Der Geduldige Sokrates

La Patience de Socrate

 

De Geduldige Socrates - manuscrit

COMPOSITEUR Georg Philip TELEMANN
LIBRETTISTE Johann Ulrich von König, d’après Nicolo Minato
ENREG. ÉDITION DIRECTION ÉDITEUR NOMBRE LANGUE FICHE DÉTAILLÉE
1987 2003 Nicholas McGegan Hunagroton 4 allemand/italien

Musikalisches Lustspiel (comédie en musique), sur un livret en trois actes de Johann Ulrich von König, imité de La patienza di Socrate con due moglie de Nicola Minato.Destiné primitivement à Francfort, où Telemann était en fonction, il fut d’abord créé à Hambourg, où il allait bientôt être nommé directeur de la musique, en 1721. Il y resta à l’afiche jusqu’en 1730.Le livret est en italien – les reprises intégrales du livret de Minato – et en allemand – les ajouts de Johann Ülrich.L’oeuvre intégrale dure de l’ordre de quatre heures, avec non moins de cinquante-cinq airs et ensembles, sans parler des divertissements chorégraphiques intégrés à chaque acte. Personnages : Sokrates (Socrate), philosophe ; Xanthippe, une des deux épouses de Socrate ; Amitta, une des deux épouses de Socrate ; Pitho (Pithon), étudiant de Socrate ; Plato (Platon), étudiant de Socrate ; Alcibiades (Alcibiade), étudiant de Socrate ; Xenophon (Xénophon), étudiant de Socrate ; Aristophanes (Aristophane), l’adversaire ; Rodisette, une princesse ; Edronica, une princesse ; Melito, un prince ; Antippo, un prince ; Nicia, père de Melito ; des citoyens athéniens SynopsisPréface du livret de Johann Ulrich von König :Après que leurs troupes furent décimées par les longues guerres, les Athéniens, songeant à se reproduire, décrétèrent que tout habitant de la cité, qu’il soit citoyen ou étranger, serait tenu de prendre deux femmes. C’est ainsi que Socrate, philosophe mondialement connu, épousa Amitta et Xanthippe. La première était une petite-fille du célèbre général athénien Aristide. Les deux dames étaient querelleuses, bavardes et, au grand désespoir de leur époux, pareillement turbulentes. Mais en matière de méchanceté, Xanthippe en remontrait à Amitta. Socrate riait souvent de voir ses deux épouses se quereller à son sujet alors qu’il se savait l’homme le plus laid et le plus difforme qui soit. En dépit des mille et un tracas que lui causaient leurs chamailleries quotidiennes, il prenait la chose avec humour. C’est avec une patience incroyable que le grand sage endurait sa peine, qui aurait paru insoutenable à tout autre. Il restait tout aussi imperturbable face aux persécutions de son ennemi, Aristophane, un poète satirique qui, entre autres perfidies, écrivit une comédie raillant notre Socrate. Il l’y insultait de la manière la plus impie et la plus cruelle qui soit, au mépris de toute vérité. Informé de la représentation, notre philosophe de renommée mondiale fit preuve d’une magnanimité admirable en y assistant jusqu’au bout, la mine réjouie. Car aussi vrai qu’il était considéré comme l’homme le plus sage de toute la Grèce depuis la révélation de l’oracle, les plus grands philosophes et héros de cette nation, ceux qui acquirent une certaine notoriété auprès de la postérité, furent tous ses disciples ; nous verrons ici Platon, Xénophon et Alcibiade. Les autres intrigues profondes sont si vraisemblables et si bien démêlées qu’elles ne nécessitent pas d’avertissement.Acte IPendant que Socrate, le grand philosophe, médite sur la vertu, ses deux épouses entrent brusquement. Xantippe est en colère: sa poule n’a pondu qu’un seul oeuf, alors que celle d’Amitta en a pondu deux. Le savant, importuné, règle le conflit avec sa routine habituelle et commence à prodiguer son enseignement aux élèves. Les princesses Rodisette et Edronica viennent à la rencontre l’une de l’autre. Prises par leur passion pour Melito, elles ne comprennent pas les flatteries du prince Antippo : comment peut-il en aimer deux à la fois ? Elles le repoussent.Le père de Melito, Nicia, demande conseil à Socrate : la loi athénienne imposant le joug du double mariage, Melito doit épouser deux femmes. Cela ne poserait aucun problème, les deux princesses étant amoureuses de lui, si le prince n’était déjà promis à une troisième femme, Calissa. Socrate conseille à Melito de tenir sa promesse, il doit lui-même choisir sa seconde fiancée.Acte IIRodisette et Edronica brûlent toujours d’amour pour Melito, tandis que Antippo continue de leur faire des avances. Il serait prêt à n’en prendre qu’une seule. Mais les princesses n’ont d’yeux que pour Melito, lequel, de son côté, souffre de l’embarras du choix. Socrate a fort à faire de ses tracasseries domestiques et doit en plus faire face aux attaques calomnieuses de la part d’Aristophane. Tout s’arrange lors du rituel de la fête annuelle d’Adonis : le deuil occasionné par le décès de l’éphèbe fait place à la joie de son retour.Acte IIILa paisible nature du jardin incite à des pensées et à des exercices philosophiques dans une atmosphère harmonieuse. Rodisette et Edronica s’évanouissent en entendant que Melito veut se suicider, pour mettre un terme à la douleur de son dilemne. Xantippe, par contre, fait preuve d’une bonne humeur réconciliatrice et veut demander pardon à Amitta, quand il devient subitement victime d’un mauvais tour et jure de nouveau de se venger de sa rivale.Nicia est porteur d’un message annonçant que la promesse d’union avec Calissa est rompue, de sorte que Melito peut désormais épouser à la fois Rodisette et Edronica. Pendant que Edronica se montre soulagée, Rodisette est consternée : plutôt mourir que de partager le prince. Mais une nouvelle décision du Conseil Suprême lui vient en aide : l’obligation du double mariage est levée ! Melito doit maintenant épouser la princesse qui lui manifeste le plus grand amour, et Socrate comprend tout de suite que c’est Rodisette. Edronica accepte enfin les faveurs d’Antippo, et tous s’adonnent au bonheur conjugal. Seule, Xantippe manifeste son rejet et demande le divorce.

