La Verita in Cimento

COMPOSITEUR Antonio VIVALDI
LIBRETTISTE Giovanni Palazzi
ENREGISTREMENT ÉDITION DIRECTION ÉDITEUR NOMBRE LANGUE FICHE DÉTAILLÉE
2002 2003 Jean-Christophe Spinosi Opus 111/Naïve 2 italien
2002 2007 Jean-Christophe Spinosi Naïve 1 (extraits) italien

Opéra (RV 739) créé au Teatro Sant’Angelo, à Venise, le 27 octobre 1720 (peut-être le 12).
La distribution réunissait le ténor Antonio Barbieri (Mamoud), engagé par Vivaldi pour La Candace, jouée à Mantoue, durant le carnaval 1720, et qui devint l’un des meilleurs ténors de son temps, la soprano Chiara Orlandi (Rustena), dite la Mantovanina, engagée par Vivaldi en 1717 dans Tieterberga, la contralto Antonia Margherita Merighi (Damira), la soprano Anna Maria Strada (Roxane) qui connut sa gloire à Londres dans les opéras de Haendel, le castrat Girolamo Albertini (Selim), et la contralto Antonia Laurenti, surnommée la Coralli, dans le rôle travesti de Melindo.
En décembre de la même année, Benedetto Marcello publia Il teatro alla moda, satire du monde de l’opéra, dans laquelle sont cités Vivaldi (sous le nom d’Aldiviva), et son librettiste Palazzi (Palazzo), ainsi que les cantatrices Chiara Orlandi (Orlando), Anna Maria Strada (Strada) et Antonia Laurenti (Corallo).
On dispose de plusieurs sources qui indiquent que Vivaldi modifia plusieurs fois la partition : une version autographe, dite de travail, figurant dans le manuscrit de Turin, un premier livret imprimé, conservé à la Bibliothèque du Civico Museo de Bologne, et qui prend en compte des modifications demandées par les chanteurs, et deux autres livrets imprimés, conservés à la Bibiothèque de l’Accademia dei Concordi de Rovigo.
Pour la première fois, Vivaldi est cité avec le titre de Maestro di Capella di Camera di S.A. il Sig. Principe Filippo Langravio d’Assia Darmstadt, titre qu’il utilisera régulièrement.
Des airs de La Verita in cimento furent utilisés dans un pasticcio anonyme, dénommé La Ninfa infelice e fortunata, qui pourrait être attribué à Vivaldi lui-même.

« La Verità in cimento, créée au Teatro S. Angelo de Venise à l’automne 1720, marque l’apogée des opéras de jeunesse de Vivaldi. Placée sous le double signe de la reconquête et du scandale, cette truculente turquerie fut conçue par son auteur comme le fer de lance de sa reprise en main des scènes de Venise après trois longues années d’absence. Fort de ses dix années d’expérience dans le monde de l’opéra, Vivaldi avait su réunir pour l’occasion tous les ingrédients du succès, tant dans le choix du livret et des chanteurs, que dans l’élaboration de sa partition. Exigeante pour l’orchestre, dominée par les cordes mais renforcée au gré des airs par une série d’instruments solistes classiques (trompettes et hautbois) ou plus insolites (cor de chasse, flautino, flauto grosso), cette œuvre de transition affirme ainsi dans des airs avec da capo d’une grande beauté, alternant virtuosité et pathétisme. Cet équilibre remarquable culmine dans le trio Aure placide e serene, mêlant les voix de Roxane, Melindo et Zelim à l’évocation orchestrale de la brise, des feuillages et de l’onde, ainsi que dans l’exceptionnel quintette Anima mia, mio ben, l’orchestre et les voix rivalisent d’inventivité pour porter à son acmé la tension dramatique.
Opéra de jeunesse admirable tant par sa qualité musicale et théâtrale que par son importance historique, La Verità in cimento bénéficiera grâce à l’Ensemble Matheus et à l’Arcal de sa première représentation contemporaine. A ce jour, la lente exhumation des opéras de Vivaldi n’a en effet donné lieu qu’à deux adaptations libres de l’œuvre, abrégée et traduite en allemand sous le titre Die Teuer erkaufte Wahrheit puis en polonais sous le titre Prawde Rozebrawsky Nago. (Présentation de la représentation à l’Opéra de Massy » – Frédéric Delaméa, musicologue – novembre 2000).

