Daphnis et Alcimadure

COMPOSITEUR Jean-Joseph Cassanéa de MONDONVILLE
LIBRETTISTE Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville
ENREGISTREMENT ÉDITION DIRECTION ÉDITEUR NOMBRE LANGUE FICHE DÉTAILLÉE
1981 Ventadorn occitan

Pastorale languedocienne, en un prologue (Les Jeux floraux, sur un texte de l’abbé Claude-Henri de Fusée de Voisenon) et trois actes, paroles et musique de Mondonville, représentée à la Cour, à Fontainebleau, les 29 octobre et 4 novembre 1754, puis à l’Opéra le 29 décembre 1754 (*)

(*) La date du 5 janvier 1755 figure sur une édition du livret.

Le déplacement de la Cour à Fontainebleau se situait cette année-là sous le signe favorable de la naissance du duc de Berry, futur Louis XVI. La Pastorale est ainsi dédiée à la Dauphine, Marie-Josèphe de Saxe.

Il y eut quatorze représentations d’opéra, dont trois créations de Rameau – La Naissance d’Osiris et Anacréon – ainsi que la pastorale de Mondonville.

Celle-ci obtint un franc succès, et le duo du dernier acte fut bissé.

Marie Fel tenait le rôle d’Alcimadure, Jéliote celui de Daphnis, et Delatour celui de Jeannet.

Le Mercure de France de décembre 1754 y consacre un long article qui fourit un synopsis détaillé :

Cet Opéra nouveau nous rappelle le premier âge en France des lettres et des arts. M. Mondonville, poète tout à la fois et musicien , est l’auteur des paroles et de la musique : tels étaient autrefois nos fameux Troubadours.

La pastorale est écrite en langage toulousain, le Prologue l’est en notre langue.

L’institution des Jeux floraux, que nous devons à Clémence Isaure, est le sujet du Prologue, et ce personnage est le seul chantant qui y paraisse. Isaure est entourée de peuples, de jardiniers et jardinières, et elle dit […] Les chants d’Isaure très bien rendus par Mlle Chevalier, et coupées de danses et de chœurs, amènent le développement du projet qu’elle a formé ; elle dit […]

Les peuples lui répondent par des chants de triomphe et d’allégresse, et c’est ainsi que finit d’une manière noble ce joli prologue.

La Pastorale roule sur trois acteurs : Daphnis, qui aime Alcimadure ; celle-ci qui n’aime encore rien, et qui s’est décidée pour fuir toujours l’amour ; et Jeannet, son frère, personnage toujours gai, qui prend vivement les intérêts de sa soeur, et qui cherche en s’amusant à lui ménager un établissement qu’il croit fort convenable.

Daphnis, en se montrant, développe la situation de son âme par un monologue, dont le chant peint fort bien la tendresse naïve des paroles […]

Alcimadure paraît, et il s’éloigne pour découvrir ce qui l’amène. Voici la manière vive dont elle s’annonce […] Après cette ariette d’un ton léger et très agréable, Daphnis paraît, et ces deux personnages soutiennent dans la scène, l’un le ton de la tendresse, l’autre le ton de la gaieté que leur monologues avaient ananoncé. Daphnis y déclare son amour ; Alcimadure l’écoute sans le croire, elle le rebute même, et paraît résolue à le fuir ; mais il l’arrête en lui proposant une petite fête où l’on doit danser pour elle, et court chercher les bergers du village pour la lui donner. Jeannet, frère d’Alcimadure arrive alors ; elle lui fait confidence d’un amour dont elle se serait bien passée. Il combat cette répugnance, et trouve Daphnis un parti sortable ; mais Alcimadure n’entend point raison raison sur ce point ; elle dit […]

Jeannet insiste, et il se propose s’il rencontre Daphnis dont il n’est pas connu, de l’éprouver si bien qu’il ne lui sera pas possible de la tromper. Alors le divertissement annoncé arrive. Il est composé de bergers et de bergères, et les chants qui coupent la danse sont adroitement placés dans la bouche de Daphnis, et relatifs à la situation de son coeur […]

Daphnis ne se lasse point de chanter l’amour. ce refrain semble déplaire à Alcimadure ; elle interrompt brusquement le fête, et prend prétexte qu’elle est obligée d’aller joindre son frère, ce qui termine le premier acte.

