CD Orlando

ORLANDO

COMPOSITEUR

Nicola PORPORA

LIBRETTISTE

Pietro Metastasio

 

ORCHESTRE

Real Compañía Ópera de Cámara

CHOEUR
DIRECTION

Juan Bautista Otero

Orlando

Robert Expert

Medoro

Olga Pitarch

Angelica

Betsabée Haas

DATE D’ENREGISTREMENT 24 au 28 mai 2005
LIEU D’ENREGISTREMENT

Madrid – Palais Royal d’Aranjuez – Chapelle Royale

ENREGISTREMENT EN CONCERT

EDITEUR K 617
DISTRIBUTION Harmonia Mundi
DATE DE PRODUCTION 24 novembre 2005
NOMBRE DE DISQUES 2 ( 1 DVD)
CATEGORIE DDD

Version en quatre chants de Juan Bautista Otero

 

Critique de cet enregistrement dans :

Crescendo – avril 2006 – appréciation Joker Crescendo

“Riche idée que de fêter le tricentenaire de Farinelli en remontant l’ouvrage avec lequel il a débuté, à l’âge de 15 ans ! Cette Serenata en deux parties repose également sur le premier livret d’un poète qui connaîtra une ascension tout aussi fulgurante et deviendra le meilleur ami du célèbre castrat : Pietro Metastasio. Le corpus lyrique de Porpora, rival londonien de Haendel, demeure en friche, victime de l’ignorance et des préjugés, à l’instar de Salieri. Cette découverte majeure devrait balayer les idées reçues et, rêvons un peu, susciter enfin l’intérêt des maisons d’opéra comme des majors du disque qui confieront peut-être aux spécialistes de l’opéra napolitain (Florio, Rousset…) quelques chefs d’oeuvre de la maturité. En l’occurrence, c’est à un jeune chef madrilène, Juan Bautista Otero, féru d’opéra baroque et de répertoire hispanique, que nous devons cette magnifique et salutaire résurrection. Le DVD promotionnel livre d’ailleurs de larges extraits du spectacle, magique et intimiste, donné an mai 2005 dans la chapelle du palais royal d’Aranjuez, mais aussi de la création mondiale de l’Ifigenia in Aulida de Martin y Soler montée par la même compagnie.

A 34 ans, Porpora est un modeste dramaturge: le délire d’Orlando le trouve nettement moins an verve que Haendel ou Vivaldi, mais il affiche déjà une science exceptionnelle du belcanto et des affetti (y compris dans les récitatifs dont le merveilleux accompagnato de Medoro (‘Zeffiro lusinghiero’), un talent mélodique enchanteur et fécond. Du premier air, le très poétique Lamento d’Orlando, jusqu’aux adieux à la forêt d’Angelica, la sève coule, profuse, tendre, voluptueuse, et dispense mille et un ravissements (le duetto d’Angelica et Medoro). Otero n’hésite pas à emprunter à l’Arianna du compositeur une ouverture, majestueuse et vivace, et opère un retour à L’Arioste an éliminant une intrigue secondaire (des amours pastorales) pour mieux en redistribuer les airs aux protagonistes. Des choix judicieux qui ne fâcheront que les puristes. Opulent et gaillard, l’orchestre est emmené par le premier violon d’Hiro Kurosaki et rend justice aux idées heureuses dont la partition, d’une élégance folie, ge (ainsi l’image du ruissellement dans l’accompagnato de Medoro). Deux sopranos agiles et sensibles, au timbre plus (Olga Pitarch) ou moins corsé (Bethsabée Haas), rivalisent de charmes et relèguent au second plan le contre-ténor, musical et dont certains accents rappellent Paul Esswood, mais qui ne possède ni les graves virils, ni vraiment l’étoffe du héros. Une figure méconnue de l’opéra, une réalisation soignée et inspirée: l’événement mérite d’être salué.”

Goldberg – avril 2006

“…Les chanteurs montrent peu de compréhension ou de respect pour les conventions et les techniques baroques…Selon les standards du XIXe siècle, Betsabée Haas et Olga Pitarch sont très acceptables…Le contre-ténor est inacceptable quels que soient les critères. Porpora méritait mieux que cette mascarade.”

Classica / Répertoire – février 2006 – appréciation : Recommandé 9

“Porpora ‘ l’artiste dont on a voulu faire le rival de Haendel, compositeur prolifique au succès européen et, accessoirement, mentor de Haydn dans ses premières années ‘ ne mérite assurément pas l’oubli relatif dans lequel il est tombé. Composé pour l’anniversaire de l’impératrice Elisabeth-Christine d’Autriche en 1720, Orlando ou le délire (aussi appelé l’Angélique), d’après Métastase (et, évidemment, en amont, L’Arioste et Boiardo) constitue un chef-d’oeuvre du style napolitain. L’importance symbolique de l’oeuvre n’est pas non plus à négliger puisqu’elle signe non seulement les débuts du grand librettiste ‘ celui qui dominera pour un siècle la scène lyrique européenne ‘ mais encore ceux d’une autre légende de la scène lyrique du XVIIIe siècle : Carlo Broschi dit Farinelli. Cet enregistrement souhaite d’ailleurs célébrer le trois-centième anniversaire de la naissance de l’illustre chanteur.