« Treizième opéra de Vivaldi, La verità in cimento fut créé à Venise le 27 octobre 1720 au Teatro Sant’Angelo, une scène relativement mineure de la cité des Doges. En effet le compositeur, après trois années passées à Mantoue, était tombé en défaveur, et les portes de théâtres plus prestigieux, comme le San Giovanni Crisostomo, lui restaient fermées.
Vivaldi fondait beaucoup d’espoirs en cette création pour reconquérir Venise. Il avait soigneusement choisi le livret, composé une partition à l’or-chestration riche (cordes, trompettes, hautbois, cor de chasse, flautino, flauto grosso) et alternant des airs virtuoses et pathétiques. Enfin la distribution réunissait des chanteurs précédemment engagés par lui, dont le ténor Antonio Barbieri, [‘un des meilleurs de son temps, et la soprano Anna Maria Strada qui deviendra célèbre à Londres dans les opéras de Haendel.
L’intrigue se situe en Orient. Le mariage arrangé de Roxane, princesse héritière de Joghe, et de Melindo, que l’on croit être le fils légitime de Mamoud, grand sultan de Cambaja, et de sa femme Rustena, doit mettre fin à de longues guerres entre les sulta-nats de leurs pères respectifs. Mais Melindo a été échangé à sa naissance avec Selim, son demi-frère, que l’on croit fils naturel de la favorite Damira ! » (Répertoire – juillet/août 2003)

« Un huis-clos oriental – Première surprise, et non des moindres : le livret se révèle d’une excellente qualité. Pour cette production qui devait marquer son retour sur la scène vénitienne après trois ans d’absence, il semble bien que Vivaldi ait pu choisir ses chanteurs – il s’est fait plaisir, privilégiant les voix naturelles et féminines, même si le castrat de service se voit attribuer le rôle clé de l’intrigue (Zelim) -, ainsi que son librettiste, Giovanni Palazzi, jeune auteur peu connu, mais remarquablement doué. Ce choix audacieux révèle à la fois l’indépendance artistique et l’intelligence dramatique du compositeur, une intelligence encore largement mésestimée, contrairement à ses talents d’orchestrateur ou son sens du rythme et de la couleur. Pour sceller la réconciliation de deux sultanats rivaux, Roxane, héritière du sultanat de Joghe, doit épouser Melindo, fils de Mamoud, sultan de Cambaja. Toutefois, celui-ci, pris de remords et mu par l’intérêt supérieur de l’état, décide de révéler la substitution qui fut opérée à la naissance entre ses deux fils, nés de son épouse, la sultane Rustena, et de sa favorite, Damira. Zelim est le fils de Rustena et donc l’héritier légitime du trône, mais il passe pour celui de Damira, dont le fils est en réalité Melindo qui passe pour celui de la sultane. Au moment où le rideau se lève, Mamoud vient de révéler à Damira son intention de rétablir la vérité. Il va sans dire que l’intrigante ne l’entend pas de cette oreille. Assoiffée de pouvoir, retorse et férocement déterminée, cette nouvelle Agrippine est prête à tout. Ombrageux et caractériel, Melindo est sans nul doute son vrai fils et tout l’oppose au doux et pur Zelim, champion de l’abnégation qui renoncera à Roxane par amour pour la belle et pour son frère, offrant au drame un lieto fine inattendu, mais finalement moins artificiel que bien des dénouements d’opéra. Rustena est la bonté même, candide et docile jouet de sa rivale, tandis que Mamoud campe la figure peut-être la plus complexe de l’opéra : torturé par sa conscience, déchiré entre ses fils et leurs mères, noble et touchant dans sa faiblesse, il finit par se faire violence et impose un chantage cruel à sa favorite. (Forum Opéra)

