Il Tito par Marc Antonio CESTI

COMPOSITEUR Marc’Antonio CESTI
LIBRETTISTE Niccolo Beregan

Melodrama per musica en trois actes, sur un livret du comte Niccolo Beregan, composé en 1665 à Innsbruck, créé au Teatro SS. Giovanni e Paolo de Venise en février 1666.

Le livret est dédicacé Alla Grandezza del gl’Eccell. Prencipi Madama Maria Mancini Colonna (1), Duchessa Di Tagliacozzo, &c. Lorenzo Onofrio Gran Contestabile Del Regno Di Napoli, &. Et Filippo Giuliano Mancini Mazarini (2) Duca Di Nivers. La dédicace de l’imprimeur Steffano Curti, de Venise, est datée du 13 février 1666.

(1) Marie Mancini, nièce du cardinal Mazarin, épouse du connétable Lorenzo Colonne,

(2) Philippe Mancini, duc de Nevers, frère de Marie Mancini.

 

Personnages : Tito, fils de l’empereur romain Vespasien ; Berenice, reine de Judée ; Domitiano, frère de Tito ; Polemone/Adraspe, roi de Lycie ; Agrippa, frère de Berenice ; Martia Fulvia, Romaine, fiancée de Tito ; Celso, Romain, aimé de Sabina ; Fulvia Sabinia, nièce de Vespasien ; Lepido, général des légions romaines ; Apollonio, magicien renommé ; Elio, Aulo Cinna, Lucindo, Ninfo, un Messager.

L’acte I s’achève avec le Ballo di Otto Mori, et la scène 22 de l’acte II contient le Ballo di Quattro Satiri & Quattro Ninfe di marmo escono in forma di fonte.
Argument

Tito, fils de l’empereur Vespasiano, et son frère Domitiano mènent le siège contre Jérusalem. Le couple Bérénice (reine de Judée) et Polemone (roi de Lycie) vient d’être fait prisonnier. Bérénice qui présente son amant sous une fausse identité pour le protéger, est d’une telle beauté que chaque personnage masculin qui la croise en tombe amoureux (Opéra International – juillet 2001)

 

Synopsis

Acte I

Les Romains ont conquis Jérusalem. La reine des Juifs, Bérénice, et son amant Polemone, roi de Lycie, ont été arrêtés ensemble et emmenés devant Titus. Ce dernier, aussi bien que son frère Domitien, tombe amoureux de Bérénice. Agrippa, le frère de Bérénice, accuse cette dernière d’être infidèle et de trahir sa patrie. Un complot contre Bérénice est empêché par le romain Celsius, ce qui attise la jalousie de son amante Sabina. Berenice obtient de Titus protection contre son frère en simulant une affection pour lui, ce qui accroît la jalousie de Polemone.

Acte II

Sabina se déguise en homme, et vient annoncer à Celsius que Sabina est morte de douleur de séparation. Mais Celsius ne se montre pas particulièrement ému. Polemone, qui se fait passer pour Adraspe, affecté à la sécurité de Bérénice, plaide pour Titus autour de lui. Blessée, Bérénice avoue sa soi-disante inclination pour Titus. Comme celui-ci révèle son amour en présence de Domitien, ce dernier décide de surprendre Bérénice durant la nuit, sous l’apparence de son frère. Bérénice est opportunément libérée de Domitien par son frère Agrippa, et décide de se venger du prétendu Titus.

Acte III

Bérénice convient d’une rencontre avec Titus en vue de le tuer. Armée d’un poignard, elle le trouve endormi. Polemone reconnaît sa fidélité, mais ne tue pas son ennemi, et grave dans un arbre qu’il l’a sauvé. Celsius, chargé par Titus de tuer Lepidus et Agrippa, espère, de même que Titus, la main de Bérénice. Apollonius et Marzia qui, depuis le début, cherchent Titus, descendent du ciel dans le tonnerre et les éclairs. Le magicien Apollonius réveille Bérénice pour qu’elle revienne à Polemone, et demande à Titus de revenir à Rome avec Marzia. Domitien finit par découvrir sa tromperie, et Celsius, amant de Sabina, échappe à la peine de mort grâce à la clémence de son oncle Titus.

 

Tous les hommes qui rencontrent Bérénice en tombent amoureux y compris Titus et son frère Domitien. Dans une atmosphère turbulente et colorée, au milieu d’une société cosmopolite, éclatent les conflits insolvables entre honneur, devoir, érotisme et devoir politique qui ont inspiré Corneille et Racine. Commencé dans une Jérusalem en flammes, l’ouvrage traverse les feux de la passion et s’achève dans la liesse et les louanges de Titus le sage et le clément.

