L’Olimpiade

COMPOSITEUR Antonio VIVALDI
LIBRETTISTE Pietro Metastasio
ENREGISTREMENT ÉDITION DIRECTION EDITEUR NOMBRE LANGUE FICHE DÉTAILLÉE
1990 2004 René Clemencic Nuova Era 2 italien
1990 2006 René Clemencic Nuova Era 2 italien
1978 1978 Ferenc Szekeres Hungaroton 3 (LP) italien
1978 2002 Ferenc Szekeres Hungaroton 1 italien
2002 2002 Rinaldo Alessandrini Opus 111 3 italien
2002 2007 Rinaldo Alessandrini Naïve 1 (extraits) italien

Opéra (RV 725) créé au théâtre Sant’Angelo de Venise, le 17 février 1734. Première reprise à l’époque moderne le 19 septembre 1939, lors des Semaines musicales siennoises, par Alfredo Casella, dans une révision de Virgilio Mortari. L’Olimpiade fut créé à Venise en 1734, au Teatro Sant’Angelo, sur un livret du grand poète Métastase, d’après Hérodote. Il connaît un succès aussi retentissant qu’immédiat. L’intrigue se situe sur les Champs Elysées, près de la ville d’Olympie, en Grèce. Clistene, roi de Sicyone promet sa fille, Aristea, en mariage au vainqueur des Jeux Olympiques. Le supposé prince crétois Licida, épris d’Aristea demande à son meilleur ami, l’athlète Megacle, de concourir en son nom, sûr de sa victoire. Aimé en secret d’Aristea, Megacle ignore le prix du concours, accepte et remporte les jeux. Sacrifiant son amour, le jeune héros raconte le subterfuge à Aristea et décide de la quitter à jamais. Après moult rebondissements dramatiques, Licida est pardonné et Aristea convole en justes noces avec Megacle. Nous nous trouvons devant l’une des plus belles compositions de Vivaldi. L’écriture musicale, constamment renouvelée, sait tirer parti, avec bonheur, de la grande variété des situations dramatiques. Les arias liées aux affetti de l’âme des différents personnages sont superbes, merveilleusement mises en musique dans un style mélodique extrêmement riche et foisonnant de couleurs. (Festival de Beaune 2002) Personnages : Clistene (Clysthène), roi de Sicyone ; Aristeo (Aristée), sa fille, éprise de Mégaclès ; Argene, (Argène), dame crétoise déguisée en bergère sous le nom de Lycoris, éprise de Lycidas ; Licida (Lycidas), fils supposé du roi de Crète, épris d’Argène ; Megacle (mégaclès), ami de Lycidas ; Aminta (Aminthe), précepteur de Lycidas ; Alcandro (Alcandre), confident de Clysthène

Synopsis détaillé

L’action se déroule dans la campagne d’Elide, près de la ville d’Olympie, le jour des Jeux. Elle réunit d’un côté Megacle (soprano), noble athlète athénien épris d’Aristea (contralto), mais séparé d’elle par décision de Clistene (baryton), tyran de Sycione et père de la jeune femme ; de l’autre Licida (contralto), fils du Roi de Crète, ami intime de Megacle et amant d’Argene (mezzo-soprano) dont il a également été séparé par décision paternelle. Les Olympiades sont placées sous l’égide de Clistene qui arrive accompagné d’Aristea, qu’il a promise au vainqueur des Jeux et de son fidèle confident Alcandro (basse) qu’il a autrefois chargé d’abandonner aux flots le jumeau d’Aristea, prénommé Filindo, après que l’oracle de Delphes eut prédit que ce dernier commettrait un jour un parricide.Le premier acte débute alors que Licida, arrivé à Olympie avec son serviteur Aminta (soprano), vient de s’éprendre de la Princesse Aristea, oubliant les promesses faites à Argene. Il ignore qu’Argene a trouvé refuge à Olympie où elle vit déguisée en bergère sous le nom de Licori, et il est décidé à conquérir Aristea en faisant concourir à sa place son ami Megacle, qu’il a fait appeler de Crète.