« La Verità in Cimento, créée au Teatro S. Angelo de Venise à l’automne 1720, marque l’apogée des opéras de jeunesse de Vivaldi. Œuvre riche et novatrice, elle incarne l’idéal musical et dramatique du compositeur, à mi-chemin entre ses audacieux premiers essais vénitiens des années 1710 et les chefs d’œuvres de la haute maturité des années 1730.
Placée sous le double signe de la reconquête et du scandale, cette truculente turquerie fut conçue par son auteur comme le fer de lance de sa reprise en main des scènes de Venise après trois longues années d’absence. Fort des ses dix années d’expérience dans le monde de l’opéra, Vivaldi avait su réunir pour l’occasion tous les ingrédients du succès, tant dans le choix du livret et des chanteurs, que dans l’élaboration de sa partition.
En s’associant pour la seconde fois avec le talent du jeune librettiste vénitien Giovanni Palazzi, le compositeur réaffirmait tout d’abord son aspiration à la liberté face aux modèles dramatiques de référence. Le Livret de la Verità in Cimento, tranchant avec la thématique sévère défendue par les théâtres patriciens, offrait en effet un savoureux mélange de drame et d’humour, habilement animé par trois personnages principaux à la psychologie finement dessinée. En situant dans un pittoresque Orient de convention, à l’exotisme délibérément artificiel, une intrigue d’inspiration cornélienne revue à la mode vénitienne, le dramma per musica de Palazzi, original et séducteur, renouvelait avec une incontestable subtilité une langue dramatique en voie d’essoufflement.
La prestigieuse distribution réunie pour soutenir cette œuvre audacieuse témoignait également de la ferme volonté de réussite affichée par Vivaldi. Il engageait à la fois le brillant ténor Antonio Barbieri., récemment découvert à Mantoue, la jeune étoile montante Anna-Maria Strada, future égérie de Haendel, et deux des plus illustres contraltos. » (Théâtre on line)


Synopsis détaillé
Pour mettre fin à une longue rivalité politique. Roxane, héritière du sultanat de Joghe, doit épouser Melindo, fils de Mamoud, sultan de Cambaja. Afin de ne pas compromettre la réussite de ce projet, Mamoud s’est décidé à révéler qu’une substitution fut opérée à leur naissance entre ses deux fils, nés de la sultane Rustena et de sa favorite Damira. Melindo, qui passe pour l’héritier légitime, n’est en effet qu’un bâtard de la favorite Damira, tandis que Selim, élevé comme le fils de celle-ci, est en réalité le fils de Rustena.

Acte I
Endroit écarté du palais royal qui donne sur plusieurs appartements
(1) Le Sultan Mamoud annonce à Damira sa décision de mettre un terme à cette mystification en proclamant la vérité. Damira, furieuse de voir le trône sur le point d’échapper à Melindo, résiste et menace le sultan. Celui-ci reste inflexible, exprimant à la fois son déchirement et sa résolution. (2) Selim, épris de Roxane, vient d’apprendre le prochain manage de sa bien-aimée avec Melindo. Il supplie Damira, qu’il prend toujours pour sa mère, d’intercéder en sa faveur auprès du Sultan. Damira, avec une parfaite duplicité, feint de le consoler. (3) La Sultane Rustena se réjouit avec Melindo et Roxane de leur prochaine union tanais que Selim esprime sa souffrance, Roxane, toute à sa joie nouvelle, l’éconduit sans ménagement. (4) Roxane s’éloigne, laissant Rustena savourer le bonheur de son fils tout en essayant de s’assurer la neutralité de Selim. (5) Après le départ de la SultAne, les deux frères rivaux se retrouvent face à face. Le mépris affiché par Melindo ne parvient cependant pas à entamer l’amour fraternel que Selim exprime avec use poignante sincérité. (6) Demeuré seul, Melindo se persuade que les protestations d’amour fraternel déguisent mal la jalousie de Selim. Il laisse alors libre cours à sa rancoeur.
Chambre privée du sultan
(7) Mamoud, toujours en proie au remords, se lamente de ne pouvoir partager son sceptre comme il a partagé son amour entre ses deux fils. Damira survient à cet instant, et intercède a nouveau en faveur de Melindo. Sur le point de céder, Mamoud se reprend subitement, et repousse Damira avec force. Celie-ci, bien décidée à déjouer les plans du Sultan, met alors en place son stratagème. (8) Après avoir mis en confiance Rustena, elle l’assure que par sa prétendue révélation, Mamoud a trahi une nouvelle fois. (9) Restée seule, Rustena pleure son triste sort de femme trahie.
Dans un jardin de cédratiers
(10) Roxane, Selim et Melindo expriment sur le mode bucolique leurs sentiments contrastés. Roxane tente ensuite de se justifier auprès de Selim qui laisse percer son désespoir en refusant ses explications. (11) Melindo, furieux de la compassion de Recase pour Selim, laisse éclater sa jalousie. (12) Roxane. demeurée seule, revendique son droit à la frivolité.

