CD Les Plaisirs de l’île enchantée

LES PLAISIRS DE L’ILE ENCHANTÉE

     

Fête étalée sur huit jours (du 7 au 13 mai 1664), organisée à Versailles à la demande du Roi – Vigarani y participa pour les décorations, Bensérade et Périgny pour les chansons, Molière pour la comédie, Lully pour la musique, et le duc de St Aignan (*) choisit le thème conducteur, inspiré de L’Arioste : le chevalier Roger retenu sur l’île d’Alcine.

Versailles à l'époque des Plaisirs de lÎle enchantée

(*) François Honorat de Beauvilliers, (1610-1686), comte, puis duc de Saint-Aignan, premier gentilhomme de la chambre du roi, pair de France, académicien en 1663, excellent danseur

 Le duc de Saint Aignan

On y joua un Divertissement pour la collation, le 7 mai, La Princesse d’Élide, le 8 mai, le Ballet du Palais d’Alcine, le 9 mai, Les Fâcheux, le 11 mai, le Mariage forcé, le 13 mai.

 Première journée (7 mai)

Les Plaisirs de lÎle enchantée - premier jour - gravure d'Israël Sylvestre le Jeune

La Marche des chevaliers de Charlemagne

Sur les six heures du soir, un héraut d’armes entra dans la place, représenté par M. des Bardins vêtu d’un habit à l’antique, couleur de feu en broderie d’argent, et fort bien monté. Il était suivi de trois pages. Celui du Roi, M. d’Artagnan, marchait à la tête des deux autres, fort richement habillé de couleur de feu, livrée de Sa Majesté, portant Sa lance et son écu, dans lequel brillait un soleil de pierreries, avec ces mots “Nec cesso, nec erro”, faisant allusion à l’attachement de Sa Majesté aux affaires de son État et la manière avec laquelle il agit. Les deux autres pages étaient aux ducs de Saint-Aignan et de Noailles, le premier, maréchal de camp, et l’autre, juge des courses. Celui du duc de Saint-Aignan portait l’écu de sa devise et était habillé de sa livrée de toile d’argent enrichie d’or, avec les plumés incarnates et noires et les rubans de même Le page du duc de Noailles était vêtu de couleur de feu, argent et noir, et le reste de la livrée semblable.

Quatre trompettes et deux timbaliers marchaient après ces pages, habillés de satin couleur de feu et argent, leurs plumes de la même livrée, et les caparaçons de leurs chevaux couverts d’une pareille broderie, avec des soleils d’or fort éclatants aux banderoles des trompettes et les couvertures des timbales.

Le duc de Saint-Aignan, maréchal de camp, marchait après eux, armé à la grecque d’une cuirasse de toile d’argent couverte de petites écailles d’or, aussi bien que son bas de saye; et son casque était orné d’un dragon et d’un grand nombre de plumes blanches, mêlées d’incarnat et de noir. Il montait un cheval blanc, bardé de même, et représentait Guidon le Sauvage.

Huit trompettes et deux timbaliers, vêtus comme les premiers, marchaient après le maréchal de camp.

Le Roi, représentant Roger, les suivait, montant un des plus beaux chevaux du monde, dont le harnais couleur de feu éclatait d’or, d’argent et de pierreries. Sa Majesté était armée à la façon des Grecs, comme tous ceux de sa quadrille, et portait une cuirasse de lame d’argent couverte d’une riche broderie d’or et de diamants. Son port et toute son action étaient dignes de son rang; son casque, tout couvert de plumes couleur de feu, avait une grâce incomparable, et jamais un air plus libre, ni plus guerrier, n’a mis un mortel au-dessus des autres hommes.

Le duc de Noailles, juge du camp, sous le nom d’Oger le Danois, marchait après le Roi, portant la couleur de feu et le noir, sous une riche broderie d’argent; et ses plumes, aussi bien que tout le reste de son équipage, étaient de cette même livrée.

Le duc de Guise et le comte d’Armagnac marchaient ensemble après lui. Le premier, portant le nom d’Aquilant le Noir, avait un habit de cette couleur en broderie d’or et de jais ; ses plumes, son cheval et sa lance assortissaient à sa livrée; et l’autre, représentant Griffon le Blanc, portait sur un habit de toile d’argent plusieurs rubis, et montait un cheval blanc bardé de la même couleur.