(Cité de la Musique)

« Ein musikalisches Lustspiel : il s’agit d’une comédie en musique, ou opéra-comique, sur un livret de Johann Ulrich von König, auteur alors très célèbre, livret imité de La Patienza di Socrate con due Moglie, de Nicolo Minato. Aux morceaux textuellement repris du modèle a été conservée la langue originale, l’italien, alors que les récitatifs, les airs et les ensembles ajoutés sont écrits, eux, en allemand. Le public de Hambourg, où, après la grande période de prospérité de l’opéra, on n’avait plus joué que des ouvrages lyriques d’importation ultramontaine, était familier de l’ita-lien et ne craignait pas le mélange des langues, caractéristique de l’opéra-comique naissant.L’ouvrage avait été composé à et pour Francfort, mais connut sa première représentation à Hambourg, au printemps de 1721, avant même la nomination du nouveau director musices qu’il a sans doute contribué à provoquer. Ses proportions sont vastes: une ouverture, trois actes, une durée de l’ordre de quatre heures, avec non moins de 55 airs et ensembles, sans parler des divertissements chorégraphiques dont le musicien a prévu l’interpolation, à raison d’un par acte.L’oeuvre ne requiert pas moins de 14 personnages et un ensemble instrumental composé des cordes, avec deux flûtes à bec, deux hautbois, trois trompettes et timbales, et d’un grand continuo (basson, viole de gambe, théorbe, violone et clavecin). Sa structure est empruntée à l’opera buffa, avec son alternance en grand nombre d’airs et de récitatifs, et de nombreux duos qui contribuent à la vivacité de l’action.Tout le prix de l’ouvrage tient à l’invention de Telemann, qui fait sans cesse rebondir l’intérêt, joue habilement des contrastes et provoque le rire ou l’émotion. Le musicien se plaît à mêler genres et moyens sonores les plus divers, réci-tatifs de tous styles, airs à da capo, motifs de danses, airs de Singspiel, arie di bravura, de la basse profonde au castrat. Les airs nobles ou sentimentaux y côtoient les scènes bouffes (l’ivresse du serviteur Pithon, les criailleries des deux femmes de Socrate, les interventions du vaniteux et ridicule Aristophane), parfois en dialecte hambourgeois et dans un style musical rustique et volontairement rudimentaire, et les récitatifs sont vivants et originaux. Quant à l’instrumentation, elle est très diversifiée et expressive, regorgeant de trouvailles, pour contribuer efficacement à la caractérisation des personnages et des situations: registres et mélanges rares, instruments solistes dans des dispositions insolites pour souligner une rythmique imprévue et parfois bancale. De nombreux figuralismes apportent leurs touches pittoresques, caquets des femmes, sérénité « décalée » et en fin de compte comique de Socrate, hoquets de l’ivrogne. » (Telemann – Gilles Cantagrel – Papillon) « Der geduldige Socrates a été créé à Hambourg, en 1721. C’est un opéra hambourgeois typique, qui procède à la fois au mélange des genres (tragique et comique – mais surtout comique ici !), au mélange des styles (allemand, italien, français), et même au mélange des langues. En effet, le livret, un ancien texte vénitien dû à Nicolo Minato, n’a été que partiellement traduit en allemand, et certaines arie sont restées en italien. En outre, Telemann insère quelques danses et choeurs à la française, et l’on peut dire que tel air de l’ivrogne Pithias anticipe sur Platée de Rameau…Ce n’est donc pas un opera seria, une succession d’airs et de récitatifs plus ou moins monotone ; au contraire, ce qui surprend ici, c’est le nombre des ensembles vocaux (duos, trios, quintettes), dont certains très difficiles. La partition est assez exigeante, notamment en ce qui concerne les rôles « nobles », mais aussi, pour ce qui est des instruments, à cause de certains airs avec accompagnement « obligé » de flûte, violon ou hautbois. La musique est extrêmement variée et possède divers « niveaux » de langage : un niveau populaire proche du lied, un niveau plus élevé proche du drame seria… Certains per-sonnages sont traités sur le mode seulement bouffon (Pithias, Aristophane, l’ennemi de Socrate), d’autres sur le mode sérieux (Melito, Nicias), certains sur les deux à la fois (Socrate, Rodisette). Que raconte l’intrigue? Il s’agit de l’un des tout premiers opéras bouffes allemands. Après la guerre du Péloponnèse, il n’y a plus assez d’hommes à Athènes ; le Sénat décide donc que chaque homme épousera deux femmes, afin de procréer le plus vite possible. Socrate est écartelé entre deux mégères (dont son épouse « historique », Xanthippe), et doit faire constamment la preuve de sa fameuse patience, qu’il enseigne par ailleurs à ses disciples. Parmi eux se trouvent Platon, Alcibiade, Xénophon, mais aussi le prince Melito, que son père a fiancé malgré lui, mais qui est lui-même épris de deux dames, dont l’une refuse obstinément de le partager avec une autre… Finalement, le Sénat abroge cette loi bien compliquée à appliquer, et Socrate doit prendre son parti du fait que, malgré lui, il y a déjà souscrit…La partition originale compte une soixantaine de numéros, soit environ quatre heures de musique Mais, si l’on consulte l’autographe, on se rend compte que Telemann a biffé certains morceaux. J’ai pris le parti de réduire l’oeuvre à environ trois heures, me refusant à supprimer la reprise des airs da capo – cela reviendrait à défigurer la musique ! -, mais coupant des scènes entières, dont certaines constituent des redites, comme dans tous les livrets vénitiens. » (Jean-Claude Malgoire – Le retour de Telemann à Tourcoing – Opéra International – mars 1998) « Traduit généralement par « La Patience de Socrate », l’ouvrage fut composé par Telemann afin d’obtenir le poste de maître de chapelle à l’Opéra de Hambourg. Baptisé Gänse Markt (le Marché aux Oies), ce théâtre de 2 000 places défendait l’opéra en langue germanique, durant une brève parenthèse de l’histoire du baroque en Allemagne précédant le retour en force du style italien . Ce Socrate patient fut d’abord un opéra de Caldara dont le succès à Vienne justifiait qu’Hambourg en commandât une adaptation à Telemann sur un livret de Johann Ulrich von König, dans laquelle subsistent «des traits vénitiens de l’original». A commencer par la complexité des deux intrigues apparemment indépendantes mais qui s’enchevêtrent au troisième acte. La satire, où l’on retrouve Platon, Xénophon et Alcibiade en personnages comiques, rend Socrate bigame, et oppose l’aisance du philosophe dans l’agora à sa domination à la maison par deux femmes. Comme dans les Nuages d’Aristophane, ce Socrate plane, est à côté de la plaque, «d’où l’air sur la tranquillité stoïcienne de l’âme ouvrant l’opéra, accompagné uniquement de sons de cordes très clairs et privé de basse», dixit Jacobs. L’autre intrigue met en scène deux princes et princesses éprouvant leurs sentiments comme dans Cosi Fan Tutte. Pour Jacobs, cette profusion de personnages principaux, réunis en permanence pour des duos et ensembles, fait de la Patience de Socrate un opéra «dépassant en richesse vocale les plus grandes réussites de Haendel». Ce qui ne l’a pas empêché d’effectuer des coupes et de raccourcir les airs pour resserrer l’intrigue, «tel que Haendel lui-même le faisait», afin de mettre en valeur le génie de Telemann «qui voulait se dépasser avec cet ouvrage en montrant tout ce qu’il savait faire». Comme, par exemple, dans la Fête du printemps qui commence par une lamentation d’Adonis accompagnée de trois trompettes et trois timbales avec sourdines pour un résultat funèbre tranchant dans ce contexte de comédie. » (Libération – 17 août 2007)

