CD Ulysse

ULYSSE

 

COMPOSITEUR

Jean-Féry REBEL

LIBRETTISTE

Henry Guichard d’Hérapines

 

ORCHESTRE La Simphonie et le Choeur du Marais
CHOEUR
DIRECTION

Hugo Reyne

Circé

Guillemette Laurens

bas-dessus

Pénélope

Stéphanie Révidat

dessus

Ulysse

Bertrand Chuberre

basse-taille

Orphée, un Génie, Euriloque, Mercure, Télémaque

Vincent Lièvre-Picard

haute-contre

Céphalie, Pallas

Céline Ricci

dessus

Urilas

Bernard Deletré

basse

Euphrosine, Junon

Eugénie Warnier

dessus

Un Sauvage

Thomas van Essen

basse-taille

DATE D’ENREGISTREMENT

9 et 10 juillet 2007

LIEU D’ENREGISTREMENT
ENREGISTREMENT EN CONCERT non

EDITEUR

Musiques à la Chabotterie

DISTRIBUTION

Codaex

DATE DE PRODUCTION

8 novembre 2007

NOMBRE DE DISQUES

2

CATEGORIE

DDD

Critique de cet enregistrement dans :

 Classica – décembre 2007 – appréciation Recommandé 9

  « Redécouverte à la Cité de la musique en juin 2007, cette partition du très original Jean-Féry Rebel, le père de François Rebel est une révélation. Créée sans succès à l’Académie Royale en 1703, elle s’avère un jalon essentiel entre Lully et Rameau. Comme chez Marin Marais, on y entend une palette encore dans le dogme du surintendant, mais dont l’originalité ne surprend pas de la part de l’auteur des fulgurants Élémens. Les parties de violon accompagnant l’air d’Orphèe (Rochers insensibles) imposent une ductilité presque mozartienne dans le paysage sonore de la première décennie du XVIIIe siècle. Tout aussi inventives s’avèrent la chaconne suave du premier acte, l’éclipse de soleil du quatrième acte ou la douloureuse scène infernale.

Cette partition splendide est servie par une Simphonie du Marais désormais loin des errances soulignées lors de ses premières interprétations de l’intégrale Lully. Elle se montre à présent la digne héritière de l’orchestre de l’Académie : ronflante, puissante, avec des cordes sûres et des vents étoffés. Louons la souplesse d’un Hugo Reyne à l’aise dans cette oeuvre mal titrée car Circé, plus qu’Ulysse, est le moyeu du livret d’Henry Guichard, en son temps l’un des plus célèbres adversaires de Lully puisque accusé d’avoir voulu l’empoisonner en 1675. Cocasse d’entendre le rival prendre sa revanche à l’Académie avec une histoire de philtre magique, seize ans après la mort du surintendant honni..

En magicienne Guillemette Laurens insuffle cette passion qui a fait d’elle une Cybèle, une Médée, une Armide inégalées. Le récitatif français n’a plus aucun secret pour elle. Toutes les subtilités qu’elle déploie en amante éconduite font, par comparaison, de Pénélope (vaillante Stéphanie Révidat) une héroïne falote et d’Ulysse (Bertrand Chuberre) un pusillanime. En Orphée et Euriloque, Vincent Lièvre-Picard a avantageusement remplacé Howard Crook. Pour les fans de l’opéra français, c’est une acquisition aussi indispensable que la Sémélé de Marais. Saluons l’excellence désormais atteinte par les chefs amoureux de cet irrésistible répertoire. »

Res Musica

… Disons le d’emblée le rôle de Circé tient l’auditeur en haleine et il s’agit avec la Médée de Charpentier du plus beau rôle de tragédienne lyrique. Guillemette Laurens y est divine de voix, de diction, d’autorité et de charme. Ce rôle semble écrit pour elle à ce stade de sa carrière. Elle y fait montre d’un jeu de couleurs vocales inouïes qu’elle met au service d’émotions variées. La puissance de sa voix n’a d’égal que la délicatesse de son chant d’enchanteresse…. Hugo Reyne a réuni une distribution sans aucune faiblesse autour de l’immense Guillemette Laurens qui rayonne, mais pas pour elle seule, car son éclat rehausse tous ses collègues. Pénélope trouve en Stéphanie Révidat la voix de la tendresse et la classe d’une reine. Elle aussi a une diction parfaite et ses accents sont poignants dans « Ulysse revenez ». La voix est claire et très agréable… Bertrand Chuberre est un Ulysse jeune et franc. Il arrive à rester fidèle à lui-même en toutes circonstances alors qu’il passe des bras de Circé à ceux de Pénélope. C’est un jeune monarque plein de bonne volonté. Autour de ces trois rôles principaux les autres chanteurs se partagent plusieurs rôles avec bonheur… Les choeurs sont magnifiques. … L’orchestre de La Simphonie du Marais est une mine de merveilleux instrumentistes unis par un amour immense pour cette partition qu’ils défendent constamment avec feu. La direction d’Hugo Reyne est à la fois théâtrale et sensible au détail comme à la construction d’ensemble. »