Les ducs de Foix (Renaud) et de Coaslin (Dudon), qui ensuite, étaient vêtus, l’un d’incarnat avec or et argent et l’autre de vert, blanc et argent, toute leur livrée et leurs chevaux étant dignes du reste de leur équipage.

Après eux, marchaient le comte du Lude (Astolphe) et le prince de Marsillac (Brandimart), le premier vêtu d’incarnat et blanc, et l’autre, de jaune, blanc et noir, enrichis de broderie d’argent, leur livrée de même, et fort bien montés.

Les marquis de Villequier (Richardet) et de Soyecourt (Olivier) marchaient ensuite : l’un portait le bleu et argent, et l’autre, le bleu, blanc et noir, avec or et argent ; leurs plumes et les harnais de leurs chevaux étaient de la même couleur et d’une pareille richesse.

Les marquis d’Humières (Ariodant) et de la Vallière (Zerbin) les suivaient, le premier portant la couleur de chair et d’argent ; et l’autre, le gris de lin, blanc et argent, toute leur livrée étant la plus riche et la mieux assortie du monde.

Monsieur le Duc (Roland) marchait seul, portant pour livrée la couleur de feu, blanc et argent ; un grand nombre de diamants étaient attachés sur la magnifique broderie dont sa cuirasse et son bas de saye étaient couverts, son casque et le harnais de son cheval étant aussi enrichis.

Un char de dix-huit pieds de haut, de vingt-quatre de long et de quinze de large, paraissait ensuite, éclatant d’or et de diverses couleurs. Il représentait d’Apollon, en l’honneur duquel se célébraient autrefois les jeux Pythiens, que ces chevaliers s’étaient proposé d’imiter en leurs courses et en leur équipage. Cette divinité, brillante de lumières, était assise au plus haut du char, ayant à ses pieds les quatre Ages ou Siècles, distingués par de riches habits et par ce qu’ils portaient à la main.

Le Siècle d’or, orné de ce précieux métal, était encore paré des diverses fleurs qui faisaient un des principaux ornements de cet heureux âge. Ceux d’argent et d’airain avaient aussi leurs remarques particulières. Et celui de fer était représenté par un guerrier d’un regard terrible, portant d’une main l’épée et de l’autre le bouclier.

Plusieurs autres grandes figures de relief paraient les côtés de ce char magnifique. Les monstres célestes, le serpent Python, Daphné, Hyacinthe, et les autres figures qui conviennent à Apollon, avec un Atlas portant le globe du monde, y étaient aussi relevés d’une agréable sculpture. Le Temps, représenté par le sieur Millet, avec sa faux, ses ailes, et cette vieillesse décrépite dont on le peint toujours accablé, en était le conducteur. Quatre chevaux d’une taille et d’une beauté peu communes, couverts de grandes housses semées de soleils d’or, et attelés de front, tiraient cette machine. Les douze Heures du jour et les douze Signes du zodiaque, habillés fort superbement, comme les poètes les dépeignent, marchaient en deux files aux deux côtés de ce char. Tous les pages des chevaliers le suivaient deux à deux, après celui de Monsieur le Duc, fort proprement vêtus de leurs livrées, avec quantité de plumes, portant leurs lances et les écus de leurs devises.

Vingt pasteurs, chargés des diverses pièces de la barrière qui devait être dressée pour la course de bague, formaient la dernière troupe qui entra dans la lice ils portaient des vestes couleur de feu enrichies d’argent, et les coiffures de même.

Aussitôt que ces troupes furent entrées dans le camp, elles en firent le tour, et, après avoir salué les Reines, elles se séparèrent et prirent chacune son poste. Les pages de la tête, les trompettes et les timbaliers, se croisant, s’allèrent poster sur les ailes. Le Roi, s’avançant au milieu, prit sa place vis-à-vis du haut dais; M. le Duc, proche de Sa Majesté; les ducs de Saint-Aignan e de Noailles, à droite et à gauche; les dix chevaliers, en haie aux deux côtés du char; leurs pages, au même ordre, derrière eux; les Signes et les Heures, comme ils étaient entrés.

Lorsqu’on eut fait halte en cet état, un profond silence, causé tout ensemble par l’attention et par le respect, donna le moyen à Mlle de Brie, qui représentait le Siècle d’airain, de commencer des vers à la louange de la Reine, adressés à Apollon.

