Jephté

Jephté

COMPOSITEUR Michel Pignolet de MONTÉCLAIR
LIBRETTISTE Abbé Simon Joseph Pellegrin
DATE DIRECTION EDITEUR NOMBRE LANGUE FICHE DÉTAILLÉE
1992 William Christie Harmonia Mundi 2 français

 

Tragédie lyrique et biblique. Opéra sacré en un prologue et cinq actes, sur un livret de l’abbé Simon-Joseph Pellegrin (1663 – 1745), créé à l’Académie royale de Paris le 28 février 1732. La distribution réunissait Dun (Apollon), Mlle Mignier (Polymnie), Mlle Dun (Terpsichore), Mlle Petitpas (Vénus) et Mlle Eremans (La Vérité) pour le prologue, Chassé (Jephté), Dun (Phinée, Grand-Prêtre), Tribou (Ammon, Prince Ammonite), Mlle Antier (Almasie, femme de Jephté), Mlle Lemaure (Iphise, fille de Jephté), Mlle Petitpas (Elise, confidente d’Iphise).

L’ouvrage fut édité en 1732 par Boivin.

Reprises dans une nouvelle version le 4 mars 1732. Le 13 avril, la représentation eut parmi les spectateurs le roi Stanislas. Le Mercure de France d’avril 1732 notait : Cette pièce est toujours honorée des mêmes applaudissements.

Nouvelles reprises le 26 février 1733, puis le 28 mars 1734.

Le 10 mars 1735, pour remplacer Achille et Déidamie, on reprit en catastrophe Jephté. Ce soir là, Catherine Lemaure, celle dont on disait qu’elle était bête comme un pot, mais qu’elle avait la voix la plus belle et la plus surprenante du monde, quitta la scène et refusa d’y revenir. On raconte qu’elle simula un évanouissement, mais aussi qu’elle avait décidé d’aller souper en ville. Le comte de Maurepas, ministre de la Maison du roi, la fit mener sur-le-champ au For-l’Évêque. En costume de scène, accompagnée d’amis et d’admirateurs aux premier rang desquels l’intendant de Paris, Louis-Achille de Harlay, Catherine Lemaure fut incarcérée durant…moins d’une heure, le directeur de l’Opéra ayant couru la délivrer. Piquée au vif, Mlle Lemaure se retira au couvent du Précieux-Sang, restant sourde aux supplications de Maurepas lui-même. Elle ne devait revenir à l’Opéra que cinq ans plus tard, après la retraite de la Pélissier.

Des modifications furent apportées au cinquième acte pour la reprise du 1er avril 1737.

Nouvelles reprises :

le 4 avril 1738, le 17 mars 1740, avec Dun (Apollon), Mlle Mignier (Polymnie), Mlle Antier (Terpsichore) pour le prologue, Le Page (Jephté), Dun (Phinée), Jélyotte (Ammon) ; Mlle Antier (Almasie), Mlle Le Maure (Iphise), Mlle Fel (Elise), Albert (Abner), le 3 mars 1744, avec Chassé (Jephté), Le Page (Phinée), Jélyotte (Ammon), Mlle Chevalier (Almasie), Mlle Le Maure (Iphise), Mlle Fel (Elise), Albert (Abmer) ; le 6 février 1761, avec Sophie Arnould dans le rôle d’Iphise.

L’œuvre fut représentée cent trois fois jusqu’en 1761.

Laborde note : Le choeur« Tout tremble devant le Seigneur » eut un succès prodigieux et a conservé longtemps sa réputation.

Jephté fut joué à Lyon, pour la réouverture du théâtre aménagé dans la salle du Jeu de Paume de la Raquette Royale, le 19 avril 1739, à l’initiative de Nicolas Bergiron.

Ce fut le premier opéra français dont le sujet fût tiré de l’Ecriture sainte, en l’occurrence le Livre des Juges de l’Ancien Testament. C’est la raison pour laquelle le cardinal de Noailles en fit interrompre les représentations, l’histoire sainte ne devant pas être assimilée à la mythologie et fournir des sujets à des divertissements profanes.

Montéclair composa trois versions successives de l’oeuvre. L’enregistrement de William Christie est fondé sur la première version (sauf le choeur final).