Acte I

Une étroite et sombre vallée, ombragée sur les hauteurs par de grands arbres, qui parviennent à relier les branches entre l’un et l’autre col, qui la referment (1) Licida se plaint à Aminta que Megacle l’abandonne, et qu’il ne soit pas là à temps. pour concourir aux jeux pour conquérir Aristea. Il fait part de son intention de s’inscrire lui-même, et avoue ne plus penser à Argene. (2) Megacle arrive, et Licida lui demande de concourir sous son nom, sans connaître l’amour qui unit Megacle et Aristea. Megacle accepte avec empressement, ignorant que sa bien-aimée est l’enjeu des épreuves. Il part aussitôt s’inscrire, après avoir proclamé sa fierté de porter le nom de son ancien sauveur (air de Megacle Superbo di me stesso ). (3) Licida laisse éclater sa joie à l’idée d’être bientôt uni à Aristea (air de Licida Quel destrier che all’albergo è vincino), mais Aminta, pressentant de grands périls, médite sur les dangers de la passion amoureuse (air d’Aminta Il fidarsi della speme). Vaste campagne sur les flancs de la montagne Elide, recouverte de cabanes de bergers. Pont rustique sur le fleuve Alphée, composé de troncs d’arbres, grosiièrement assemblés. Vue de la ville d’Olympie dans le lointain, interrompue par quelques arbres qui embellissent la plaine, sans la surcharger. (4) Argene, déguisée en bergère, en train de tresser des guirlandes de fleurs, et le choeur des nymphes et bergers, chante la simplicité du bonheur pastoral (choeur O care selve). Elle est rejointe par Aristea, à qui elle confie qu’ele est crétoise d’origine noble, et qu’elle était promise à Licida et qu’ils projetaient de s’enfuir ensemble. A la suite d’une trahison, Licida a été empoisonné et Argene s’est enfuie pour échapper au mari qu’on voulait lui imposer. Argene et Aristea s’aperçoivent que ce dernier n’est autre que Megacle. Elles décident d’intervenir auprès du roi Clistene pour que le combat soit différé. (5) Clistene informe Aristea que tout est prêt, et lui annonce le nom des participants, parmi lesquels Licida. Il refuse de repoussre les épreuves (air de Clistene Del destin non vi lagnate). (6) Aristea s’éclipse, contrainte de quitter Argene pour suivre son père, en maudissant le sort barbare (air d’Aristea E troppo spietato). Elle deamnde à Argene d’obtenir des nouvelles de Megacle. (7) Restée seule, Argene se lamente d’avoir été abandonnée par Licida (air d’Argene Piu non si trovano).(8) Megacle annonce à Licida qu’il s’est bien inscrit aux épreuves sous son nom, et lui demande des explications. Licida lui explique l’enjeu de la compétition, et cite le nom d’Aristea. Megacle comprend qu’il va combattre pour offrir à un autre sa bien-aimée, et ne parvient qu’à grand peine à réprimer sa douleur. Licida se retire en souhaitant à Megacle des rêves bercés par son propre bonheur (air de Licida Mentre dormi, Amor fomenti). (9) La colère et la souffrance de Megacle se déchaînent alors avec violence (récitatif accompagné de Megacle Che intesi, eterni dei !).(10) Aristea survient alors et la présence inattendue de Megacle à Elide la convainc aussitôt qu’il est venu combattre pour la conquérir. Megacle laisse s’engager un pathétique quiproquo avec sa bien-aimée et s’éloigne en adressant à Aristea un bouleversant adieu dont elle ne comprend pas la signi+fication (duo Megacle/Aristea Ne’giorni tuoi felici).