La course de bague

Tous ces récits achevés, la course de bague commença, en laquelle, après que le Roi eut fait admirer l’adresse et la grâce qu’il a en cet exercice, comme en tous les autres, et plusieurs belles courses, et de tous ces chevaliers, le duc de Guise, les marquis de Soyecourt et de la Vallière demeurèrent à la dispute, dont ce dernier emporta le prix, qui fut une épée d’or enrichie de diamants, avec des boucles de baudrier de grande valeur, que donna la Reine mère, et dont elle l’honora de sa main.

Divertissement pour la collation

La nuit vint cependant à la fin des courses, par la justesse qu’on avait eue à les commencer ; et un nombre infini de lumières ayant éclairé tout ce beau lieu, l’on vit entrer dans la même place :

Trente-quatre concertants fort bien vêtus, qui devaient précéder les Saisons, et faisaient le plus agréable concert du monde. Pendant que les Saisons se chargeaient -des mets délicieux qu’elles devaient porter pour servir devant Leurs Majestés la magnifique collation qui était préparée, les douze Signes du zodiaque et les quatre Saisons dansèrent dans le rond une des plus belles entrées de ballet qu’on eût encore vues.

Le Printemps parut ensuite sur un cheval d’Espagne, représenté par Mlle du Parc, qui, avec le sexe et les avantages d’une femme, faisait voir l’adresse d’un homme. Son habit était vert, en broderie d’argent et de fleurs au naturel. L’Été le suivait, représenté par le sieur du Parc, sur un éléphant couvert d’une riche housse. L’Automne, aussi avantageusement vêtu, représenté par le sieur de la Thorillière, venait après, monté sur un chameau. L’Hiver suivait sur un ours, représenté par le sieur Béjart. Leur suite était composée de quarante-huit personnes qui portaient toutes sur leurs têtes de grands bassins pour la collation.

Les douze premiers, couverts de fleurs, portaient, comme des jardiniers, des corbeilles peintes de vert et d’argent, garnies d’un grand nombre de porcelaines, si remplies de confitures et d’autres choses délicieuses de la saison, qu’ils étaient courbés sous cet agréable faix. Douze autres, comme moissonneurs, vêtus d’habits conformes à cette profession, mais fort riches, portaient des bassins de cette couleur incarnate qu’on remarque au soleil levant, et suivaient l’Été. Douze, vêtus en vendangeurs, étaient couverts de feuilles de vigne et de grappes de raisin, et portaient dans des paniers feuille-morte, remplis de petits bassins de cette même couleur, divers autres fruits et confitures, a la suite de l’Automne. Les douze derniers étaient des vieillards gelés, dont les fourrures et la démarche marquaient la froideur et la faiblesse, portant, dans des bassins couverts d’une glace et d’une neige si bien contrefaites qu’on les eût prises pour la chose même, ce qu’ils devaient contribuer à la collation, et suivaient l’Hiver.

Quatorze concertants de Pan et de Diane précédaient ces deux divinités, avec une agréable harmonie de flûtes et de musettes. Elles venaient ensuite sur une machine fort ingénieuse, en forme d’une petite montagne ou roche ombragée de plusieurs arbres; mais ce qui était plus surprenant, c’est qu’on la voyait portée en l’air, sans que l’artifice qui la faisait mouvoir se pût découvrir à la vue. Vingt autres personnes les suivaient, portant des viandes de la ménagerie de Pan et de la chasse de Diane. Dix-huit pages du Roi, fort richement vêtus, qui devaient servir les dames à table, faisaient les derniers de cette troupe. Laquelle étant rangée, Pan, Diane et les Saisons se présentant devant la Reine, le Printemps lui adressa des vers, suivi de l’Été, l’Automne, l’Hiver, Diane et Pan.

Ces récits achevés, une grande table en forme de croissant, ronde d’un côté où l’on devait couvrir, et garnie de fleurs de celui où elle était creuse, vint à se découvrir. Trente-six violons, très bien vêtus, parurent derrière, sur un petit théâtre, pendant que MM. de la Marche et Parfait, père, frère et fils, contrôleurs généraux, sous les noms de l’Abondance, de la Joie, de la Propreté et de la Bonne Chère, la firent couvrir par les Plaisirs, par les Jeux, par les Ris et par les Délices.

