Le Carnaval et la Folie (Le Mariage de Carnaval et de la Folie)

COMPOSITEUR André Cardinal DESTOUCHES
LIBRETTISTE Antoine Houdar de La Motte


Comédie en musique ou comédie-ballet en quatre actes et un prologue – livret d’Antoine Houdar de La Motte (17 janvier 1672 – 26 décembre 1731), inspiré de L’Éloge de la Folie d’Érasme.
La première représentation eut lieu à Fontainebleau, le 14 octobre 1703, sans décors et sans costumes, devant la famille royale, à l’exception du roi, et le roi d’Angleterre. Dans son Journal, Dangeau note : Comme le Roi aime assez la musique de Destouches, il avait espéré que Sa Majesté voudrait bien l’entendre. Mais il a presque renoncé à tous les spectacles.
Puis l’œuvre fut donnée à l’Académie royale de musique, le 27 décembre 1703.
La distribution réunissait : Hardouin (Jupiter), Mlle Armand (Vénus), Dun (Momus) et Boutelou (Mercure) pour le prologue, Cochereau (Plutus, dieu des Richesses), Mlle Armand (La Jeunesse), Mlle Maupin (La Folie, fille de Plutus et de la Jeunesse), Thévenard (Le Carnaval), Dun (Momus), Desvoyes (Chef des Matelots), Boutelou (un Professeur de Folie, Mercure), Poussin (un Musicien, Bacchus), Mantienne (un Poète), Hardouin (Jupiter), Mlle Bataille (Vénus), Mlle Clément la cadette (une Femme déguisée).
Ballets : Prologue – Neptune (Blondy), Thetis (Mlle Dangeville), Apollon (Dumirail), Diane (Mlle Guillet), Mars (Ferrand), Pallas (Mlle Laferriere), Bacchus (Dumoulin-L.), Cérès (Mlle Rose) ; acte I – Suite de Plutus (Mlle de Subligny, Blondy, Dumoulin-L., Ferand et Dumirail, Mlles Dangeville, Rose, Noisy et Tissard), Suite de la Jeunesse (la petite Rochecour, Pierret, Gillet, la Porte, Duval et Sallé) ; acte II – Fête marineChef de la Fête (Balon), Quatre Esclaves (Dumirail, Javilliers, Marcelle et Landais), Quatre Matelots (Bouteville, Germain, Dumoulin-C. et Dangeville-L.), Quatre Matelotes (Mlles Guillet, Laferiere, Tissard et Noisy) ; acte III – Matassins (Fauveau, Dumirail, Daangeville-C., Javilliers, Marcelle et Landais), La Danse (Balon et Mlle de Subligny), Un Fou (Dumoulin-C.), Une Folle (Mlle Laférière) ; acte IV – Masques de plusieurs façons (Balon et Mlle de Subligny, Germain et Mlle Rose, Bouteville et Mlle Tissard, Dumoulin-L. et Mlle Dangeville, Dumoulin-C. et Mlle Provôt, Dangeville L. et Mlle Bertin, Javilliers et Mlle Noisy), Quatre Matassins (Fauveau, Dangeville-C., Marcelle et Landais).
Le 17 septembre 1706, le divertissement Le Professeur de folie, extrait de l’acte III, fut ajouté à la fin des Fêtes de l’Amour et de Bacchus, avec Mlle Poussin (La Folie), Boutelou (Le Professeur de Folie), Mantienne (Un Poète) (livret disponible sur ).

Le 3 décembre 1711, il fut intégré en tant que deuxième acte, dans les Nouveaux fragments. C’est à cette date que fut éditée la partition détenue par la BNF.