Acte II

Grotte avec fontaine, contiguë au bois(1) Argene et Aristea attendent fiévreusement les résultats des Jeux . (2) Survient Alcandro qui annonce la victoire de Licida. Les deux femmes s’effondrent, tandis qu’Alcandro invite Aristea à le suivre au Temple et ne comprend pourquoi celle-ci le chasse (air d’Alcandro Se tu sprezzar pretendi). (3) Aristea se lamente sur son sort (air d’Aristea Sta piangendo la tortorella). (4) Aminta découvre Argene dont il ignorait la présence à Elide, et affronte ses reproches (air d’Argene Per que’ tanti suoi sospiri). (5) Resté seul Aminta évoque les vicissitudes de l’amour (air d’Aminta Siam navi all’onde algenti).Lieu magnifique(6) Clistene accueille le vainqueur des jeux en la personne de Megacle, passant pour Licida. Megacle annonce alors son souhait de se rendre en Crète pour y recueillir l’assentiment de son père, en laissant son compagnon – Licida, sous le nom d’Egisto – le remplacer. (7) Au moment où Megacle tente de s’éclipser, Aristea rejoint son père qui, à sa grande surprise, lui désigne en Megacle le vainqueur des Jeux Clistene ne comprend pas la réaction d’Aristea et Megacle (air de Clistene Qual serpe tortuosa). (8) Megacle demande à Licida de s’éloigner pendant qu’il s’explique avec Aristea. (9) Demeuré seul avec Aristea, Megacle réfrène l’ardeur amoureuse de la Princesse en lui révélant qu’il a combattu pour Licida et qu’il va partir. Bouleversée par l’émotion, Aristea s’évanouit devant Megacle qui décide de s’enfuir (récitatif accompagné de Megacle Misero me ! Che veggo ?). (10) Megacle rejoint Licida et lui demande de s’occuper d’Aristea pendant qu’il part (air de Megacle Se cerca, se dice). (11) Aristea découvrant que Megacle l’a abandonnée, exprime avec violence son désespoir et accable Licida de reproches (air d’Aristea Tu me da me dividi). (12) Argene surgit alors et surprend Licida. Elle lui révèle son intention de dénoncer sa victoire frauduleuse à Clistene. Licida essaie de la calmer.en lui disant qu’il pourrait lui revenir. (13) Survient alors Aminta qui annonce que Megacle vient de se suicider en se jetant dans le fleuve Alphée, et reproche à Licida d’en être la cause. (14) Alcandro, envoyé par Clistene, arrive à son tour et déclare à Licida que sa fraude a été découverte et qu’il vient d’être condamné à l’exil sous peine de mort. (15) Licida, déchiré par le remords, sombre dans la folie (air de Licida Gemo in un punto, e fremo).

Acte III

Les ruines d’un ancien hippodrome recouvertes en grande partie de lierre, de ronces, et d’autres plantes sauvages. (1° Megacle, sauvé de la noyade par un pêcheur, tente à nouveau de se suicider, retenu par Aminta. Au même moment, Aristea est empêchée par Argene d’attenter à ses jours. Dans leur fuite, leurs chemins viennent à se croiser et les deux amants se retrouvent ainsi face à face. (2) Alcandro arrive à cet instant, annonçant que Licida, dans sa folie, a tenté d’assassiner Clistene au cours du sacrifice destiné à célébrer la fin des Jeux (air d’Alcandro Sciagurato in braccio a morte). Aristea, par amour pour Megacle, décide d’aller plaider auprès de son père le salut du régicide (air d’Aristea Caro son tua cosi). (3) Megacle jure son indéfectible amitié pour Licida (air de Megacle Lo seguitai felice). (4) Aminta survient bouleversé, et annonce la condamnation à mort de Licida, le rejet de la supplique d’Aristea, et l’arrestation de Megacle. Argene, décidée à prouver que l’amour peut être aussi absolu que l’amitié, jure d’aller sauver son amant (air d’Argene Per salvar quell’alma ingrata). (5) Aminta, éperdu, décide d’aller affronter la colère de Clistene et de partager le sort de Licida (air d’Aminta Son qual per mare ignoto)Vue extérieure du grand temple de Jupiter à Olympie ; on y descend par un long et magnifique escalier paartagé en plusieurs paliers. Devant, une place au centre de laquelle est installé un autel ardent. Aux alentours, bois d’oliviers sacrés qui sert à tresser les couronnes des vainqueurs. Clistene, qui descend du temple, précédé de la foule, par ses gardiens, par Licida tout de blanc vêtu, une couronne de fleurs sur la tête, par Alcandro et par le Choeur des Prêtres, certains portant des bassines d’or, les instruments du sacrifice.(6) Clistene demande à Licida s’il a un voeu à formuler. Licida exprime le désir de revoir Megacle avant de mourir. Clistene est ému à la vue du supplicié (air de Clistene Non so donde viene). (7) Megacle et Licida s’adressent un ultime adieu. Alcandro proclame que l’heure du sacrifice est venue et ordonne aux prêtres de se saisir de la victime. Le choeur implore la pitié de Clistene (choeur I tuoi strali terror de’ mortali). Licida s’agenouille aux pieds de l’autel, Clistene se saisit de la hache sacrée qui lui est présentée dans un bassin par l’un des ministres du temple, et en la présentant au prêtre chante, accompagné par une symphonie solennelle (récitatif accompagné de Clistene O degli uomini Padre).(8) Argene surgit dans le Temple et revendique le droit de mourir à la place de celui qu’elle aime. (9) Elle présente alors au Roi le collier que Licida lui avait jadis offert en gage de fidélité. Clistene reconnaît aussitôt le collier que portait son fils Filindo, lorsqu’Alcandro fut chargé de l’abandonner au fleuve. Alcandro s’agenouille aux pieds de son souverain en implorant son pardon, reconnaissant ne pas avoir vu le courage d’exposer aux flots le jeune Filindo et l’avoir confié à Aminta. (10) Aminta raconte alors comment, ayant recueilli l’enfant, il le fit adopter par le Roi de Crète. Licida est donc le frère jumeau d’Aristea. Clistene voudrait unir Licida à Argene et Megacle à Aristea, mais doit soumettre le sort de Licida au jugement du peuple. Le choeur des prêtres et du peuple décide d’acquitter le parricide (choeur final Viva il figlio deliquente).

