Alcyone ou Alcione

Edition de 1706

COMPOSITEUR Marin MARAIS
LIBRETTISTE Antoine Houdar de La Motte
DATE DIRECTION EDITEUR NOMBRE LANGUE FICHE DETAILLEE
1990 Marc Minkowski WEA/Erato 3 français

 Tragédie lyrique en un prologue et cinq actes, représentée, avec succès, à l’Académie royale de musique le 18 février 1706.

La distribution réunissait : Charles Hardouin (Tmole), Jacques Cochereau (Apollon), Jean Dun (Pan) et Marie-Catherine Poussin (Une Bergère) pour le prologue, Boutelou fils (Ceix, roi de Trachines), Marie-Louise Desmatins (Alcione, fille d’Eole), Gabriel-Vincent Thévenard (Pelée, ami de Ceix), Jean Dun (Phorbas, Magicien), Mlle Dupeyré (Ismène, Magicienne), Marie-Catherine Poussin (Doris, confidente d’Alcione), Mlle Loignon (Céphise, confidente d’Alcione), Charles Hardouin (le Grand-prêtre de l’Hymen, Chef des matelots), Louis Mantienne (Un Matelot), Mlle Aubert (Une Matelote), Françoise Dujardin (La Prêtresse de Junon), Pierre Chopelet (Le Sommeil), Lebel (Phosphore, père de Ceix), Charles Hardouin (Neptune).

Trente-deux interprètes formaient les choeurs, et vingt-trois danseurs participaient aux divertissements, dont Claude Balon, Michel Blondy et Dangeville l’aîné. 

Le 17 février 1711, Louis XIV fit exécuter la fameuse Tempête à Marly, qu’il n’avait jamais entendue, pour l’ouverture d’un bal. Elle fut également adoptée dans une parodie de Télémaque à la foire Saint-Germain.

De 1712 à 1716, un danseur anglais, Richard Baxter, fit partie de la troupe de dame Baron. Travesti en femme, il copiait l’inimitable demoiselle Prévost, dans sa dance du Caprice et celle de la Tempête d’Alcyone.

Des reprises eurent lieu :

le 17 avril 1719, sans grand succès, avec Le Mire, Murayre, Dubourg et Mlle Tulou pour le prologue, Françoise Journet (Alcyone), Murayre (Ceix), Le Mire (Pelée), Dubourg (Phorbas, Neptune), Mlle Antier (Ismène), Mlle Lagarde (Doris), Mlle Tulou (Céphise), Dautrep (le Sommeil) ; le 9 mai 1730, et jusqu’au 11 juillet, compte tenu du succès, puis le 28 septembre, avec Fontenai, Dumast, Dun et Mlle Petitpas pour le prologue, Tribou (Ceix), Mlle Pélissier (Alcyone), Dun (Phornas, Neptune), Mlle Eremans (Ismène), Mlle Minier (Doris), Mlle Petitpas (Céphise), Dumast (le Sommeil) ; Marie Sallé et la Camargo participèrent aux ballets ;

Edition 1730

le 21 septembre 1741, avec Dun (Tmole), Bérard (Apollon) et Albert (Pan) pour le prologue, Jélyotte (Ceix, Morphée), Mlle Pélissier, puis Mlle Bourbonnois (Alcyone), Le Page (Pelée), Albert, puis Lefèbvre (Phorbas), Mlle Eremans (Ismène), Mlle Bourbonnois (Doris), Bérard (Le Sommeil). A partir du 31 octobre, et jusqu’au 12 novembre, le prologue fut supprimé, et on joua à la fin de la tragédie Le Temple de Gnide, pastorale de Jean-Joseph Mouret sur un texte de Bellis et Roy ; le 19 octobre 1756, avec succès, les représentations se polongeant jusqu’à la fin de l’année et reprenant le 6 mai 1757 ; la distribution réunissait Mlle Chevalier (Alcyone), Mlle Davaux (la Prêtresse de Junon), Poirier (Céix, Morphée), Gelin (Pélée), Person (Phorbas), Larrivée (le Grand-Prêtre de l’Hymen, Neptune), Mlle Jacquet (Ismène), Mlle Dubois (une Eolienne), Mlle Chefdeville (Céphise), Mlle Dubois (une Matelote), Langlois (le Sommeil, Phospore), ;

Edition de 1756

le 30 avril 1771, avec Mlle Beaumesnil (Alcyone), Legros (Céix), Larrivée (Pélée), Gélin (Phorbas), Mlle Duplant (Ismène, la Prêtresse de Junon), Mlle Guimard (la Grande-Prêtresse de Junon), Mlle Le Bourgeois (une Eolienne, une Matelote), Durand (le Grand-Prêtre de l’Hymen, Neptune), Muguet (le Sommeil, Phospore), .

