CD Hommage Pastoral au Roi Soleil

HOMMAGE PASTORAL AU ROI SOLEIL

COMPOSITEUR

Marc Antoine CHARPENTIER

LIBRETTISTE

 

ORCHESTRE Ensemble Amarillis
CHOEUR
DIRECTION Héloïse Gaillard

Valérie Gabail
Robert Getchell
Jean-François Novelli
Jean-Baptiste Dumora

DATE D’ENREGISTREMENT 2004
LIEU D’ENREGISTREMENT
ENREGISTREMENT EN CONCERT

EDITEUR Ambroisie
DISTRIBUTION Harmonia Mundi
DATE DE PRODUCTION 24 septembre 2004
NOMBRE DE DISQUES 1 – Serenata a tre voci e sinfonia ; La Couronne de fleurs ; Dialogue d’Angélique et de Médor ; Oyseaux de ces boccages ; Tout renaît, tout fleuri ; Beaux petits yeux d’écarlate ; Fanchon, la gentille Fanchon ; Veux-tu compère Grégoire
CATEGORIE DDD

Critique de cet enregistrement dans :

Goldberg – août 2005 – appréciation 5 / 5

“La pièce centrale de ce disque délectable est le premier enregistrement de la pastorale La Couronne de fleurs, H. 486, adaptation du prologue du Malade imaginaire (1674), première collaboration originale entre Charpentier et Molière. Produites pour une représentation privée à l’Hôtel de la duchesse de Guise, protectrice du compositeur, ces trois scènes glorifient les récentes victoires de Louis XIV. Une grande partie du texte original de Molière a été conservée, sa nature obséquieuse prouvant qu’il était impossible, même à un grand dramaturge, d’échapper à une convention si contraignante. Mais c’est la musique qui compte, et elle nous propose d’écouter aussi bien des airs enchanteurs destinés à un groupe de bergers que des récitatifs dramatiques vantant les exploits royaux, ou encore des ensembles vocaux magnifiquement élaborés.

L’autre oeuvre majeure est la splendide Suite en ré mineur, à l’origine pour violes de gambe, mais répartie ici entre les flûtes, hautbois et violons d’Amarillis. Cela fonctionne assez bien, mais on peut être déconcerté par le fait que le petit trio instrumental change d’instruments en cours de route. Outre un bref dialogue entre les protagonistes de la pièce de Dancourt Angélique et Médor, nous avons aussi droit à six des Airs sérieux et à boire de Charpentier, aspect négligé de son oeuvre qui contient quelques précieuses petites perles comme Oiseaux de ces bocages, magnifiquement interprété par la haute-contre Robert Getchell. Bien sûr ces interprétations sont tout à fait sympathiques et dans l’esprit du temps, les chansons à boire étant superbement rendues.”

Classica/Répertoire – février 2005 – appréciation 7 / 10

“…C’est avec la collaboration de Molière que Charpentier fait ses débuts, notamment avec Le Malade imaginaire, précédé d’un grand prologue qu’il reprendra environ dix ans après, pour les musiciens de Mademoiselle de Guise, et sous le titre deLa Couronne de fleurs. Profondément remaniée à partir de la partition originale, l’oeuvre acquiert là une réelle autonomie, et c’est avec plaisir que nous pouvons retrouver ces pages au centre de cet enregistrement, accompagné d’airs sérieux et à boire. Saluons donc l’initiative de l’Ensemble Amarillis qui enregistre là des pièces rarement gravées au disque. Celles-ci dévoilent une facette de Charpen-tier quasiment inconnue avec ce répertoire aux allures populaires que le maître français avait pourtant en affection. A noter tout particulièrement l’exécution des trios (Compère Grégoire, Fanchon, La Gentille Fanchon et Beaux petits yeux d’écarlate), aux accents grinçants et facétieux très bien rendus par les chanteurs. Dans son ensemble, la palette vocale tire son honneur d’une parfaite diction et d’un total investissement dans les airs comiques. Les faiblesses tiennent par contre à l’interprétation de la pastorale La Couronne de fleurs, peu engagée lyriquement et entachée de problèmes techniques (défauts de justesse pour Cassandre Berthon et Valérie Gabail, vocalises incertaines de Jean-Baptiste Dumora). Seuls Robert Getchell et Jean-François Novelli sont irréprochables, et stylistiquement et musicalement. Du point de vue instrumental, même si le continuo n’est pas des plus dynamiques, l’homogénéité des couleurs est ici plus que louable. une lecture seulement correcte, mais qui fera le bonheur des mélomanes pour l’intérêt des oeuvres qu’elle met en scène.”

