Les Génies (Les Caractères de l’Amour)

Les Génies ou les Caractères de l'Amour - partition

COMPOSITEUR Mademoiselle DUVAL
LIBRETTISTE Jacques Fleury

     

Opéra-ballet en un prologue et quatre entrées, sur un livret de Jacques Fleury (*): Les Nymphes ou l’Amour indiscret, Les Gnomes ou l’Amour ambitieux, Les Salamandres ou l’Amour violent, Les Sylphes ou l’Amour vengé.

(*) Jacques Fleury, dit de Lyon où il était né, avocat au Parlement de Paris, auteur d’un recueil de poésies et de plusieurs opéra-comiques pour la Foire, mort en 1746.

Il fut créé à l’Académie royale de musique le 18 octobre 1736, pour neuf représentations, jusqu’au 4 novembre.

La distribution réunissait :

Prologue : Chassé (Zoroastre) et Marie Fel (l’Amour). Ballets : Jeux et Plaisirs (Mlle Le Breton, MM. Dupré et Dumay) ; Les Nymphes ou l’Amour indiscret : Tribou (Léandre), Cuvillier (Zerbin), Mlle Luguet (Lucile), Mlle Antier (la principale Nymphe), Mlle Varquin (une Nymphe). Ballets : Ondain et Nymphes (Maltaire 3 et Mlle Mariette, Mlles Le Breton et Dallemend) ; Les Gnomes ou l’Amour ambitieux : Mlle Pélissier (Zaïde), Mlle Duguet (Zamire), Dun (un Gnome sous le nom d’Adolphe), Dumast (un Gnome indien). Ballets : Un Oriental (Dupré) ; Les Salamandres ou l’Amour violent : Chassé (Numapire, Souverain des Génies du Feu), Mlle Antier (Pircaride, Princesse des Génies du Feu), Mlle Monville (Isménide), Mlle Fel (une Afriquaine). Ballets : Africain et Africaine (Javillier et Mlle Mariette) ; Les Sylphes ou l’Amour vengé : Tribou (un Sylphe), Mlle Pélissier (une Sylphide), Mlle Eremans (Florise, déguisée en Cavalier), Mlle Fel (un Masque du bal). Ballets : Masques (D. Dumoulin et Mlle Sallé).

Marie Sallé y dansa un pas de deux avec David Dumoulin (*) dans la quatrième entrée.

(*) David Dumoulin, fils de François Dumoulin, frère cadet de Pierre Dumoulin, tous danseurs, était, selon Noverre, le plus doué des trois : « il dansait le pas de deux avec une supériorité que l’on aura peine à atteindre ». Il était entré dans le corps de ballet de l’Opéra en 1705, et devait prendre sa retraite en 1751.

 Une partition, gravée par de Gland, fut imprimée, dédiée au prince de Carignan.

Le Mercure de France consacra à l’ouvrage un long article dans son numéro de novembre 1736.

“Les Génies, Ballet représenté le Jeudi 18 octobre 1736. Le poème est de M. Fleury, et la musique de Mlle Duval, jeune personne qui a beaucoup de talents, comme il est aisé de s’en rendre compte par cet ouvrage, qui est fort varié et extrêmement bien travaillé à beaucoup d’égards. Le récitatif en général fort applaudi, des scènes bien traitées, des airs de violons bien faits et fort gais, des choeurs, surtout celui de la troisième Entrée, est extrêmement goûté et fait grand plaisir par le dessein et par l’exécution. Les sieurs Tribou et Chassé et les Dlles Antier, Pélissier, Eremans etc. y remplissent les caractères qui leur conviennent et sont fort applaudis. Cette dernière est en cavalier, et il n’y a rien à désirer à son jeu.

Dans le Prologue, le théâtre représente un désert. Zoroastre s’annonce par ces vers :

Il est temps que mon Art instruise les Mortels ;

Das le secret des Dieux, le premier j’ai su lire ;

Méritons comme eux des Autels,

Et montrons mon pouvoir à tout ce qui respire.

Esprits soumis à mes commandements,

Venez remplir mon espérance,

Rassemblez-vous des divers Éléments

Et signalez ma gloire et ma puissance.

Les Génies élémentaires obéisssent à la voix de leur maître, et se transportent en ces lieux. Zoroastre leur prescrit de nouvelles lois par ces vers, qu’ils reprennent en choeur :

Que la Terre, le feu, que l’Onde, que les Airs

Découvrent les trésors que mon Art fait éclore.

Dispersez-vous du Couchant à l’Aurore,

De vos bienfaits remplissez l’Univers.

L’Amour, dont les droits s’étendent sur toute la Nature, descend des cieux, suivi des Plaisirs et des Jeux qui volent partout sur ses traces ; les Peuples élémentaires se soumettent à sa douce puissance, et finissent le Prologue par ces vers :

 Du doux bruit de nos chants, que ces lieux retentissent,

Les Amours et les Jeux pour nos plaisirs s’unissent,

Aimons, goûtons mille douceurs,

L’Amour les promet à nos coeurs.