Acte II
(1) Mamoud, qui a révélé à Roxane la substitution de ses deux fils à la naissance, l’invite à oublier Melindo en faveur de Selim, au nom de la raison d’Etat. (2) Se piant aux arguments du Sultan, Roxane annonce à Melindo, qu’à son coeur défendant, elle se doit d’aimer Selim et lui adresse un adieu plein d’ambiguïté.
(3) Selim, apprenant qu’il est l’héritier du sultanat, assure chacun que cet événement n’affectera en rien ses sentiments filiaux et fraternels. Rustena, refusant de croire en la substitution, lui dénie cependant le droit de l’appeler sa mère. (4) Selim ici adresse alors une émouvante déclaration d’amour filial. (5) Rustena tente de réconforter Melindo, lui promettant qu’avec l’aide de Damira, elle déjouera les plans de Mamoud et que Roxane lui reviendra. (6) Les deux femmes parties, Melindo cède au désespoir, et blâme l’inconstance de sa bien aimée.
Salle royale avec deux trônes
(7) Mamoud, assis aux côtés de Selim, présente publiquement celui-ci comme son héritier et dénonce à cette occasion son antique forfait. Rustena surgit alors, et s’adressant directement au peuple, l’invite à ne pas se laisser abuser. A son tour l’habile Damira s’adresse pathétiquement au Sultan, louant sa bonté et son amour mais le suppliant de renoncer à son projet afin de lui conserver son fils. Comprenant la rase de sa favorite, Mamoud s’emporte avec virulence contre la perfide, dénonçant la manière insidieuse dont elle tente de masquer la vérité. (8) Roxane et Selim expriment leur incompréhension lorsque survient Melindo qui, s’adressant tour à tour à Mamoud, à Selim et à Roxane, jure de se venger du premier, menace le second et accable de reproches la troisième. Roxane conjurant le Sultan de la fixer sur son sort, redit son amour à Melindo. (9) Mamoud furieux continue de défendre la vérité mais Selim, assailli d’affirmations contradictoires, exprime son trouble et choisit de renoncer au trône. Chacun lui désigne sa mère, Damira pour les uns, Rustena pour les autres, tandis que le Sultan fulmine, dans la plus complète des confusions.

Acte III
Cabinet royal
(1) Selim exprime son incrédulité et Melindo sa rancoeur. Tous deux sont rappelés à l’ordre par Mamoud, qui promet d’offrir lu preuve irréfutable de lu légitimité de Selim. Ce dernier demeure cependant partagé entre doute et espoir. (2) Selim parti, Melindo accuse son père de cruauté et d’injustice, et jure qu’il secouera le joug de sa tyrannie. (3) Mumoud décidé à faire fléchir Damira, lui demande de signer l’aveu de la substitution des enfants. La favorite refuse, préférant mourir plutôt que signer. Mamoud exhibe alors un acte de condamnation à mort de Melindo pour lèse-majesté, et menace Damira de signer cette condamnation si elle persiste. L’opportuniste intrigante choisit alors de temporiser et signe ses aveux. Mamoud, satisfait proclame la légitimité de son acte. (4) Le Sultan parti, Rustena rejoint Damira. La favorite prépare la sultane à la riposte et lui enseigne l’art de la feinte amoureuse. (5) Restée seule, Rustena réalise qu’elle ne sera plus rien si elle perd son fils, son époux et son trône et pleure à nouveau son infortune.
Vestibule du temple
(6) Melindo, ivre de jalousie après la confirmatIon du prochain mariage de Roxane et de Selim, menace violemment son demi-frère et perd la raison. Roxane tente en vain de s’interposer entre eux. (7) Le malheureux s’enfuit, laissant Selim et Roxane seuls. Roxane suggère alors à l’héritier légitime de faire le bonheur des deux amants séparés en renonçant à l’épouser. Selim s’y résout et la Princesse laisse éclater une joie pudique. (8) Selim demeure seul et affronte avec noblesse la douleur que suscite son renoncement.
Temple ouvert
(9) Mamoud demande à Rustena d’étreindre son fils Selim et de croire en la parole de son époux. Damira s’interpose et, évoquant le feuillet qu’elle a dû signer, parle d’un aveu extorqué par un tyran. Rustena, incapable de départager les adversaires, les supplie de mettre fin à ses tourments. Selim, dans un ultime élan de générosité, décide alors d’abandonner à Melindo la couronne de Joghe et de ne conserver que celle de Cambaja. Damira cède devant cette proposition qui concilie son ambition et la vérité. Tous les protagonistes réunis acclament alors le retour du bonheur après tant de tourments.