La BNF détient également une partition manuscrite du Carnaval et la Folie, gravée par H. de Baussen, éditée en 1711,

comportant une dédicace au roi :
Sire,
Voilà le seul de mes ouvrages que votre Majesté n’ait pas entendu . Mais j’espère qu’elle ne le recevra pas avec moins de bonté. On croire peut-être sur son titre que je devais me priver de l’honneur de vous l’offrir. Mais, Sire, quelque idée que donne d’abord le sujet que je vous présente, c’est le plus moral sur lequel j’aie travaillé, et par là le moins indigne de vous être offert. D’ailleurs, Sire, il faut l’avouer, l’ouvrage fût-il encore plus faible que le titre ne le peut faire craindre, je ne pourrais me refuser un honneur que je me suis toujours proposé pour prix de mon travail, et sur la foi des bontés que votre Majesté a eues pour moi, je saisirais encore de moindres occasions pour l’assurer du zèle ardent et du profond respect avec lequel je suis
De votre Majesté le très humble, très obéissant et très fidèle serviteur et sujet (signé) Des Touches.

En octobre 1722, le Professeur de Folie fut intégré à nouveau dans les Fragments nouveaux, en compagnie de Démocrite et Héraclite, cantate de Batistin Stuck, Pourceaugnac, divertissement italien de Jean-Baptiste Lully, et Silène et Bacchus, cantate d’André Campra.
L’oeuvre inclut, pour la première fois chez Destouches, des airs italiens.
De nombreuses reprises du Carnaval et la Folie eurent lieu au théâtre du Palais Royal,

le 16 mai 1719, avec Le Mire (Jupiter), Mlle Tulou (Vénus), Du Bourg (Momus) et Dautrep (Mercure) pour le prologue, Murayre (Plutus et le Professeur de Folie), Mlle Tulou (La Jeunesse de Vénus), Mlle Antier (La Folie), Thévenard (Le Carnaval), Du Bourg (Momus), Dautrep (Un Musicien, Bacchus, Mercure), Mantienne (Le Chef des Matelots), Le Mire (Jupiter, le Fleuve Léthé) ;
le 13 juillet 1730, avec Fontenay (Jupiter), Mlle Eremans (Vénus), Dun (Momus) et Dumast (Mercure) pour le prologue, Tribou (Plutus), Mlle Mignier (La Jeunesse), Mlle Pélissier (La Folie), Chassé (Le Carnaval), Dun (Momus), Cuvillier (Le Chef des Matelots, le Poète), Dumast (Le Musicien, Bacchus, Mercure), Fontenay (Jupiter) ;

Marie Sallé y dansa une entrée seule au premier acte (une Suivante de la Jeunesse), et un pas de deux avec Malter C., au quatrième (une Bergère). Au mois d’août suivant, elle quitta l’Opéra (*) et, en octobre, partit pour Londres pour un second voyage qui devait durer jusqu’en avril 1731.
(*) selon Fontenelle, elle aurait été bannie de l’Opéra par ostracisme, après avoir été en conflit avec Claude-François Lebeuf, un des directeurs de l’Opéra.

Le 5 février 1731, le Carnaval et la Folie fut suivi du trio de Cariselli, et de Pourceaugnac.
Le 18 janvier 1731, on ajouta l’entrée le Jaloux trompé ou la Sérénade vénitienne, d’André Campra.

le 7 août 1738, avec Le Page (Jupiter), Mlle Eremans (Vénus), Dun (Momus) et Bérard (Mercure) pour le prologue, Jélyotte (Plutus), Mlle Petitpas (La Jeunesse), Mlle Pélissier (La Folie), Chassé (Le Carnaval), Dun (Momus), Cuvillier (Le Chef des Matelots, le Poète), Cuvillier fils (Le Musicien écolier), Tribou (Le Professeur de Folie), Le Page (Jupiter), Mlle Eremans (Vénus), Bérard (Bacchus, Mercure) ;

Le 10 octobre, le Carnaval et la Folie fut suivi du trio de Cariselli, et, le 5 février 1739, de Cariselli et de Pourceaugnac.

le 11 juin 1748, avec Person (Jupiter), Mlle Romainville (Vénus), Le Page (Momus) et La Tour (Mercure) pour le prologue, Poirier (Plutus), Mlle Coupée (La Jeunesse), Mlle Chevalier (La Folie), Chassé (Le Carnaval), Cuvillier (Le Chef des Matelots, le Poète), La Tour (Le Professeur de folie, Mercure), Person (Jupiter), Mlle Romainville (Vénus), Orban (Bacchus) ;
en 1755.