Dans la première Entrée, qui a pour titre Les Nymphes ou l’Amour indiscret, le théâtre représente un agréable jardin sur le bord de la mer. Léandre ouvre la scène, il fait connaître Zerbin, son valet, qu’il brûle d’un nouveau feu et qu’il n’en fait point mystère. Zerbin, plus sage que lui, ne cesse de lui reprocher son indiscrétion, et lui parle ainsi :

Ah ! si l’Amour comble vos vœux,

Ne le faîtes jamais paraître ;

Un cœur dans l’Empire amoureux,

Devrait, pour être plus heureux,

Douter toujours de l’être.

Léandre, qui ne peut démentir son caractère, lui répond :

Les plaisirs dont l’Amour sait enchanter les sens,

Satisfont les désirs d’un Amant qui soupire ;

Pour moi, libre du soin de ces tendres Amants,

Non, non, je ne les ressens,

Qu’antant que je puis les redire.

Zerbin lui demande s’il vient attendre Lucile dans ce jardin ; il lui répond qu’il est épris des charmes d ela souveraine des Nymphes, dont il fait le portrait Il se retire à l’approche de Lucile, laquelle apprend de Zerbin que Léandre lui manque de foi. Il lui conseille de feindre une inconstance pour le ramener à ses pieds. Lucile aime trop constamment pour se prêter au conseil que Zerbin lui donne. Léandre revient au même endroit pour y attendre sa nouvelle conquête. Lucile va se cacher pour éclaircir les soupçons que Zerbin vient de lui donner.

Après un court monologue, par lequel Léandre invite sa nouvelle maîtresse à venir auprès de lui, l’objet de son amour, qui est la principale Nymphe, sort du sein des flots, ils se jurent tous deux un amour qui ne doit jamais finir, la Suite de la Nymphe célèbre un amour si parfait en apparence. Lucile vient troubler cette fête ; elle accable Léandre de reproches, et lui défend de se présenter jamais à ses yeux. Léandre veut courir à elle pour regagner son cœur, la principale Nymphe l’arrête en vain. Il ne veut perdre aucune de ses conquêtes. Sa dernière maîtresse pour venger cet outrage, ordonne aux Vents et aux Flots de servir sa fureur. Cette première Entrée finit par une inondation générale.

La seconde Entrée est intitulée Les Gnomes ou l’Amour ambitieux. Le théâtre représente une solitude, bornée par un bosquet. Zaïre, qui est l’amante ambitieuse, commence cette Entrée par un récit d’un songe qu’elle a fait ; le voici :

Quel spectacle à mes yeux s’est offert cette nuit !

Jamais rien de si beau n’avait frappé mon âme.

Malgré l’éclat du jour, cette image me suit.

Adolphe… J’ai cru voir cet objet de ma flamme

Sur un trône, entouré d’une somptueuse Cour.

Tout tremblait devant lui dans un humble esclavage ;

Je me trouvais moi-même en ce charmant séjour.

Et lorsque tous les coeurs venaient lui rendre hommage

Je jouissais de l’avantage

De le voir à mes pieds, les offrir à l’Amour.

Un Gnome, sous le nom d’Adolphe, vient de se présenter aux yeux de Zaïre ; cette amante ambitieuse le trouve moins aimable qu’elle ne l’a vu en songe ; après quelques plaintes de part et d’autre, Adolphe rassure Zaïre, et la, mer comble ses vœux, en faisant paraître tout à coup un superbe palais. Il y joint une fête où une troupe de gnomes, sous la forme de divers peuples orientaux, se signalent par leurs chants et leurs danses. Zaïre est enchantée de tout ce qu’elle voit : pour achever de remplir son ambition, Adolphe la fait reconnaître Souveraine des gnomes. L’Entrée finit par ce chœur adressé à l’amante ambitieuse :

Régnez dans nos Climats, jouissez de la gloire

De faire triompher l’Amour ;

Vos yeux à chaque instant augmentent sa victoire ;

Qu’il vous anchaîne à votre tour.

Le titre de la troisième Entrée, c’est Les Salamandres ou l’Amour violent. Le théâtre représente le palais de Numapire, Souverain des Génies du feu. Cette Entrée n’a pas été entendue de tous les spectateurs. Une ressemblance des traits qu’on doit supposer, y a jeté l’obscurité ; d’ailleurs ceux qui s’y sont prêtés auraient voulu que celle qui a emprunté les traits de sa rivale ne l’eut fait que pour se venger de son infidèle amant, et non pour immoler cette rivale, d’autant que cette transformation ne lui était point du tout nécessaire pour exécuter son premier projet. Voici ce que les personnes intelligentes ont reconnu de plus défectueux.

Isménide ouvre la scène en se plaignant de Numapire, qui la ravit tyranniquement à un amant qui fait son unique bonheur. Pircaride, sous les traits d’Ismenide, paraît sur un char de feu, un poignard à la main ; avant que d’immoler sa rivale, elle lui parle ainsi :

Pour immoler une victime,

Le désespoir me conduit en ces lieux ;

Tu me vois sous ta propre image,

Mais c’est pour mieux servir ma rage.

