La Didone (Christie)

COMPOSITEUR Pier Francesco CAVALLI
LIBRETTISTE Giovanni Francesco Busenello

 

ORCHESTRE Les Arts Florissants
CHOEUR
DIRECTION William Christie
MISE EN SCÈNE, Clément Hervieu-Léger
DÉCORS Eric Ruf
COSTUMES Caroline de Vivaise
LUMIÈRES Bertrand Couderc
Didone Anna Bonitatibus
Enea Kresimir Spicer
Iarba Xavier Sabata
Cassandra, Damigella I, Dama III Katherine Watson
Ecuba Maria Streijffert
Venere, Iride, Damigella III Claire Debono
Creusa, Giunone, Damigella II, Dama II Tehila Nini Goldstein
Fortuna, Anna, Dama I Mariana Rewerski
Ascanio, Amore, Cacciatore Terry Wey
Corebo, Eolo, Cacciatore Valerio Contaldo
Acate, Sicheo, Pirro Joseph Cornwell
Ilioneo, Mercurio Mathias Vidal
DATE D’ENREGISTREMENT octobre 2011
LIEU D’ENREGISTREMENT Théâtre de Caen
EDITEUR Opus Arte
DISTRIBUTION Codaex
DATE DE PRODUCTION 1er août 2012
NOMBRE DE DISQUES 1
FORMAT 2.0LPCM + 5.1(5.0) DTS
DISPONIBILITE toutes zones
SOUS-TITRES EN FRANCAIS oui

Disponible aussi en Blu-ray Critique de cet enregistrement dans :

  • Opéra Magazine – octobre 2012 – appréciation Diamant Opéra

“Au théâtre de Caen, puis à Paris, au TCE, cette Didone avait su séduire le public. Il est des spectacles que le film défigure, rapetisse, ou même quelquefois massacre. Ici, c’est l’inverse. Si, au I, quelques cadrages larges permettent d’apprécier l’évocation poignante de Troie dévastée imaginée par Éric Ruf, dans les actes suivants, la caméra s’attache surtout aux personnages. Du coup, l’échafaudage et ses bâches de plastique qui masquent de manière malheureuse le palais royal de Carthage se font oublier, ce qui n’est pas plus mal. Même si la distinction entre les hommes et les dieux n’est toujours pas évidente, et si le mélange des genres inhérent à l’ouvrage est exploité fort timidement par Clément Hervieu-Léger, la pertinence de la réalisation d’Olivier Simonnet souligne la subtilité, l’élégance et la sobriété d’une mise en scène et d’une direction d’acteurs qui vont au plus profond de personnages complexes et attachants et fait partager au spectateur leur passion, leur délire, leur folie. Plus encore que dans la salle, on partage leurs émois et l’on souffre d’autant plus avec eux qu’on entre de plain-pied dans un univers littéraire et musical fascinant. Cette admirable fusion des sons et des mots, qui est l’essence même de l’ouvrage, n’a plus aucun secret pour William Christie qui dirige du clavecin. Familiers de Monteverdi, Les Arts Florissants abordent Cavalli avec un sens du détail, de la variété, des couleurs, y compris dans le continuo, qqui est un vraai bonheur pour l’oreille, en même temps qu’il permet aux sentiments de se libérer avec une justesse implacable.Rompue à la pratique du recitar contando, l’équipe est stupéfiante. Au-delà du style, impeccable, au-delà d’une force expressive commune à tous, c’est la caractérisation vocale et dramatique des personnages qu’on admire – assurément, Christie et Hervieu-Léger ont œuvré en pleine intelligence. Il faudrait tous les citer : Francisco Javier Borda, abject traître Sinone, Claire Debono, sensuelle Venere, Xavier Sabata, Iarba que son amour pour Didone mène vers la folie, TerryWey. aussi tendre en Ascanio qu’en Amore, Katherine Watson, étreignante Cassandra, Mathias Vidal, Mercurio au pied léger… Kresimir Spicer et Anna Bonitatibus forment un couple quasi idéal. Il campe un Enea viril et fougueux, au timbre corsé ; elle est une Didone irrésistible, à la voix chaude et prenante, au phrasé nuancé et habité, au regard bouleversant – son mariage avec Iarba sera pour elle pire que la mort. Une interprétation à la hauteur du chef d’oeuvre qu’est la Didone ; et une version qui laisse loin derrière la précédente par Fabio Biondi.”