Le maître d’oeuvre de cet enregistrement, Juan Bautista Otero, a décidé ‘ ainsi qu’il s’en explique dans la notice ‘ de pratiquer plusieurs ajustements à partir de l’oeuvre originale. Il a tout d’abord tiré d’une oeuvre antérieure, Ariane, la sinfonia d’ouverture qui faisait défaut Le chef d’orchestre a ensuite choisi ‘ modification plus brutale et peut-être plus contestable quoique expliquée de façon convaincante ‘ d’éliminer les personnages secondaires que Métastase avait insérés dans l’action, et de recentrer celle-ci sur le canevas originel de L’Arioste. Il estime en effet que ceux-ci ne présentaient pas d’intérêt particulier et nuisaient à la bonne compréhension de l’intrigue. Parallèlement il a redistribué leurs airs entre les personnages principaux, afin d’enrichir l’éventail des affects dont ils étaient susceptibles d’être l’objet’et de donner ainsi plus de poids et de complexité à leurs figures. L’oeuvre, à l’esthétique «classique» et équilibrée, plus proche de Scarlatti que de Jommelli (le baroque n’est ni échevelé ni exagérément virtuose), compte plusieurs passages de toute beauté : la lamentation d’Orlando, en ouverture, avec de magnifiques entrelacs de cordes et de flûtes (« Ombre amene »), le splendide récitatif accompagné de Medoro, à son entrée (« Zeffiro lunsinghiero »), suivi d’un air dont l’accompagnement ‘ un violon virtuose’ est fort beau, ou encore, dans la deuxième partie de l’oeuvre, le grand air d’Orlando (« Vanne, felice rio », très haendélien. L’orchestre, fouillé, détaillé, coloré, est digne de toutes les louanges ‘ superbe dans les nombreux airs avec accompagnement obligato, et très flatté par la prise de son. De leur côté, les chanteurs sont très satisfaisants sans être aussi parfaits que l’on pourrait le souhaiter : excellentes musiciennes, Olga Pitarch (Medoro) et Betsabée Haas (Angelica) délivrent un chant parfois un peu trop pointu et pas toujours parfaitement juste ; Robert Expert est un bon Odando, poétique et tourmenté à souhait mais il manque ici et là de graves, et il lui arrive également de chanter un tout petit peu trop bas. Broutilles dans cette merveilleuse réalisation. Un DVD d’accompagnement permet de mieux prendre connaissance des activités de la Real Compana Opera de Camara, de ses principales réalisations discographiques, et de la personnalité de son chef. On peut également voir quelques extraits de la production d’Orlando donnée au festival de Aranjuez. Une belle réussite, assurément.

Diapason – janvier 2006 – appréciation 5 / 5

  “Ce n’est pas un des “grands” opéras de Porpora, chapitre dont le disque nous doit encore une représentation fidèle, mais un « componimento drammatico », une serenata en deux parties, avec six personnages, composée pour l’impératrice Elisabeth-Christine de Naples en 1720 (Grove’s le date de 1722). C’est la première fois que Porpora collabore avec Métastase, dont il sera un des plus fidèles serviteurs. La pureté de l’anecdote, ramenée dans la version de Juan Bautista Otero aux affres du triangle amoureux et couronnée d’une scène de folie, sert bien nos émotions ainsi que la musique limpide, sensuelle, tendre et virtuose de Porpora, jamais avare de séductions diverses. Certes, c’est dans l’affect pur que le Napolitain se sent à l’aise, l’ambiguïté n’étant pas son terrain favori, il ne faut donc point espérer que la scène finale provoque le cataclysme psychologique ordonné par Haendel.

Servi comme il est ici, avec panache et subtilité, Porpora justifie autant sa réputation de charmeur que celle de grand maître du chant. La distribution originale ne comportait-elle pas quelques-uns parmi les plus grands chanteurs de l’époque ? Maria Benti-Bulgarelli (dite “La Romanina”), Domenico Gizzi, Maria Antonia Marchesini… Le livret nous signale également que c’est là que débuta sur scène (à quinze ans ?) un certain Farinelli. C’est pour célébrer le trois centième anniversaire de sa naissance que la Compagnie de Barcelone ressuscita l’ouvrage. Certes, nous aurions préféré entendre dans le rôle-titre un des nombreux mezzos de luxe qui peuplent aujourd’hui la terre, une Bonitatibus ou une Lemieux ‘ car le falsetto un rien sourd, un rien creux, certainement monochrome, de Robert Expert ne donne qu’une idée honnête mais approximative de ce rôle somptueux.

Les deux sopranos nous procurent une plus grande satisfaction, et nulle davantage que Mlle Betsabée Haas, parisienne de naissance formée en Angleterre, et qui fait depuis une jolie carrière internationale. Voix fruitée, scintillante, chargée d’émotion, musicienne pleine de finesse, il ne lui manque que la vélocité suprême à la Veronica Cangemi pour faire de l’ombre à celle-ci. Il suffit de l’entedre dans le piquant et badin « Quel cauto nocchiero » pour mesurer ses qualités. Bien distribuée dans le rôle « mâle », Mlle Pitarch propose un timbre légèrement métallique et une séduction comparable. La plénitude de l’ensemble instrumental, la démarche sensuelle du chef nous font regretter ‘ mais c’est une réserve minime ‘ un supplément de variété expressive et une verve rythmique plus affirmée, territoire qu’il leur reste à conquérir pleinement.”