L’œuvre fut également jouée à Lyon, en 1730, dans la salle du Jeu de Paume de la Raquette Royale.
L’œuvre inspira deux parodies, La Rupture du Carnaval et de la Folie, de Fuzelier, lors de la reprise de 1719, et Folette ou l’Enfant gâté, lors de la reprise de 1755.

60me Opéra. C’est une Com. Ball. dont les paroles sont de La Motte, & la musi. de Destouches : il fut représenté pour la premiere fois le 3 janv. 1704, & est gravé partition in-4°. Le Prol. est le Festin des Dieux ; le Ballet, en quatre Actes, représente les amours & le mariage du Carnaval avec la Folie personnifiés. Cette idée est tirée de l’Éloge de la Folie, par Erasme. Cet Opéra a été remis au Théatre en 1719, 1730, 1738, 1748 & 1755. (de Léris – Dictionnaire des Théâtres)

Houdar de La Motte a tiré son sujet de l’Éloge de la Folie d’Érasme (1466 – 1536). Il disait de son poème : C’est une « bagatelle » qui n’a pour fin que de mettre en scène la Folie, fille de Plutus et de la Jeunesse, qui habite une île où coule le fleuve de l’oubli, le Léthé, et précisait que dans la Folie, il avait voulu peindre non pas le dérangement du cerveau, mais l’excès des passions, le caprice, la folie courante. Il ajoutait qu’il était normal de marier le Carnaval et la Folie, dans la mesure où le carnaval donne lieu à des extravagances particulières.

Les livrets conservés furent édités par Christophe Ballard en 1703 ; Henri Schelte, à Amsterdam, en 1705 ; Pierre Ribou en 1719 ; Jean-Baptiste Christophe Ballard en 1730 et en 1738 ; Veuve delormel en 1748 et en 1755.

Personnages : Jupiter (basse), Vénus (dessus), Momus (basse), Mercure (haute-contre) dans le Prologue ; Plutus, dieu des Richesses (haute-contre), la Jeunesse, son épouse (dessus) ; la Folie, fille de Plutius et de la Jeunesse (dessus) ; le Carnaval (basse) ; Momus ; le Chef des matelots (taille) ; le Professeur de Folie (haute-contre) ; un Musicien-écolier (haute-contre) ; un Poète ; Jupiter ; Vénus ; Bacchus (haute-contre) ; Mercure ; Suite de Plutus et de la Jeunesse ; la Troupe de matelots ; le Fleuve Léthé ; troupe de Peuples masqués
Divertissements : acte I – Suivants de Plutus et de la Jeunesse ; acte II – Matelots ; acte III – Matassins, Écoliers, Arlequin et Arlequine ; acte IV – Peuples divers
La scène se passe dans l’Isle de la Folie.

Synopsis :

Prologue
Sc. 1 – Jupiter, Vénus et les Dieux se font servir le Nectar pour enchanter leur coeur. Momus incite Jupiter à profiter de l’absence de Junon. Puis Vénus invite à l’Amour.
Sc. 2 – Mercure vient inviter les Dieux à venir jouir des plaisrs de l’Amour sur terre. Momus fait de même, précisant qu’un Roy prend soin du monde. Jupiter le prend mal et chasse Momus. Celui-ci s’incline.

Acte I
Sc. 1 – Momus, chassé par Jupiter, propose ses services à Carnaval. Celui-ci lui confie que Plutus et la Jeunesse sont unis d’un amour fidèle, et que leur fille, la Folie, est l’objet de ses voeux. Il espère obtenir leur accord pour un mariage prochain.
Sc. 2 – Plutus et la Jeunesse paraissent avec leur suite. Ils échangent des paroles d’amour. Plutus fait apparaître un palais en l’honneur de la Jeunesse. Les Suivants de Plutus viennent offrir de riches présents à la Jeunesse, et se réunir avec sa Suite pour rendre leurs hommages.
Sc. 4 – La Folie survient et fait cesser la fête. Elle exige de ses parents qu’ils quittent l’île et lui laissent le pouvoir. Plutus et la Jeunesse se résignent, mais la Folie se suffit de leur obéissance et leur rend le pouvoir. La fête continue. Carnaval et la Folie chantent ensemble. La Folie invite à céder à l’Amour. Carnaval en profite pour obtenir l’accord de Plutus et de la Jeunesse pour leur mariage, mais la Folie est sortie.