  • Forum Opéra

“La plupart des spectacles sont, sinon trahis, du moins très partiellement reflétés par la captation vidéo ; dans certains cas, en revanche, le film réalisé durant les représentations peut conférer à une production un peu terne l’éclat qui lui manquait, en opérant des choix, en resserrant le cadre sur tel ou tel protagoniste, ou tout simplement en proposant dans les dimensions de l’écran des images d’une grande beauté, qui se substituent à celles qu’offrait le cadre de la scène. C’est un peu ce qui semble s’être produit ici, et il est à parier que les spectateurs qui ont vu cette Didone à Caen, où elle a été filmée, ou au Théâtre des Champs-Elysées, n’auront pas forcément gardé de leur soirée un souvenir ébloui. Grâce à la magie du DVD, tout change, et l’on découvre un véritable grand moment d’opéra. De terne et lugubre, le décor d’Eric Ruf devient soudain plus acceptable dans son dépouillement et malgré ses tics d’une modernité déjà un peu passée de mode (un échafaudage et une pile de valises chez Didon, le cadavre d’un cerf à Troie mais aussi à Carthage, cadavre dans lequel Didon plongera les mains pour enduire de sang frais son visage et sa robe blanche…). Les costumes, vaguement contemporains mais pas trop, sombres au premier acte, égayés de couleurs chaudes au deux autres, se prêtent à une vision atemporelle de la tragédie. Dirigés par Clément Hervieu-Léger, pensionnaire de la Comédie-Française, où il a monté avec brio La Critique de l’Ecole des femmes, les chanteurs se font vraiment acteurs. Enfin, la caméra d’Olivier Simonnet donne à voir de purs instants de grâce, comme ce passage plein de monumentalité où, telle une Mater Dolorosa, Cassandre-Katherine Watson pleure sur Chorèbe-Valerio Contaldo, avec de sublimes gros plans sur la fille de Priam éructant sa douleur, le visage voilà par ses longs cheveux (très beaux éclairages de Bertrand Couderc). On pourra néanmoins regretter que la présente version réduise à fort peu de choses les interventions surnaturelles : les divinités apparaissent d’abord au sommet du décor, puis évoluent de haut en bas de l’échafaudage, mais descendent également sur la scène, sans que rien ne les distingue des mortels dans leur allure ou leur comportement. Voilà en tout cas des options esthétiques qui nous éloignent de l’autre Didone déjà disponible en DVD, chez Dynamic, reflet de représentations données à Venise en 2006. Surtout, la musique de Cavalli n’a plus ici aucun rapport avec le pensum qu’elle avait parfois tendance à devenir, interprétée par des chanteurs beaucoup moins inspirés, sous la direction infiniment moins nerveuse de Fabio Biondi. William Christie ne laisse aucun temps mort, les scènes s’enchaînent sans répit les unes aux autres, et l’opéra palpite d’une vie toujours renouvelée, qui réside entièrement dans l’art d’animer le texte déclamé et dans les mille couleurs dont se pare l’orchestre, les Arts Florissants faisant preuve d’une vigueur et d’une inventivité remarquables. Hormis l’Hécube sans relief de Maria Streijffert qui ne saurait rivaliser avec celle de Marina De Liso à Venise, toute la distribution est supérieure à celle du DVD Dynamic. Tout commence avec la magnifique Iris/Vénus de Claire Debono, qui se drape d’emblée dans un manteau de tragédienne, avec une vraie gourmandise des mots. Extraordinaire Créuse, Junon ou Damigella, Tehila Nini Goldstein séduit autant par la richesse de son timbre que par l’ardeur de son jeu. Parmi les nombreux seconds rôles, on distinguera l’exquis Ascagne/Amour de Terry Wey, à la voix éloquente et charnue. Avec un timbre intrinsèquement moins séduisant, Xavier Sabata se révèle un immense et magnifique acteur, Iarbas étant ici bien plus qu’un nouvel Ottone de Poppea, grâce à des scènes de folie fort bien réglées. Kresimir Spicer est un Enée raffiné, tour à tour héroïque et galant, sans doute plus à l’aise dans le répertoire qui l’a révélé – il fut le héros du Retour d’Ulysse monté au festival d’Aix en 2000 – que dans les œuvres postérieures où on l’entend également (la remarque vaut à plus forte raison pour un autre ténor, Mathias Vidal, dont le chant à gorge déployée semble bien plus à sa place dans l’opéra du seicento que dans des œuvres plus récentes). Enfin, la majesté et l’autorité naturelles d’Anna Bonitatibus sont exactement les qualités qu’on attend d’une Didon : malgré une tessiture un rien aiguë pour elle, la mezzo italienne s’impose d’emblée et constitue le pilier incontestable de ce DVD, même si une mise en scène plus audacieuse aurait été bienvenue.

