Médée

COMPOSITEUR Marc-Antoine CHARPENTIER
LIBRETTISTE Thomas Corneille

 

ORCHESTRE Le Concert Spirituel
CHOEUR Les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles – dir. Olivier Schneebeli
DIRECTION Hervé Niquet
MISE EN ESPACE Olivier Simonnet
LUMIÈRES Pierre Dupouey
Médée Stéphanie d’Oustrac dessus
Jason François-Nicolas Geslot haute-contre
Créuse Gaëlle Méchaly dessus
Oronte Bretrand Chuberre basse-taille
Créonte Renaud Delaigue basse
Cléone, l’Amour, une Italienne, Captif de l’Amour I, Fantôme I Hanna Bayodi dessus
Nérine, Captif de l’Amour II, Fantôme II Caroline Mutel dessus
Un Argien Benoît Arnould basse
Arcas, Corinthien II, la Vengeance Emiliano Gonzalez-Toro taille
Corinthien I, Captif de l’Amour III, un Démon Andres D. Dahlin taille
DATE D’ENREGISTREMENT 3 octobre 2004
LIEU D’ENREGISTREMENT Opéra Royal – Versailles
EDITEUR Armide Classics
DISTRIBUTION Harmonia Mundi
DATE DE PRODUCTION 28 avril 2005
NOMBRE DE DISQUES 2
FORMAT PAL – Son PCM Stéréo – 5.0 DTS
DISPONIBILITE Toutes zones
SOUS-TITRES EN FRANCAIS oui

Critique de cet enregistrement dans :

  • Opéra International – juin 2005 – appréciation 4 / 5

« L’écrin magique et somptueux de l’Opéra royal de Versailles est sans conteste un cadre propice aux épanchements sophistiqués de la tragédie lyrique baroque. Si la Médée de Charpentier offerte en ces lieux le 2 octobre 2004 par Hervé Niquet se montrait quelque peu décevante dans la timide mise en espace d’Olivier Simonnet, la captation DVD, quant à elle, invite, par ses plans resserrés, ses vues intimes sur les visages, ses ralentis sur les démarches et les gestes, à un spectacle plus affirmé esthétiquement, un rien plus rythmé. Certes, les voix jeunes, encore très fraîches, vertes pour certaines, ne peuvent rendre totalement justice aux cinq actes de cette partition dense, longue (environ trois heures) et complexe. Néanmoins, le style rigoureux, l’attention portée au texte et l’investissement de chacun célèbrent l’ouvrage avec une intégrité significative.En tête du plateau, émerge naturellement la magicienne, amoureuse éperdue, de Stéphanie d’Oustrac. Altière, expressive, d’une féminité renversante, son incarnation de Médée, même si elle n’atteint pas encore le degré d’incandescence voulu par le rôle, réserve dans l’ensemble des élans prometteurs. Et si le sens du tragique est encore contenu, le phrasé reste noble, la diction limpide, le timbre des plus suaves. A ses côtés, citons le Jason très délicat du haute-contre François-Nicolas Geslot et l’Oronte efficace de Bertrand Chuberre. En revanche, ni la Créuse acide de Gaelle Méchaly (ici en relative méforme) ni le Créon techniquement vague de Renaud Delaigue ne parviennent à convaincre. De son clavecin, Hervé Niquet ose des couleurs capiteuses, des lignes amples (trop souvent méprisées par de nombreuses formations dans ce répertoire] que les pupitres ductiles du Concert Spirituel étirent avec bonheur. Précisons que la très riche palette harmonique pétrie de chromatismes et de dissonances troublants (en guise de bonus, le chef aborde brièvement les spécificités de la parure orchestrale de Charpentier) réserve aux musiciens de multiples occasions de briller. »

  • Classica/Répertoire – mai 2005 – appréciation 7 / 10

« Témoignage d’un concert du 3octobre 2004 à l’Opéra Royal de Versailles, cette Médée gagne a être revue au DVD. Au plus près des émotions des protagonistes, la version de Niquet trouve des charmes nouveaux, alors que la soirée avait laissé sceptique. En effet, pour rendre présentable, pour une mise en espace, l’assez longue tragédie de Charpentier et deThomas Corneille, Niquet a pratiqué des coupes sombres. Exit le trompetant prologue, le divertissement italien du deuxième acte et le choeur dans les maléfices de Médée. Comme d’autres chefs baroques confrontés aux oeuvres de Lully et consorts, Niquet sabre dans les récréations musicales, parties pourtant bourrées d’idées. On conviendra qu’amputer Charpentier de son italianité est pour le moins inconvenant… Reste la battue enthousiaste — et pour le moins originale—d’un Niquet tirant de son Concert Spirituel des couleurs donnant à la partition une dynamique éloignée des suavités propres aux Arts Florissants, un opulent continuo brode ses riches harmonies dans les récitatifs et la mélancolie des vents entoure d’une tendre aura les plaintes de Médée dans « Quel prix de mon amour ». Stéphanie d’Oustrac, bien qu’encore jeune pour ce rôle complexe, s’investit totalement en amoureuse flouée devenant mère infanticide. Diction parfaite et passion saisissante : ce n’est pas le cas de la Créuse de Gaëlle Méchaly que l’on a connue dans des jours meilleurs. Le pleutre Jason est défendu par le doux haute-contre François-Nicolas Geslot. Bertrand Chuberre est un bel Oronte déchiré entre amour manipulé et orgueil aveugle. Dommage que le Créonte soit si souvent empêtré dans de faux départs. Quant à la captation de la mise en espace, assez plate, signée Oliver Simonnet, elle ne dépare ni n’embellit cette version agréable, mais un tantinet frustrante, de la tragédie lyrique de Marc­Antoine Charpentier. »