Acte II
Une campagne fertile. On voit sur le devant, d’un côté de la scène, le Fleuve Léthé endormi sur son urne, et au fond, la Mer
Sc. 1 – Seul, Carnaval se réjouit, et célèbre Bacchus.
Sc. 2 – La Folie survient, qui lui annonce qu’elle n’est pas prête à le prendre pour époux, par simple caprice. Dépité, Carnaval dégage son coeur et lui rend le sien. La Folie le prend comme un affront, et en appelle à Neptune, qui provoque une tempête. On entend le choeur de matelots qui font naufrage, et on les voit descendre d’un vaisseau échoué.
Sc. 3 – Le Chef des Matelots annonce que de nombreux matelots se sont noyés et que leurs âmes vont errer sur le rivage. Les matelots veulent s’embarquer, mais la Folie les retient, et obtient qu’ils lui rendent hommage. Elle les touche de sa marotte, ce qui leur donne une nouvelle ardeur. Les matelots se rembarquent.
Sc. 4 – Carnaval ne peut oublier la Folie, et la supplie en vain de cesser son caprice.
Sc. 5 – Resté seul, Carnaval laisse éclater sa colère et fait appel à Bacchus pour noyer son amour dans le vin. Il décide d’avoir recours à Momus.

Acte III
Le Palais de la Folie
Sc. 1 – Carnaval est venu demander à Momus de l’aider.
Sc. 2 – Momus se plaint à la Folie du traitement qu’elle a réservé à Carnaval. La Folie se vante d’avoir remplacé la raison par le coeur. Momus fait croire à la Folie que Carnaval ne l’aime plus et qu’il l’a oubliée. La Folie laisse éclater sa douleur, et décide de livrer les mortels à la triste Raison. Elle jette sa marotte et se laisse tomber. Momus reprend la marotte et appelle les Suivantes de la Folie à la consoler.
Sc. 3 – Le choeur appelle la Folie à chasser le chagrin. La Folie décide de devenir encore plus fou.
Sc. 4 – Un rideau s’ouyvre au fond du théâtre, et laisse voir un Salon rempli de musiciens, auxquels un Maître de Musique bat la mesure. Il paraît en même temps un Professeur de Folie, suivi de plusieurs écoliers. Divertissement du Professeur de folie : leçon de chant italien à un musicien, leçon de danse à un couple de danseurs, et leçon de rime à un poète. Tous invoquent l’Amour. La Folie, qui mène le branle, emmène tout le monde poursuivre ailleurs les réjouissances.
Sc. 5 – Momus annonce à Carnaval que la Folie est à nouveau pleine d’amour, mais de lui. Carnaval est atterré; Momus lui conseille de s’en remettre au Dieu du Vin.
Sc. 6 – Carnaval, resté seul, sombre dans la désir de vengeance. Il appelle les Aquilons, qui détruisent le Palais de Plutus.

Acte IV
Les jardins de Plutus et la Jeunesse désolés par les Vents
Sc. 1 – La Folie, seule, triomphe : la destruction du palais par Carnaval est une preuve de son amour.
Sc. 2 – Carnaval confirme à la Folie que la destruction du palais est bien son oeuvre, et qu’il ne peut la haïr. La Folie, ravie, s’assoit et s’assoupit pendant que Carnaval continue ses plaintes. Elle se réveille et lui conseille de recourir au Léthé pour l’oublier. Arrive Momus avec la marotte à la main.
Sc. 3 – La Folie s’en prend à Momus, et lui reprend sa marotte. Momus leur révèle qu’il les a trompés tous des deux pour les rapprocher.
Sc. 4 – Plutus et la Jeunesse reprochent à Carnaval les ravages qu’il a provoqués ret reviennent sur leur accord sur sson alliance avec la Folie. Mais la Folie les contredit à nouveau.
Sc. 5 – On entend une symphonie ; Jupiter descend sur des nuages avec Vénus, Bacchus et Mercure. Jupiter annonce à Plutus et la Jeunesse que les dieux sont favorables à l’hymen du Carnaval et la Folie.
Le théâtre représente le palais de Carnaval
Jupiter et Vénus appellent les Peuples à rendre hommage à Carnaval et célébrer son union avec la Folie. Jupiter et Vénus célèbrent, en italien, le Dio dell’allegria.

