DVD Lo Frate ‘nnammurato 1989

COMPOSITEUR Giovanni Battista PERGOLESI
LIBRETTISTE Gennarantonio Federico

 

ORCHESTRE Orchestre de La Scala de Milan
CHOEUR
DIRECTION Riccardo Muti
MISE EN SCENE Roberto De Simone
DÉCORS Mauro Carosi
COSTUMES Odette Nicoletti
LUMIERES Vannio Vanni

 

Marcaniello Alessandro Corbelli
Ascanio Nuccia Focile
Nena Amelia Felle
Nina Bernadette Manca di Nissa
Luggrezia Luciana D’Intino
Carlo Ezio Di Cesare
Vannella Elisabeth Norberg-Schulz
Cardella Nicoletta Curiel
Don Pietro Bruno De Simone
Lo Schermidore Lucia Bonini

 

DATE D’ENREGISTREMENT décembre 1989
LIEU D’ENREGISTREMENT Milan

 

EDITEUR Opus Arte / La Scala Collection
DISTRIBUTION Codaex
DATE DE PRODUCTION 20 août 2004
NOMBRE DE DISQUES 1
CATEGORIE 4 : 3 Stéréo Dolby Digital
DISPONIBLE Toutes zones
SOUS-TITRES EN FRANCAIS non (anglais uniquement)

 

 

Critique de cet enregistrement dans :

