronds-de-jambe façon musical kitsch en chantant “Coronato il crin d’alloro”! mais qui sut également se montrer en parfaite adéquation avec le personnage, et ses douces lamentations —superbe “Vaghe Fonti” le soir où j’y suis allée— étaient vraiment touchantes), il ne m’avait cependant pas enthousiasmée outre mesure. Et bien là, mes amis, quelle métamorphose! En Gualtiero, Zazzo compose un personnage tout en ambiguïté, en apparence cynique, sadique, désinvolte, arrogant, cruel, mais profondément émouvant dans ses moments d’introspection où il dévoile l’amour véritable qu’il porte à Griselda et l’admiration que suscite chez lui le courage de cette dernière (“Ho in seno due fiamelle”, III-7), ainsi que la souffrance qu’il endure en la torturant moralement.
Mais pour moi, le must absolu (car je vous ai bien entendu gardé le meilleur pour la fin! 😉 ) de la soirée, ce fut le Roberto luxueux de Malena Ernman, ce fameux “petit blond d’Agrippina” qui avait fait craquer tout le monde avec ses baggy jeans, son survêt’ à capuche et ses manières de p’tit caïd bourgeois la saison dernière. Son Roberto a toutes les caractéristiques qui m’avaient fait adorer son Nerone (avec plus d’airs, en plus! 😉 ): beauté du timbre, subtilité des nuances, instinct et engagement dramatiques époustouflants, expressivité à couper le souffle, virtuosité débridée, brillance, fougue, humour et sensualité. Et, surtout, cette présence! Chacune de ses interventions est un instant de pur bonheur proprement électrisant, surtout son sublime duo avec Costanza… Mais que dire alors de l’air final du I, “Amanti che piangete”, qui vaut vraiment le détour avec ses vocalises échevelées! Amateurs de sensations fortes (du type “air de la ligne de coke” dans Agrippina), vous auriez adoré! La façon dont elle a attaqué son premier “AMAAAAAAANNNNTTTI!!!” m’a littéralement renversée dans mon fauteuil (vu que j’étais penchée sur la balustrade du 2° balcon pour réussir à l’apercevoir, j’ai failli basculer dans le vide sous le coup de la surprise, en fait) et fait dresser les cheveux sur la tête. Enfin, je m’arrête là (sinon j’en connais qui vont encore jâhzer sur mon compte 😉 ), mais, en résumé, elle est vraiment renversante !
Pour le reste, que dire sinon que tout était excellent? Très bonne Akademie für alte Musik Berlin entraînée par un Jacobs visiblement très heureux de diriger cette musique —vous auriez dû voir la jubilation des cors, tous fiers d’être si bien mis en valeur (surtout que Jacobs les a fait jouer debout un peu en avant des autres vents, ouah les stars!) dans la (très chouette) sinfonia da caccia du II et dans les airs intrépides de Roberto! Quant au continuo, il était assuré par Jacobs et notamment… Nicolau de Figueiredo, ce qui ne gâte rien à l’affaire; “j’en ai dit assez, je crois, en disant son nom”… (il est vraiment GENIAAAL ce Nicolau!!!!).
Une fois de plus, Jacobs nous a prouvé (si besoin était) son aptitude à mener un vrai travail d’équipe —de troupe, aurais-je presque envie de dire—, et cela était d’autant plus flagrant et réjouissant que ce spectacle avait été parfaitement rodé puisqu’il nous venait tout droit de Berlin où il venait d’être repris au Staatsoper unter den Linden (Zazzo portait d’ailleurs un élément de son costume dans cette production, un très beau gilet rouge et or, auquel il avait pris soin d’associer une veste noire très chic… à doublure rouge! Quel soin du détail!) début décembre, la dernière ayant eu lieu le 16, c’est-à-dire quatre jours avant ce concert parisien, et cela se sentait à fond: tous les chanteurs jouaient et étaient vraiment parfaitement à l’aise et en confiance —et je n’ai personnellement pas eu à souffrir de l’absence de mise en scène, décors et costume, loin de là. »