(Livret Opus 111)

Livret en français disponible sur livretsbaroques.fr
Livret (en italien) : http://www.librettidopera.it/olimpiade/olimpiade.html

« En 1734, la mode est napolitaine à Venise, et Vivaldi ne dispose que de la scène mineure du théâtre Sant’Angelo pour créer l’Olimpiade, le 17 février. Il doit accepter quelques concessions à cette mode. La partition regorge donc d’airs virtuoses et très développés. Il engage deux castrats sopranos pour les rôles de Megacle et d’Aminta.La partition comporte vingt-deux airs (dont huit sont des réutilisations, la plupart en provenance de Lucio Vero), et seulement deux récitatifs ac-compagnés, exceptionnels par leur force dramatique et destinés à Megacle. Le rôle d’Aminta est certainement le plus ardu, par l’étendue vocale et les coloratures requises. » (Répertoire – décembre 2002)

Représentations :

Kassel, Staatstheater – 9, 13, 20, 23 mars, 4, 21 avril, 2, 17, 19, 30 mai 2013 – dir. Jörg Halubek – mise en scène Dominique Mentha – décors Justyna Jaszczuk – costumes Sabine Böing – lumières Brigitta Hüttmann – dramaturgie Ursula Benzing – avec Marc-Olivier Oetterli (Clistene), Ulrike Schneider (Aristea), Maren Engelhardt (Megacle), Christiane Bassek (Licida), Lin Lin Fan (Aminta), Belinda Williams (Argene), Tomasz Wija (Alcandro) – nouvelle production

Buxton, Opera House – 11, 12 juillet 2012 – La Serenissima – dir. Adrian Chandler / James Johnstone – mise en scène Richard Williams- costumes Olivia Wells – avec Stephen Gadd (Clistene), Rachael Lloyd (Aristea), Sally Bruce-Payne (Argene), Louise Poole (Megacle), Marie Elliott (Licida), Mhairi Lawson (Aminta), Jonathan Gunthorpe (Alcandro)

Garsington 3, 5, 9, 14, 22, 29 juin 2012 – Garsington Opera Chorus & Orchestra – dir. Laurence Cummings – mise en scène David Freeman – décors David Roger – lumières Bruno Poet – avec Emily Fons (Megacle), Tim Mead (Licida), Rosa Bove (Aristea), Ruby Hughes (Argene), Riccardo Novaro (Clistene), Michael Maniaci (Aminta), William Berger (Alcandro)