 Diapason – janvier 2008 – appréciation 5 / 5

« On peut, écrit Catherine Cessac dans la notice qu’elle tire de sa récente biographie, se demander pourquoi Rebel, résolument novateur dans l’essentiel de son oeuvre, resta attaché à la tradition dans le champ lyrique. ‘ Difficile de la contredire à l’écoute d’Ulysse, seule tragédie lyrique du compositeur, représentée sans succès début 1703. Le souvenir de Lully est peut-être la cause de l’échec. Seize ans après sa mort, on ne songeait qu’à lui, et Rebel a beau l’imiter, il lui manque… Quinault. Interminable deuil de l’opéra français après Quinault ! Il y a de l’idée chez le vieux Henry Guichard : l’attente traduite par l’absence d’Ulysse n’entre qu’à l’acte III), la scène finale offerte à Circé, la position des duos. Rien qui s’élève pourtant à la cheville d’Armide. Rebel est trop lullyste, Guichard pas assez Quinaltien.

Place donc à la musique. Quelle musique ! Les récitatifs sont d’un maître les choeurs variés et flamboyants les symphonies délicates, mystérieuses la passacaille du dernier acte et tout le (long) personnage de Circé phénoménaux. Et, tout lullyste qu’il se veuille, Ulysse voit loin : si elles ne préparent pas Les Indes galantes, les septièmes diminuées du choeur ‘Brillant soleil’annoncent clairement ce Rameau qui montera en scène trente ans plus tard.

Chance bénie, pour tenir le rôle principal, Hugo Reyne peut compter sur une Guillemette Laurens qu’on croirait enregistrée le lendemain d’Atys. De Circé, notre mezzo de feu a les douleurs et la rage mais aussi la mélancolie, le murmure (‘Sois sensible aux transports de ce coeur alarmé’, acte IV) qui déchirent la carapace et transpercent le coeur. Son plus grand rôle depuis Cybèle. Difficile d’exister alentour. Bertrand Chuberre campe un Ulysse grand seigneur et chante à ravir, mais à quoi pense-t-il en disant ‘Je me sens enflammé de la plus vive ardeur’ ?Stéphanie Révidat s’épanouit de disque en disque mais c’est un autre format que requiert Pénélope pour résister à cette Circé-là. Comparses inégaux, basse continue modeste, choeur engagé, orchestre tantôt à la peine (voire d’un dilettantisme coupable dans le divin ‘Brillant soleil’), tantôt superbe (Passacaille éloquente et généreuse). Drastiquement coupée dans son prologue, la partition est ensuite traitée avec égards à quelques danses, airs, choeurs et reprises près. Quant au chef, nous le retrouvons tel qu’en lui-même lors de ce concert capté (sur le vif ?) en Vendée il y a six mois, toujours plus occupé de l’humain que de la mécanique. Si l’ensemble ne se distingue ni par son ampleur ni par sa rigueur, un sentiment sincère, chaleureux et vrai palpite tout du long. Le récitatif parle, l’oeuvre parle. Oublions ecchymoses et cicatrices : Ulysse fait là un beau voyage. » 

 Le Monde de la Musique – janvier 2008 – appréciation : CHOC

  « Un compositeur « attaché à la tradition » alors qu’il se montre ailleurs résolument « novateur », un librettiste « sur le retour » et doué d’un « talent incertain », et le silence après dix représentations en 1703. Si l’on peut imaginer plus incitatif que le texte de Catherine Cessac, on aurait bien tort de faire la fine bouche car cet Ulysse, servi sur un plateau (vocal) d’argent par un Hugo Reyne des grands jours, a tout pour rassasier l’amateur de raretés.

Comme l’explique la musicologue, Rebel, si inventif dans sa musique instrumentale (sonates pour violon ou symphonies de danse), se conforme au modèle lulliste et Guichard puise dans le catalogue de tragédie en musique: invocation des furies, scènes d’enchantement, duos d’amour, jalousie et déploration balisent son récit. Concentré sur Circé, il raconte comment la magicienne veut conserver Ulysse au lieu de le rendre à son épouse Pénélope. Plus elliptique que propice à une avalanche d’effets, le texte appelle une illustration musicale chamarrée telle qu’apu la réaliser Rebel.

Avant de faire entendre cet opéra, Hugo Reyne a dû en res­ituer la partition, avec la complicité de Claire Guillemain, à partir de sources française et suédoise. Ils y ont aménagé quelques coupures (dans le prologue, le duo des Néréides dans l’acte III ou l’air de Pénélope « Que le plaisir est extrême » dans l’acte V) qui n’inquiètent pas l’équilibre de l’ensemble.