  • Classica – octobre 2012 – CHOC de Classica

“Cette captation de la production phare des Arts Florissants en 2011 a été réalisée sur le lieu de la création, le Théâtre de Caen. Elle bénéficie de l’acoustique précise d’une salle habituée des créaations baroques des Arts Florisssants. Olivier Simonnet rapproche les personnages dont on se souvenait surtout de la présence furtive dominée par un décor impérieux qui doit beaucoup à Richard Peduzzi, d’abord Troie ravagée et funèbre puis porte chaleureuse de Carthage. La caméra n’en détaille que mieux le travail intense de Clément Hervieu-Léger. Car sa mise en scène offre à l’opéra vénitien toute son intensité théâtrale, ce qu’il est avant tout. Théâtre muusical, Didone n’est guère illuminé de grandes pages orchestrales et vocales, tout le drame portant sur le remarquable livret de Busenello qui joue à ravir des registres tragiques et cocasses. Les sous-titres ne sont d’ailleurs pas un handicap, mais un éblouissement littéraire. Tout au long de cet opéra qui sonne comme un immense continuo entrecoupé de ritournelles flottantes et de brefs lamenti, Hervieu-Léger, en fidèle élève de Patrice Chéreau, infuse sa science des corps remués par la passion à des interprètes tous exceptionnels : le splendide Xavier Sabata, le ténor Kresimir Spiecer au timbre d’airain et la royale Anna Bonitatibus. Après tant de productions bâtardes ou prétentieuses, ce Cavalli profondément humain tient à la fois du régal et de la leçon de théâtre. À sauvegarder avec La Calisto anthologique de Wernicke et Jacobs.”

  • Diapason – novembre 2012 – appréciation 5 / 5

“Les hasards de sorties nous offrent simulDeux siècles avant Les Troyens de Berlioz, La Didone de Cavalli suit Enée à Carthage après avoir dépeint la chute de Troie. Ses ruines embrumées, qui font planer sur la mise en scène de Clément Hervieu-Léger l’ombre de son maître Patrice Chéreau, passent mal à l’écran. Dès lors, la caméra d’Olivier Simon et scrute les gestes, les regards. Ces corps expirant prennnent alors la pleine dimension tragique qui leur échappait sur le plateau du Théâtre de Caen. Mais point de miracle à Carthage, toujours figée par un terne badinage de dieux trop ordinaires suggérant à peine les ruptures de ton de l’opéra vénitien du XVIIe siècle. Celles-là mêmes que William Christie exalte à la tête de ses Arts Florissants, par le contraste entre la profusion instrumentale des ritournelles et les variations subtiles d’un continuo économe de timbres mais jamais d’éloquence. Et avec un plateau vocal difficilement égalable. La justesse de l’expression, souvent véhémente, l’emporte, chez tous, sur la beauté du son. Maria Streijffert noie le lamento d’Hécube dans un vibrato de matrone, et le contre-ténor ingrat de Terry Wey prive Ascanio de sa jeunesse. Xavier Sabata habite la folie tragique de Iarba, prétendant éconduit puis finalement exaucé de la reine Didon, que la fin heureuse du livret de Busenello condamne à vivre. A cet instant, sommet d’une incarnation portée par une déclamation haletante, le mezzo incandescent d’Anna Bonitatibus part en cendres, comme une ultime blessure infligée à la cuirasse d’Enée. Voix de bronze nuancée par la fatalité des adieux, Kresimir Spicer revêt ladite cuirasse en héros mâle et poétique. Et, malgré ses menus défauts, finit d’imposer ce DVD en tête de la maigre discographie du chef-d’œuvre épique de Cavalli.”