(livret Opus 111)


Représentations :

Garsington Manor – Grande Bretagne – 20, 23, 25, 29 juin, 1er, 4 juillet 2011 – dir. Laurence Cummings – mise en scène David Freeman – décors, costumes Duncan Hayler – lumières Bruno Poet – avec Ida Falk Winland (Rosane), Diana Montague (Damira), Jean Rigby (Rustena), Yaniv d’Or (Melindo), James Laing (Zelim), Paul Nilon (Sultan) – première nationale



Brest – Le Quartz – 11 et 12 janvier 2002 – Nanterre – Maison de la Musique – 18 et 19 janvier 2002 – Maisons-Alfort – Théâtre Claude Debussy – 22 janvier 2002 – Clamart – Centre culturel Jean Arp – 26 janvier 2002 – Pontoise – Théâtre des Louvrais – 1er, 2 février 2002 – Opéra de Massy – 8 février 2002 – Sartrouville – Théâtre – 14 février 2002 – Villeparisis – Centre culturel Jacques Prévert – 17 février 2002 – Saint-Brieuc – La Passerelle – 24 février 2002 – Rennes – Opéra – 26, 27 février 2002 – Tours – Grand Théâtre – 2, 3 mars 2002 – Quimper – Théâtre de Cornouailles – 5 mars 2002 – Reims – Grand Théâtre – 8 mars 2002 – Paris – Salle Gaveau – 18 mars 2002 – version de concert – Villejuif – Théâtre Romain Rolland – 22 mars 2002 – Vichy – Opéra – 26 mars 2002 – Opéra de Nantes 13 et 14 avril 2002 – Bologne – 21 avril 2002 – Ensemble Matheus – dir. Jean-Christophe Spinosi – mise en scène Christian Gangneron – décors Thierry Leproust – costumes Claude Masson – éclairage Marion Hewlett – avec Hervé Lamy, ténor (Mamoud), Sylvia Marini-Vadimova, contralto (Damira), Philippe Jaroussky, contre-ténor (Selim), Marie Kobayaschi mezzo-soprano (Rustena), Noriko Urata, soprano (Roxane), Robert Expert contre-ténor (Melindo)

Concertclassic – 19 janvier 2002 – Dossier autour de La Verita in Cimento de Vivaldi – Vivaldi : roi de l’opéra baroque – Jean-Christophe Spinosi : rencontre avec un jeune chef d’orchestre passionnément vivaldien – La critique du spectacle, Nanterre, maison de la musique – 19 janvier 2002 : Un Vivaldi exemplaire.
Théâtre online – présentation

« Créée en 1720, cette œuvre riche et novatrice incarne l’idéal musical et dramatique de Vivaldi. Il a su réunir dans celle-ci tous les ingrédients du succès, tant par le choix du livret et des chanteurs, que dans l’élaboration des partitions. Tombé dans l’oubli après sa création, La Verità in Cimento bénéficiera, grâce à l’Ensemble Matheus et à l’Arcal, de sa première représentation contemporaine. Pour cette occasion, l’équipe jouera l’œuvre non comme une farce turque mais comme une véritable comédie située dans les années 50, dans le milieu des stars de cette époque. Un parallèle peut être également fait avec les comédies du cinéma italien d’après-guerre. »

