Révolution : la musique perd la tête

La Révolution ne fut pas tendre avec ceux qui avaient animé le monde musical de l’Ancien Régime. Certains y perdirent même leur tête.

Parmi les compositeurs, il en est un qui avait peu de chance d’échapper à la folie meurtrière : Jean-Benjamin Laborde, ci-devant Premier valet de chambre de Louis XV et fermier général, était une victime toute désignée.

Malheureusement pour lui, Laborde était un incorrigible optimiste. Lors de la prise de la Bastille, il s’était prudemment éloigné de Paris. Mais sa situation n’était guère florissante : les troubles gagnaient les campagnes. et il était accablé de dettes, ce qui le conduisit à regagner Paris. Lorsque Louis XVI dut coiffer le bonnet phrygien, Laborde comprit que la royauté était condamnée, et quitta Paris. Le 12 août 1792, il apprit que son appartement des Tuileries avait été dévasté, avec ses quinze mille volumes, deux milles dessins, et vingt-cinq mille livres de vin… En novembre 1793, la Convention décidait l’arrestation des anciens fermiers généraux, les “sangsues du peuple”. Réfugié à Rouen, Laborde fut emprisonné, puis transféré à Paris. Décrit par Fouquier-Tinville comme “s’étant engraissé de la substance du peuple”, Laborde n’avait plus aucune chance. Il fut guillotiné le 22 juillet 1794. Six jours après, la guillotine était transportée place de la Révolution, pour Robespierre. Eût-il bénéficié d’un sursis d’une semaine, Laborde aurait échappé.

Deux semaines avant, un homme encore plus compromis l’avait précédé : intendant des Menus Plaisirs depuis 1756, Denis Pierre Jean Papillon de La Ferté avait bien tenté de donner des gages au régime révolutionnaire : il avait prêté le serment civique, s’était inscrit comme volontaire dans la garde nationale, avait même commandé la garde nationale de l’île St Denis en 1790, et offert un don patriotique de 39 000 livres. Mais comment ne serait-il pas resté suspect ! Un jour, sa maison à St Denis fut perquisitionnée. Son épouse ne le supporta pas et mourut peu après. Quoique se sachant menacé, il refusa de s’enfuir. Il fut arrêté puis incarcéré à la prison du Luxembourg. Il n’en sortit que pour être jugé et exécuté, comme ennemi du peuple, le 7 juillet 1794, sur la place du Trône.

Jean-Claude Brenac – Juillet 2010