Edition 1771

Une parodie fut jouée en 1719 sous le titre L’Ami à la mode, sur un texte de Fuzelier, puis une autre, sous le titre Alcione, le 26 octobre 1741, au Théâtre des Italiens, sur un texte de Romanesi et une musique de Blaise.

Le choeur des matelots du IIIe acte, et la tempête du IVe acte connurent un brillant succès.

La partition fut éditée en 1706. Le livret fut réédité par Jean-Baptiste Christophe Ballard à l’occasion de la reprise de 1730, puis par Veuve Delormel et Fils à l’occasion de la reprise de 1756, puis par Delormel à l’occasion de la reprise de 1771.

 

66me Opéra. C’est une Tra. de La Motte, mise en musique par Marais, & représentée pour la premiere fois le 18 Fév. 1706 : elle est gravée en musique in-4. Le Prologue est formé par Apollon, Pan, les Muses & le Dieu du mont Tmolle. Le sujet de la piece est tiré de la fable X. du livre XI. des Métamorphoses. La tempête de cet Opéra est un excellent morceau de musique, qui a fait beaucoup d’honneur à son Auteur. (de Léris – Dictionnaire des Théâtres)

 

Synopsis 

Ceix, roi de Trachines, s’apprête à célébrer ses noces avec Alcyone, la fille d’Eole, dont est également épris Pelée, ami de Ceix. La cérémonie, célébrée par le grand- prêtre de l’Hymen, est troublée par le magicien Phorbas. Des Furies sortent des Enfers et mettent le feu au palais. Ceix, désespéré, demande à Phorbas et à Ismène d’adoucir son sort. Phorbas lui annonce qu’il perdra Alcyon et mourra sauf s’il va consulter Apollon à Claros. Ceix se prépare à partir pour Claros. Alcyone, inconsolable, demande à Junon le secours du ciel. Dans son sommeil, elle voit le vaisseau de Ceix faire naufrage. Pelée avoue son amour à Alcyone, et lui demande de le tuer. Alcyone veut se suicider, mais en est empêchée par sa suivrante Céphise. Phosphore, père de Ceix, lui annonce le retour de ce dernier. Alcyone découvre Ceix inanimé et se tue avec son épée. Neptune ressuscite les deux amants.

 

 Synopsis détaillé

Prologue

Le Mont Tmole – Des Fleuves et des Naïades appuyées sur leurs urnes occupent la montagne et forment une espèce de cascade

Tmole annonce qu’un concours de voix va avoir lieu entre Pan, qui arrive d’un côté avec une troupe de Faunes et de Dryades, et Apollon qui se place de l’autre côté avec les Muses. Pan chante la Guerre, puis Apollon chante la Paix (*). L’Echo répond à sa voix : Apollon (**) est vainqueur, Pan se retire. Pour célébrer sa victoire, Apollon veut rendre à l’univers une nouvelle période de pais et de bonheur , et demande que l’on raconte l’histoire des Alcions, qui pouvaient rétablir sur la mer en faisant cesser la tempête.

(*) allusion à la Guerre de Succession d’Espagne

(**) Louis XIV

Acte I

Une galerie du palais de Ceix, terminée par un endroit consacré aux Dieux

Ceix, roi de Trachines, s’apprête à célébrer ses noces avec Alcyone, la fille d’Eole, dont est également épris Pelée, ami de Ceix.

(1) Le magicien Phorbas, dont les aïeux régnaient autrefois à Trachines, propose son aide à Pelée pour empêcher le mariage proche d’Alcyone avec le roi Ceix. Mais Pelée, quoique lui-même épris d’Alcyone, ne peut oublier que Ceix l’a recueilli alors qu’il était banni de sa patrie, et qu’il a lui-même tué le monstre marin qui empêchait les noces de Ceix avec Alcyone. Pelée est torturé, mais est prêt à se résigner. Phorbas insiste, proposant d’intervenir avec la magicienne Ismène. (2) Alcyone et Ceix arrivent, échangeant des paroles d’amour. Ceix veut associer Pelée à sa joie, et s’étonne de ses oupirs. Alcyone appelle les suivants à célébrer son amour par des chants. Divertissement des Suivants de Ceix et des Eoliennes. (3) Le Grand-Prêtre de l’Hymen apparaît avec sa suite, portant des flambeaux ornés de guirlandes. Il invite Alcyone et Ceix à la cérémonie. Mais tout à coup le tonnerre gronde, la terre s’ouvre. Des Furies surgissent des enfers, saisissent les flambeaux et incendient le palais.