Anaclase

“Il y a quinze ans, Ricordi à Milan et Pendragon à New York proposaient une nouvelle édition critique confiée aux bons soins de Francesco Degrada d’une rareté injustement oubliée par le temps : Lo frato ‘nnamorato, opéra de Giovanni Battista Pergolesi, sur un livret de Gennaro Antonio Federico. La Scala rendait alors un bel hommage à cette commedia per musica en programmant une production divertissante et bien menée, mise en scène par Roberto De Simone et dirigée par Riccardo Muti. Deux ans plus tard (1991), le beau travail de cette équipe faisait l’objet d’une parution discographique chez Emi/Ricordi, alors que paraissait simultanément un enregistrement de l’Opéra de Naples, dirigé par Cillario en 1969, qui ne risquait certes pas de lui faire ombre. De Pergolesi, le public d’aujourd’hui connaît avant tout le Stabat Mater, qui n’est guère représentatif de la carrière du compositeur, au mieux “La Serva padrona”. À vingt-et-un ans, le musicien présentait “La conversione di San Guglielmo d’Aquitania”, un drame sacré, et “Salustia”, son 1er opéra. Mais c’est bien avec “Lo frato’nnamorato” – parfois indiqué sous le titre “Lo fratello innamorato” -, son premier ouvrage de style bufa, qu’il rencontrerait le succès. Suivraient “Il Prigioniero superbo” en 1733 (dont serait extrait “La Serva padrona”), “La Contadina astuta” et “Adriano in Siria” en 1734, enfin “L’Olimpiade” et “Il Flaminio” en 1735, quelques mois avant le fameux Stabat Mater achevé durant une douloureuse agonie, puisque la phtisie devait l’emporter en 1736, à vingt-six ans.Créé à Naples, le 23 septembre 1732, au Teatro dei Fiorentini, ce Frère amoureux serait repris en 1734 et 1748, puis totalement éclipsé de la scène pendant près de deux siècles, puisque c’est le Teatro Regio de Turin qui le remettrait à son répertoire en 1936, mais en langue italienne, alors qu’il a été écrit pour le napolitain. Vingt ans plus tard, la Rai en diffuse une version de concert chantée dans l’idiome d’origine, et c’est finalement Zeffirelli qui signe la production du Festival de Spolete en 1958. En France, deux tentatives de découverte : celle de Rivoli un an plus tard à Enghien, celle de Goodman à Royaumont en 1991. La collection de La Scala, éditée par Opus Arte, offre un beau témoignage de la production de 1989, par un film intelligemment réalisé, sans recherche inutile d’effets particuliers. Après une Sinfonia traditionnelle en trois mouvements dans laquelle Muti impose une sonorité plus classique que baroque et qui pourrait bien annoncer Cimarosa, par exemple, le rideau se lève sur un dispositif ingénieux qui servira parfaitement l’action durant trois actes. C’est une charmante figure architecturale à escalier, ronde comme une jolie bonbonnière, qui tournera afin de nous inviter tour à tour sur la place, devant les maisons de villégiature des deux familles actrices de la comédie, dans la cour de l’une ou l’autre de ces maisons, etc. La chanson triste qui ouvre le spectacle est vite suivie du délicieux bavardage des servantes Cardella – Nicoletta Curiel, au timbre attachant – et Vanella – la pétillante Elizabeth Norberg-Schulz qui offrira par la suite un chant tout-à-fait remarquable. Arrive Pietro, fat qui s’admire dans un miroir. Deux mariages ont été convenus : il épousera Nena, l’une des nièces de Carlo, Nina, la seconde devant épouser le vieillard Marcaniello, père de Pietro, qui donne en échange de ces deux unions sa propre fille Luggrezia – donc la sœur du même Pietro – à Carlo. Le timbre de Bruno De Simone caractérise parfaitement le personnage de Pietro, sorte de fanfaron un rien jobastre et fort lourdaud, dont l’expression toujours affreusement ampoulé et le com-pulsif fricot avec les servantes engendrent bien des sourires. Le grave de la voix paraît manquer de corps, mais la fiabilité et surtout l’endurance de son chant révèleront par la suite une prestation globalement satisfaisante. Pour le ridicule, Carlo n’a rien à lui envier : Ezio Di Cesare campe un romain grandiloquent qui n’affirme son respect et sa reconnaissance qu’à grands coups d’épées, dressant un de ces fiers profils dont on frappe les mon-naies. C’est un ténor plutôt vaillant, affirmant beaucoup de style, et une prestance qui plus d’une fois dépassera le risque de caricature. Dès l’abord, l’œuvre se rit des légendaires galanterie napolitaine et formalisme romain, montrant les promis se congratulant mutuellement, parodiant des habitus qu’ils ne savent que rendre grossiers. Les nièces, deux péronelles que le livret et la mise en scène moquent tendrement, n’entendent pas obéir à ces projets matrimoniaux. Elles aiment ailleurs, qui plus est le même homme, Ascanio, jeune frère de Pietro. On ne peut que comprendre : Pietro, dont le père antédiluvien boite avec un pied dans la tombe, est un homme fait, tandis qu’Ascanio est un adolescent qu’il semble bien naturel de lui préférer. Bernadette Manca di Nissa offre une voix attachante dans les recitativi, parfois instable dans les arie. En revanche, la Nena de Amelia Felle s’avère nettement plus précise, avec un timbre chaleureux et une émission toujours maîtrisée ; toutefois, elle se révèlera fatigué au début du troisième acte. Si, aux yeux de Nena, Pietro n’est pas un fiancé très désirable, l’entrée drôlissime de Marcaniello signifie à elle seule l’impossibilité du mariage de Nina ! Alessandro Corbelli compose un barbon goûteux traînant péniblement un pied enflé, emballé dans des loques qu’on devine imbibées de quelque remède peut-être même nauséabond, arborant un faux-nez crochu comme un masque de commedia, facilement d’humeur colère, qui paraît aveugle à la cour empressée que le caveau lui fait. L’imaginez-vous s’accompagnant d’un luth trop lourd à ses vieux os pour chanter une sérénade sous le balcon de sa promise ? Eh bien, il faudra vous y faire ! Ne se contentant pas de sa seule présence théâtrale, ô combien irrésistible, Corbelli pré- sente un chant soigné, nourri par un métier certain. La voix est grande ; la musicalité aussi. Et qu’est-ce que c’est que ce nom, Marcaniello ? L’aniello s’entend comme agnello, l’agneau, et marcare n’a pas besoin de traduction : ce marc’agnello serait-il celui qui marque les moutons, soit un simple paysan qui se serait enorgueilli d’une noblesse douteuse ?… Je vous laisse découvrir par quels subterfuges les donzelles feront-elles traîner les choses jusqu’à un dénouement ficelé à la mode du siècle qui fait du garçon qu’elles aiment leur propre frère, ou encore comment Don Pietro, les joues roses, la tête ornée de plumes en surplomb d’une perruque ridi-cule avec des anglaises et un toupet de bélier écossais, se trouvera-t-il littéralement traité de cul – excusez-moi : je ne fais que citer – par son père, après l’air français Mon dieu, combien de charmes… Deux personnages apportent la tristesse nécessaire à l’équilibre de l’ouvrage : l’Ascanio de Nuccia Focile, rôle travesti bénéficiant d’un chant nuancé, qui aime Nina, Nena, et même sa prétendue sœur Luggrezia – Luciana D’Intimo dont on admire la splendeur de la voix, la belle hégémonie sur toute la tessiture, la couleur du timbre, et l’art incontestablement raffiné.Malgré les cordes parfois approximatives de l’Orchestra del Teatro alla Scala, Riccardo Muti ménage un accompagnement minutieusement soigné à un divertissement truculent, ce frère amoureux de l’amour.”