 

Partition : Novello & Co Ltd. – version Alan Curtis – 31 mars 2004

 

Représentations :

Opéra National du RhinStrasbourg – 2, 4, 6, 8, 10 juin 2001 – Mulhouse – 14, 16 juin 2001 – dir. William Christie – mise en scène Alain Germain – avec Marco Lazzara (Tito), Jaël Azzaretti (Berenice), Joseph Cornwell (Polemone), Arthur Stefanowicz (Domitiano), Robert Burt (Ninfo), Anna Chierichetti (Sabina), Istvan Kovacs (Appolinio), Magali Léger (Martia), Fabian Schofrin (Lepido), Hjördis Thébault (Celso), Cyril Auvity (Agrippa), Laurent Slaars (Aulo Cinna), Elsa Vacquin (Lucindo, Amor 1), Yuri Ogawa (Amor 2), Bertrand Chuberre (Elio, Messo).

Il Tito à Strasbourg
Opéra International – juillet 2001

“Alain Germain nous invite à un moment de théâtre dans le théâtre, ou plutôt de cinéma dans le théâtre. Nous assistons au tournage d’un fils inspiré de péplums italiens”…”Les décors et costumes sont simples et élégants”…”La musique de Cesti constitue une magnifique découverte”…”les mélodies sont simplement belles…et parfois virtuoses”…”L’orchestre est constitué d’un riche continuo”…”Malheureusement la distribution se révèle parfois inégale. C’est avant-tout le rôle titre qui pose problème…le contre-ténor Marco Lazzara…relativement pénible à écouter”…”Le beau chant et la finesse de l’expression étaient plutôt à chercher du côté du jeune ténor Cyril Auvity, de la soprano Jaël Azzaretti, et surtout de la mezzo Hjördis Thébault.” L’Alsace – 5 juin 2001 – Devant un public enthousiaste, les Arts Florissants viennent de recréer à Strasbourg « Il Tito », opéra de Pietro Antonio Cesti.

“Depuis sa création à Venise en 1666, l’oeuvre n’avait été exhumée qu’en 1983 pour le festival d’Innsbruck. La nouvelle production du Tito que propose l’Opéra du Rhin à Strasbourg, avant de la redonner à Mulhouse, est d’autant plus une découverte que la programmation d’opéras de Cesti est chose rarissime. L’initiative en revient à Rudolf Berger, patron de la maison, qui a fait appel aux artisans les plus capables de réussir cette résurrection. Soutenus, dynamisés par William Christie et ses instrumentistes, les chanteurs des Arts Florissants sont ici installés dans l’environnement scénique imaginé par Alain Germain. Le principe de la mise en scène est le tournage de l’opéra par une équipe cinématographique : décors épurés, statuaire de carton-pâte, costumes romains décalés, rhétorique gestuelle codifiée. L’effet de distanciation et de « théâtre dans le théâtre » une fois obtenu, les interventions du réalisateur, des machinistes et autres clapmen se raréfient. Les jeux de faux-semblants propres au répertoire vénitien du 17e siècle peuvent finalement à eux seuls alimenter la curiosité et la perplexité, voire la réflexion de l’auditeur.

Etrange personnage que l’empereur romain Titus, tel qu’il fut historiquement sans doute, et tel que le présentent le théâtre et l’opéra. Dans ce Tito baroque, on le voit oublier la conquête de Jérusalem pour succomber, ainsi que plusieurs autres rivaux, aux charmes ravageurs de Bérénice, reine de Judée et séductrice involontaire, tout à son amour pour le roi Polémon. Il faudra bien des projets de meurtre, des déguisements, des mensonges pour qu’enfin, au terme d’une intrigue compiquée, et grâce à un magicien deus ex machina, les choses rentrent dans l’ordre et Titus dans le droit chemin des amours permises. Fourmillant d’allusions pseudo-savantes, inventoriant les lieux communs précieux que sont les concetti, le livret du Tito n’est pas un modèle de simplicité et d’élégance. Mais la musique de Cesti témoigne d’un savoir-faire inépuisable. Si on est loin des sommets atteints quelques décennies auparavant par Monteverdi, le métier d’un compositeur habile éclate dans tous les types d’affects à traiter, du lamento amoureux à la poésie de la nuit, en passant par la truculence dansante et bouffonne ou les fureurs de la vengeance. Au sein d’une mise en scène économe et qui sait être malicieuse, par exemple dans sa manière de régler le problème des machines de théâtre, le plateau de dix-sept chanteurs est remarquable sans la moindre exception. Trois emplois de falsettistes – un record – se taillent une part notable de la soirée. Dans le rôle titre, l’alto Marco Lazzara, sans éblouir autant que dans son extraordinaire récital Rossini d’octobre, a fait hautement preuve de la puissance et de la virtuosité réclamées par son personnage. Dans le registre voisin de contre-ténor, Artur Stefanowicz (Domitien) et Fabian Schofrin (Lepido) montrent une forte présence expressive. Trois ténors sont à l’affiche, aux emplois bien diversifiés. Si le public a justement applaudi la verve drôlatique de Robert Burt (Ninfo) et la vaillance de Cyril Auvity (Agrippa), on soulignera tout particulièrement la beauté de timbre et la souplesse de ligne de Joseph Cornwell (Polémon). La triomphatrice de la soirée demeurant la soprano Jaël Azzaretti, Bérénice vraiment pure et royale. Et on ne manquera pas de mentionner à tout le moins les belles interventions des autres sopranos Anna Chierichetti (Sabina) et Magali Léger (Martia), de la basse Istvan Kovacs (Appolinio) et de la Mezzo Hjördis Thébault (Celsus).