Leurs Majestés s’y mirent en cet ordre, qui prévint tous les embarras qui eussent pu naître pour les rangs. La Reine mère était assise au milieu de la table, et avait à sa main droite Le Roi, Mademoiselle d’Alençon, Madame la Princesse, Mademoiselle d’Elbeuf, Madame de Béthune, Madame la duchesse de Créqui, Monsieur, Madame la duchesse de Saint-A ignan, Madame la maréchale du Plessis, Madame la maréchale d’Étampes, Madame de Gourdon, Madame de Montespan, Madame d’Humières, Mademoiselle de Brancas, Madame d’Armagnac, Madame la comtesse de Soissons, Madame la princesse de Bade, Madame de Crançay. De l’autre côté étaient assises La Reine, Madame de Carignan, Madame de Flaix, Madame la duchesse de Foix, Madame de Brancas, Madame de Froulay, Madame la duchesse de Navailles, Mademoiselle d’Ardennes, Mademoiselle de Cologon, Madame de Crussol, Madame de Montauzier, Madame, Madame la princesse Bén’dicte, Madame la Duchesse, Madame de Rouvroy, Mademoiselle de la Mothe, Madame de Marsé, Mademoiselle de la Vallière, Mademoiselle d’Artigny, Mademoiselle du Bellay, Mademoiselle de Dampierre, Mademoiselle de Fiennes.

La somptuosité de cette collation passait tout ce qu’on dn pourrait écrire, tant par l’abondance que par la délicatesse des choses qui y furent servies. Elle faisait aussi le plus bel objet qui puisse tomber sous les sens, puisque, dans la nuit, auprès de la verdeur de ces hautes palissades, un nombre infini de chandeliers peints de vert et d’argent, portant chacun vingt-quatre bougies, et deux cents flambeaux de cire blanche, tenus par autant de personnes vêtues en masques, rendaient une clarté presque aussi grande et plus agréable que celle du jour. Tous les chevaliers, avec leurs casques couverts de plumes de différentes couleurs et leurs habits de la course, étaient appuyés sur la barrière; et ce grand nombre d’officiers richement vêtus qui servaient en augmentaient encore la beauté, et rendaient ce rond une chose enchantée, duquel, après la collation, Leurs Majestés et toute la cour sortirent par le portique opposé à la barrière, et, dans un grand nombre de calèches fort ajustées, reprirent le chemin du château.

Deuxième Journée (8 mai)

La Princesse d’Élide

Les Plaisirs de l'Île enchantée - deuxième journée - gravure d' Israël Silvestre le jeune

Lorsque la nuit du second jour fut venue, Leurs Majestés se rendirent dans un autre rond, environné de palissades comme le premier et sur la même ligne, S’avançant toujours vers le lac, où l’on feignait que le palais d’Alcine était bâti. Le dessein de cette seconde fête était que Roger et les chevaliers de sa quadrille, après avoir fait des merveilles aux courses, que, par l’ordre de la belle magicienne, ils avaient faites en faveur de la Reine, continuaient en ce même dessein pour le divertissement suivant, et que l’île flottante n’ayant point éloigné le rivage de la France, ils donnaient à Sa Majesté le plaisir d’une comédie dont la scène était en Élide.

Le Roi fit donc couvrir de toiles, en si peu de temps qu’on avait lieu de s’en étonner, tout ce rond, d’une espèce de dôme pour défendre contre le vent le grand nombre de flambeaux et de bougies qui devaient éclairer le théâtre, dont la décoration était fort agréable. Aussitôt qu’on eut tiré la toile, un grand concert de plusieurs instruments se fit entendre, et l’Aurore, représentée par Mlle Hilaire, ouvrit la scène et chanta ce récit.

Troisième Jour (9 mai)

Ballet du palais d’Alcine

Les Plaisirs de l'Île enchantée - troisième journée

Quatrième jour (10 mai)

Course de têtes

Cinquième jour (11 mai)

Visite de l’Orangerie et de la Ménagerie

Les Fâcheux

Sixième jour (12 mai)

Loterie

Tartuffe

Septième jour (13 mai)

Course de têtes

Le Mariage forcé

 

voir aussi : Versailles en fête : les Plaisirs de l’Île enchantée

 

 

 

 

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