Acte II

Une solitude affreuse. L’entrée de l’antre de Phorbas et Ismène.

(1) Ismène annonce la venue du roi, venu consulter les Dieux. Elle et Phorbas se cachent. (2) Ceix se lamente que son mariage avec Alcyone n’ait pu avoir lieu. Il demande à Ismène et Phorbas qui s’approchent de consulter les dieux pour adoucir son sort. Ismène l’incite à renoncer au mariage et à oublier Alcyone. Devant la colère du roi, Phorbas et Ismène aaccèdent à ses désirs. (3) Aidés des Magiciens et Magiciennes, ils invoquent les démons. L’image de l’enfer apparaît avec Pluton et Proserpine sur leur trône. Phorbas et Ismène implorent les dieux de les écouter. Phorbas, en transe, voit se dévoiler l’avenir ; il entend des cris, et annonce à Ceix qu’il perdra Alcyone et mourra, sauf s’il va consulter Apollon à Claros. Ceix part aussitôt pour Claros. Phorbas confie à Ismène qu’il a vu l’avenir de Ceix et qu’il ne pourra échapper à son sort.

Acte III

Le port de Trachines – Le vaisseau de Ceix prêt à partir

(1) Pelée médite devant la mer, qui, comme l’amour, attire les humains par son calme et les détruit par la tempête. (2) Phorbas annonce à Pelée qu’il a écarté Ceix, et qu’Alcyone va lui revenir. Il ne convainc pas Pelée qui ne peut être à la fois heureux et coupable. (3) La troupe des matelots arrive vers le navire. Le Chef des matelots implore Neptune de leur consentir des vents favorables. Fête marine : quatre joueurs de tambourins, quatre matelots et quatre matelotes. Les matelots montent sur le vaisseau. (4) Alcyone ne comprend pas que Ceix l’abandonne. Elle l’implore de la laisser venir avec lui, mais Ceix refuse. Voyant Pelée, il lui confie Alcyone. En dépit des pleurs d’Alcyone, il monte sur le vaisseau et part. (5) Alcyone implore la clémence de Neptune et de son père Eole, et tombe évanouie. Pelée essaye en vain de la ranimer. Alcyone se réveille, croyant entendre Ceix.

Acte IV

Le temple de Junon

(1) Alcyone ne parvient pas à se consoler d’être séparée de son amant, et implore l’Amour de le lui ramener. (2) Céphise annonce à Alcycone qu’on prépare le sacrifice qu’elle a décidé d’offrir au temple de Junon. (3) La Prêtresse de Junon implore la déesse. Les prêtresses dansent autour de l’autel et jettent de l’encens dans le feu. On entend une douce symphonie, puis Alcyone est prise de sommeil, et s’assied sur les degrés de l’autel. Le Sommeil, accompagné des Songes, apparaît sur un lit de pavots, environné de vapeurs, et annonce qu’il va exécuter ce que Junon lui ordonne. (4) Le Sommeil fait voir à Alcyone une mer orageuse où un vaisseau fait naufrage. Les Songes pennent la forme de matelots qui périssent, Morphée paraît sous les traits de Ceix, criant à Alcyone qu’il la perd, puis se perd dans les flots. La mer disparaît. (5) Alcyone se réveille en sursaut, et pleine de douleur implore Junon de lui prendre la vie pour retrouver Ceix.