La concentration et la continuité dramatiques d’Ulysse permettent à la Simphonie du Marais et à son chef-fondateur de réaliser leur meilleur disque. Disposant enfin de l’effectif d’un « vrai » orchestre à la française et d’une distribution de haut niveau, l’artiste peut faire valoir son intelligence de ce répertoire comme sa sensibilité artistique. Portée, dès l’ouverture, par un même élan et une basse motrice, cette interprétation met en valeur les reliefs de la partition sans en accuser artificiellement les accidents. Les épisodes chorégraphiques s’élancent d’une jambe leste, les moments graves, tendres ou spectaculaires trouvent le ton juste.

Solistes et choeur soignent leur diction et savent déclamer. Stéphanie Révidat incarne une Pénélope fragile et fière que la Circé rouée de Guillemette Laurens n’aura aucune peine à tourmenter. Toutes deux se disputent l’Ulysse noble de Bertrand Chuberre. »

Opéra Magazine – février 2008 – appréciation 5 / 5

« Mardi 23 janvier 1703 : Ulysse, tragédie en musique de Jean-Féry Rebel est créé à l’Académie royale. On ne sait qui était au pupitre, de Campra ou de l’auteur, d’habitude au clavecin continuo mais à qui la pratique aurait permis de «battre la mesure ». À 36 ans, Rebel signe son premier et unique opéra, bâti sur un livret de « l’odieux Guichard ». Pourquoi Guichard, d’ailleurs ? Catherine Cessac, dans son récent ouvrage, reste muette sur ce point. Car enfin, ce librettiste septuagénaire traîne une sulfureuse renommée de sybarite papelard. Il a voulu empoisonner Lully, puis son beau-père Le Vau, avant d’être expédié à la prison de Valence en 1701 (donc peu avant Ulysse), faisant tomber sa tyrannie sur les détenus avant de disparaître avec la caisse… Oui, pourquoi Rebel (de bonnes moeurs, lui) s’attache-t-il à cet infâme personnage ?

Aurait-il été rejeté par d’autres librettistes, Houdar de La Motte, par exemple, très en honneur ? Guichard lui aurait-il soumis un ancien livret (Ulysse et Circé), naguère proposé à… Lully pour contrer Quinault ? Et pourquoi, même en étant un admirateur de Lully, avoir écrit une tragédie alors que la mode allait désormais vers l’opéra-ballet? L’Europe galante de Campra date de 1697 et Le Carnaval et la Folie de Destouches de 1704. On s’interroge donc, surtout que le livret d’Ulysse apparaît bien fade (« les paroles sont on ne peut plus mauvaises et la fable mal entendue » lit-on sur un exemplaire de l’époque!), sans grandeur ni fine psychologie, et peu propre à enflammer le génie d’un musicien (ce qui explique peut-être le demi-échec de l’ouvrage, tombé après dix représentations). Après l’habituel et ennuyeux Prologue, l’histoire s’étire sur cinq actes. Plutôt qu’Ulysse (qui n’apparaît d’ailleurs qu’au troisième acte), l’oeuvre se fut mieux appelée Circé, puisque celle-ci, surtout telle qu’incarnée par Guillemette Laurens dans ce disque, s’impose partout, exerçant revirements et sortilèges.

Long défilé de récitatif donc mais qui, au détour d’une phase, d’un événement, laisse Rebel libre d’écrire un prélude, une danse, une aria de très belle veine, d’inclure de ravissantes « simphonies », de pimenter son oeuvre de nombreux intermèdes instrumentaux (et là, vraiment, le compositeur s’impose, par sa science compositionnelle, par les couleurs de son orchestre, la légèreté de ses rythmes et une invention à la fois fraîche et renouvelée). Voire également de se montrer fin dramaturge : à cet égard, le dernier vers de la partition (de Circé : « Et pour jamais, je le (mon coeur) ferme à l’amour ») n’est suivi d’aucun commentaire musical. Choc final. Ily a là une indéniable grandeur lyrique très XVIIe.

La distribution est quasiment identique à celle dont Vincent Borel avait rendu compte dans ces colonnes, au lendemain du concert donné à la Cité de la Musique en juin dernier. Signalons le remplacement du ténor Howard Crook (que mon confrère n’avait pas aimé) par Vincent Lièvre-Picard, avant de louer l’excellence des solistes, des choeurs et de l’orchestre. Surtout, on sent derrière cette recréation l’enthousiasme d’un chef, Hugo Reyne, que cet art fascine et qui le fait découvrir avec autant de passion que de sensibilité. Malgré son livret, Ulysse méritait d’être ressuscité. Beau travail. »