Livret (en allemand)

http://www.altemusik.at/deutsch/pdf/07_Libretto__Der_geduldige_Sokrates.pdf

Livret en français disponible sur livretsbaroques.fr

 

Partition : Bärenreiter Verlag

Représentations :

Halle, Dom – 26, 30 janvier, 22 mars 2013 – dir. Wolfgang Katschner – mise en scène Axel Koehler – décors Frank Philipp Schlößmann – costumes Katharina Weißenborn – dramaturgie André Meyer – avec Ki-Hyun Park (Socrates), Ines Lex (Rodisette), Marie Friederike Schöder (Edronica), Anke Berndt (Xantippe), Melanie Hirsch (Amitta), Michael Smallwood (Melito), Julia Böhme (Antippo), Ásgeir Páll Ágústsson (Nicia), Christopher O’Connor (Pitho) – nouvelle production

Munich – Staatstheater am Gärtnerplatz – 30 juin, 3, 07, 13, 21, 26 juillet, 24, 28 septembre, 2, 13, 21, 29 octobre 2011 – dir. Jörn Hinnerk Andresen – mise en scène Axel Koehler – décors Frank Philipp Schlößmann – costumes Katharina Weissenborn – avec Holger Ohlmann / Stefan Sevenich ((Socrates), Sibylla Duffe / Christina Gerstberger (Rodisette), Stefanie Kunschke / Ella Tyran (Endronica), Heike Susanne D (Xanthippe), Elaine Ortiz Arandes / Thérèse Wincent (Amitta), Robert Sellier (Melito), Yosemeh Adjei (Antippo), Gregor Dalal (Nicia), Gunter Sonneson (Aristophanes), Stefan Thomas (Alcibiades), Cornel Frey (Pitho) – nouvelle production

