Ottone, re di Germania (Ottone, roi de Germanie)

COMPOSITEUR Georg Friedrich HAENDEL
LIBRETTISTE Nicolo Francesco Haym d’après S.B. Pallavicino
ENREGISTREMENT ÉDITION DIRECTION ÉDITEUR NOMBRE LANGUE FICHE DÉTAILLÉE
1992 1992 Nicholas McGegan Harmonia Mundi 3 italien
1993 2013 Robert King Hyperion 3 italien

 

Opéra en trois actes (HWV 15), sur un livret de Haym d’après celui de Stefano Benedetto Pallavicino pour le Teofane composé par Lotti en 1719.
Nicolo Haym dédia le livret au comte de Halifax.
Achevé le 10 août 1722, il fut créé au King’s Theatre, Haymarket, à Londres, le 12 janvier 1723, en présence du roi, avec une distribution rassemblant Margherita Durastanti, soprano (Gismonda), Francesca Cuzzoni, soprano, qui faisait alors ses débuts londoniens (Teofane), Anastasia Robinson, alto (Matilda), Francesco Bernardini, dit Il Senesino, castrat alto (Ottone), Giuseppe Maria Boschi, basse (Emireno), Gaetano Berenstadt, castrat alto (Aldeberto).
Francesca Cuzzoni
Arrivée à Londres à la fin de 1722, la Cuzzoni refusa de chanter l’aria « Falsa imagine », provoquant une des plus célèbres colères de Haendel. Pourtant, c’est avec cet air qu’elle parvint d’un seul coup à la gloire. Elle était cependant « courte, épaisse, la figure de travers, mauvaise actrice, mal fagotée, sotte, extravagante »
L’oeuvre connut un grand succès, avec onze représentations du 12 janvier au 16 février, ainsi que les 26 mars, 4 et 8 juin 1723, accru par la présence de Francesca Cuzzoni, pour qui Haendel ajouta quatre nouveaux airs, lors de la séance du 26 mars. Une édition parut dès le mois de mars 1723.
Elle fut reprise pour six représentations du 11 décembre de cette même année au 1er janvier 1724, pour la cinquième saison de la Royal Academy, avec la même distribution.
De nouvelles reprises eurent lieu en 1726, avec 8 représentations du 8 février au 8 mars. Haendel avait ajouté cinq nouveaux airs. La distribution réunissait : le castrat alto Francesco Bernardi, dit Senesino (Ottone), la soprano Francesca Cuzzoni (Teofane), la basse Giuseppe Maria Boschi (Emireno), la contralto Anna Dotti (Gismonda), le castrat alto Antonio Baldi (Adelberto), la soprano Livia Constantini (Matilda).
Anastasia Robinson avait alors abandonné la scène. Elle épousa son protecteur, Lord Pertersborough, décrit comme un « vieil original, excentrique et remuant », et le suivit au Portugal.
On note également une reprise en 1727, avec deux représentations, les 11 et 13 avril.
Une nouvelle reprise eut lieu en 1733, avec quatre représentations du 13 au 24 novembre, avec une distribution réunissant le castrat alto Giovanni Carestini, called Cusanino (Ottone), la soprano Anna Maria Strada del Pò (Teofane), la basse Gustavus Waltz (Emireno), la soprano Margherita Durastanti (Gismonda), le castrat soprano Carlo Scalzi (Adelberto), la contralto Maria Caterina Negri (Matilda).
Giovanni Carestini
Une série de cinq représentations eut lieu au King’s Theatre, en 1734, du 10 au 23 décembre, organisée par l’Opéra des Nobles, avec une distribution réunissant le castrat alto Francesco Bernardi, dit Senesino (Ottone), la soprano Francesca Cuzzoni (Teofane), la basse Alessandro Montagnana (Emireno), la soprano Maria Segatti (Gismonda), le castrat soprano Carlo Broschi, dit Farinelli (Adelberto), la contralto Francesca Bertolli (Matilda). Farinelli chantea sept airs, dont cinq extraits d’autres opéras de Haendel.
L’oeuvre fut adaptée par Telemann en allemand, sous le titre Otto.

Personnages : Gismonda, veuve de Berengario, tyran italien (soprano), Teofane, fille de Romano, empereur d’Orient (soprano), Ottone, roi d’Allemagne (castrat alto), Matilda, cousine d’Ottone (alto), Adalberto, fils de Gismonda (castrat soprano), Emireno, pirate, en réalité Basilio, frère de Teofane (basse).