Opéra International – décembre 2004 – appréciation 4 / 5

“(Re)découverte cet été au Festival de Beaune, La Couronne de fleurs est une pastorale dédiée à la grandeur de Louis XIV dont l’exaltation de la gloire – ici champêtre – résonne à chaque vers. Bien que ceux-ci soient signés Molière, la répétition laudative du royal prénom pourrait très vite faire sombrer dans le sommeil si la science contrapuntique et vocale de Charpentier ne triomphait à chaque mesure de l’ennui suscité par ” les exploits de Louis etc “. On mettra cette oeuvre en parallèle avec l’Idylle sur la Paix de Racine et Lully donnée en 1685 à l’Orangerie de Sceaux chez Seignelay et composée, comme La Couronne, pour célébrer la trêve de Ratisbonne. L’oeuvre de Charpentier n’est en fait qu’un rabibochage du prologue du Malade imaginaire écrit par Molière agonisant dix ans plus tôt. Charpentier, qui chanta dans la présente pastorale le rôle de Forestan, revêtit d’une autre musique les vers politiques de Poquelin qui font presque regretter l’art du “passer la brosse” selon Quinault. Zappons plutôt sur les petites grivoiseries, ici enregistrées avec humour. Les trios de Fanchan puis de Grégoire proposent une facette méconnue de Charpentier: l’humour, voire le graveleux, des “airs à boire “. Tout aussi curieux est le Dialogue d’Angélique et Médor, réponse parodique au Roland de Lully, l’empêcheur d'” opérer” en rond sur les théâtres de France.

Ce plateau garni d’oeuvrettes un tantinet frag-mentaires est interprété avec sensibilité par des chanteurs émérites en la matière, aussi à l’aise dans l’air soliste que dans les ensembles, comme en témoignent les bouquets polyphoniques de La Couronne. On l’avait applaudi dans le récent enregistrement des Nuits de Sceaux de Nicolas Bernier : Robert Getchell est bien la tendre haute-contre à la française du moment, dans la lignée d’un Jean-Paul Fouchécaurt. Dans ce pittoresque florilège, la chatoyante formation Amarillis est instrumentalement aussi inspirée que dans ses concertos de Vivaldi et propose, en sus, seize morceaux instrumentaux pour petite formation où brille la magnifique Symphonie H.529, sur rythme de chaconne, ou encore la Suite de danses H.520. En tout, vingt-six succulents desserts Grand Siècle pour garnir sa table de Noël.”

Diapason – novembre 2004 – appréciation 4 / 5

“Le programme troussé par Amarillis prend la forme d’un hommage au Roi Soleil, avec un effectif chambriste assez proche de ceux dont pouvait disposer Charpentier chez Mademoiselle de Guise. Y préside la parodie, dans la double acception du terme se moquer (du Roland de Lully, dans une musique de scène pour l’Angélique et Médor de Dancourt) ou réutiliser – en 1685, La Couronne de fleurs rhabillait en pastorale le Prologue du Malade imaginaire. Cet inédit est précédé d’une transcription pour six instruments mélodiques et basse continue du Concert à quatre parties pour les violes H 545, et suivi par un bouquet de miniatures instrumentales, d’ensembles vocaux et d’airs.

Divertissement agréable, ciselé, radieux, peut-être trop disparate, et donnant parfois de Charpentier une image mièvre : sans tomber dans la paillardise empesée par laquelle William Christie raillait La Gentille Fanchon, on aurait pu imaginer airs à boire plus déboutonnés. Et si le haute-contre Rohert Getchell ne démérite pas, sa déclamation pudique jusqu’à la timidité ne saurait faire oublier Howard Crook dans Oyseaux de ces boccages (parodie de l’air italien de Spacamont). Dans La Couronne, les choeurs de Bergers sont ravissants, d’un contrepoint habilement rendu et plein de naturel. Les solos convainquent moins, surtout quand ils incombent à des chanteuses à la diction très sophistiquée, et néanmoins imprécise (Cassandre Berthon, Valérie Gabail). De ce point de vue, les messieurs s’imposent davantage, particulièrement le baryton Jean-Baptiste Dumora. Séraphique prestation des bois (le solo introductif du hautbois d’Héloïse Gaillard !), mais cordes plus besogneuses. Amarillis a dix ans : il sait aujourd’hui plaire, il lui reste àconvaincre.”