Concerto.net

« Un opéra, donc, d’Alessandro Scarlatti par … René Jacobs. Un opéra appartenant à…une nombreuse cohorte qui reste encore bien inconnue. Un des opéras, et on voit rarement la couleur des autres. René Jacobs continue donc, avec un égal bonheur, car cette Griselda en a des couleurs. Des couleurs amoureuses, pastorales, royales et morales, sorties d’un livret d’Apostolo Zeno. On y voit une petite bergère devenue épouse du roi Gualtiero, répudiée finalement à cause de l’opposition populaire. Mais cet éloignement, annoncé frontalement dès les premières minutes, n’est destiné qu’à éprouver la vertu de ladite bergère, une vertu « royale » qui pourra se révéler utile. Et c’est là où ce Dramma per musica peut prendre un tour légèrement comique, Gualtiero en rajoutant dans le côté dur et méprisant pour voir si la belle est digne. La belle est ici Veronica Cangemi, parfaite d’expression, de ligne vocale et de présence – elle reprend sans démériter la noblesse qu’a dû déployer dans ce rôle Mirella Freni, en 1960 et 1970 (avec Bruno Moderna, puis Nino Sanzogo). Elle doit faire face à Ottone, second du roi, qui apparaît comme un sombre opportuniste sans dimension. L’histoire se double d’une autre qui s’enroule sur la première : Costanza, l’épouse royale de remplacement, est en réalité la fille de Griselda et Gualtierro, jadis éloignée. Elle est d’ailleurs elle-même aimée par l’enthousiaste Roberto. On connaît l’engagement théâtral et musical (avec sa vocalisation rageuse) de Malena Ernman déjà remarquée en juin dans le Nerone de l’Agrippina de Haendel. Une fois les épreuves passées, tout se noue et se renoue et Gualtierro exalte sa bergère, tandis que le méchant Ottone confie que la mésestime populaire pour Griselda n’était que le fait de son amour : il comptait bien s’accaparer cette proie rendue plus facile. Lieto fine avec la trompette virtuose de Johannes Rauterberg. L’ensemble des airs sont plutôt rapides, ce qui donne une bonne allure à cette magnifique partition variée et d’une grande finesse (René Jacobs met délicatement en avant ses nombreuses subtilités), qui compte d’impressionnants airs de fureur, et nombre d’ensembles, du duo au quatuor. L’orchestre, vrombissant à souhait, rendait justice à cet ouvrage tout à fait unique créé en privé au Théâtre Capranica de Rome en janvier 1721, avec une distribution entièrement masculine – dont les grands Antonio Bernacchi, et Giovanni Carestini. Notons également que pour de nombreuses oeuvres contemporaines, tout un contexte, une élaboration complexe sont requis, même si bien souvent, il ne se passe rien et ça ne « marche » pas. Au contraire, pour nombres d’opéras ‘baroques’ composés dans un cadre bien étroit (souvent très économe), fruit des circonstances extérieures et non du narcissisme de l’auteur, leur adaptabilité est étonnante. Sans mise en scène, il suffit d’un geste, d’un regard pour voir ce dont il est question et ses différents niveaux d’interprétation. »

Berlin – Staatsoper unten den Linden – 10, 12, 14, 16 décembre 2000 – Akademie für Alte Musik – dir. René Jacobs

 

Festival d’Ambronay – Abbatiale – 16 septembre 2000 – dir. René Jacobs

 

Innsbruck – Festival de Musique Ancienne – 12, 14, 16 août 2000 – dir. René Jacobs – mise en scène Stephen Lawless – avec Veronica Cangemi (Griselda), Lawrence Zazzo (Gualtiero), Miah Persson (Costanzo), Malena Ernman (Roberto), Artur Stefanowicz (Ottone), Guy de Mey (Corrado)

 

Berlin – Staatsoper unten den Linden – 30 janvier, 1, 3, 5, 8 et 13 février 2000 – Akademie für Alte Musik – dir. René Jacobs – mise en scène Stephen Lawless – avec Dorothea Röschmann/Veronica Cangemi (Griselda), Lawrence Zazzo (Gualtiero), Miah Persson (Costanzo), Malena Ernman (Roberto), Artur Stefanowicz (Ottone), Daniel Kirch (Corrado)


