Orpheus

COMPOSITEUR Georg Philip TELEMANN
LIBRETTISTE d’après Michel du Boulay
ENREGISTREMENT ÉDITION DIRECTION ÉDITEUR NOMBRE LANGUE FICHE DÉTAILLÉE
1996 2003 René Jacobs WDR/Harmonia Mundi 2 allemand
2010 2013 Michi Gaigg DHM 2 allemand

 
Opéra en trois actes, d’après le livret écrit par Michel du Boulay pour la tragédie lyrique mise en musique par Louis Lully, fils de Jean-Baptiste.
Il fut créé, en version de concert le 9 mars 1726, à l’Opéra de Hambourg, sous le titre Die wunderbare Beständigkeit der Liebe oder Orpheus (La Merveilleuse constance de l’amour ou Orphée), puis mis en scène à Karlsruhe, en 1728, dans la résidence di margrave Carl-Wilhelm von Baden-Durlach.
La soprano Margaretha Susanna Kayser (*) tenait le rôle d’Orasia.
(*) Margaretha Susanna Kayser (1697 – 1750), dite Kayserin, diva de l’opéra de Hambourg de 1717 à 1732.

Il ne fut représenté à Hambourg que le 15 octobre 1736, sous le titre Die rachberiege Libe, oder Orasia, verwittwete Könogin in Thracien (L’Amour assoiffé de vengeance ou Orasie, le reine veuve de Thrace).
Le livret est en allemand, mais quelques airs sont écrits en italien et en français. La partition fut retrouvée en 1978.
Le livret mêle à la légende d’Orphée et Eurydice le personnage d’Orasie, reine de Thrace, amoureuse dédaignée d’Orphée, et jalouse meurtrière d’Eurydice.
« Amoureuse d’Orphée, la reine des Thraces provoque la mort d’Eurydice pour avoir le poète tout à elle. Découvrant ses manigances, Orphée se détourne de la criminelle qui le fait aussitôt mettre en pièces par les bacchantes avant de se tuer. Scènes de cour et pastorales se partagent une musique extrêmeme-ment variée qui atteint un puissant niveau dramatique quand Orasia laisse éclater sa passion. A l’instar de bien des opéras baroques, c’est aux Enfers, royaume de Pluton, que la musique produit son meilleur effet. Certes, elle reste le plus souvent prisonnière d’un cadre sévère-ment délimité, mais le musicien ne fait pas moins preuve de beaucoup de virtuosité dans son approche des modèles français et italiens, et cet Orpheus n’a rien à envier aux oeuvres de son époque. » (Opéra International – janvier 1995)

« Au schématisme des situations répond une articulation très simple en trois actes, respectivement Mort d’Eurydice, Orphée aux enfers, Mort d’Orphée. Mais de même que le livret mêle les langues, les situations et les personnages en une mosaïque shakespearienne, la réalisation musicale apparaît d’une permanente diversité, faisant sans cesse rebondir l’intérêt de l’auditeur. Diversité des parties chantées, allant du simple récitatif aux plus variées des arias, jusqu’à l’aria a da capo et à coloratures de l’opera seria, en passant par toutes sortes de formules d’arioso extrêmement libres, parfois très dramatiques, voire à des ariettes annonçant le futur Singspiel. Les affects des personnages et les climats des situations sont cernés avec une grande justesse : la haine d’Orasie, sur la véhémence de l’orchestre, cordes rageuses, trémolos et vigoureux accords dissonants entrecoupés de silences impressionnants, comme la solitude et la rêverie d’Orphée. Dans ses principaux airs (après la mort de sa jeune femme, à l’arrivée aux enfers et après la disparition d’Eurydice), celui-ci est caractérisé par la flûte à bec sur pizzicati de cordes, évoquant la lyre, dans le nimbe d’une beauté idéale, presque abstraite, contrastant avec les cris d’Orasie et la violence de Pluton.
L’ensemble instrumental participe très efficacement à cette caractérisation des affects, notamment par les sinfonie qui les annoncent ou les prolongent, comme cette audacieuse sinfonia de l’effroi ouvrant le deuxième acte, ou la brève et intense sinfonia du désespoir suivant la mort d’Orphée. Et l’on ne saurait omettre la délicieuse évocation de la nature au troisième acte, où l’on entend chanter les oiseaux parmi les prairies et les bois. A tous ces trésors d’une invention toujours renouvelée, il faut associer les divertissements dansés, dans le plus pur style français, sans pour autant négliger ici ou là une polonaise au rythme bien marqué, avec ses tournures modales et ses effets de bourdons. » (Telemann – Gilles Cantagrel – Papillon)