Stefan Sevenich en Socrate

Paperblog

« La première a eu lieu hier soir, et ce fut un immense succès. Promesse tenue et pari pleinement réussi. On entre au théâtre avec curiosité, et on en enchanté, ravi d’avoir vu un opéra baroque comique, alors qu’on est souvent plus familiarisé avec le répertoire historique ou les oeuvres de la musique baroque sacrée. La saison du Theater-am-Gärtnerplatz se termine en apothéose !La composition du livret est confiée à Johann Ulrich von König, qui fut un des meilleurs librettistes allemands de la première moitié du 18ème siècle. König imite largement La Patienza di Socrate con due moglie de Nicola Minato, un texte qui avait été mis en musique par Antonio Draghi et qui sera encore repris par Caldara à Vienne en 1731. Il colle de près au texte original dont il garde cependant de nombreux arias en italien. Il en traduit les récitatifs et introduit des arias en allemand. Cela nous donne un opéra bilingue, essentiellement allemand avec quelques airs en italien, et même quelques lignes en latin, puisque, par un anachronisme au comique consommé, les élèves de Socrate affirment faire des progrès dans l’étude du latin et mieux pouvoir s’exprimer dans cette langue lorsqu’ils sont en état d’ébriété. En somme un opéra qui réunit les goûts, puisqu’il cède à la mode allemande tout en conservant la mémoire de son origine italienne.Plusieurs intrigues s’entrecroisent. Athènes manque de bras pour faire la guerre, trop de guerriers sont tombés au combat, aussi la ville impose-t-elle la bigamie. Socrate, dont on sait qu’il était affligé d’une épouse acariâtre du nom de Xanthippe, s’est conformé aux ordres et a pris une seconde épouse, Amitta, aussi peu accorte que la première. Les deux femmes sont querelleuses et jalouses l’une de l’autre, et Socrate a bien du mal à apaiser leurs conflits incessants. La première scène donne le ton: les deux femmes se crèpent le chignon car leurs poules respectives ne produisent pas le même nombre d’oeufs. Aucune des solutions proposées par un Socrate conciliateur ne rencontre leur agrément. Arrivent les élèves de Socrate, Alcibiade, Xénophon, Pithon et Platon, qui s’avèrent de joyeux drilles plus enclins à l’amusement qu’à l’étude de la philosophie. In vino veritas! Dès que le Maître a le dos tourné, les élèves s’attachent à vider sa cave. Une seconde intrigue s’entremêle à la première: le riche homme d’état Nicia veut marier son fils Melitto. Il est promis depuis longtemps à Calisse, mais avec la nouvelle loi, il faut lui trouver une nouvelle épouse. Deux jolies jeunes femmes s’efforcent de séduire Melitto qui les trouve toutes deux à son goût et ne parvient pas à faire son choix. Un autre jeune homme, Antippo, est éperdument amoureux des deux femmes, mais elles méprisent ses avances. Finalement, on apprend que le Sénat a décidé d’abolir la loi provisoire de bigamie et que Calisse a rompu ses fiançailles avec Melitto. Grâce à l’intervention de Socrate, Melitto fait son choix et Antippo épousera la femme délaissée. Cupidon lance de multiples flèches qui finissent par harmoniser toutes les situations, chacun a trouvé chaussure à son pied. Le Theater-am-Gärtnerplatz présente une version raccourcie en trois heures de cette oeuvre qui en demande une de plus pour être jouée dans son intégralité. C’est la première fois que cette oeuvre est présentée au public munichois. Le metteur en scène Axel Köhler est un spécialiste de l’opéra baroque. Aujourd’hui directeur de l’opéra de Halle, il se produisit autrefois sur les scènes comme contre-ténor, une voix qui on le sait convient bien à la musique baroque. C’est donc en grand connaisseur du genre qu’il a mis en scène la Patience de Socrate. Et à l’instar du livret qui mutiplie les anachronismes en faisant par exemple apprendre le latin aux élèves de Socrate, Köhler rajoute à la bouffonerie en plaçant un frigidaire rempli d’alcools au milieu de la bibliothèque de Socrate, une bibliothèque qui ressemble aux rayonnages