Synopsis
En chemin pour l’Italie où il va être proclamé empereur, en l’an 972, Ottone est retardé pour avoir croisé sur sa route le pirate Emireno. A Rome, Ottone va épouser la princesse Teofane, qui est déjà arrivée. Ils ne se sont jamais vus, mais Teofane possède un petit portrait d’Ottone.
Acte I
Une galerie dans le palais, orné de statues
(1) Gismonda a l’ambition de voir régner son fils Adalberto. Celui-ci accepte de se faire passer pour Ottone afin d’épouser Teofane ; sa mère est ravie (La speranza è giunta in porto, Mon espérance est arrivée au port). (2) Teofane rencontre Adalberto et est horrifiée de découvrir que le portrait qu’elle possède ne lui ressemble en rien. Il lui propose de l’épouser, comme s’il était Ottone, et se dit impatient de connaître les joies du mariage (Bel labbro, formato, Belles lèvres, qui furent faites). (3) Teofane, confuse et bouleversée, accuse le portrait de l’avoir trompée (False imagine, Fausse image).
Tentes au bord de la mer et bateaux
(4) On entend un concert au moment où Ottone arrive, suivi d’Emireno qu’il a fait prisonnier. Emireno laisse entendre qu’il est plus qu’un simple pirate, mais se vante de garder sa fierté intacte, même dans la défaite (Del minacciar del vento, Le vieux chêne). Impassible, Ottone le fait mettre en prison. (5) Alors qu’il s’apprête à appareiller vers Rome où l’attend Teofane, Matilda lui révèle la trahison d’Adalberto ; il jure de l’aider à se venger, tout en rêvaant d’embrasser Teofane (Ritorna, o dolce amore, Reviens, ô doux amour). (6) Matilda est déchirée entre l’affection qu’elle porte à Adalberto et son envie de le punir pour l’avoir trahie (Diresti poi cosi, Dirais-tu bien cela).
Dans l’enceinte du palais ; un trône sur le côté
(7) Gismonda prétend être la mère d’Ottone, Adélaïde, et dit à Teofane qu’elle doit aimer Adalberto par amour et pas simplement par devoir. Les manières hautaines de Gismonda offensent Teofane. (Pensa ad amare, Pense à aimer). (8) Teofane va monter sur le trône aux côtés d’Adalberto. (9) Gismonda annonce que le véritable Ottone est arrivé à Rome, et elle ordonne à son fils d’aller immédiatement le combattre. (10) Lorsqu’elle comprend que quelqu’un s’est fait passer pour Ottone, Teofane se sent envahie d’une grande angoisse (Affanni del pensier, Douloureuses pensées).
Les troupes d’Ottone repoussent celles d’Adalberto. Celui-ci, sur ordre d’Ottone, le rencontre désarmé.
(11) Intraitable dans la défaite, Adalberto refuse de révéler où se trouve Teofane (Tu puoi straziarmi, Tu peux me torturer). (12) Ottone reste optimiste, déclare une amnistie dans la ville et pense à son mariage (Dell’onda ai fieri moti, Son bateau au port).
Acte II
A la cour royale
(1) Adalberto se dirige sous escorte vers la prison lorsque Matilda lui reproche son infidélité. (2) Gismonda lui reproche son échec (Lascia, che nel suo viso, Permets qu’avant de la quitter). (3) Les deux femmes suggèrent d’implorer la clémence d’Ottone, puis Gismonda rejette cette idée indigne d’elle. La priorité de Matilda reste la liberté d’Adalberto (Ah ! tu non sai, Ah, tu ne sais). (4) Restée seule, Gismonda révèle qu’elle ressent, elle aussi, de la compassion pour son fils (Vieni, o figlio, Viens, ô mon fils).
(5) Avant qu’Ottone et Teofane puissent se rencontrer réellement et se parler, Matilda implore la miséricorde d’Ottone. Teofane, qui se cache, voit Ottone embrasser Matilda avec pitié, après avoir refusé de sauver la vie d’Adalberto, et elle se méprend sur le sens de cette scène. Outragée, Matilda invoque les cieux et leur demande de punir Ottone de son inflexibilité (All’orror d’un duo eremo, Tu condamnes mon amour). (6) Teofane accuse Ottone de la tromper avec Matilda. A son tour, il lui reproche d’avoir accepté d’épouser Adalberto et elle lui enjoint de lui dire franchement s’il l’aime vraiment, maintenant qu’il la voit (Alla fama, dimmi il vero, Dis-moi la vérité). (7) Ottone cherche à savoir qui a dressé Teofane contre lui, et il compare la souffrance de son coeur à un ciel qui retrouve le calme après l’orage (Doppo l’orrore, Après l’horreur).
