CD La Fida Ninfa (direction Jean-Christophe Spinosi)

LA FIDA NINFA

COMPOSITEUR

Antonio VIVALDI

LIBRETTISTE

Scipione Maffei

 

ORCHESTRE Ensemble Matheus
CHOEUR
DIRECTION Jean-Christophe Spinosi

Licori Sandrine Piau soprano
Morasto Veronica Cangemi soprano
Elpina Marie-Nicole Lemieux contralto
Oralto Philippe Jaroussky contre-ténor
Narete Topi Lehtipuu ténor
Giunone Sara Mingardo contralto

Eolo

Christian Senn

baryton-basse

DATE D’ENREGISTREMENT avril/mai 2008
LIEU D’ENREGISTREMENT

Notre-Dame du Liban – Paris

ENREGISTREMENT EN CONCERT non

EDITEUR Naïve
DISTRIBUTION
DATE DE PRODUCTION 18 novembre 2008
NOMBRE DE DISQUES 3
CATEGORIE DDD

Opere teatrali – volume 11

Video (4’42)

   Critique de cet enregistrement dans :

Le Monde de la Musique – janvier 2009 – appréciation 4 / 5

  « Huitième opéra de la monumentale édition Vivaldi entreprise par Naïve, quatrième à échoir à Jean-Christophe Spinosi, La Fida Ninfa passe pour une « délicate miniature pastorale aux prétentions dramatiques limitées » auprès de Frédéric Delaméa, auteur du texte de présentation et avocat pourtant zélé de Vivaldi. Il ne faut effectivement pas attendre de rudes conflits ni de graves tensions sentimentales du livret du marquis Francesco Scipione Maffei, écrit en 1714 et ressorti d’un tiroir pour l’inauguration du Nuovo Teatro Filarmonico de Vérone en 1732. Il se contente des traditionnelles recettes de l’opera seria où les amours entre jeunes gens doivent être contrariées par le pouvoir militaire.

Il faut donc oublier tout espoir de s’étourdir d’airs de bravoure à répétition, de s’émerveiller d’exercices pyrotechniques, de se saturer d’effets en tout genre, mais, au contraire, se laisser gagner par une belle inspiration mélodique et une orchestration raffinée. Aussi le familier des enregistrements musclés de lean-Christophe Spinosi, amateur d’émotions fortes, risque-t-il d’attendre en vain le grand choc. D’autant que le chef travaille avec un soin particulier une matière sonore volontairement raréfiée, multipliant les faibles niveaux dynamiques et demandant aux archets une légèreté de plume. Le théâtre reste pourtant présent, comme le rappellent des récitatifs toujours animés et vifs.

Le chant bénéficie d’une distribution de grand luxe, assez bien pensée pour que les voix aiguës, majoritaires, évitent de se mélanger. Sandrine Piau restitue parfaitement le tempérament fort de Licori, cette Fida ninfa, nymphe fidèle depuis toujours à Osmino (Morasto), finement interprété par VeronicaCangemi. Philippe Jaroussky prête sa voix séraphique aux interrogations de Tirsi (Osminto) et Marie-Nicole Lemieux ses talents de chanteuse-actrice aux émotions rapides d’Elpina. Lorenzo Regazzo se montre aussi à l’aise dans la menace tyrannique que dans la noblesse (« Perdo ninfa ») tandis que Topi Lehtipuu évite toute mièvrerie dans la bouleversante supplique de Narete au tyran ( « Deh, ti piega, deh, consenti »).

Ce disque est annoncé comme le dernier Vivaldi de Jean-Christophe Spinosi. Le chef a manifestement préféré partir sur la pointe des pieds que sur un coup de tonnerre. »

Opéra Magazine – janvier 2009 – appréciation 3 / 5

« Séries triomphales de concerts, casting haut de gamme où l’on se permet d’avoir Sara Mingardo en simple deus ex machina, chef qui dirige Vivaldi comme il respire et, enfin, opéra dans lequel de nombreuses sirènes voyaient l’un des plus accomplis du compositeur : autant d’éléments annonçant une réussite éclatante et qui conduisent àune déception.

Tout d’abord, cette Fida ninfa, créée àVérone en 1732, n’est pas aussi belle que son portrait voulait le laisser croire. Le livret n’est pas des plus passionnants et le texte de présentation de l’enregistrement parle, à juste titre, de « délicate miniature pastorale aux prétentions dramatiques limitées ». Si la partition est soignée, elle laisse entendre plus de métier que d’inspiration. Un trio à l’acte I, un quatuor au II, un duo au III, ainsi que quelques airs spectaculaires, animent certes ce joli divertissement, mais il manque un véritable liant dramatique pour donner une vie organique à cette mécanique bien huilée. La distribution, ensuite, n’a pas tout à fait le lustre annoncé. La vélocité deVeronica Cangemi est indubitable, mais son soprano accuse quelques raideurs et l’émission, pâteuse, nuit au legato et à la diction. Legato malmené également pour Marie-Nicole Lemieux, très belle voix et personnalité sympathique, qui continue à plier sa vocalité à ce répertoire en ayant recours à un maniérisme malvenu. La basse Lorenzo Regazzo et le ténor Tapi Lehtipuu (superbe « Deh, ti piega » au II) sont satisfaisants, mais seuls Sandrine Piau et Philippe Jaroussky parviennent, en définitive, à véritablement retenir notre attention. Comment a-t-on pu gâter une entreprise en ayant autant d’atouts en main ? Une fois encore par une prise de son totalement inadaptée, qui fait probablement passer les performances des interprètes pour moins intéressantes qu’elles ne sont. Tout est plat, froid, les basses sont étouffées et l’ensemble manque de relief (quelle différence avec ce que l’on pouvait entendre au concert !), avec une touche de réverbération qui nous maintient définitivement à l’écart de toute émotion. Un beau gâchis. »