encombrés d’un bouquiniste contemporain. Des bustes de philosophe garnissent les pièces d’habitation, de toutes proportions, comme dans une boutique de souvenirs. Le laser vient y inscrire des dictons de la sagesse socratique qui défilent. Les élèves philosophes de Socrate se comportent comme une bande de joyeux drilles tout droit sortis d’un cirque baroque munis de cahiers et de crayons surdimensionnés. Les mouvements scéniques des acteurs sont particulièrement soignés et soulignent la problématique de la bigamie: ainsi des deux femmes qui s’efforcent de séduire Melitto. Köhler leur adjoint deux artistes en train de les portraiturer des deux côtés de la scène, un sculpteur essaye de capter les formes avantageuses de l’une tandis qu’un peintre s’échine à rendre la beauté de l’autre, quand elle consent à poser. Une statue de marbre s’anime et se met à danser: il s’agissait d’un danseur nu entièrement grimé en statue et qui tenait la pose. Köhler est en complicité parfaite avec Frank Philipp Schlößmann qui réalise les décors sur le plateau tournant, on passe de l’improbable bibliothèque à réfrigérateur incorporé de Socrate à des ciels bavarois, bleus et blancs, qui glissent comme d’immenses paravents et à des fonds de scène de couleurs violemment primaires, rouge sang-de-pigeon et bleu azur , avec des découpures de ciel à la Magritte .Les costumes chamarrés et brillants de Katharina Weissenborn donnent l’atmosphère baroque, comme dans cette scène où le père de Melitto apparaît en somptueux costume d’apparat très Louis XIV,à côté de cette statue de marbre qui s’animera bientôt. Le costume et le grimage dorés de Cupidon sont également particulièrement réussis.Ce qui surprend tout au long de la soirée, c’est la capacité de la troupe à trouver le ton juste pour interpréter le répertoire baroque tout en faisant jouer cette corde comique auquel son public est tellement sensible. Bien sûr ce sont tous de grands comédiens chanteurs professionnels, mais les voix baroques supposent un entrainement particulier et les chanteurs s’y spécialisent, on est loin ici du répertoire habituel du théâtre.Cela rend d’autant plus remarquable la performance des chanteurs du Theater-am-Gärtnerplatz qui tiennent leur partie sans faillir, avec une bonne tenue, tant dans les récitatifs que dans la variété des arias, des duets et des ensembles. Sans doute les arias da capo sont-ils moins longs que chez un Haendel par exemple, mais il faut savoir les tenir. Et l’opéra de Telemann nous émerveille par sa variété et son rythme: à côté des arias da capo, les duets se succèdent (il y en a onze, pour souligner les nombreuses rivalités féminines de la bigamie), sans compter un trio, deux quintettes et des choeurs. L’impression de diversité est encore accentuée par le passage fréquent de l’allemand dominant à l’italien, et même, comme on l’a déjà souligné, au latin.On a pu avoir l’impression de vivre un baroque actualisé, un new age du baroque au service du comique de situation. Le metteur en scène et les comédiens chanteurs sont parvenus à rendre actuelle cette oeuvre qui a près de trois cents ans, mais dont les thèmes de jalousie et de fidélité sont éternels. L’orchestre avec son mélange d’instruments anciens et contemporains participe lui aussi de cette modernité. La morale de l’histoire n’est pas en reste : si elle célèbre la monogamie, cela peut être celle d’un couple gay, comme le souligne le metteur en scène dans un clin d’oeil final.Si la performance des chanteurs de la troupe et du chanteur invité ont été unanimement saluée, c’est à l’orchestre et à son chef que revient la laudatio maxima. Le chef Jörn Hinnerk Andresen a su communiquer sa passion pour la musique baroque à l’orchestre du théâtre adapté pour cette production par l’apport de quatre musiciens extérieurs et a su rendre les modulations de l’écriture vocale et des couleurs instrumentales de cet opéra de Telemann pétillantes comme une excellente coupe de Sekt! Zum voll ! « 