 

Synopsis détaillé

Prologue

Un lieu destiné pour des spectacles, où sont réunies toutes les Divinités fabuleuses

(1) Le chœur des divinités, Apollon, Polhymnie et Vénus exaltent leur pouvoir de régner sur les mortels en les flattant par des chants et des jeux. (2) Les Peuples s’assemblent pour voir le nouveau spectacle : Terpsichore et sa suite qui dansent. Vénus chante les ris et les plaisirs de l’amour. On entend une douce symphonie. Le théâtre s’obscurcit à mesure que le cintre s’éclaire. La Vérité et les Vertus descendent du ciel, au bruit d’une symphonie harmonieuse. (3) La Vérité chasse les dieux de l’illusion, et leur ordonne de rentrer dans les enfers. Les divinités s’abîment. (4) La Vérité rappelle que la seule lumière des hommes doit provenir de Dieu et évoque le vœu tragique de Jephté. Puis elle célèbre le roi qui “marche sur ses pas”.

Acte I

Le camp des Israélites en deça du Jourdain et au pied des murs de Maspha. Au delà, on découvre les terres des Ammonites

(1) Jephté retrouve sa terre natale après un long exil imposé par ses frères. Il découvre, sur l’autre rive, les troupes de la tribu d’Ephraïm dirigées par Ammon qui menacent son peuple. (2) Abdon, son confident, s’étonne que Jephté ait refusé de voir son épouse Almasie et sa fille Iphise. Jephté répond qu’il s’interdit de les revoir tant qu’il n’aura pas achevé sa mission. (3) Le grand prêtre, Phinée, confirme à Jephté que le Seigneur a confirmé sa nomination comme chef des Hébreux. Il lui apprend que le chef des ennemis est Ammon, captif épargné par les Hébreux. (4) Phinée annonce aux guerriers l’apparition de l’Arche sainte. On entend un bruit de trompettes. On voit descendre un nuage lumineux, qui dérobe l’Arche sainte aux yeux des Israléites, comme au temps de Moïse. (5) Phinée promet la victoire aux soldats. (6) Abdon presse Jephté, car l’ennemi a attaqué le camp. (7) Jephté invoque le Dieu d’Israël, et fait le voeu d’immoler la première personne qu’il rencontrera à son retour du combat. A peine a-t-il prononcé sa promesse que le Jourdain se sépare miraculeusement en deux, faisant comme deux remparts. L’armée se rassemble auprès de Jephté au son des trompettes, ete passe le Jourdain pour aller combattre les Ammonites.

Acte II

Le palais de Jephté

(1) Abner, confident d’Ammon, exhorte ce dernier – qui a été épargné par les Israélites – à fuir le palais de Jephté où il est retenu. Mais Ammon refuse car il est épris d’Iphise, la fille de Jephté. (2) Iphise arrive, qui cherche à éviter Ammon. Celui-ci lui avoue sa flamme. Iphise le repousse et le menace de la vengeance céleste s’il livre guerre au Dieu d’Israël. (3) Demeurée seule, Iphise pleure car elle aime également Ammon. (4) Sa mère Almasie vient raconter à Iphise qu’elle l’a vue foudroyée dans un songe et que Phinée prévoit un affreux châtiment pour le peuple d’Israël par la faute de leur propre famille. Iphise se sent coupable et avoue à sa mère son amour impossible. (5) Mais Abdon vient annoncer la victoire de Jephté. Almasie demande à sa fille de présider aux réjouissances. (6) Les habitants de Maspha arrivent en dansant au son des tambourins. Iphise court à la rencontre de son père victorieux.

Acte III

Une place publique, ornée d’arcs de triomphe et d’obélisques. Un tribunal entouré de gradins

(1) Jephté a seulement entrevu sa victime, sans la reconnaître et sans lui avouer son sort. Il regrette amèrement les conséquences de son serment, imaginant que la victime pourrait être son épouse ou sa fille. (2) Almasie vient l’accueillir en son palais puis Iphise apparaît. (3) Jephté découvre avec effroi que c’est sa fille qu’il devra immoler. Il demande à Iphise – qui ne comprend pas son attitude – de quitter les lieux. (4) Jephté explique à son épouse le sort réservé à Iphise à la suite de sson serment. Almasie réagit vivement, et, déchirés entre parjure et parricide, les deux époux décident de s’en remettre à la justice divine. (5) Sous la conduite de Phinée. les tribus d’Israël viennent assister au couronnement de Jephté. Celui-ci est maifeste un trouble que Phinée ne comprend pas. (6) Abdon vient interrompre la cérémonie : Ammon, à la tête de la tribu d’Ephraïm, prépare une nouvelle offensive. Jephté jure que cette fois, il ne l’épargnera pas.