Livret disponible sur livretsbaroques.fr


Carnaval le bon vivant aime la capricieuse maîtresse de l’île de la Folie et veut l’épouser. Elle accepte, puis se ravise; le soupirant veut quitter l’île, elle demande à Neptune une tempête pour l’en empêcher. Carnaval recourt alors au Vin pour noyer son amour. Momus, que les Dieux ont chassé de l’Olympe, décide d’intervenir : il déclare à la Folie que Carnaval ne l’aime plus. Dépitée, elle jette sa marotte, que Momus ramasse. Pour la distraire sa suite introduit un professeur de folie, prétexte à danses et chants qui célèbrent l’Amour. Quand arrive Carnaval, Momus l’invite à oublier l’infidèle : n’a-t-elle pas donné sa marotte à Momus en gage d’amour ?
Ulcéré, Carnaval demande à l’Hiver de provoquer une tempête sur le palais de la Folie. Elle se réjouit : cet acte de vengeance prouve qu’il l’aime toujours. Ses parents surgissent et veulent chasser Carnaval qui a provoqué la ruine de leur domaine. Cela suffit à déterminer la Folie à s’unir à lui. Jupiter et Vénus descendus des cieux viennent bénir l’hymen et c’est la fête ! (Forum Opéra)

Pour en savoir plus :

Cahiers d’Ambronay (4), Ambronay Éditions 2007


« Si dans sa jeunesse, le Roi Soleil avait fait de l’opéra une fantastique machine de propagande dont toute l’Europe s’empara, sur le déclin il eut tendance à se tourner vers des plaisirs plus sobres. L’opéra garda cependant sa force de persuasion. Grand voyageur, mousquetaire, musicien initialement autodidacte, André Cardinal Destouches s’en empara. Avec Houdar de la Motte, partisan de la réforme des conventions théâtrales, il conçut la première comédie-ballet en France, Le Carnaval et la Folie. Le sujet ? L’Éloge de la Folie d’Érasme revu et corrigé au goût du XVIIIe siècle naissant. Pourquoi donc s’inspirer de cet ouvrage caustique écrit par ce philosophe linguiste doué d’une grande liberté de pensée, auteur d’une traduction nouvelle du Nouveau Testament dont se servit Luther, religieux fidèle à Rome mais refusant que le Pape le nomme cardinal ? Moins de vingt ans après la révocation de l’Édit de Nantes, pourquoi s’inspirer d’une œuvre écrite pour Thomas More, juriste, philosophe, helléniste, homme politique, auteur de The Utopia, qui eut le privilège d’être pendu et non décapité pour avoir refusé à Henry VIII d’entériner le schisme religieux donnant naissance à l’Église anglicane ? Louis XIV n’assista pas à la création du Carnaval et la Folie, donnée devant la cour, à Fontainebleau, en présence du roi d’Angleterre et de la maison royale.
Dans Le Carnaval et la Folie, la Folie n’est pas celle que l’on croit ; le Carnaval ressemble à un amoureux transi et Momus, grand censeur des dieux, tire les ficelles pour mieux nous divertir. Comment transcrire la modernité d’une œuvre tricentenaire en étant respectueux des éléments nouveaux apportés par les musicologues, les chercheurs, en s’inscrivant dans une réflexion contemporaine ? Quelle part d’invention, quelle part de fidélité ? Autant de questions qui animent les acteurs de l’édition 2007 de l’Académie baroque européenne et dont rend compte ce nouveau Cahier d’Ambronay.
On trouvera d’entrée deux réflexions de fond : « Le Carnaval et la Folie : Révolution ou conformisme ? », par Michael Nafi, doctorant à Paris Diderot, et « Le jeu de la marotte ou la momerie de Folie » par Marianne Massin, Maître de Conférence à Rennes II.
Les artisans du spectacle créé en octobre 2007, au Festival d’Ambronay, expriment leur point de vue : Hervé Niquet, Jacques Osinski, Maris-Geneviève Massé, Christophe Ouvrard.
Ce quatrième « Cahier » d’Ambronay est complété pae le synopsis de l’œuvre, la fiche signalétique, une notice sur André Cardinal Destouches, le livret et les sources.
L’ouvrage est agrémenté des esquisses des costumes, crées par Christophe Ouvrard. » (Musicologie.org)