Diapason – décembre 2004 – appréciation 5 / 5

“En 1989, Riccardo Muti propose dans son intégralité le pimpant Frate’nnamorato de Pergolèse, joyau bouffe qu’il enjolive par sa direction chaleureuse et distinguée. De la couleur, de l’allant, et toujours de la classe, pour cette pétillante comédie dont certains personnages, histoire de marquer les différences de classes et de provoquer un effet comique, s’expriment en dialecte napolitain. Les vacanciers de Capodimonte s’en donnent donc à coeur joie, campés par une brochette de chanteurs aguerris – beaucoup de jolies voix, et des acteurs truculents. Qui a pu voir, au défunt Mai Versaillais, des mises en scène de Roberto De Simone, des décors et costumes du duo Carosi-Nicoletti, ses complices, reconnaît d’emblée leur patte ; dans le sillon de la commedia dell’arte, ils font assaut de verve, gardant toujours en vue les limites du bon goût. Les fréquenter est un plaisir.”

Opéra International – octobre 2004 – appréciation 5 / 5

“Quinze ans déjà se sont écoulés depuis l’enregistrement du délicieux Lo frate ‘nnamarato [1732] de Pergolèse par Riccardo Muti. Si la parution en DVD du spectacle filmé en 1989 à la Scala de Milan nous parvient tardivement, le plaisir de redécouvrir cette production, véritable petit miracle d’équilibre, d’intelligence et de goût, n’en est finalement que décuplé. Le luxueux plateau vocal, identique à celui du disque [Alessandro Corbelli, Nuccia Focile, Elizabeth Norberg-Schulz, Ezio Di Cesare…), le charme du décor (Mauro Carosi), centré sur un petit castel rotatif mi-roc, mi-coquillage évoquant (Clin d’oeil élégant à la ville où se déroule l’histoire) une porcelaine de Capodimonte, le raffinement des costumes (Odette Nicoletti), ne sont pas les moindres atouts de cette brillante reconstitution dans le plus pur esprit commedia dell’arte. Avouons que la mise en scène millimétrée de Roberto De Simone se montre d’une efficience rare. Sans chercher à escamoter ou surexposer les inévitables pitreries que la farce napolitaine impose, il parvient à hisser le marivaudage à un niveau de naturel simplement irrésistible. Et ne s’encombre d’ailleurs pas d’accessoires superflus, un banal miroir, un fleuret, une pipeau un canevas suffisant à exprimer, mieux, à prolonger l’humeur des personnages: idéalement dépeints, jamais caricaturaux, chacun d’eux évolue au fil d’une gestuelle fluide propre à faire virevolter les trois actes du livret ficelé par Gennarantonio Federico.Les voix épanouies et flexibles des chanteurs se fondent avec délices (et avec quel style !) dans les mélismes de la musique, dont quelques formules, voire quelques tonalités, rappellent certaines strophes du célébrissime Stabat Mater. Avisé, précis, attentif, le maestro Muti exploite une à une toutes les ressources de cette ravissante commedia permusica. Il ménage çà et là quelques effets (lignes de cordes joliment tenues durant l’ouverture, dynamique contrastée des arie) et obtient de ses interprètes (tout particulièrement de l’orchestre), que rien ne prédestine habituellement à la rhétorique baroque, un travail exemplaire de clarté et de musicalité. Un enchantement.”

Classica / Répertoire – octobre 2004 – appréciation 6

“Intrigue classique, vieillards impérieux, et filles promises aimant ailleurs, frère perdu et retrouvé, valets en contrepoint, la production sage et classique de Roberto de Simone, plus décorative (un habile décor baroque blanc et pivotant des costumes du même ton) que théâtrale, n’exploite aucun vertige de ce genre désuet. C’est la musique, fraîche et charmante, qui dans tant de convention permet la part de joie nécessaire, d’autant que l’équipe rassemblée (Alessandro Corbelli, Nuccia Focile, Amelia Felle, Bernadetta Manca di Nissa, Lucaana d’lntino, Ezio di Cesare) alors propose quelques-unes des jeunes voix féminines des années 1990, avec des prestations d’excellent niveau. Mais, même sous la baguette raffinée de Muti, l’ouvrage, long, peine à captiver, tant il semble enfiler les airs sans grande variété…l’image est claire, et l’équilibre plateau/fosse respecté.”