Forum Opéra – Vivaldi olympique

« Après la création mondiale de l’édition critique de L’Incoronazione di Dario en 2008 et la première britannique de La verità in cimento en 2011, Garsington poursuit la redécouverte des opéras d’Antonio Vivaldi. En cette année olympique, L’Olimpiade est un amusant clin d’œil à l’actualité : il faut toutefois reconnaitre que l’ouvrage n’est pas au niveau des titres précités. L’opéra semble avoir été composé dans une certaine urgence et avec les moyens du bord. Vivaldi travaillait déjà pour Vérone sur un Lucio Vero finalement abandonné pour des raisons inconnues : il en recyclera une demi-douzaine d’arias dans L’Olimpiade (selon les usages de l’époque, il piochera également dans d’autres titres). Les meilleurs chanteurs du moment étant déjà engagés, Vivaldi devra se contenter d’artistes moins brillants et son écriture est, de fait, moins exigeante que celle des ouvrages déjà cités. Enfin, pas tout à fait ! Quand Vivaldi entreprend la composition de l’œuvre, la distribution n’est vraisemblablement pas finalisée : il écrit pour une basse le rôle mineur d’Aminta (le tuteur de Licida) puis le transpose pour le jeune castrat Marianino Nicolini, à l’aube de sa gloire*. Quoique purement décoratifs, les morceaux composés sont d’une grande virtuosité, nécessitant par leurs vocalises, roulades et variations une science belcantiste parfaite ainsi qu’un registre aigu sans faille. Selon un autre usage de l’époque, Vivaldi réutilise le poème de Métastase déjà mis en musique en 1733 par Caldara pour Vienne. Plus d’une trentaine de compositeurs feront de même dans les cent années qui suivirent. Citons les plus célèbres : Pergolèse, Hasse, Piccinni (qui en composera deux versions), Gassmann, Jomelli, Jean-Chrétien Bach, Traetta, Arne, ou encore Paisiello. Pour cette résurrection, Garsington a réuni une brochette de jeunes chanteurs talentueux. Dans le rôle de Megacle (dévolu à l’origine à un castrat), le jeune mezzo-soprano Emily Pons est déjà plus qu’une promesse. Belle projection, timbre séduisant, chant passionné mais jamais au détriment de la ligne, toujours impeccable, la chanteuse américaine est une sorte de Joyce DiDonato en herbe. En Licida (rôle créé cette fois par … un soprano), le contre ténor Tim Mead séduit surtout par son timbre chaud et sa voix puissante, alliés à un physique de jeune premier. Peu technique, sa partie lui permet surtout de déployer son art dans les airs lents. Comme sa partenaire, il sait rendre les récitatifs avec urgence et passion. Dans le rôle du tuteur Aminta, le contre-ténor américain Michael Maniaci déploie des qualités presqu’inverses : la voix est un peu moins puissante, l’acteur un peu gauche, mais la fête vocale est au rendez-vous avec un chant orné, des vocalises spectaculaires et des aigus aériens. Ruby Hughes est une Argene encore un peu verte vocalement mais avec un réel abattage scénique. En Aristea, Rosa Bove manque un peu de couleurs et de puissance mais séduit par une certaine délicatesse mélancolique. Dans des rôles plus mineurs, Riccardo Novaro en roi Clistene, et William Berger, son conseiller, déploient des voix solides. Comme lors des deux précédentes recréations vivaldiennes, Laurence Cummings est l’âme de cette soirée dont il réussit à maintenir la tension tout au long de l’ouvrage. Spécialiste de la musique baroque, le chef britannique, directeur musical du London Haendel Orchestra et du London Haendel Festival, directeur artistique du Festival Haendel de Göttingen, chef du département de l’histoire des représentations à la Royal Academy of Music, est visiblement amoureux de cette partition qu’il défend avec une passion communicative. Il faut dire que, face au géant saxon, le compositeur vénitien a du mal à trouver sa place au répertoire, ce qui est bien dommage compte tenu du caractère instantanément plaisant de sa musique. Jouant sur instruments modernes (avec un diapason à 440/442), l’orchestre de Garsington, techniquement impeccable, sait trouver des couleurs baroques par sa souplesse, sa légèreté et sa virtuosité sans faille. La production de David Freeman, un peu trop sage, a le mérite de servir la musique mais on aurait aimé un peu plus d’originalité dans le traitement de cette suite de situations un peu convenues. Seul exception, la scène des jeux, traitée avec humour, qui se conclut par un marathon dont le sprint final est mimé au ralenti, tandis que l’orchestre interpole le thème du film « Chariots of Fire ». L’Olimpiade n’est sans doute pas un chef d’œuvre, mais cette production réussit à en tirer le meilleur parti et nous offre une soirée très agréable dans le cadre exceptionnel de Wormsley. »