Synopsis détaillé

Acte I
Un vaste et agréable jardin, non loin de la capitale de la Thrace
(1) Orasie, reine de Thrace, veuve, confie à Ismène, sa dame d’honneur, qu’elle aime Orphée, mais que Euridice fait obstacle à cet amour. Elle annonce son intention de se venger Eurydice (air en italien Su, mio core), et demande aux Furies d’envoyer des vipères dans le jardin où les Nymphes viennent cueillir des fleurs. (2) Orphée et son ami Eurimédès arrivent. Orphée s’assied sans voir la reine, et chante avec le chœur des Nymphes la douceur de vivre. Orasie se découvre et lui rappelle ses devoirs à la cour. (3) Orphée fait part à Eurimédès de son déplaisir de devoir retourner à la cour de la reine (air en italien Chi sta in corte) et de son intention de s’enfuir en Grèce. (4) Eurydice survient et les amants échangent des paroles d’amour. (5) Euridice retourne avec les Nymphes qui chantent (choeur en français Les plaisirs sont de tous les âges) et dansent. (6) La nymphe Céphise voit Eurydice mourir sous ses yeux, mordue par un serpent. Orphée accourt et tente de ranimer Eurydice. (7) Eurydice dit adieu à Orphée et meurt dans ses bras. Orphée s’évanouit. (8) Eurimédès déclare son amour à Céphise (air en italien A l’incendio d’un occhio amoroso), mais celle-ci le repousse, car les nymphes privilégient la liberté (choeur en français N’aimons que la liberté). (9) Orphée se lamente et appelle la mort. (10) Orasie se réjouit de la mort d’Eurydice, et espère pouvoir aimer Orphée (air en français C’est ma plus chère envie). (11) Eurimédès conseille à Orphée d’aller arracher Eurydice à Pluton par le pouvoir de son chant. Orphée est décidé à suivre son conseil (air en italien Come Alcide discendo all’inferno).

Acte II
Une vaste contrée, où Pluton assis sur son trône, juge les esprits qui arrivent. Dans le lointain, différents symboles de son royaume souterrain.
(1) Pluton entends un intrus dans son royaume, et craint qu’il soit envoyé par Jupiter. Ils demande à ses serviteurs de se préparer. On entend une très agréable mélodie venue de loin, à laquelle Pluton est sensible. Mais il se ressaisit et prépare la résistance. (2) Son serviteur Ascalax annonce qu’un étranger arrive, mais seul et sans armes, qui a réussi à séduire Cerbère et Charon. (3) Orphée s’avance, plein de crainte et d’espoir (air en italien Tra speranza, e tra timore). Apercevant Pluton et sa suite, il s’arrête. (4) Il explique à Pluton la raison de sa venue. Pluton, ému, l’envoie vers Proserpine auprès de qui se trouve Eurydice. Dans un élan de compassion, il demande que l’on libère la troupe des damnés. (5) Les damnés expriment leur joie (choeur en français Heureux Mortel, quelle est ta gloire !) et dansent. (6) Ascalax arrive avec Eurydice voilée et énonce la condition émise par Pluton : ne pas la regarder avant d’avoir quitté les enfers. Il leur indique le chemin, et ajoute, de la part de Pluton, que c’est la jalousie d’Orasie qui est à l’origine de la mort d’Eurydice. Ascalax annonce aux damnés qu’ils retrouveront leurs chaînes dès Orphée parti, et se demande s’il fallait vraiment leur accorder une joie brève, suivie d’un tourment encore plus grand. (7) Orphée et Eurydice sont impatients de voir la lumière du ciel. La lumière s’éteint et l’obscurité devient complète. Puis la lumière revient et on voit une partie du Rhodope et, creusée dans la montagne, une caverne de laquelle Orphée vient de sortir. Orphée, qui n’entend plus Eurydice, s’inquiète, et l’appelle. sans réponse, il se retourne et voit Eurydice quqi semble sortir de la caverne, mais est violemment tirée en arrière par les serviteurs de Pluton. (8) Orphée ne comprend pas, n’ayant pas conscience d’avoir enfreint l’interdiction. Il se décide à rebrousser chemin (air en italien Vezzosi lumi). (9) Les serviteurs de Pluton lui barrent le chemin et le repoussent à l’extérieur.