« la tragédie de Charpentier est présentée en version concert (ce qui peut rimer avec « austère » puisqu’il n’y a pas de mise en scène), par chance, la caméra descend régulièrement dans la fosse d’orchestre et on y voit vivre la musique ; côté « suppléments » on nous propose une séquence de 9’35 (pendant laquelle Hervé Niquet présente l’oeuvre, son auteur et le propos de son auteur ; on y voit aussi quelques scènes de répétition et l’interprétation en plein air de la fanfare qui clôt l’acte I) ; au rayon des sujets qui fâchent, on regrettera vivement la disparition du prologue (pourtant très beau ; du reste Hervé Niquet dit lui-même qu’il n’y a pas une note à retrancher de l’oeuvre… alors ?), la suppression de l’intermède italien à l’acte II et la non utilisation du choeur sur la scène 7 des démons à l’acte III ; par comparaison, la seconde version CD des Arts Florissants propose 3h15 de musique, ici, on nous propose environ 2h30 de « programme ».

  • Anaclase

« En 1635, après plusieurs œuvres légères, Pierre Corneille écrit Médée, sa première tragédie, largement inspirée de celle de Sénèque. Frère de l’auteur du Cid, Thomas Corneille (1625-1709) eût lui aussi une carrière littéraire fructueuse, bien que moins connue de nous. Il est pourtant l’auteur d’une quarantaine de pièces de théâtre, adaptations et livrets d’opéra dont ceux de Bellérophon (musique de Lully, 1679) et de Médée. Quand l’œuvre est présentée à l’Académie royale de musique de Paris, le 4 décembre 1693, l’opéra français est encore soumis aux conventions établies par le tyrannique Lully (mort depuis 1687), épaulé par son librettiste Quinault. Ainsi, après un prologue à la gloire du roi, chacun des cinq actes doit contenir un divertissement chorégraphique et choral en relation avec l’intrigue. Peu ou prou (pas de danse au dernier acte), Charpentier et Corneille se joueront de ces règles pour resserrer l’action, laisser plus de place à une musique évocatrice. Cette liberté vient sans doute de ce que le musicien n’est pas au service du roi mais, entre 1680 et 1688, de la Duchesse de Guise – autre grande fortune du royaume -, puis professeur de composition, etc. On n’offense pas Médée impunément. Après avoir laissé plus d’un cadavre derrière elle pour aider Jason à voler la toison d’Or, Médée trouve refuge avec lui à Corinthe. Si le roi Créon accueille d’abord les fugitifs, la présence de l’étrangère lui pèse, quand il souhaiterait compter seulement sur un Jason héroïque au combat, et lui offrir sa fille Créuse. L’amour commence d’ailleurs à naître entre eux deux. Consciente de cette trahison et des efforts de Créon pour la contraindre à l’exil, la magicienne tentera de raisonner ses ennemis, puis laissera toute la place à sa colère – « Je veux une vengeance épouvantable, horrible ! ».Comme l’explique Hervé Niquet dans le bonus, Charpentier a pris la décision de se fâcher avec le public. En grand caricaturiste, il a souhaité entourer Médée de l’abjection et du mensonge, soit d’une société de pleu-tres, de lâches, de niais… Venu pour détester une infanticide, le public dé- couvre une œuvre où non seulement la criminelle n’est pas punie (ce qu’il savait déjà), mais où ses actes son justifiés par le mépris, la trahison, les humiliations qu’elle rencontre. On arrive donc au résultat imaginé par Corneille, c’est-à-dire que Médée attire si bien de son côté toute la faveur de l’auditoire qu’on excuse sa vengeance après l’indigne traitement reçu de Créon et de son mari et qu’on a plus de compassion du désespoir où ils l’ont réduite que de tout ce qu’elle leur fait souffrir. Mais, comme le présen-tait Charpentier, le public n’a pas pu regarder ce miroir et le succès n’a pas été au rendez-vous. Enregistré le 3 octobre 2004 à l’Opéra royal de Versailles, cette tragédie lyrique en cinq actes est présentée en version de concert avec quelques amputations – en particulier le prologue – qui réduisent le programme à 150 minutes, soit presque trois-quarts d’heure de moins que la version complète. La mise en espace d’ Olivier Simmonet et le montage du film arrivent à contrecarrer la monotonie visuelle qu’on redoutait. Les plans sont variés, rythmés (voir à l’acte III, scène 4, la décision de vengeance), avec des prises de vue, régulières et bienvenues, sur les musiciens du Concert Spirituel, que dirige, avec une élégance tonique, colorée et nuancée, le chef évoqué plus haut. Avec une belle égalité sur toute la tessiture, un timbre soyeux, Stéphanie d’Oustrac incarne Médée qui gagne peu à peu en charisme – retrouvons-la dans cinq ans, ce sera encore mieux ! Le haute-contre François-Nicolas Geslot – Jason – mène son chant avec une belle légèreté, mais qui nous paraît manquer parfois de corps pour animer un tel personnage. Bertrand Chuberre – Oronte -, basse-taille avec une belle projection, une diction soignée et un timbre cuivré, nous aura plus intéressé que le Créon de Renaud Delaigue, basse pas toujours irréprochable, surtout en début de soirée. Gaëlle Méchaly – Créuse – et Caroline Mutel – Nérine – remplissent avec clarté et engagement leur rôle de dessus. Enfin, mention spéciale pour le beau trio équilibré de Anders Jerker Dahlin, Emiliano Gonzalez-Toro et Benoît Arnould, ainsi que pour le chœur des Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles dont ils sont issus, à l’aise dans les moments vifs comme dans les lamentations. »