Un jardin donnant sur le Tibre, avec des fontaines, des grottes et un passage souterrain fermépar une pierre. La nuit.
(8) Abandonnée et seule, Teofane implore la nature de la réconforter (O grati orrori, o solitare piante !, O pénombre bienveillante, ô buissons solitaires). Elle sait toutefois que si elle avouait à Ottone combien elle est malheureuse, il aurait pitié d’elle (S’io dir potessi, Si je pouvais dire).
(9) Matilda a aidé Emireno et Adalberto à s’échapper par le souterrain. Emireno, qui a l’intention de redevenir pirate, jure de se venger (Le profonde vie dell’onde, Ô cieux, accordez moi). (10) Adalberto se cache en entendant des gens venir. Matilda comprend qu’Ottone cherche Teofane et lui propose de l’aider. Teofane reconnaît sa voix, se cache et entend Ottone demander à Matilda de ne dire à personne combien l’amour le rend ridicule. Naturellement, Teofane se méprend à nouveau sur le sens de ces paroles. (11) Lorsque Emireno invite Adalberto à prendre la mer avec lui, ce dernier se saisit de Teofane et l’emporte sur le navire. (12) Matilda revient après s’être débarrassée d’Ottone. En compagnie de Gismonda, elle se réjouit du départ d’Emireno avec Adalberto, sous couvert de la douce nuit, chère complice des entreprises de l’amour (Notte cara, a te si deve, Chère nuit, c’est à toi que revient).
Acte III
L’appartement du roi
(1) Ottone se lamente de la disparition de Teofane (Dove sei, dolce mia vita ?, Où es-ta, ma douce vie ?). Bien qu’elle sache que cela lui coûtera la vie, Gismonda avertit Ottone qu’il ne connaîtra jamais plus la paix, maintenant que son fils est libre (Trema, tirranno, encor, Ô tyran redoute le sort). (2) Ottone est convaincu que tout le monde l’a trahi (Io son tradito, Je suis trahi). S’il ne peut même pas retrouver Teofane, il perdra tout espoir (Tanti affanni, J’ai tant de chagrin).
Un bois près d’une mer agitée, où les fugitifs ont été obligés de débarquer
(3) Adalberto espère qu’une fois la tempête passée, Teofane se calmera et prendra pitié de lui (D’innalzar i flutti al ciel, Puisse le cruel vent du sud). Il part à la recherche d’un refuge. (4) Lorsque Teofane affirme à Emireno qu’Ottone, ou son père Romano, ou son frère Basihio puniront ses ravisseurs, Emireno comprend qu’elle est sa soeur et tente de la serrer dans ses bras. (5) Adalberto vient la défendre. Emireno le fait prisonnier et promet à Teofane qu’elle sera bientôt heureuse. (6) Teofane s’attend à mourir, mais décide de rester fidèle à Ottone, malgré l’infidélité de ce dernier (Benchè mi sia crudele, Bien qu’il soit cruel envers moi). Emireno révèle alors à Teofane qu’il n’est autre que son frère Basilio. Devant les gardes, il la rassure (No, non temere, o bella, Non, ne crains plus, ô belle).
Une cour dans le palais
(7) Gismonda révèle à Ottone que Matilda a aidé les prisonniers à s’enfuir. Celle-ci se repent et jure de tuer Adalberto. Emireno ramène Adalberto qui est son prisonnier. Lorsque Ottone ordonne sa mort, Matilda requiert de l’exécuter elle-même (Nel suo sangue, Dans son sang). (8) Adalberto avoue tout et éveille sa pitié. Teofane empêche Gismonda de se tuer et, avec Ottone, ils se réjouissent de leurs retrouvailles (A’ teneri affetti, Que nos coeurs s’abandonnent). Elle explique aussi qu’Emireno est en réalité son frère Basilio. Gismonda jure d’être loyale envers Ottone ; Matilda avoue aimer encore Adalberto et le libère. Tous invoquent la paix ; qu’elle se substitue à l’orgueil et que l’amour l’emporte sur la trahison. » (Kobbé – Robert Laffont)