Acte III
Le mont Rhodope
(1) Orasie attend qu’Orphée revienne sans Eurydice, mais son coeur est tiraillé entre la crainte et l’espoir, la haine et l’amour. Elle est toutefois bien décidée à renvoyer Eurydice aux enfers si Orphée a réussi à l’en arracher, en déchaînant ses nymphes contre Eurydice, lors de la fête de Bacchus. Ismène se dit que la vengeance est une étrange chose. (2) Orasie accueille Orphée avec hypocrisie. Orphée lui révèle qu’il sait qu’elle est responsable de la mort d’Eurydice et repousse ses avances. Orasie éclate de colère et crie vengeance (air en italien Vieni, o sdegno).
Une partie d’un jardin non loin du mont Rhodope, entouré d’un agréable paysage de prairies et de bois
(3) Eurimédès s’inquiète de savoir où est Céphise (air en italien Augelleti, che cantate). Il aperçoit Orphée assis, triste et perdu dans ses pensées. Il retrouve avec joie Orphée, mais celui-ci veut rester seul avec son chagrin. (4) Seul, Orphée se rend compte qu’il a perdu deux fois son Eurydice. L’écho de la forêt répète une partie de sa plainte, les animaux sauvages arrivent pour l’écouter. Il lance sa couronne de laurier et sa lyre, se fait des reproches et attend la mort, seule capable de lui rendre Eurydice. (5) Orasie se dit délivrée de son amour et uniquement occupée de sa vengeance. Sa suite crie également vengeance. (6) Une bande de femmmes ivres et déchaînées tiennent chacun un bâton entouré de lierre à la main. (7) La Prêtresse de Bacchus et le choeur des femmes demandent qu’Orphée leur soit livré et invoque Bacchus. Orasie leur demande de chercher Orphée. On finit par l’apercevoir. Les femmes lancent leurs bâtons sur lui et s’en reviennent avec, comme trophées, des morceaux de sa couronne de laurier et de sa lyre. Orasie voit Orphée renoncer à la vie avec courage et sent l’effroi la gagner. La Prêtresse de Bacchus annonce qu’Orphée est mort, les femmes lancent des cris de victoire. (8) La mort d’Orphée n’a apporté à Orasie qu’un nouveau tourment. Sa colère est tombée et l’amour revient encore plus fort. Les spectres d’Orphée et d’Eurydice lui apparaissent dans le lointain et elle se rend compte que le voeu d’Orphée de retrouver Eurydice est maintenant réalisé (air en français Hélas, quels soupirs me répondent ?). Orasie n’a plus comme issue que de mourir à son tour pour espérer détourner Orphée d’Eurydice jusque dans les enfers.