Le Monde – 15 janvier 2002 – Quartz – Brest – 11 et 12 janvier 2002

« Sombre affaire de famille à la cour du sultan Mamoud – Cette Vérité à l’épreuve est aussi une épreuve de vérité dont la musique sort lavée des soupçons de facilités et d’obsolescence. Quelle invention ! tant dans l’écriture vivante des airs et récitatifs que dans une conception dramaturgique…Difficile de résister à une telle conjonction dynamque et expressive, d’autant que Jean-Christophe Spinosi peaufine chaque note, chaque trait, animant tel rythme jusqu’au démoniaque, retenant la caresse lascive d’une harmonie.Les beaux décors de Thierry Leproust, les toilettes raffinées et glamour de Claude Masson, les lumières de Marion Hewlett sont à la mesure de la mise en scène sensible et pleine d’humour de Christian Gangneron…Si la piquante Damira de Sylvia Marini-Vadimova, un rien étriquée, se tire avec honneur des chausse-trapes virtuoses, le timbre rond de Marie Kobayaschi convient à la stupeur naïve de la sultane Rustena…La Roxane de Noriko Urata…au timbre sensuel, à la technique déliée…La voix angélique de l’exquis Philippe Jaroussky…Distribution convaincante, scénographie inspirée, chef volcanique… »

Opéra International – mars 2002 – Théâtre Claude Debussy – Maisons Alfort – 22 janvier 2002


« La mise en scène de Christian Gangneron propose une transposition particulièrement pertinente de l’action dans une jet society tiraillée entre la frivolité des apparences et la granvité de la réalité du pouvoir. De la distribution, un peu sage, on retiendra d’une part la franchise et la clarté d’émission de la soprano Noriko Urata…la prestation du sopraniste Philippe Jaroussky est, une fois de plus, à souligner…la musicalité est idéale, le style est finement maîtrisé, la ligne est soutenue et le chant est expressif…Jean-Christophe Spinosi et son ensemble Matheus offrent un accompagnement virtuose, énergique etx aux nuances subtiles. »

Le Monde de la Musique – avril 2002 – Opéra de Massy – 8 février 2002

La Verita in Cimento à l'Opéra de Massy
« La distribution gagne haut la main le pari de la virtuosité. Le vaillant Hervé Lamy campe un Momoud débonnaire, Sylvia Marini-Vadimova joue l’intrigante à la perfection…Robert Expert surmonte bien les difficultés de ses airs, tandis que dans le même registre de contre-ténor, la voix angélique de Philippe Jaroussky rend à la perfection le caractère naïf de son rôle. La débutante Noriko Urata, qui triomphe dans le rôle ambigu de Roxana, est une révélation avec sa voix aux couleurs cristallines. Dans la fosse Jean-Christophe Spinosi saisit la partition avec audace… »

Diapason – avril 2002 – Opéra de Massy – 8 février 2002

« La mise en scène de Christian Gangneron…autorise aux chanteurs un jeu fluide, serré, un jeu de théâtre…rapproche l’action du public et magnifie la voix…La troupe ne compte qu’une actrice véritable : la mezzo-soprano Sylvia Marini ; et un seul chanteur exceptionnel : le tout jeune falsettiste Philippe Jaroussky, encore fragile pour l’opéra, mais sobre, assuré, doté d’un timbre exquis, d’une bonne technique, et surtout d’une vertu irremplaçable – le cantabile…Le chef déborde de vitalité…l’essentiel est manifeste : la force du jeu d’ensemble, la palpitation ininterrompue du drame, le choix des couleurs, la réalité des passions et surtout l’amour d’une partition qui surprend à chaque scène. »