Schwetzingen, Rokokotheater – 7, 9, 13, 21, 27 décembre 2007, 15, 25, 27 janvier, 1er, 3, 11 février 2008 – dir. Michael Form – dramaturgie Kurt-Martin Friedrich – mise en scène Werner Pichler – costumes Frank Bloching – décors Klaus Teepe – avec Rosa Dominguez, Jana Kurucová, Maraile Lichdi; Lilia Milek, Sebastian Geyer, David Otto, Alexander Schneider – première nationale

Lyon – Chapelle de la Trinité – XXIIIe Festival de Musique Ancienne de Lyon – 23 novembre 2005 – Théâtre des Champs Élysées – 24 novembre 2005 – en version de concert – Academia Montis Regalis – dir. Alessandro De Marchi – avec Gemma Bertagnolli (Megacle), Martin Oro (Aristea), Anke Herrmann (Aminta), Furio Zanasi (Alcandro), Brian Asawa (Licida), Barbara De Castri (Argene), Wolf Matthias Friedrich (Clistene)

« On ne pouvait que se réjouir de cette occasion d’entendre le chef­d’oeuvre composé par Vivaldi sur l’un des plus célèbres livrets de Pietro Metastasio. Dès l’ouverture, nous retrouvons la précision de l’Academia Montis Regalis et le sens du drame d’Alessandro De Marchi. Durant tout le concert, ils sont des accompagnateurs particulièrement attentifs — et plus encore. Mais comment faire de cette superbe partition autre chose qu’un joli concert avec une distribution si moyenne? L’engagement de tous dans les récitatifs est indéniable, mais les airs semblent souvent au-delà de leurs moyens.Les rôles d’Aristea, Argene, Alcandro et Clistene ne sont que correctement chantés. Anke Herrmann s’applique en Aminta, mais une respiration et une émission souvent tendues produisent des aigus laborieux et elle ne peut que murmurer avec crainte les vocalises du splendide « Siam’navi all onde ». Gemma Bertagnolli, malgré un manque d’assise dans le grave, offre une prestation solide en Megacle. La satisfaction de la soirée est à mettre au crédit du contre-ténor américain Brian Asawa (Licida), dont on retrouve avec un réel plaisir la voix égale, le chant maîtrisé et la finesse de l’expression. »