(d’après le livret Harmonia Mundi)


Représentations :

Londres – St George’s Hanover Square – 18 mars 2013 – version de concert – The Orchestra of Classical Opera – dir. Ian Page – avec Eleanor Dennis Orasian, Jonathan McGovern Orpheus, Alexander Sprague Eurimedes, Susanna Hurrell, Rhian Lois, Elinor Rolfe Johnson, Rupert Enticknap

 

Retz – Stadtpfarrkirche St Stephan – Autriche – 5, 7, 8, 13, 15 juillet 2012 – Labyrinthevocalensemble – dir. Andreas Schüller – mise en scène Monika Steiner – décors Alexander Löffler – costumes Inge Stolterfoht – lumières Pepe Starmann – chef de choeur Hannes Marek – avec Mathias Hausmann (Orpheus), Bernada Bobro (Orasia), Katharina Stummer (Eurydike), Mara Mastalir (Ismene), Yasushi Hirano (Pluto), Matthias Spielvogel (Eurimedes), Csongor Szanto (Ascalax)


New York, El Museo del Barrio – 12, 15, 17, 20 mai 2012 – dir. Gary Thor Wedow – mise en scène Rebecca Taichman – décors, costumes David Zinn – lumières Donald Holder – chorégraphie Mark Dendy – avec Daniel Teadt (Orpheus), Joelle Harvey (Eurydice), Michelle Areyzaga (Ismene), Meredith Lustig (Cephisa), Daryl Freedman (Ascalax), Victor Ryan Robertson (Eurimedes), Kelly Markgraf (Pluto)


Opéra Magazine – juillet/août 2012

« Sur les quatre titres de la saison organisée «hors les murs» par le New York City Opera […] l’Orpheus de Telemann (1727) a, quant à lui, constitué une déception. Au chapitre des regrets : les ornements que le chef Gary Thor Wedow a autorisés à une équipe de chanteurs pourtant peu virrtuoses ; et le remplacement des choeurs par un quatuor de solistes.
Plus généralement, le spectacle soulève une question : s’agit-il bien de la même maison qui, voici un demi-siècle, fit découvrir l’opéra baroque au public new-yorkais, d’abord avec L’Orfeo de Monteverdi par Gérard Souzay (1960), puis le Giulio Cesare réunissant Beverly Sills, Maureen Forrester et Norman Treigle (1966)? Et qui, plus récemment, proposa des lectures haendéliennes marquantes, servies par des têtes d’afffiche comme Carol Vaness, Lorraine Hunt Lieberson, David Daniels et Bejun Mehta ?
Dans Orpheus, la seule à évoquer cette brillante tradition est Joélle Harvey, Eurydice émouvante et stylée. Le baryton Daniel Teadt est un Orpheus de petit format, dont l’instrument devient râpeux sous la pression, le soprano plein d’ardeur de Jennifer Rowley s’avérant trop inégal pour rendre justice au rôle central de la jalouse reine Orasia. On deemande à réentendre cette voix généreuse dans un autre répertoire.
Renommée pour ses audacieuses «relectures» des pièces de Shakespeare, Rebecca Taichman tombe dans la plupart des pièges tendus sous les pas des metteurs en scène novices à l’opéra : clichés visuels (l’Arcadie peuplée de gens en habits de tous les jours, les Enfers transformés en entreprise high-tech) et gestes mille fois vus (chanteurs éclusant des bouteilles vides ou retouchant leur maquillage). Sans oublier l’inévitable personnage supplémentaire, ici, l’omniprésent serpent qui envoie Eurydice au royaume des morts, incarné par la danseuse Catherine Miller. »

Opéra de Magdebourg – 13, 14, 20, 21 mars 2010 – Opera Fuoco – dir. David Stern – mise en scène Jakob Peters-Messer – décors, costumes Markus Meyer – dramaturgie Ulrike Schröder – avec Luanda Siqueira (Orasia), Pierrick Boisseau (Orpheus), Dana Marbach (Euridice), Caroline Meng (Ismene), Peter Diebschlag (Eurimedes), Bartolo Musil (Pluto), Clémentine Margaine (Ascalax) – nouvelle coproduction avec Opera Fuoco, Paris; Magdeburger Telemann-Festtagen

 