la critique de Suzanne GiraudOpéra de Massy – 8 février 2002

« Hier soir, l’opéra-théâtre de Massy proposait, sous la direction de Jean-Christophe Spinosi et dans une mise en scène de Christian Gangneron, La Verità in Cimento, opera seria d’Antonio Vivaldi.
La Verità in Cimento, treizième opéra de Vivaldi fut créé à l’automne 1720 au théâtre S. Angelo de Venise. A cette époque, Vivaldi était tombé quelque peu en défaveur. Pour des raisons à nous encore inconnues, il avait accepté un poste à Mantoue et y avait résidé pendant deux ans. Revenu dans sa Venise natale, Vivaldi s’était fait fort critiquer, entre autres par le compositeur amateur Benedetto Marcello, pour ses attitudes novatrices et par trop indépendantes, esthétiquement, aux yeux des patriciens. Même si aucune production importante de Vivaldi ne s’était fait entendre à Venise depuis 1717, les portes des grands théâtres comme celles du S. Giovanni Grisostomo lui restèrent fermées.
Le livret du jeune poète Giovanni Palazzi repose sur un ressort à rebondissements quasiment inépuisable: deux bébés nés le même jour, tous deux fils du même sultan, ont été échangés à la naissance. Bien sûr, l’un a pour mère la sultane et l’autre, la favorite de Mamoud, qui fut un instant sa préférée et aux insistances de laquelle il céda pour que son fils pût accéder au trône. L’histoire se complique avec l’obligation pour la jeune Roxane, héritière du sultanat rival d’à côté, d’épouser l’héritier du trône de Mamoud, alors qu’elle semble être amoureuse de celui des deux fils qui serait exlcu de la succession.
A chaque récitatif son coup de théâtre, à chaque aria da capo l’état d’âme inverse du précédent, consécutif au revirement provoqué. Christian Gangneron a choisi de camper les six personnages – le sultan, les deux fils, les deux mères et la fille-du-sultan-d’à-côté- dans un décor géométrique à pans de couleurs vives, assortis à la fameuse robe Mondrian qu’Yves Saint-Laurent créa au début des années soixante et dévolue à la future jeune sultane. Dans le fond de la scène, deux persiennes s’ouvrent et se ferment à volonté, pour laisser voir, au début de chaque acte, des extraits de film en noir et blanc et, le reste du temps, des créations video alternant avec des effets de transparence et d’ombres chinoises. Cet hommage rendu au grand couturier – et à Mondrian – semble assez bien venu car réussi esthétiquement et ayant pour effet de rapprocher l’action du spectateur, notamment lorsque Mamoud se met à dicter ses ordres dans un téléphone blanc et que la favorite renforce ses menaces en brandissant un revolver qui circule ensuite de personnage en personnage jusqu’à ce qu’en parte un coup vers le plafond.
L’Ensemble Matheus, sur instruments – ou copies d’- anciens restitue à ravir par la légèreté, la finesse et la vivacité de ses dynamiques le monde de l’esthétique vénitienne. Son chef, Jean-Christophe Spinosi, entraîne ses musiciens en un ballet ondoyant au gré d’une accentuation rhétorique, en petites touches mordantes. Une merveille est de voir comment les musiciens du continuo se renvoient les accords comme en un jeu de ping-pong et en variant les modes d’attaque -les contrebasses passent en pizzicati étonnamment rapides à plusieurs reprises.
La vedette de ce spectacle est incontestablement le jeune sopraniste – annoncé comme contre-ténor – Philippe Jaroussky. Naturellement doué et à l’aise, même si l’on sait qu’il a beaucoup travaillé, il enchante instantanément par une grâce surnaturelle ceux qui pourraient se montrer les plus rétifs à ce type de voix. Et qu’il n’ait obtenu un premier prix au CNR de Paris qu’en juin dernier ne laisse pas d’augmenter l’admiration, voire l’adoration, que l’on éprouve pour ce tout jeune prodige.
La jeune future sultane, la soprano Noriko Urata, présente elle aussi des qualités vocales appréciables: timbre fruité et soutenu sur toute la tessiture, souplesse, bonne technique. Le ténor Hervé Lamy n’est plus un inconnu du public de la musique baroque. Son sultan Mamoud, bien maîtrisé en général, a connu cette fois-ci, cependant quelques défaillances, en fin de phrases, dans les vocalises. Dommage!
Marie Kobayashi en sultane, Silvia Marini en favorite, Robert Expert en deuxième-fils-en réalité-le-premier, ont assuré leurs rôles avec leurs mérites respectifs et, au total, on peut dire que la production tient la route. Même si le miracle Jaroussky éclipse un petit peu tout le reste. On notera que Vivaldi a campé toutes les tessitures dans le medium-aigu. Point de baryton ni de basse dans sa distribution. Associé aux timbres aériens du théorbe, de la guitare baroque à dix cordes, du clavecin et des cordes jouées à l’ancienne- avec la main haut sur l’archet-, l’ensemble sonne agréablement nerveux et aérien, tout en dentelles délicates. »