« Dernière composition lyrique de son auteur, Griselda, sur un sujet traité par d’innombrables compositeurs, présente l’avantage d’être une oeuvre entièrement originale, ne recourant à aucun emprunt à des pages antérieures. La musique est une magnifique illustration de la théorie des « affects », de l’expression instrumentalement et vocalement individualisée des sentiments des personnages ; les coloratures y servent également à cette fin de justesse expressive et n’ont rien de purement décoratif, ce qui en rend d’ailleurs l’exécution particulièrement délicate, exigeant des chanteurs une profonde sensibilité stylistique. La production berlinoise est offerte dans la mise en scène certes plus aimable que vraiment imaginative de Stephen Lawless, mais qui n’offense à aucun moment le bon goût. Elle se trouve par bonheur valorisée par la scénographie réussie de Tobias Hoheisel qui harmonise, dans ses décors et costumes, des éléments de coloris parfois vigoureusemnent contrastés. René Jacobs modèle et phrase le discours musical avec des ressources infinies de phrasé et de rythmique, épousant, avec une constante intuition et une fervente éloquence, la teneur affective. Les récitatifs, nombreux et souvent assez longs, s’avèrent nécessaires à l’intelligibilité de la progession de l’action, mais les surtitres les rendent accessibles aux spectateurs ne possédant pas l’italien.
Avec les musiciens merveilleusement ductiles de l’Akademie fùr Alte Musik Berlin et un groupe de solistes de premier choix, René Jacobs n’a pas de mal à offrir une lecture en tous points vivifiante de la partition, dont plusieurs numéros, véritables sommets de l’art de Scarlatti, suscitent le désir immédiat d’une réécoute. Autour de Dorothea Röschmann, que ses prestations précédentes dans le cadre des productions baroques de ce théâtre ont promue vedette incontestée de l’ensemble, évoluent de jeunes chanteurs, dotés d’une belle technique et de voix agréables. Lawrence Zazzo allie fluide virtuosité contraténorale et prestance scénique dans le rôle de Gualtiero, roi de Sicile, qui a dû répudier son épouse sous la pression de son peuple, qui n’acceptait pas l’union du monarque avec une roturière, en l’occurrence la bergère Griselda, dont Dorothea Röschmann traduit, avec la même sincérité d’accents et la même ligne vocale immaculée, aussi bien la tendresse que la tristesse et la patiente soumission au destin, avant de se voir rétablie sur son trône. Costanza, fille présumée morte du souverain, charme par la volubilité de la soprano Miah Persson, au timbre vaporeux. Dans le rôle du « méchant », qui bénéficiera pour finir de la magnanimité de Gualtiero, Artur Stefanowicz convainc lui aussi pleinement. Une curiosité vite acceptée sans réserve est la distribution du personnage de Roberto, l’amoureux transi de Costanza, à Malena Ernman qui lui donne, sans que grand effort de maquillage ait été nécessaire, l’aplomb d’un jeune homme impétueux et l’interprète crédiblement, avec une voix se jouant de la tessiture et des fioritures d’une écriture particulièrement exigeante. Daniel Kirch enfin, ne dépare nullement en Corrado. L’ouvrage tout entier n’a donc rien d’une aride exhumation musicologique dans la constante pulsation agogique et la mise en relief des contours psychologiques que lui confère, sans relâche, l’art consommé et superbement communicatif de René Jacobs. » (Opéra International – mars 2000)

Naples – 29 octobre 1970 – Orchestre et choeur Alessandro Scarlatti de la RAI de Naples – dir. Nino Sanzogno – avec Mirella Freni (Griselda), Luigi Alva (Roberto), Rolando Panerai (Ottone), Veriano Luchetti (Corrado), Sesto Bruscantini (Gualtiero), Carmen Lavani (Costanza)

 

Hanovre – 27 septembre 1960 – Hannoverche Solistenvereinigung – Norddeutscher Rundfunk Orchester Hannover – dir. Bruno Maderna – avec Mirella Freni (Griselda), Ernst Häfliger (Roberto), Pierre Mollet (Gualtiero), Eugenia Ratti (Costanza), Heinz Rehfuss (Ottone), Peter Witsch (Corrado)

Catane – Teatro Massimo – 1960 – dir. Umberto Cattini – mise en sscène, décors et costumes Franco Zefireelli – avec Rina Gigli, Mirto Picchi, Renato Gioni