Paris – Cité de la Musique – 6 janvier 2009 – version de concert – Opera Fuoco – dir. David Stern – avec Dietrich Henschel, baryton (Orpheus), Daphné Touchais, soprano (Eurydice), Rainer Trost, ténor (Eurimedes), Ann Hallenberg, mezzo (Orasia), Marc Labonnette, baryton (Pluto), Camille Poul, soprano (Ismène), Clémentine Margaine, mezzo-soprano (Ascalax), Caroline Meng, soprano (Cephisa), Luanda Siqueira, soprano (Die Priesterin), Aurélia Marchais, soprano (Suivante d’Orasia), Dorothée Leclair, soprano (Suivante d’Orasia)
Forum Opera – La Cité s’hambourgeoise…

« Etrange objet musical non identifié redécouvert il y a environ 30 ans que cet Orphée de Telemann sur un livret anonyme inspiré de celui que conçut Michel du Boulay pour Louis Lully (et non Jean-Baptiste comme on l’entend quelquefois). Tout d’abord une intrigue abracadabrantesque, renouvelant le mythe avec l’immixtion du personnage d’Orasie, Reine de Thrace follement éprise d’Orphée et jalouse de sa rivale Eurydice au point de l’assassiner. Et puis, une écriture musicale composite, synthèse du style hambourgeois à la Reinhardt Kaiser, mâtinée d’airs italiens (sur des paroles tirées d’opéras d’Haendel), et de chœurs français (sur des vers provenant d’œuvres de Lully). Voilà un opéra inclassable, trilingue, entre intermède, divertissement et tragédie, aux airs courts et rafraîchissants. Certes, il n’y a pas fondamentalement ici de bouleversement révolutionnaire, mais plutôt une juxtaposition harmonieuse des éléments issus de cultures musicales opposée, sur un livret – il faut bien l’avouer – dramatiquement assez faiblard et déséquilibré (gigantesque premier acte).
Si cette soirée fut une réussite, ce fut sans conteste grâce à la présence d’Ann Hallenberg, impériale dans le rôle de la vengeresse et jalouse Orasie. Dès son premier air « Wie hart ist mir das Schicksal noch ? » on apprécie cette belle projection d’un timbre uni et profond. Les récitatifs sont fermes et assurés, le chant bien assis même si de temps à autre l’émission est tendue (« Lieben, und nicht geliebet seyn », « Ach, fünd’ ich nicht »), les airs de fureur à l’italienne jouissifs et mitrailleurs. Le premier acte voit donc le personnage d’Orasie, très présent, se tailler la part du lion, quitte à écraser de sa fière prestance ses autres collègues. L’Orphée de Henschel s’avère hélas brouillon et imprécis en dépit d’un timbre rocailleux, et souffre d’un vibratello permanent, notamment dans « Einsamkeit ist mein Vergnügen » ou « Fliesst ihr Zeugen ». En outre, le phrasé est excessif tant le baryton surjoue son rôle, transformant le demi-dieu en caricature geignarde. Il parvient cependant à se faire aimer de Daphné Touchais qui campe une aimable et charmante Eurydice de sa voix claire et innocente. Un peu crispée dans ses courtes apparitions du premier acte (duo d’amour « Ohne dich kann ich nicht leben »), la soprano légère se révèle touchante de fragilité dans les scènes infernales.
A côté de cette galaxie plus ou moins sérieuse, les personnages secondaires comiques de Céphise et d’Eurimède sont brossés avec verdeur et drôlerie par Caroline Meng et Rainer Trost dans une optique purement « buffa » réjouissante de spontanéité (toute la scène 8 de l’acte I). Enfin, le Pluton de Marc Labonnette, débonnaire et grognon, d’abord paniqué par l’intrusion d’Orphée, puis mélomane cédant rapidement à ses suppliques répond bien à l’action du livret, quand bien même le maître des Enfers en ressort peu redoutable.
La lecture de David Stern, familier de Telemann – qui s’est déjà aventuré avec bonheur dans Der Tag des Gerichts et Jephta – est celle d’un Chardin ou d’un Boucher qui procède par touches de couleurs, tout en courbes et douceur. L’ouverture est ronde, chaude, les temps peu marqués, le premier chœur alangui voire mollasson (« Angenehmer Aufenhalt »). De l’orchestre d’Opera Fuoco émerge le continuo très volontariste de Jay Bernfeld, qui soutient avec brio et expressivité les récitatifs, de même que des bois grainés et des flûtes coulantes. Le noyau des cordes est plus terne, en retrait mais attentif et sensible. Autant dire que l’interprétation ne parvient pas réellement à insuffler sérieusement du drame à des péripéties farfelues et à des dialogues d’une platitude expliquant peut-être l’anonymat de leur auteur (notamment la scène de trépas d’Euridyce, où Orphée, hébété, répète 3 fois « Ach, Eurydice, stirbest du ? » – Ah Eurydice, tu te meurs ? »).
En définitive, il s’agit là d’une lecture paisible et éminemment agréable à entendre de cette œuvre rare de Telemann, d’où se détache très nettement l’Orasie d’Ann Hallenberg, et qui pousse l’auditeur, sitôt sorti, à se procurer au plus vite l’enregistrement de René Jacobs avec l’Orasie très différente de Dorothea Röschmann (Harmonia Mundi). »