On ne comprend pas comment cette ressemblance avec une rivale à qui s’adressent ces quatre premiers vers, peut mieux servir la rage de Piscaride.

Isménide, sans faire aucune réflexion sur une ressemblance aussi inutile, se justifie envers sa rivale en lui apprenant qu’elle aime Idas, et que c’est malgré elle qu’elle est aimée de Numapire. Piscaride est désarmée par cet aveu, et tourne tous ses projets de vengeance contre Numapire. C’est à cette occasion qu’on aurait voulu qu’elle eut pris la ressemblance de sa rivale. Les spectateurs l’auraient plus facilement comprise et l’unité aurait redoublé leur attention. Pircaride rassure Isménide par ces vers :

Ne craignez rien, je vais vous rendre à votre amant,

Et s’il se peut, par mon déguisement

Tromper l’ingrat qui sait le plaire.

Isménide, par l’ordre de Pircaride, est enlevée par des Génies. Cette souveraine des Salamandres la prend sous sa protection aussi bien que son amant, avec qui elle entreprend de l’unir pour se venger de Numapire. Cet amant infidèle la voyant sous les traits d’Ismenide, l’assure d’un amour éternel, elle lui fait les mêmes protestations ; elle porte la dissimulation assez loin, pour laisser célébrer, sans éclater, toute la fête qui suit cette scène. Les sujets de Numapire célèbrent cette fête, laquelle étant finie, Pircaride cesse de feindre. Elle réapparaît sous ses proprs traits sur un char de feu ; elle annonce à son infidèle que cette Isménide, dont elle avait pris la ressemblance, va épouser Idas, son rival ; et pour lui faire voir qu’elle ne le craint pas, elle lui dit :

Ici, je brave ta vengeance,

Mon pouvoir égale le tien.

Numapire se livre à sa fureur ; et par là cette Entrée se termine comme la première : d’un côté c’est une inondation, de l’autre un incendie. Cette ressemblance de dénouement a été censurée des connaisseurs, qui aiment la variété dans le dramatique. Cela n’a pas empêché qu’on ait extrêmement applaudi le dernier chœur, où Mlle Duval a fait connaître qu’elle est capable des plus grands coups de maître, quoique ce Ballet ne soit que son coup d’essai.

Les Sylphes ou l’Amour léger sont le sujet de la dernière Entrée. En voici un court extrait. Le théâtre représente un lieu préparé pour y donner une fête galante. Un Sylphe, ou le Souverain des Sylphes fait entendre qu’il a pris un nouvel amour pour une belle qui n’a fait que paraître à ses yeux. En attendant qu’il puisse la revoir, il s’entretient avec une Sylphide aussi volage que lui ; cette scène a fait beaucoup de plaisir par sa légèreté.

Florise, qui est la beauté dont le roi des Sylphes est devenu amoureux, paraît travestie en cavalier, un masque à la main, et fait connaître son projet par ces vers :

C’est ici que l’Amour va m’offrir des hommages,

Qui vont faire briller le pouvoir de ses traits,

Sous ce déguisement redouble mes attraits,

Amour, je viens ici tromper deux cœurs volages.

La Sylphide volage rend son premier hommage à Florise qu’elle prend pour un cavalier ; elle lui jure d’être fidèle, malgré son inconstance naturelle.

La Sylphide se plaint de l’absence de l’objet qu’elle adore. Florise, dont le masque lui dérobe les traits, lui demande quel est l’objet de son amour. Le Sylphe lui répond qu’il n’a vu cette belle Sylphide qu’un instant. Je la connais, lui dit Florise, cette jeune beauté n’a point de goût pour des amants fidèles. Le Sylphe lui fait entendre qu’il est fidèle et volage, comme il lui plaît, pour s’accommoder à l’humeur des belles. Florise achève de le déconcerter, en lui disant que l’amant de sa nouvelle maîtresse est en ces lieux. Elle se démasque, et donne la main à Dorante, qu’elle démêle parmi les danseurs, elle avoue au Sylphe et à la Sylphide qu’elle les a trompés tous deux, et les invite à devenir fidèles, s’ils veulent être parfaitement heureux. La fête de cette dernière Entrée est un Bal, dont la danse est aussi bien dessinée qu’elle est exécutée.”

 

126me Opé. composé d’un Prol. de quatre entrées. Le Poëme est de Fleury, la musique de Mlle Duval. Cette jeune personne accompagna elle-même tout son Opéra sur le clavecin de l’Orquestre, où le Public la vit avec plaisir et étonnement. Le Prologue se passe entre Zoroastre, l’Amour, les Génies élémentaires. La première entrée a pour titre les Nymphes, ou l’Amour indiscret ; la seconde, les Gnomes, ou l’Amour ambitieux ; la troisième, les Salamandres, ou l’Amour violent ; la quatrième, les Sylphes, ou l’Amour vengé. On ne donna que neuf représentations de cet Opéra, dont la première se fit le 18 Octobre 1736, il n’a pas été repris. Il est gravé in 4°. en musique. (de Léris – Dictionnaire des Théâtres)

 

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