CD Amphion

AMPHION

COMPOSITEUR

Jean-Benjamin de LABORDE

LIBRETTISTE

Antoine-Léonard Thomas

     

 

Ballet-pastorale-héroïque en un acte, sur un livret de Antoine-Léonard Thomas, représenté le 11 (ou le 13 ?) octobre 1767 à l’Académie royale de musique, dans le cadre de Fragments nouveaux.

Mlle Durancy, entrée à l’Opéra en 1763, jouait le rôle d’Antiope.

Laborde sortait de l’échec de Pandore, sur un livret de Voltaire, et avait rencontré le poète Thomas (*) chez Mme de Marchais qui tenait salon aux Tuileries.

(*) Antoine-Léonard Thomas (1732-1785), poète et critique, académicien en 1766, réputé pour ses éloges d’hommes célèbres

 

Dans une lettre du 21 décembre 1767 à Chabanon, Voltaire écrivait : Je pardonne à Laborde l’infidélité qu’il m’a faite pour Amphion. Cet Amphion était à coup sûr sorti de la boîte ; il lui reste l’espérance très-légitime de faire un excellent opéra avec votre secours.

Les critiques furent mauvaises, et l‘ouvrage tomba ignominieusement, paroles et musique, dès la première représentation.

 Selon le baron Grimm : Quant à l’acte d’Amphion, c’est autre chose. Il est de M. Thomas, … Son Amphion n’adoucit et ne dompte personne. C’est une musique d’amateur, . …

Selon les Annales dramatiques ou Dictionnaire général des théâtres (1808) : Cet acte offre le contraste heureux d’un peuple sauvage, adouci et civilisé par l’harmonie et par les arts. Antiope ne peut souffrir l’horreur de la solitude, depuis qu’Amphion lui a fait éprouver le charme de sa voix ; en vain, le chef d’un peuple sauvage lui offre son coeur : elle le refuse ; elle s’oppose au sacrifice sanglant, que ce barbare veut faire à ses dieux, en leur immolant des captifs. Amphion triomphe de ces sauvages par le génie de l’harmonie; il obtient même Antiope, de l’aveu de son rival ; et il ajoute à son bonheur, en faisant des heureux. Une ville s’élève, et les peuples se rassemblent, attirés par le charme de ses accens. 

  Charles Collé, dans son Journal et mémoires, fut très critique pour le livret : Le mardi 13 du courant l’Académie royale de musique donna deux actes nouveaux. Le premier, intitulé Théonis, ou leToucher, de M. Poinsinet, musique de Trial et de Breton. Le second, intitulé Amphion, de M. Thomas, musique de M. de La Borde, valet de chambre du roi. L’acte de Poinsinet a un peu réussi ; son succès sera éphémère : il ne restera pas au théâtre. Quant à l’acte tVAmphion, il est tombé ignominieusement, musique et paroles. C’est pour cet acte que je fais cet article.

J’ai lu avec attention les paroles de Thomas, et j’ose dire ici, sans aucune exagération, que je n’en ai pas encore lu d’aussi mauvaises, d’aussi gauches, et qui s’éloignent davantage du ton lyrique ; la rage de la philosophie l’a poursuivi au point d’en vouloir mettre dans un acte d’opéra ; j’entends cette philosophie de mots el de prédications triviales. Amphion prêche la tolérance dans cet opéra ; il nous rabâche que tous les hommes sont frères ; il les exhorte à l’humanité, et avec une élégance peu commune ; sa galanterie ne le cède en rien à son éloquence. Un chef de sauvages promet à celle qu’il aime d’immoler les monstres des forêts…

« Et sur leur dépouille sanglante

Nous jouirons tous deux des plaisirs de l’amour. »

Cet acte est écrit avec une dureté et une ignorance du genre lyrique qui feroit frissonner Quinault. Quant au fond de son sujet, il est pillé de l’acte d’Osiris de Cahuzac, et l’on ne pouvoit guère l’arranger plus gauchement. Rien ne tient ensemble, l’on ne sait où est le lieu de la scène. Depuis cette équipée on ne nomme plus, dans le parterre, l’auteur des paroles d’Amphion que le Gros Thomas.

 

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