Forum Opéra – 24 novembre 2005

L’action se déroule près de la ville d’Olympie le jour des jeux. Le reste importe peu ; amitiés trahies, amours contrariés, le livret de L’Olimpiade sert avant tout de prétexte au formidable débordement mélodique et dynamique d’un Antonio Vivaldi au sommet de sa forme. Tout au long de la vingtaine de numéros qui composent l’opéra, l’inspiration emporte sans temps mort l’auditeur dans le bouillonnement de ses flots. Elle le surprend même plus d’une fois à tapoter du pied, à dodeliner de la tête comme dans le meilleur des concerts de rock. Cette inépuisable énergie, domptée en d’autres lieux par Rinaldo Alessandrini (un enregistrement en témoigne), submerge Alessandro de Marchi qui, au premier acte surtout, tente à grand renfort de cordes d’endiguer le flux et malmène le mouvement jusqu’à rompre la tension du duetto « Ne’ giorno tuoi felice ». Inégal, il trouve ailleurs le juste souffle, le frisson poétique qui chavire par exemple « Mentre dormi amor fomenti ».Brian Asawa peut alors déployer le velours soyeux de son timbre, exprimer le charme de l’inconstant prince Licida et s’affirmer comme la vedette d’une distribution qui, pour la plupart, a trouvé dans l’entreprise discographique Naïve l’occasion de démontrer ses affinités avec ce répertoire. Ainsi, Martin Oro fut Griffone, le noble compagnon d’Orlando finto pazzo avant d’incarner ici la tendre Aristea. L’esprit le plus ouvert, le plus baroque jusque dans la confusion des sexes, conçoit avec difficulté une jeune fille virile et barbue. Fermant les yeux pour dissiper le malaise, l’oreille ne parvient pas davantage à se représenter la tendre héroïne. La technique, la beauté de la voix ne sont pas en cause mais il lui manque la clarté, la subtilité, la féminité tout simplement. Pour accentuer encore le déséquilibre, son amant, le sensible Megacle, est interprété par Gemma Bertagnolli, soprano jusqu’au bout des ongles, dont la projection s’accomplit seulement dans le registre aigu. Il faut donc renoncer aux abîmes de « Superbo di me stesso » pour se laisser griser plutôt par les ébouriffantes vocalises de « Lo seguitai felici ». L’habitude est désormais prise : dès que les rives lyriques du prêtre roux sont abordées, le fantôme de Cecila Bartoli surgit, inévitable, invoqué cette fois par «Siam navi all’onde algenti ». Anke Herrmann relève l’impossible défi avec ses propres armes – légèreté, musicalité –, au détriment de la chair et de l’onctuosité. Colorature avant tout – elle coiffe à l’occasion la couronne de la Reine de la nuit – elle tire Aminta vers l’Oscar du Bal masqué qu’elle égare dans la Venise du XVIIIème siècle.Les musicologues, eux, préfèrent à la virtuosité des arie di tempesta la modernité des parties dévolues aux voix graves. Pourtant, le baryton Furio Zanasi semble ce soir l’ombre de l’inoubliable Farnace qu’il interpréta au disque et sur scène, dirigé alors par Jordi Savall. Le volume, l’engagement déçoivent quand demeurent malgré tout la séduction, le mordant des attaques et la netteté du son. Plus terne encore, Wolf Matthias Friedrich, roi germanique avant d’être latin, ne sait pas rendre justice au sublime « Non so dove viene », le plus bel air peut-être d’une partition qui en regorge. Combien ce soir l’ont remarqué ? Reste Barbara Di Castri dont les trois airs ne tiennent pas la promesse des récitatifs. La molle placidité des premiers contredit la précision théâtrale des seconds. Il faudra attendre Arsace dans la Semiramide que présente le Théâtre des Champs Elysées au mois d’avril pour préciser son jugement.Mais le plus vif des regrets reste de ne pouvoir apprécier l’œuvre dans sa tenue d’apparat, mise en scène comme il se doit, quelles que soient ses faiblesses dramatiques. La renaissance vivaldienne est à ce prix, au risque sinon de passer pour et comme un effet de mode. En attendant, l’occasion d’applaudir L’Olimpiade est trop rare pour, au final, ne pas se réjouir car, le baron de Coubertin l’affirmait à propos des jeux olympiques justement, l’essentiel est de participer. »

Festival de Beaune – Cour des Hospices – 13 juillet 2002 – Concerto Italiano – dir. Rinaldo Alessandrini – avec Sara Mingardo, mezzo (Licida), Roberta Invernizzi, soprano (Megacle), Laura Giordano, soprano (Aminta), Mariana Kulikova, mezzo (Argene), Sonia Prina, mezzo (Aristea), Ricardo Novarro, baryton (Clistene), Sergio Foresti, basse (Alcandro)

Venise – Teatro Malibran – 20, 22, 23 décembre 2001 – dir. Andrea Marcon – mise en scène Poulange – avec Patrizia Ciofi, Anna Bonitatibus, Brioli, Jaho, Petroni, Lazzaretti

Grèce – 2001 – dir. Degaez – avec Philippe Jaroussky, Fidele, Deagaetz

Théâtre des Champs Elysées – 10 février 1990 – dir. René Clemencic – Ensemble Vocal La Cappela – Clemencic Consort – dir. René Clemencic – avec Andrew Walker Schultze (Clistene), Lucia Meeuwsen (Aristea), Elisabeth von Magnus (Argene), Mieke van der Sluis (Megacle), Gérard Lesne (Licida), Aris Christofellis (Aminta), William Oberholtzer (Alcandro)

« Les rôles masculins distribués respectivement à Mieke van der Sluis et Gérard Lesne forment un couple un peu étrange. La première vocalement séduisante, a du mal à se faire passer pour un homme, le second semble essentiellement préoccupé de se mesurer en virtusoité avec Aris Christofellis, lequel déploie une quantité aussi époustouflante d’acrobaties vocales que de fausses notes. » (Opéra International – avril 1990)

Sienne – Teatro della R. Accademia dei Rozzi – 19 septembre 1939 – version de concert – dir. Antonio Guarnieri – premier opéra de Vivaldi exécuté au XXe siècle, au cours d’un Festival Vivaldi organisé sous les auspices de l’Accademia Chigiana (secrétaire Olga Rudge), sous la direction artistique d’Alfredo Casella