Les Amants magnifiques

COMPOSITEUR Jean-Baptiste LULLY
LIBRETTISTE Molière

    

Comédie en cinq actes, en prose, de Molière, mêlée de musique et d’entrées de ballet (LWV 42), représentée pour le roi à St Germain-en-Laye, le 4 (ou le 7) février 1670, dans le cadre du Divertissement royal, puis le 14 février.

Il y aurait eu cinq représentations à St Germain en Laye. 

Carlo Vigarani se distingua de façon magistrale en prévoyant notamment un nouveau décor pour chaque intermède et en ménageant des effets de machine surprenants.

Reprise à Paris le 15 octobre 1688.

Le sujet, choisi par le roi, met en concurrence deux princes rivaux qui, dans la Vallée du Tempé, en Thessalie, régalent à l’envi une jeune princesse et sa mère, à l’occasion des fêtes des jeux Pythiens. Mais la princesse s’ennuie, n’ayant de pensée que pour un « général d’armée ».

Louis XIV, quoique ayant beaucoup travaillé – « au point de s’en rendre malade » – les rôles de Neptune et du Soleil-Apollon, qu’il devait tenir dans les ballets du prologue et du finale, n’aurait dansé qu’à la première représentation (le 4 février, mais ce n’est pas certain), se faisant ensuite remplacer par le comte d’Armagnac et le marquis de Villeroy. Âgé de trente-deux ans, il mettait ainsi un terme à une « carrière chorégraphique » de dix-neuf ans.

 Castil-Blaze, dans L’Opéra Italien de 1546 à 1856, commente la décision du Roi :

« Combien de fois, depuis bientôt deux siècles, n’a-t-on pas cité les vers fameux de Britannicus pour nous dire avec un risible aplomb, que Louis XIV sut profiter de la leçon donnée à l’empereur des Romains, et cessa de danser sur les théâtres de sa cour après avoir entendu l’insidieux discours de Narcisse ?

« Pour toute ambition, pour vertu singulière,

II excelle à conduire un char dans la carrière,

A disputer des prix indignes de ses mains,

A se donner lui-même en spectacle aux Romains,

A venir prodiguer sa voix sur un théâtre,

A réciter des chants qu’il veut qu’on idolâtre ;

Tandis que des soldats de moments en moments,

Vont arracher pour lui des applaudissements. »

Les moralistes, les commentateurs, académiciens ou non, les faiseurs de cours de littérature, les défenseurs des jeux de la scène ont mis ce thème en variations, sans examiner si le fait existait. Une erreur est-elle produite en lumière, il suffit qu’elle présente quelque chose de pittoresque, de curieux, pour que tout le monde s’en empare aveuglément. Si l’un des mille brosseurs de prose qui se sont exercés sur un sujet devenu banal avait pris la peine de collationner les dates, il aurait vu que Louis XIV ne dansait plus sur le théâtre quand l’opéra français fut établi. Ce prince avait terminé sa carrière baladine à l’âge de trente-un ans environ, le 15 février 1669, en figurant le Soleil, son personnage favori, dans Flore, dix-huitième ballet honoré de ses illustres gambades. Le lendemain, 18 février 1669, il avait déclaré solennellement, donné sa parole royale, qu’il ne danserait plus ; et Britannicus ne parut sur la scène que neuf mois après, le 11 ou le 13 décembre suivant. Si le roi n’avait pas annoncé, décidément et péremptoirement prouvé, démontré, depuis neuf mois qu’il renonçait à la danse théâtrale, croyez-vous que le flatteur et timide Racine eût osé lui donner, même par ricochet, la leçon rimée dont quelques ignorants vantent la hardiesse? Neuf mois ! c’était neuf ans, neuf olympiades, neuf jubilés, neuf siècles pour le monarque baladin, qui dansait quatre ballets immenses et nouveaux en trois mois. Si la leçon avait été donnée, voyez quelle en aurait été la conséquence : Louis XIV entreprit avec Molière la composition d’une comédie-ballet ayant pour titre les Amants magnifiques, drame dans lequel il figura, se fit applaudir comme auteur, maître de ballets, danseur, mime, chanteur, flûteur et guitariste, le 7 septembre 1670. Voilà donc notre coupable devenu relaps. »

 

En 1702, la sixième entrée, Les Jeux Pythiens, fut reprise par Danchet et Campra dans les Fragments de Lully, pour la première entrée La Fête marine.

 

Com. héroïque en 5 Ac. en pro. de Moliere. Elle fut représentée pour la premiere fois à Saint-Germain en Laye au mois de Fév. 1670, avec des Intermedes en vers, dont la musique étoit de Lully, & des entrées de Ballet : elle fit beaucoup de plaisir à la Cour. Dancourt a fait en 1704, un Prologue & de nouveaux Intermedes à cette Comédie, qui n’a cependant jamais eu un grand succès. Elle est dans le huitieme volume des OEuv. de Moliere. (de Léris – Dictionnaire des Théâtres)

 

Synopsis détaillé

  Le roi, qui ne veut que des choses extraordinaires dans tout ce qu’ il entreprend, s’est proposé de donner à sa cour un divertissement qui fût composé de tous ceux que le théâtre peut fournir ; et pour embrasser cette vaste idée, et enchaîner ensemble tant de choses diverses, sa majesté a choisi pour sujet deux princes rivaux, qui, dans le champêtre séjour de la vallée de Tempé, où l’ on doit célébrer la fête des jeux pythiens, régalent à l’ envi une jeune princesse et sa mère de toutes les galanteries dont ils se peuvent aviser.