Représentations :

Opéra de Halle – 3, 5, 10 juin, 3 octobre, 25 novembre, 25 décembre 2011, 24 février , 6 juin 2012 – dir. Marcus Creed – mise en scène Franziska Severin – décors, costumes Helmut Brade – chef de choeur Jens Petereit – avec Matthias Rexrodt (Ottone), Ines Lex (Teofane), Ki-Hyun Park (Emireno), Romelia Lichtenstein (Gismonda), Alon Harari (Adelberto), Sandra Maxheimer (Matilda) – nouvelle production



Opéra Magazine – octobre 2011

« Pour son édition 2011, le Festival de Halle – le Salzbourg haendélien ! – a programmé Ottone, re di Germania. Ce séduisant opéra, créé à Londres en janvier 1723, ne pouvait trouuver lieu plus approprié que cette cité au cœur de la Saxe, où s’élèvent, à trois kilomètres du centre-ville, les ruines médiévales du château d’Otton II, son protagoniste. Pendant son enfance à Halle, le compositeur a sans doute l’occasion d’entendre conter l’histoire de cet empereur du Saint Empire. Puis, en 1719 à Dresde, les querelles politiques de ce Charlemagne local deviennent un opéra, Teofane (musique d’Antonio Lotti, sur un texte de Stefano Benedetto Pallavicino). Haendel, de passage à Dresde cette année-là, pour recruter des chanteurs et engranger des livrets, met dans ses bagages cette épopée fertile en enlèvements et retrouvailles.
Trois ans plus tard, dans la perspective d’une création à la Royal Academy of Music, Teofane devient Ottone, grâce à la collaboration de Nicola Haym. Dégraissé d’un trop plein de références germaniques dont les Londoniens n’ont que faire, le livret se transforme en une course-poursuite entre usurpateurs et prétendants. Peu de tragédie, mais de l’action et un brin d’humour.
Franziska Severin n’a pas opté pour une mise en abyme érudite. Dans l’Opéra de Halle, agréable petite salle en briques de verre et bois blond bénéficiant d’une acoustique impeccable, elle choisit de dérouler, sur un plateau tournant, tout un univers de comics : salle du trône carolingienne, jardin byzantin, chambre à coucher d’enfant capricieux, avec le concours d’accessoires surréalistes, de couleurs vives et de couronnes de carton. Cela suffit pour emporter avec vivacité les trois actes d’Ottone, menés à cent à l’heure par une distribution dont on saluera, avant tout, l’équilibre.
L’économie de troupe régnant en Allemagne perrmet de disposer d’un bon fonds de voix, autant pour le baroque que pour le répertoire ultérieur. On citera, plus particulièrement, Sandra Maxheimer et Romelia Lichtenstein. Creed, au pupitre, enflamme un orchestre jouant sur deux tiers d’instruments du XVIIIe siècle. »

Theater an der Wien – 17 novembre 2010 – version de concert – The King’s Consort – dir. Robert King – avec Mhairí Lawson (Gismonda), Claire Debono (Teofane), Iestyn Davies (Ottone), Robin Blaze (Adalberto), Hilary Summers (Matilda), Andrew Foster-Williams (Emireno)

 

Karlsruhe – Kleinen Haus des Badischen Staatstheaters – 23, 24, 26, 28 février 2002 – nouvelle production – Deutsche Händel-Solisten – dir. Charles Farncombe – mise en scène Ralf Nürnberger – décors Heinz Balthes – costumes Claudia Rühle – dramaturgie Udo Salzbrenner – avec David Cordier (Ottone), Clara O’Brien (Gismonda), Glenn Kesby (Adelberto), Linnéa Sallay (Matilda), Tammy Tyburczy (Teofane), Christian Rieger (Rimreno)

« Une mise en scène désopilante qui semble faire tomber toutes les barrières, en transportant les personnages historiques…dans un environnement moderne plus accessible…De multiples impertinences soigneusement calibrées, font pour la plupart mouche…Les chanteurs acteurs restent tous musicalement agréables, à défaut de grande révélation. En tête d’affiche David Cordier qui prête à Ottone un timbre de sopraniste toujours un peu fluctuant, mais aussi une indéniable prestance. » (Opéra International – mai 2002)

 

Magdebourg – 2002 – reprise de la version adaptée par Telemann en allemand, sous le titre Otto – dir. Jan Michael Horstmann

 

Magdebourg – 2001 – version adaptée par Telemann en allemand, sous le titre Otto – version scénique – dir. Yuuko Amanuma

 

Londres – London Handel Society, Britten Theatre – 3 au 7 avril 2000 – mise en scène Tom Hawkes – décors et costumes Peter Ruthven Hall – lumières Bruno Poet – dir. Denys Darlow / Michael Rosewell – avec Clint van der Linde / Simon Baker (Otto), Rachel Nichols / Emma Gane (Teofane), Donna Bateman / Ann Johansson (Gismonda), Catrin Johnsson / Julianne Young (Adelberto), Kristina Wahlin / Victoria Lowe (Matilda), Christopher Dixon / Adam Green (Emireno)


Londres – Sadler’s Wells – Handel Opera Society – octobre 1971 – dir. Charles Farncombe – mise en scène Douglas Craig – avec Josephine Barstow (Gismonda), Patricia Kern, Anna Reynolds (Ottone), Sally Le Sage (Teofano), Robert Lefever, Anthony Raffell

 

Halle – Festival Haendel – 1960 – Orchestre du Landestheater Halle – dir. Horst Tanu Margraf – mise en scène Heinz Rückert – décors et costumes Rudolf Heinrich

Halle – Festival Haendel – 1958 – Landestheater Halle – dir. Horst Tanu Margraf – mise en scène Heinz Rückert – décors et costumes Rudolf Heinrich

Göttingen – 1921 – première reprise moderne d’un opéra de Haendel, dans une édition d’Oskar hagen