Partition

Éditions du Centre de Musique Baroque de Versailles – juin 2009


Représentations :

Lisbonne – Pequeno Auditorio – Sala Eduardo Prado Coelho – Fundação Centro Cultural de Belém – 13, 14 mai 2011 – Os Músicos do Tejo – Coro Voces Caelestes – dir. Marcos Magalhães – mise en scène Luca Aprea – lumières Daniel Worm d’Assumpção – scénographie Carlos Moral Reis – avec Ana Quintans (La Folie), João Fernandes (le Carnaval), Hugo Oliveira (Momus), Fernando Guimarães (Plutus/Mercure), Carla Caramujo (La Jeunesse), Luís Miguel Cintra (Jupiter), Jennifer Smith (Venus) – nouvelle production

 

Théâtre de Bourg-en-Bresse – 5 octobre 2007 – Festival d’Ambronay – Grand Théâtre de Reims – 9 octobre 2007 – Toulouse – Capitole – 11 octobre 2007 – Sibiu – Roumanie – 15 octobre 2007 – Valladolid – Auditorio Villa des Prado – 27 janvier 2008 – Opéra Comique – 1er, 2 février 2008 – Solistes, choeurs, danseurs et orchestre de l’Académie baroque européenne – dir. Hervé Niquet – mise en scène Jacques Osinski – chorégraphie Marie-Geneviève Massé – costumes et scénographie Christophe Ouvrard – lumières Catherine Verheyde – avec Paul-Henry Vila (Carnaval), Mélodie Ruvio (Folie), Reinoud Van Mechelen (Plutus), Emmanuelle de Negri (la Jeunesse), Arnaud Cornile (Jupiter), Marduk Serrano Lopez (Momus), Marion Tassou (Vénus), Marc-André Pronovost (Chef des Matelots), Enrique Alberto Martinez Rivero (Professeur de Folie), Daniel Cabena (Un musicien), Sorin Dumitrascu (Un poète)

Opéra Magazine – novembre 2007

« …Cette chatoyante comédie-ballet (créée à Fontainebleau puis à Paris, en 1703-1704), sur un livret d’Antoine Houdar de La Motte narrant les aventures de la Folie, fille volage et capricieuse de Plutus et la Jeunesse, et du Carnaval, qui en est épris, a donné aux jeunes interprètes la possibilité de se former aux spécificités de la rhétorique baroque par le biais du divertissement.
Sobrement mis en scène, joliment décoré, costumé et éclairé, le spectacle se distingue par un bon équilibre entre interventions solistes stylisées et ensembles percutants. Les déplacements sont fluides, l’expression naturelle, et le travail chorégraphique est parfaitement intégré à l’ensemble. Certes, il y a bien çà et là quelques accrocs au rythme général de l’ouvrage. Rien, pourtant, qui puisse entamer l’enthousiasme et la fougue de la troupe. Mais si l’engouement dc ces jeunes artistes est palpable, il faudra quand même attendre d’autres expériences, scéniques ou concertantes, pour prendre la mesure de leur véritable potentiel. En l’état, les rôles-titres révèlent deux bons chanteurs, un peu handicapés par une diction parfois laborieuse du français, prononcé ici à l’ancienne, ce qui ne leur facilite pas la tâche. Les timbres ne manquent pas de caractère, qu’il s’agisse du mezzo sensuel et profond de Mélodie Ruvio ou de la basse-taille de Paul-Henry Vila. Et il ne fait aucun doute que leur présence vocale s’affirmera au fil des représentations prévues au cours de la saison, notamment à l’Opéra-Comique au début du mois de février.
Déception en revanche avec le Momus dc Marduk Serrano Lopez, dont la voix ne possède pas la stabilité requise pour un tel rôle, et ce malgré une évidente bonne volonté. Le couple formé par Reinoud Van Mechelen et Emmanuelle de Negri rivalise de charme et de spontanéité. Une mention spéciale pour le Chef des matelots absolument charismatique et bien chantant de Marc-André Pronovost. Quant au choeur, il a effectué un travail remarquable. Bien en place, expressif sonore et homogène, il séduit sans réserve, tout spécialement lors de l’irruption tonitruante à l’acte III du Professeur de Folie, incarné par le pétulant Enrique Alberto Martinez Rivero.
Sous la battue toujours dynamique, précise et bienveillante d’Hervé Niquet, l’orchestre de l’Académie, sans accomplir de miracle, distille avec assurance les multiples et savoureuses tournures dont regorge la partition. Enfin, sur les cinq danseurs initiés au vocabulaire raffiné de la danse baroque par Marie-Geneviève Massé, seules les demoiselles se montrent vraiment à leur aise dans l’art d’esquisser gavottes, bourrées, menuets et autres passepieds. »