Premier intermède

Une vaste mer, bordé de quatre grands rochers de chaque côté, dont le sommet porte un Fleuve (Beaumont, Fernon l’Ainé, Noblet, Sérignan, David, Aurat, Devellois, Gillet). Au pied de ces rochers, douze Tritons (Le Gros, Hedouin, Don, Gingan l’aisné, Gingan le cadete, Fernon le cadet, Rebel, Langez, Deschamps, Morel, deux Pages) et au milieu de la mer, quatre Amours (Pages de la Musique de la Chambre) montés sur des Dauphins, et derrière eux le roi Eole élevé au dessus des ondes sur un petit nuage. Eole (Estival) commande aux vents de se retirer et la mer se calme. On voit s’élever une île, puis huit Pêcheurs (Jouan, Chicanneau, Pezan l’aisné, Magny, Joubert, Mayeux, La Montagne, Lestang) avec des nacres de perles et des branches de corail. Neptune (le Roi) arrive avec sa suite de six Dieux marins (M. le Grand, le marquis de Villeroy, le marquis de Rassent, Beauchamp, Favier, La Pierre) et danse.

Deuxième intermède

La Confidente de la princesse fait danser une pantomime à trois danseurs (Beauchamp, André, Favier).

Troisième intermède

La Princesse est invitée à aller dans la forêt de Tempé, et est reçue par une Nymphe (Mlle des Fronteaux). On joue en son honneur une petite Pastorale ou comédie en musique : le Berger Tircis (Gaye) se plaint à deux autres bergers, Ménandre (Fernon le cadet) et Licaste (Langez), de la froideur de Caliste (Mlle Hilaire), la Bergère qu’il aime. Celle-ci arrive, se repose et s’endort. Lorsqu’elle se réveille, le Berger amoureux est à ses côtés ; elle finit par accepter sa demande. Deux Satyres (Estival, Morel) déçus de la décision de la bergère cherchent le réconfort dans le vin.

Entrée 1 – six Driades (Arnald, Noblet, Lestang, Favier le cadet, Foignard l’aisné, Isaac) et six Faunes (Beauchamp, André, Magny, Joubert, Favier l’aisné, Mayeu) dansent. On voit un couple de bergers – Philinte (Blondel) et Climène (Mlle de Saint-Christophe (*) – qui se font en musique une scène de dépit amoureux.

Entrée 2 – les Faunes et Driades continuent de danser ; des Bergers et Bergères musiciens chantent.

(*) Mlle Christophe ou (de) Saint-Christophle, fit partie de la Musique du Roi, avant d’entrer à l’Académie royale de musique en 1675. Elle était dotée d’une belle voix et d’un jeu de scène noble.

Quatrième intermède

Une Grotte où les Princesses vont se promener ; huit statues (Dolivet, Le Chantre, André, Magny, Lestang, Foignard l’aisné, Dolivet fils, Foignard le cadet) portant chacune deux flambeaux sortent de leurs niches et dansent.

Cinquième intermède

<>Quatre Pantomimes (Dolivet, Le Chantre, André, Magny) ajustent leurs pas et leurs gestes aux inquiétudes de la jeune princesse Eriphile.

Sixième intermède

Les Jeux Pythiens. Une grande salle en amphithéâtre, avec une Tribune fermée d’un rideau et un Autel pour le sacrifice. Six hommes portant chacun une hache entrent au son des violons, suivis de deux Sacrificateurs (Gaye, Langez) et d’une Prêtresse musicienne (Mlle Hilaire) et sa suite.

Entrée 1 – les six hommes portant une hache dansent pour évaluer leur force puis font place à des Voltigeurs

Entrée 2 – six Voltigeurs font admirer leur adresse sur des chevaux de bois apportés par des Esclaves

Entrée 3 – quatre Conducteurs d’esclaves amènent douze esclaves qui dansent, joyeux d’avoir retrouvé la liberté

Entrée 4 – quatre hommes et quatre femmes armés à la grecque jouent avec leurs armes. La Tribune s’ouvre, un héraut annonce, au son des trompettes, la venue d’Apollon. Apollon s’avance, précédé de six jeunes gens portant un soleil d’or avec la devise royale. Tous participent à une danse héroïque.

Entrée 5 – Apollon ( le Roi) et six jeunes gens (M. le Grand, le marquis de Villeroy, le marquis de Rassent, Beauchamp, Favier, Raynal) de sa suite (Je suis la source des clartés…)

 

Livret disponible sur livretsbaroques.fr

On dispose également d’une édition légèrement différente, réalisée par Jacques le Jeune, à Amsterdam.

 

Représentations :

Théâtre Athénée – du 28 février au 8 avril 1989 (30 représentations) – mise en scène Jean-Luc Paliès – chef de chant Iakovos Pappas – chorégraphie Christine Bayle – scénographie Jean Haas – dramaturgie Louise Doutreligne – costumes Jacqueline Brochet – lumières François Austerlitz – conseiller littéraire Michel Verschaeve – avec Alan Boone, Isabelle Desrochers, Fabrice Domenet, Claudine Fiévet, Lenaïck Gicquel, Anne-Julia Goddet, Gilles Guérin, Anne Jacquemin, Guy Lavigerie, Marcus Loureira de Sa’, Frédéric Martin, Pierre Mervant, Pascal Monteilhet, Jean-Gabriel Nordmann, Damien O’Doul, Iakovos Pappas, Christine Plubeau, Laurence Pottier, Nadine Praddaude, Hugo Reyne, Michèle Sauvé, Marie-Laure Spéri, Isabelle Vatan-Malleret, Michel Verschaeve