Acte IV

Un jardin traversé par des ruisseaux

(1) Iphise, seule, pleure son désespoir. (2) Elise vient lui annoncer la venue des bergers et Iphise envie leur sort. (3) Des bergers et bergères entrent en dansant. Iphise les convie à louer le Seigneur. (4) Almasie les interrompt. (5) Elle révèle à sa fille qu’il lui faut mourir, et lui explique la raison. Le Grand Prêtre a consulté l’Arche redoutable qui a confirmé la sentence. Iphise se dit prête à son destin. (6) Demeurée seule avec ses compagnes, Iphise se prépare à quitter la vie. (7) Ammon la rejoint, et lui annonce qu’il est décidé à utiliser ses armées pour la sauver. Mais, bien qu’elle lui ait avoué son amour, Iphise préfère suivre son devoir. Ammon jure de se venger du Dieu qui te menace. (8)  

Acte V 

A l’intérieur du temple de Maspha. Un autel dressé

(1) Désespérée, Almasie erre dans le temple de Maspha et se lamente. (2) Elle est rejointe par Jephté qui demande à Almasie de le laisser seul. (3) Resté seul, Jephté est accablé (4) Iphise, résiste au Peuple qui s’oppose à son passage, et retrouve son père. Elle lui demande d’accomplir le sacrifice en lui expliquant qu’il n’est que trop justifié, car un ennemi a fait naître en son coeur une flamme funeste. On entend un bruit de guerre. A la tête d’une troupe de rebelles, Ammon tente d’entrer dans le temple pour empêcher le sacrifice. (5) On voit tomber du ciel un globe de feu. Les rebelles sont terrassés par la foudre divine. (6) Phinée reprend alors la cérémonie, mais au moment où il présente le couteau du scrifice à Jephté, le tonnerre gronde à nouveau. Phinée annonce que la colère du Dieu est apaisée par le repentir d’Iphise. Tous chantent la gloire de Dieu. 

 

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“La partition, située entre la seconde version de l’Idoménée de Campra et de l’Hippolyte et Aricie de Rameau, annonce plus la seconde qu’elle n’évoque la première, et marque un glissement du centre d’intérêt musical du récitatif tragique à des strucrures plus complexes, dont l’orchestre est un composant essentiel. On y trouve notamment un traitement magistral des scènes d’ensemble. L’emploi alternatif d’airs da capo, d’ariosos aux lignes amples et d’accompagnamentos véhéments structurant de puissantes scènes dramatiques et la grande recherche instrumentale sont d’autres ressemblances entre les deux maîtres. (Le Monde de la Musique – novembre 1992)

 

Représentations :

Varsovie – Warszawska Opera Kameralna – 18, 19, 20, 21 avril 2007 – Warsaw Chamber Opera Soloists Ensemble – Zespól Instrumentów Dawnych ­ barokowych – Musicae Antiquae Collegium Varsoviense – dir. Kai Bumann – décors Marlena Skoneczko – avec Slawomir Jurczak (Apollon), Julita Miroslawska (Polymnie), Justyna Reczeniedi (Terpsicore), Marta Wylomanska (Vénus), Miroslawa Tukalska (La Vérité ), Justyna Reczeniedi (Les Vertus), Marta Wylomanska (Tragédie), Jaroslaw Brek (Jephté), Dorota Lachowicz (Almasie), Marta Boberska (Iphise), Slawomir Jurczak (Phinée), Zdzislaw Kordyjalik (Ammon), Wojciech Parchem (Abdon), Dariusz Górski (Abner), Marta Wylomanska, Miroslawa Tukalska (Deux Israélites), Julita Miroslawska (Elise), Justyna Reczeniedi (Une bergère) – Court Ballet “Cracovia Danza”

 

Opéra de Montpellier – 10 juin 1992 – Théâtre du Châtelet – 12 juin 1992 – Théâtre de Caen – 13 juin 1992 – version de concert – dir. William Christie – avec Jacques Bona (Jephté), Claire Brua (Almasie), Sophie Daneman (Iphise), Nicolas Rivenq (Phinée), Mark Padmore (Ammon)

 

1948 – enregistrement d’extraits par Ensemble orchestral de l’Oiseau Lyre, sous la direction de Roger Désormière, avec Odette Turba-Rabier, soprano – 78 tours – Entr’acte – Prologue – Menuet – Air d’Iphise – Pastourelle