CD Castor et Pollux (1982)

CASTOR ET POLLUX

(version de 1754)

Castor et Pollux

COMPOSITEUR

Jean-Philippe RAMEAU

LIBRETTISTE

Pierre Joseph Bernard

 

ORCHESTRE English Bach Festival Baroque Orchestra
CHOEUR English Bach Festival Singers
DIRECTION Charles Farncombe

Pollux Philippe Huttenlocher baryton
Castor Peter Jeffes ténor
Télaïre Jennifer Smith soprano
Jupiter Laurence Wellington basse
Phébé Cynthia Buchan mezzo-soprano
Mercure, un Athlète Brian Parsons ténor
Cléone, une Suivante d’Hébé Judith Rees soprano
Une Ombre Gillian Fisher soprano
Un Spartiate John Hancorn baryton
Le Grand-Prêtre Henry Herford baryton

DATE D’ENREGISTREMENT janvier/février 1982
LIEU D’ENREGISTREMENT Eglise All Saints – Tooting – Londres –
ENREGISTREMENT EN CONCERT non

EDITEUR Erato
COLLECTION
DATE DE PRODUCTION août 1994
NOMBRE DE DISQUES 2
CATEGORIE ADD

 

Critique de cet enregistrement dans :

L’Avant-Scène Opéra – n° 209 – 2002

“…Passons rapidement sur le point faible du cast, un Peter Jeffes sans consonnes, sans vaillance, bref un héros bien pâlichon ‘ mais assez émouvant du fait de sa fragilité dans l’air de l’acte IV. Honneur à Jennifer Smith qui, dans la sublime déploration de Télaïre, déploie une grandeur tragique, une sobre musicalité, une parfaite maîtrise de la déclamation et une émotion aussi intense que contenue. Dans le même genre, le Pollux de Philippe Hutttenlocher, mâle et digne, prononçant un français admirable, trouve le ton juste. Ajoutons-y le panache de Cynthia Buchan en Phébé cyclothymique et de corrects seconds rôles ‘ pas toujours très compréhensibles ‘ et nous obtenons quelque chose de si rare : un ton général, qui unit rigueur et théâtralité. l.e chef y est sans doute pour quelque chose, qui s’entend comme personne à gainer 1e drame dans un corset stylistiquement correct (notes inégales, appoggiatures par au-dessus, vibratao élimé) tout en soignant la dimension tragique de l’ouvrage. Mais en passant, il néglige quelque peu la vie théâtrale de toute tragédie lyrique qui se respecte : l’acte IV souffre de mouvements qui se traînent, avec des démons pas assez furieux, réduisant la descente aux enfers à une balade de santé, tandis que les “Bruits de guerre” de l’acte initial souffrent d’une certaine boursouflure, tout comme l’enfilade de pièces conclusives à l’acte V, opulentes jusqu’à l’indigestion. Tiraillé entre ces deux pôles (la grandeur classique et une théâtralité absente) l’orchestre de l’English Bach Festival sonne parfois comme un ensemble de chambre moderne, soucieux de pointillisme et d’allégement, mais pas toujours assez ouvert aux contrastes. Le choeur, pour sa part, n’est pas d’une grande homogénéité. Et il est à peu près incompréhensible.”

Opéra International – novembre 1994 – appréciation 3 / 5

“…l’effectif orchestral ne pousse pas les chanteurs à un héroïsme vocal disproportionné. Mais, alors qu’il s’adossait à un effectif adéquat, Charles Farncombe ne s’engage que du bout des doigts. Tout y est moyennement, et tièdement, fait. Le passe-partout y est permanent. C’est un triste éloge de la neutralité dans lequel, hormis les danses ins-rumentales, rien ne mérite d’être spécifiquement distingué. Même si les chanteurs s’évertuent à une honnête élocution française, ils ne s’engagent pas davantage que leur directeur musical. De Castor, Peter Jeffes donne un reflet bien guttural et poussif, et Philippe Huttenlocher est toujours aussi essoufflé. Hormis – toujours elle – Jennifer Smith, le reste de la distribution rechigne à se plonger dans la partition, comme si elle portait malheur ! Un enregistrement intéressant pour ses danses instrumentales.”

Opéra International – juillet/août 1991

“Les interprètes vocaux semblent avoir mieux assimilé ce répertoire tout en étant davantage rompus aux règles musicales d’interprétation du XVIIIe siècle français. Certes l’accent anglais de la plupart des chanteurs pourra choquer… Jennifer Smith est une Télaïre superlative…Les Castor et Pollux de Peter Jeffes et Philippe Huttenlocher se distinguent par une présence dramatique plus évidente. Choeur et orchestre offrent de très beaux moments.”

L’Avant-Scène Opéra – décembre 1982

“Aujourd’hui, Charles Farncombe nous livre en son entier la version de 1754… Il est difficile de parler des chanteurs en les isolant d’une vision globale si cohérente et si dramatique de l’interprétation imposée par le chef et partagée par tous sans hiatus. J’appellerai en premier lieu Jennifer Smith, Philippe Huttenlocher et Peter Jeffes. Il est presque inconvenant de dire que Jennifer Smith est une Télaïre bouleversante, tant elle est davantage la façon dont l’air “Tristes apprêts” (orné avec tant de goût dans la reprise), émerge avec une lenteur désespérante de la prostration léthargique dans laquelle on s’imagine que l’héroïne est plongée, est indicible. L’idéale plasticité de la voix de Jennifer Smith, qui se déploie avec la dignité d’une douleur sans larmes, comme drapée dans un deuil stoïcien, ne l’est pas moins. Il faudrait citer maints autres moments de cette incarnation qui atteint au sublime. Après un début qui déçoit légèrement, Philippe Huttenlocher rejoint Jennifer Smith dans l’excellence par la stature noble qu’il confère à Pollux, très imposant dans l’air “Ma voix, puissant maître du monde”. On ne peut rêver de Castor mieux typé vocalement que celui de Peter Jeffes. Il égale sans peine et avec plus de distinction peut-être dans le ton (admirable “Séjour de l’éternelle paix”)’ le Castor de Z. Vandersteene de la version Harnoncourt. Ses retrouvailles avec Télaïre au Ve acte comptent parmi les moments les plus ineffables de cet enregistrement. 

Un peu ingrate au premier abord, la voix de Cynthia Buchan en Phébé s’identifie avec bonheur à ce personnage maléfique et jaloux, en dépit d’un accent qui n’est pas sans défaut. Je mentionnerai encore le majestueux (quoiqu’un peu caverneux) Jupiter de Lawrence Wallington et la fraîche et sensible Cléone de Judith Rees. Mais tous les solistes méritent un tribut d’éloges. Non seulement la hiérarchie des voix correspond selon leurs ressources et leur couleur à la hiérarchie des rôles, mais, je le répète, nous n’entendons pas des marionnettes qui simulent vocalement une action à la-uelle elles font semblant de croire, mais des chanteurs qui vivent un drame à travers la musique, complètement affranchis qu’ils sont des problèmes techniques et stylistiques qu’elle pose, au niveau de l’ornementation surtout. Je n’ai rien dit des English Bach Festival Singers. Ce choeur possède dans ses interventions si importantes l’éloquence d’un personnage, qu’il soit légion de belliqueux Spartiates, horde de démons furieux ou nuée d’ombres élyséennes.”