Le second débute par une troupe de villageois conduit par Jeannet, armés pour une chasse au loup. Il s’animent par un choeur bruyant à la chasse qu’ils doivent faire, et Jeannet les renvoit après een leur disant fièrement de l’avertir lorsqu’il faudra commencer d’entrer en danse. Avec les armes qu’il porte, il se flatte d’en imposer assez à Daphnis pour éprouver son amour, et il se propose de le servir auprès de sa soeur s’il le trouve fidèle. Daphnis paraît ; l’explication se fait par des discours naïfs de la part de l’un, et des bravades de la part de l’autre. M. M(ondonville) pour varier, a voulu jeter du comique dans ce personnage fort bien chanté par M. Delatour. Sur ce que lui dit Daphnis des rigueurs qu’il éprouve il lui répond […] Daphnis lui réplique […] Jeannet fait alors l’étonné. Quoi ! lui dit-il, vous n’avez jamais vu de batailles, de canons, de bombes, etc. […]

L’éclaircissement arrive ensuite. Jeannet feint d’être sur le point de se marier avec Alcimadure ; on juge de l’effet d’une telle confidence sur Daphnis. Il déclare avec fermeté qu’il aime cette cruelle. Jeannet veut le forcer à n’y plus penser ; il lève le bras et son épieu pour l’y contraindre : mais le berger aime mieux mourir… Dans ce moment, on entend crier au secours : c’est Alcimadure poursuivie par un loup prêt ) la dévorer. Daphnis arrache des mains de Jeannet, qui s’enfuit, l’épieu dont il était armé, combat le loup, le tue, revient, et trouve Alcimadure évanouie. Il lui parle, lui dit que le loup ests mort, et s’efforce de l’attendrir. Elle n’est que reconnaissante et point tendre. Jeannet survient pour faire une nouvelle fanfaronade : tout le village le suit, et il se forme alors un divertissement qui a pour objet de célébrer la valeur de Daphnis. Alcimadure et Jeannet, par ce moyen, se trouvent chargés de toutes les chansons que M. M(ondonville) y a placées. L’acte finit par le projet d’aller présenter Daphnis en triomphe au Seigneur du village.

Alcimadure ouvre le troisième acte par un monologue, dans lequel son coeur dispute encore contre l’amour. Jeannet, qui arrive, lui apprend qu’il a éprouvé son amant, tâche de vaincre son indifférence, n’y réussit pas, et se retire apercevant Daphnis. Celui-ci fait de nouveaux efforts, il parle de mourir : Alcimadure se trouble, et se plaint d’avoir été quittée par Jeannet. A ce nom, que Daphnis croit être celui de son rival, il sort au désespoir, bien décidé de ne plus vivre. C’est alors qu’Alcimadure ne suit plus que les mouvements de son coeur ; son amour se déclare par ses craintes. Jeannet revient, et lui assure que Daphnis est mort. Elle ne se possède plus à cette nouvelle ; elle part pour aller percer son sein du même couteau qui percé celui de son amant.

Daphnis paraît alors. Le désespoir d’Alcimadure se change en une joie aussi vive que tendre. Un duo charmant couronne le plaisir que cause tout cet acte, et un divertissement formé par les compagnons de Daphnis et les compagnes d’Alcimadure, termine fort heureusement cet ouvrage, qui joint le piquant de la singularité aux graces naïves d’un genre tout à fait inconnu. Nous avons déja dit la manière dont M. Delatour s’est acuitté du rôle de Jeannet ; ceux d’Alcimadure et de Daphnis ont été rendus par Mlle Fel et Mr Jéliote. Ils sont si supérieurs l’un et l’autre, lorsqu’ils chantent le Français, qu’il est aisé de juger du charme de leur voix, de la finesse de leur expression, de la perfection de leurs traits, en rendant le langage du pays riant auquel nous devons leur naissance.

L’ouvrage est adaptée de l’Opera de Frountignan, manuscrit de poésies en occitan de Nicolas Fizes, daté de 1745. dont les airs étaient des chansons populaires.

 

Le 18 février 1755, une parodie de Jean-Joseph Vadé, intitulée Jérôme et Fanchonnette ou Anacréon à la Grenouillère (*), pastorale poissarde, fut jouée à la Foire St Germain. Jean Monnet, directeur de l’Opéra-Comique, raconte dans ses Mémoires : Cette petite pièce, du plus bas genre, mais naïve e gaie, fut jouée avec tant de naturel et de vérité qu’elle eut de suite 32 représentations.