William Christie souligne à quel point cette musique « facile à écouter » se veut, en toute simplicité et sans recherche de profondeur, faite pour plaire. Lui-même prend, depuis son clavecin, un plaisir visible à modeler ces lignes dont la suavité, souvent évoquée par les musicologues, peut se faire incisive. La direction délicatement impérieuse de l’illustre chef imprime au flux des airs et récitatifs sa pulsation naturelle. Miracle d’une entente de toujours avec ses musiciens, ceux qu’il appelle « ses très chers continuistes », grâce à qui cette musique heureuse reprise à l’aise. Un plateau remarquable sans la moindre exception.”

AltamusicaUn Titus baroque et espiègleL’opéra du Rhin vient de présenter une nouvelle production d’un ouvrage rare de Pietro Antonio Cesti. Dans la lignée de Monteverdi, Il Tito valait l’exhumation à condition d’être confiée à des mains habiles. Les Arts Florissants comme la mise en scène d’Alain Germain n’ont pas manqué ce défi

“Il Tito date de 1666 et dut attendre 1983 et Innsbruck pour être ressuscité. Il faut dire que sa succession de récitatifs et d’arias (même agrémentés d’une reconstitution conséquente de William Christie) ne plaidait pas a priori en faveur d’une popularité à long terme.

À Strasbourg, les Arts Florissants et leur chef attitré en ont fait un chef-d’œuvre d’espièglerie baroque. Sans la scène toutefois, ils n’auraient sans doute pas réussi à revivifier ce pavé opératique de plus de trois heures qui compte uniquement deux trios, un duo et un seul tutti vocal à la toute fin.

L’argument d’une complexité décourageante met en scène une beauté sulfureuse (Bérénice, incarnée par Jaël Azzaretti impressionnante de présence) objet de tous les désirs et une foule de prétendants sur fond de destruction du temple de Jérusalem. Le futur empereur Titus y fait déjà étalage de sa clémence que d’aucuns qualifieraient de purement lyrique – aux yeux de l’histoire.

Sur fond d’intrigues, de viols et de complots, la mise en scène d’Alain Germain déploie tous les éléments de variété possibles, fait appel au grand appareil baroque comme un pastiche de ” making-off ” (les scènes sont matérialisées par des Claps comme au cinéma) pour rendre finalement l’œuvre tout à fait digeste. Le metteur en scène ne dédaigne ni l’humour ni une sensualité de très bon aloi tout particulièrement lors d’une séance de séduction sur fond d’amant- violeur déguisé.

L’ensemble est d’un goût parfait, remarquablement relayé par une distribution homogène, mais dieu que cet opéra serait soporifique au disque ou dans une mise en scène plus classique comme celle que vient de proposer Willy Decker pour une Clémence plus tardive à l’Opéra de Paris. (Altamusica – 4 juin 2001 à Strasbourg)

 

Opéra International – juin 2001 – William Christie – “Le baroque de Cesti”

 

Festival d’Innsbruck – Festwochen der Alten Musik – 1983 – Il Complesso Barocco- dir. Alan Curtis – mise en scène Shirley Wynne – scénographie Peter Mühler -, Sohn des römischen Kaisers Vespasian – Gloria Banditelli (Tito), Daniela Mazzucato (Berenice), Max-René Cosotti (Polemone/Adraspe), Jeffrey Gall (Domiziano), Jeffrey Thomas (Agrippa), Derek Ragin (Lepido), Anne Mason (Celso), Judith Nelson (Marzia), Alexis Magaró (Sabina), Roberto Scandiuzzi (Apollonio)