Cité de la Musique – 13 octobre 2007 – version de concert – Akademie für Alte Musik – Choeur du Festival d’Innsbruck – dir. René Jacobs – avec Marcos Fink (Sokrates), Inga Kalna (Xantippe), Kristina Hansson (Amitta), Daniel Jenz (Pitho), Michael Kranebitter (Plato), Sun-Hwan Ahn (Alcibiades), Richard Klein (Xenophon), Alexey Kudrya (Aristophanes), Sunhae Im (Rodisette, Cupido), Birgitte Christensen (Edronica), Donat Havar (Melito), Matthias Rexroth (Antippo), Maarten Koningsberger (Nicia)

 

Berlin – Staatsoper Unter den Linden – 29 septembre, 1er, 3, 5, 7, 9, 11 octobre 2007 – Akademie für alte Musik – Innsbruck Festival Chorus – dir. René Jacobs – mise en scène et costumes Nigel Lowery – mise en scène et chorégraphie Amir Hosseinpour – lumières Johann Kleinheinz – dramaturgie Francis Hüsers – avec Marcos Fink (Sokrates), Sunhae Im (Rodisette / Cupido), Birgitte Christensen (Edronica), Inga Kalna (Xantippe), Kristina Hansson (Amitta), Donat Havar (Melito), Matthias Rexroth (Antippo), Maarten Koningsberger (Nicia), Daniel Jenz (Pitho), Alexey Kudrya (Aristophanes), Michael Kranebitter (Plato), Sun-Hwan Ahn (Alcibiades), Richard Klein (Xenophone) – nouvelle coproduction avec Festwochen der Alten Musik, Innsbruck

Innsbruck – Festival de Musique Ancienne – 12, 14, 16 août 2007 – Akademie für alte Musik – Innsbruck Festival Chorus – dir. René Jacobs – mise en scène et costumes Nigel Lowery – mise en scène et chorégraphie Amir Hosseinpour – avec Marcos Fink (Sokrates), Sunhae Im (Rodisette / Cupido), Birgitte Christensen (Edronica), Inga Kalna (Xantippe), Kristina Hansson (Amitta), Donat Havar (Melito), Matthias Rexroth (Antippo), Maarten Koningsberger (Nicia), Daniel Jenz (Pitho), Alexey Kudrya (Aristophanes), Michael Kranebitter (Plato), Sun-Hwan Ahn (Alcibiades), Richard Klein (Xenophone) – nouvelle coproduction avec Deutsche Oper Berlin