(*) La Grenouillère s’étendait le long de la Seine à côté du faubourg St Germain, à partir du Pont-Royal. Habitée par des mariniers et des pêcheurs, elle accueillait des baigneurs le dimanche, et abondait en guinguettes et cabarets.

Une reprise eurent lieu dans la Salle des machines, à Paris, le 7 juin 1768, qui n’eut aucun succès. Mondonville aurait été contraint de traduire l’ouvrage en français, du fait qu’avec le départ de Jélyotte et Mlle Fel, il n’y avait plus d’acteurs gascons à l’opéra. En revanche, Mlle Guimard dansa avec les demoiselles Peslin et Allard, ainsi que les sieurs Dauverval et Gardel un pas de cinq d’une lubricité… qui était accueillie par des transports indicibles du public.

En 1768, Mondonville imagina de faire un nouveau succès à Daphnis et Alcimadura en le traduisant. Le charme s’évanouit, le parti de l’opposition même ne voulut pas de la pièce favorite ainsi travestie, entaidie : chute complète, enterrement soudain. Une reprise de cet ouvrage, traduit en français, n’eut pas de meilleurs résultats en 1773. Si l’on ne revint point alors au texte languedocien, c’est que Jéliotte et Mlle de Fel, ayant quitté le théâtre, on n’avait plus d’acteurs gascons à l’Opéra. 24,000 livres, pour 24 représentations de Daphnis et Alcimadura, avaient été proposées à Jéliotte en 1762, sept ans après sa retraite. Le refus de ce ténor décida Mondonville à traduire sa pièce. (Molière musicien – Castil-Blaze – 1852)

Elle fut à nouveau représentée en dialecte à Montpellier (*) , en 1778, convertie en ballet par Dauberval, et au Capitole de Toulouse, les 15 mars 1786 et 24 décembre 1789.

 (*) selon le manuscrit imprimé à Paris, et conservé à la bibliothèque de Montpellier, la pastorale fut « accoumoudadou à noste patois de Moutpellié per estre executado dins nostro Acadeemio de Musiqo lou 25 doulès d’Aous d’aquesto annado », et dédiée aux dames et demoiselles de la ville.

 

Livret disponible sur livretsbaroques.fr

 

169me Opéra. C’est une Pasto. Languedocienne en 3 Ac. avec un Prol. Les paroles & la musiq. en sont de M. Mondonville. La premiere représentation de cet Opéra fut donnée pour la Cour à Fontainebleau, le 29 Octobre 1754. Il parut ensuite sur le Théatre de l’Académie Royale de Musiq. le 29 Décemb. & eut du succès. Le Prol. est en vers François ; l’institution des Jeux Floraux en forme le sujet, & Clémence Isaure, leur fondatrice, est le seul personnage chantant de ce Prologue. (de Léris – Dictionnaire des Théâtres)

 

On en connait trois parodies : Jérôme et Fanchonnette, Pastorale de la Grenouillère, en un Acte en vaudevilles, par Vadé, créée à l’Opéra-Comique le 18 février 1755, “toute en style poissard” ; Daphnis et Alcimadure en mai 1756 ; les Amours de Mathurine, en deux actes mêlés d’Ariettes, de Lacombe, donnée au Théatre Italien le 10 juin 1756.

On cite également une parodie du nom d’Alcimatendre.

 

 Représentations :

Saint-Félix en Lauragais – Festival Déodat de Séverac – 23 août 1996 – dir. Jean-Marc Andrieu – avec Isabelle Poulenard, Fournié, Pezzino, Catala

Saint-Félix en Lauragais – Festival Déodat de Séverac – 13 juillet 1995 – dir. Jean-Marc Andrieu – avec Isabelle Poulenard, Fournié, Pezzino, Catala

Opéra Baroque de Montauban – création au Festival Déodat de Séverac, en 1994

Montpellier – 1981 – dir. Louis Bertholon – avec Ana-Maria Miranda (Alcimadure), Alastair Thompson (Daphaanis), Claudine Le Coz (Clémence Isaure), Jean-Claude Orliac (Jeannet)