Acte V

La nuit, dans les jardins de Ceix, qui se terminent par la mer

(1) Alcyone n’aspire qu’à la mort. Pelée vient lui avouer son amour coupable, et que le départ de Ceix a été provoqué par Phorbas. Il se jette aux genoux d’Alcyone, et lui offre son épée pour qu’elle puisse se venger. Mais Alcyone veut s’en frapper elle-même. Elle est désarmée par Céphise. (2) Phosphore, le père de Ceix, descend dans son astre, et annonce à Alcyone que, le jour venu, Ceix va lui revenir. (3) Alcyone a peine à croire à cette prédiction. Pelée préfère se retirer pour aller se donner la mort. (4) Alcyone attend l’aurore avec impatience. Lorsque le jour paraît, Alcyone découvre un corps que les flots ont poussé sur le gazon. Elle reconnaît Ceix et tombe dans les bras de ses confidentes. Folle de douleur, Alcyone prend l’épée de Ceix et s’en frappe. (5) Neptune, avec sa cour, annonce qu’il va redonner la vie aux deux amants, et que les Alcions auront le pouvoir de calmer les tempêtes. Ceix et Alcyone revivent, des Alcions naissent de leur sang et vont se placer sur le trône de Neptune. Divertissement des Tritons et des Neréïdes. Alcyone et Ceix se retrouvent et s’aimeront pour l’éternité. Les Dieux de la Mer, à l’appel de Neptune, célèbrent l’apothéose des deux amants.

 

Livret disponible sur livretsbaroques.fr

 

Représentations :

 

Sablé sur Sarthe – Centre Culturel Joël le Theul – 23 août 2011 – Bilbao – Teatro Campos Eliseos – 22 novembre 2011 – Les Folies Françoises – dir. Patrick Cohën-Akenine – avec Isabelle Druet, Sébastien Droy, Lisandro Abadie Diapason – octobre 2011

« Incroyable « Tempête » ! Jamais celle d’Alcyone n’a retenti avec cette fulgurance. D’autant que s’y ajoute la saveur des instruments reconstitués, dont les tailles et quintes de violon joués par Les Folies Françoises. A ces nuances inédites s’ajoutent les impulsions énergiques suscitées par le chef Patrick Coheën-Akénine, qui exalte cette tragédie lyrique. Et la diction des chanteurs est idéale : Isabelle Druet incarne une émouvcante Alcyone, aux côtés de Sébastien Droy, haute-contre léger et charmeur, ou de Lisandro Abadie, grave un peu court mais jeu efficace. »

 

Vienne – Odeon Theater – 14 mars 2008 – Armonico Tributo – dir. Lorenz Duftschmid – mise en scène Philip Harnoncourt – avec Svetlana Smolentseva (Alcyone), Johannes Weiss, Steffen Roessler, Yasushi Hirano Musicologie

A l’Odeon Theater, une salle du 19ème siècle bâtie dans le style Néo-Renaissance, le public a réservé un accueil enthousiaste à la mise en scène, aux jeunes chanteurs et à l’ensemble d’instruments anciens Armonico Tributo, sous la direction de Lorenz Duftschmid.

Si Marin Marais, un virtuose de la viole de gambe, disciple de Jean-François Lully, est surtout réputé pour ses compositions instrumentales, il n’en a pas moins composé quatre opéras, dont « Alcyone », en cinq actes et un prologue, de loin le plus populaire des quatre. Composé en 1706, « Alcyone » a été joué d’abord à la Cour de Louis XIV puis avec succès sans interruption jusqu’en 1771, période à partir de laquelle l’opéra italien a commencé à supplanter l’opéra français, qui a alors quasiment disparu du répertoire.

Dans le rôle d’Alcyone, la soprano russe Svetlana Smolentseva, à la voix riche et fruitée, a plus convaincu par son chant que par sa prestation de comédienne, alors que, dans le rôle-vedette masculin, le ténor allemand Johannes Weiss, malgré une forte intonation nasale, ainsi que le baryton-basse allemand Steffen Roessler et le baryton japonais Yasushi Hirano ont bien tenu leur partie. »

Rue 89

« La mise en scène, moderne et en perpétuel mouvement, la qualité de la direction, les costumes et les jeux de lumière enthousiasment les amateurs de musique classique comme les néophytes. Ils permettent aussi de redécouvrir une partition qui, en fait, a beaucoup à offrir. La réussite de cet  » Alcyone » , joué en français et salué par l’ensemble de la presse autrichienne, prouve donc qu’il n’y a pas de mauvais opéras, mais que, comme tous les spectacles, ces derniers sont vivants et sans cesse à ressusciter. »

 

 

Tours – Bologne –  Paris – Théâtre du Châtelet – 24 mai 1991 – Opéra de Montpellier – 1er juin 1991 – version de concert – Choeur et orchestre des Arts Florissants – dir. William Christie – avec Béatrice Malleret, Agnès Mellon (Alcyone), Donatienne Michel-Dansac, Sandrine Piau, Isabelle Schönhentz, Françoise Semellaz, Nicolas Cavallier, Jérôme Corréas (Pélée), Nicolas Ischerwood, Gerd Türk (Céix)  intégrale audio – 2 CD – Premiereopera