La Libre Belgique

« On connaissait déjà par le disque (Mc Gegan pour Hungaroton, 1987) et diverses représentations données au XXe siècle « Der Geduldiges Sokrates » ( » La patience de Socrate »), opéra créé par Georg Philip Telemann pour l’Opéra d’Hambourg (le fameux Gänsemarktoper, 2000 places !) en 1721. Mais il était logique que notre compatriote René Jacobs, passionné par l’opéra baroque allemand et soucieux de réhabiliter Telemann (il avait déjà monté son « Orpheus »), se penche sur cet opéra plus comique et bucolique que véritablement philosophique, surtout en cette année où le Festival d’Innsbruck se consacre particulièrement à ce compositeur qu’on réduit trop souvent à sa Musique de table. Le livret part d’un décret du sénat athénien (l’histoire y reconnaîtra les siens !) : pour repeupler la ville décimée par les combats, chaque homme doit prendre deux épouses. A Xanthippe, Socrate ajoute ainsi Amitta, et réaménage sa maison en conséquence : deux bibliothèques à épousseter dans le salon et, surtout, deux cuisines identiques. Quand il n’enseigne pas à ses élèves (Platon, Alcibiade, Xénophon façon collégiens anglais, flanqués de Python, ténor comique en culotte tyrolienne), Socrate – plus philosophe grec que nature avec toge, sandales, barbe et crâne chauve déformé par un cerveau hypertrophié – arbitre les conflits entre ses deux mégères rousses. Parallèlement, on suit une seconde action, où le prince Méliton, déjà flanqué d’une fiancée, doit choisir entre les princesses Rodisette et Edronica laquelle sera sa seconde épouse. Ami de la famille, Socrate aidera le jeune homme à faire son choix, au troisième et dernier acte. Entre-temps, il y aura eu plus de quatre heures d’opéra (réduites par Jacobs à trois heures quinze environ), avec quantité d’arias da capo (mais bien plus brefs que dans les opéras contemporains de Haendel), mais aussi – chose rare – onze duos (favorisés par la structure binaire du livret), un trio, deux quintettes et des choeurs, le tout donnant à l’oeuvre beaucoup de rythme et de diversité, d’autant que les airs alternent l’allemand (dominant) et l’italien.Saint-Matthieu Donnant vie aux récitatifs (périlleux pour les chanteurs, car souvent dans l’aigu), nourrissant son continuo (fût-ce en citant le « Geduld » de la Saint-Matthieu de Bach !), raccourcissant tel ou tel da capo, le chef belge réussit à éviter l’ennui des opéras à numéros. Avec l’aide précieuse de l’Akademie für Alte Musik de Berlin, devenu un de ses orchestres favoris, mais aussi d’une belle brochette de solistes comprenant notamment Marcos Fink dans le rôle-titre, Inga Kalna et Kristina Hansson dans ceux de ses épouses ou encore Sunhae Im (ancienne lauréate du Concours Reine Elisabeth) en Rodisette, Daniel Jenz (Pitho) ou Alexey Kudrya campant un délicieux Aristophane en dandy romantique.Loufoque ? Certes, grâce aussi à la mise en scène helzapoppinesque de Nigel Lowery et Amir Hosseinpour, qui avaient déjà signé pour Jacobs un mémorable « Rinaldo » qu’on a pu voir depuis à l’Opéra flamand : une suite permanente de gags, des chorégraphies entre aérobic et langage sourd muet, et même deux (chiffre sacré !) pékinois et autant de blondes vulgaires, top rouge et or, casquette et mini short blanc, talons aiguilles et bijouterie en devanture, dont la présence dans un opéra semble aussi improbable que celle de Socrate dans un stade de football. Sans oublier les bouteilles de retsina et même un choeur qui danse un semblant de sirtaki : mais puisque Socrate chante bien « ce que je sais, c’est que je ne sais rien » sur un tempo de gavotte… « 

Rheinsberg – Schlosstheater – Kammeroper Schloß – 22, 23, 26, 27, 29, 30 juillet 2005 – dir. Wolfgang Katschner – mise en scène Eike Gramss – décors, costumes Gottfried Pilz – avec Diana Marina Fischer (Xanthippe), Sonja Gornik (Amitta), Andreas Baumeister (Sokrates)

 

Magdebourg – Telemann Festtage – 15, 16 mars 1998 – Atelier Lyrique de Tourcoing – 22, 24 mars 1998 – dir. Jean-Claude Malgoire – mise en scène Alain Carré – avec José-Antonio Carril (Socrate), Rebecca Ockenden (Rodisette), Machteld Willems (Edronica), Rebecca Jane Broberg (Xantippe), Valérie Gabaïl (Amitta), François-Nicolas Geslot (Melitto), Martin Wölfel (Antippo), Holger Marks (Pitho).