Forum Opéra – Tours – 2 mars 2002

« Le livret de Giovanni Palazzi, sur fond de crise familiale, balance en permanence entre le tragique et le comique et renferme de nombreuses pointes d’humour et d’ironie. L’intrigue, compliquée au possible, repose sur une sombre affaire de substitution d’enfants. Le sultan de Cambaja, alias Mamoud, a deux enfants : l’un Melindo, fils de Rustena, femme légitime du sultan, l’autre Selim, fils de la favorite Damira. Melindo, demi-frère de Selim, est donc l’héritier légitime (jusqu’ici, ça va à peu près). Le sixième personnage, Roxane, est l’héritier du sultanat de Joghe, ennemi héréditaire de Cambaja, et son mariage avec Melindo doit assurer la paix entre les deux pays. Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes orientaux si notre Mamoud en question ne décidait pas, juste avant le mariage, de révéler une vérité terrible: Melindo est en fait le fils de Damira et Selim, le fils de Rustena. On imagine le froid jeté dans le noyau familial et la grande pagaille qui va s’en suivre. Damira, l’intrigante, qui a eu l’idée de la substitution, met en doute la vérité de Mamoud pour défendre les intérêts de son fils naturel (à savoir Melindo) et favoriser sa montée sur le trône. Rustena, la gourde de l’histoire, gobe tout ce que lui raconte Damira et soutient Melindo qu’elle croit toujours son fils (vous suivez toujours ?) La pauvre Roxane, venue épouser Melindo qu’elle aime, doit désormais s’unir à Selim (en fait, c’est plus compliqué mais ayant pitié de vous, je ne vais pas rentrer dans les détails). La vérité de Mamoud est mise en doute (d’où le titre de l’opéra :la vérité à l’épreuve) et par là même son autorité. La résolution du problème sera apportée par Selim, le véritable personnage seria de l’opéra : par sa grandeur d’âme et son désintérêt, il met fin aux conflits en proposant de partager le pouvoir avec Melindo qui épousera par la même occasion Roxane (ouf ! on a in extremis le lieto fine, en fait ce sont les jeunes qui donnent des leçons de sagesse aux vieux).
En réfléchissant bien (dur dur après tout ça), cette histoire très moderne aurait pu servir de sujet à un épisode de « Dallas » ou faire la première page d’un journal à scandale quelconque avec un gros titre du genre « Du jamais vu chez les Grimaldi ou les Windsor ». Christian Gangneron, dont la mise en scène est le premier atout de cette production, a justement opté pour une transposition de l’intrigue à notre époque. Il élimine le cadre oriental, sans intérêt, et décrit un clan de la jet-society qui pourrait s’apparenter à quelques familles royales que nous connaissons bien (d’ailleurs, je trouve, à bien des égards, qu’il y a de fortes ressemblances avec la production d’Agrippina revue et corrigée par David MacVicar à la Monnaie de Bruxelles.)
Les décors sobres de Thierry Leproust s’accordent parfaitement aux costumes élégants et stylés de Claude Masson. Une projection d’images et de films sur un écran permet d’insister sur les moments clés de l’opéra : foule en liesse des sujets de Mamoud lorsque celui-ci dévoile publiquement sa vérité, détails sur les gros titres de différents journaux suite à la révélation de cette vérité… Bref, l’idée fonctionne et emporte l’adhésion des spectateurs.
Le deuxième atout de cette Verita in cimento est la direction de Jean-Christophe Spinosi, méticuleuse, soignée, nuancée, rapide. Sous sa baguette, chaque instrument s’exprime avec clarté, la musique endiablée de Vivaldi donne incroyablement vie aux différents personnages et fait bouillonner leurs sentiments, du désespoir à la colère en passant par la tendresse. Des six personnages présents sur le plateau, c’est surtout le Selim de Philippe Jaroussky, à la voix cristalline, angélique et séduisante, qui domine ainsi que la Roxane de Noriko Urata, soprano léger qui affronte alertement les airs vocalisants de son rôle. Le reste de la distribution marquera moins l’esprit, des deux mezzos un peu décevantes (Sylvia Marini-Vadimova était cependant annoncée souffrante vendredi soir), au ténor routinier en passant par le contre-ténor Robert Expert au timbre nettement moins plaisant que celui de son « demi-frère ». Ce spectacle laissera cependant un excellent souvenir, laissant peut-être espérer dans un proche avenir une Vivaldi renaissance. »