Wolf Trap Opera – Virginie – États Unis – 16, 18, 23, 25 juin 2006 – avec Bronwen Forbay (Orasia), Alex Tall (Orpheus), Fiona Murphy (Eurydice), Jeremy Little (Eurimides), Maureen McKay (Ismene), Evelyn Pollock, Matt Boehler, Ronnita Miller



Berlin – Apollo Saal – 12, 14, 16, 19, 21 mai 2000 – dir. Attilio Cremonesi – mise en scène Peters-Messer – avec Smytka, Nold, Stojkovic, Trekel, Güra, Mannov, Wessel

 

Berlin – Deutsche Staatsoper – 17, 19, 21, 25 et 27 avril 1996 – dir. René Jacobs – mise en scène Jakob Peters Meser – costumes Tobias Hoheisel – avec Janet Williams, Roman Trekel (Orpheus), Dorothea Röschmann, Efrat Ben-Nun, Axel Köhler

 

Berlin – Deutsche Staatsoper – 20, 23, 25, 27 octobre, 2, 6, 8, 10 novembre 1994 – dir. René Jacobs – mise en scène Jakob Peters Meser – costumes Tobias Hoheisel – avec Janet Williams (Orasia), Roman Trekel (Orpheus), Carola Höhn, Efrat Ben-Nun, Axel Köhler (Ascalax), Grant Dixon (Plutone)

Axel Köhler (Ascalax)Roman Trekel (Orpheus)
« Quelques coupures auraient peut-être donné plus d’efficacité à l’ensemble. Déjà représentée à Innsbruck, cette production a obtenu un grand succès à Berlin. Mise en scène prudente et de bon goût de Jakob Peters-Meser, dans de beaux décors et surtout, avec les costumes ravissants de Tobias Hoheisel. Au pupitre de l’Akademie für Alte Musik, René Jacobs est plus stimulant et pétillant que jamais, au sommet de son art dans les airs d’Orasia qui débordent véritablement de sensualité. Janet Williams s’y montre tour à tour une reine pathétique et une coquette pleine d’artifice. La voix est généreuse et la colorature d’une agilité surprenante. L’Orphée de Roman Trekel, assez méchamment traité par le compositeur, reste correct, tandis que Grant Dixon (Pluton) nous éblouit par ses vocalises. Axel Köhler est excellent on Ascalax, garde du corps de Pluton. »

Innsbruck – Festival de Musique Ancienne – 14, 16 et 18 août 1994 – dir. René Jacobs – mise en scène Peters Messer – avec Janet Williams, Roman Trekel (Orpheus), Höhn, Efrat Ben-Nun, Eisenfeld, Hering

 

Eisenach – Théâtre régional – 1990 – Magdebourg – 1990 – première recréation