Der geduldige Socrates à Tourcoing« Rappelons brièvement les enjeux de ce spectacle, donné à Magdebourg et Bruxelles avant Tourcoing, à Varsovie après, avec le soutien de la Commission Européenne et en phase avec les « Telemann Festtage » de Magdebourg, dont la 14ème édition est consacrée au thème « Telemann et la France ». Les prémisses de cette coproduction se tinrent à Royaumont, en août 1997, permettant a cent vingt chanteurs d’auditionner puis, en ce qui concerne la quinzaine de solistes retenus, de se produire en public. Dix pays différents sont représentés par la distribution, qui compte aussi bien des étudiants que de jeunes professionnels, tandis que l’orchestre est constitué d’instrumentistes venus de La Grande Ecurie, de l’Ensemble Musicae Antiquae Collegium Varsoviense ou de l’Orchestre de Chambre Telemann de Michaelstein…Parmi la dizaine des opéras de Telemann qui nous est restée (de la quarantaine qu’il composa), La Patience de Socrate (1721) est, sans doute, l’un des plus riches et séduisants. En partie grâce au livret vivant, bien que répétitif, emprunté par von König au Vénitien Minato ; mais surtout, grâce à l’incroyable variété et prolifération de la musique. Représentant par excellence des « goûts mêlés » dont l’Allemagne se faisait alors l’écho, Telemann, selon les canons de l’opéra hambourgeois (aussi illustrés par I’Almira de Haendel et le Croesus de Keiser) n’hésite pas à juxtaposer ariettes italiennes, lieder et ensembles en allemand, danses et marches à la française. Au-delà de ce panachage culturel, ce qui frappe avant tout, c’est l’inépuisable inventivité d’un compositeur qui, en quelques traits, sait rendre le caquetage de deux mégères (le duo « Lieta son la »), l’abandon luptueux d’une amoureuse (l’extraordinaire « O ihr Sonnen » d’Edronica), la frivolité d’un bellâtre (« Gare senza amore » de Melitto) ou la patience ironique du philosophe (l’étonnant trio de l’acte III).L’incisivité rythmique, le jeu sur les silences, l’élégance mélodique et une instrumentation d’un raffinement inouï sont les atouts d’une musique qui tire parti de toutes les occasions. Et celles-ci sont nombreuses, au fil des quelque quatre heures de musique (60 numéros !) que compte la partition originale, ici réduite à un peu plus de deux heures – et fort intelligemment, il faut le dire, aucun des personnages n’apparaissant lésé. Ce sont surtout les deux derniers actes qui ont été élagués, mais Jean-Claude Malgoire, coupant un récitatif ici, une reprise là, quelques scènes entières, intervertissant certains passages, redonne à l’oeuvre une cohérence qu’elle n’a pas forcément, et on ne pleure que quelques airs nobles d’Antippo ou de Melitto, et le beau duo « O mia caro » des épouses de Socrate. La cohérence du spectacle est aussi largement tributaire du travail de mise en scène d’Alain Carré, fluide et efficace, qui parvient à caractériser les quatorze personnages, en les opposant par couples ce qui est évidemment induit par la partition. Ainsi, l’imposeante Xantippe contraste avec l’acide Amitta, la frivole Edronica avec la mélancolique Rodisette, le prétentieux Melitto avec le gauche Antippo, etc. Tous les chanteurs jouent le jeu dans les limites que leur concède une timidité encore évidente, avec une mention particulière au Socrate las et bonhomme de José-Antonio Carril.Côté voix, rien d’absolument remarquable non plus que de réellement critiquable, à une exception près : François-Nicolas Geslot, qui tient, hélas, le rôle principal (Melitto), et dont l’absence absolue de soutien, la technique inexistante et le jeu stéréotypé ne justifient pas les fréquentes apparitions sur les scènes françaises. Le ténor Holger Marks, la charmante Machteld Willems (au placement un peu haut), la piquante Valérie Gabaïl semblent des valeurs plus sûres, à suivre. Tous les interprètes partagent, ceci dit, le même défaut un certain manque de mordant, d’engagement physique et rythmique, et ce malgré le soutien constant que leur apporte l’orchestre. Celui-ci, divisé en deux « choeurs » encadrant l’espace scénique (assez laid…), participe subtilement à l’évolution dramatique, tout en nous offrant une prestation des plus délicieuses. On regrette parfois un certain manque d’ampleur, mais la précision du travail mené par Jean-Claude Malgoire, qui veille à rendre perceptibles les racines françaises de l’écriture, reste constamment appréciable. Dans l’ensemble, une réalisation originale et plaisante qu’on aurait plaisir à revoir ». (Opéra International – mai 1998)

Abbaye de Royaumont – 31 août 1997 – version de concert – dir. Jean-Claude Malgoire – avec Valérie Gabaïl (Amitta), Karasawa, Machteld Willems (Edronica), Benabdeslam, Bruin, François-Nicolas Geslot (Melitto), Novelli, José-Antonio Carril (Socrate)

Magdebourg – 1981

Magdebourg – 1965