Forum Opéra

« …une musique parfois prenante, voire saisissante dans les pastiches de fureur ou dans la grande scène finale, souvent dansante évidemment et toujours séduisante. Les jeunes musiciens obéissent bien à Hervé Niquet ; loin des précipitations qu’on lui connaît avec son ensemble, il obtient des stagiaires une belle cohésion et de jolies couleurs, ainsi qu’une juste balance entre les instruments et les chanteurs. Tous les pupitres sont de qualité, en particulier la basse continue, jamais indiscrète, les bois, la trompette et les percussions, d’une précision délectable.
Le chœur est remarquable d’éclat et les solistes, parmi lesquels se détachent Carnaval, Momus, et surtout la Folie, tirent leur épingle du jeu avec brio. Pas de grande voix, des timbres intéressants de basse, ténor, soprano et mezzo-soprano – selon notre terminologie – et l’impression que pour la plupart des progrès s’imposent pour améliorer la projection. »

Concertclassic

« Quoi, un amateur pour succéder à Lulli (nous ergotons mais nous n’aimons pas le y dont les savants l’affublent) ! Ex-pseudo-missionnaire au Siam dans le sillage du Père Tachard, puis Mousquetaire du Roi, Destouches composa son premier opéra, Issé, qui fit un tabac, sans savoir écrire la musique. C’est assez dire que son génie était ardent. On s’est régalé à son Carnaval et la Folie comme l’on était tombé raide devant la puissance suggestive de Callirhoé ou les fines splendeurs des Eléments.
C’est la grâce des amateurs de tout oser, ils sont plus libres, moins apeurés par la science que leurs doctes confrères, ils échappent aux académies et aux courants, leur ignorance des bonnes mœurs conserve intactes leurs singularités. Lorsqu’en plus ces génies irrépressibles illustrent un genre en mutation, comme l’opéra français d’alors, ils brillent d’un éclat singulier. Dans un autre contexte mais également à un point nodal du théâtre lyrique italien, l’Arianna de Benedetto Marcello, autodidacte absolu, atteint aux mêmes sommets d’inventivité.
Ce que Destouches produit, aussi bien pour le chant, rivés aux mots de Houdar de la Motte, que dans son orchestre, est une partition incroyablement moderne, qui nous parle, nous tutoie et cette modernité fait justement jurer le méchant « françois » qu’on veut y mettre. Encore une fois, si les questions que les chercheurs se posent sont bonnes, les systèmes qu’ils apportent en réponse ne fonctionnent pas.
On l’a bien vu lorsqu’une salle manqua de s’esclaffer devant le méchant « mouai » d’une Folie qui ne voulait dire que moi. Ce sabir à fort relent agricole risque pourtant de devenir la coqueluche du moment…Tout le problème est de savoir combien de temps on continuera à polluer ainsi la redécouverte d’une part fascinante de notre répertoire lyrique, et l’on est bien aise de lire Hervé Niquet (1) qui nous apprend que « La résultante est musculaire ».
Bizarrement le gain sur les résonateurs qui apparaît être la grande affaire de cette nouvelle rumination des mots semble rendre les voix plus ternes, en appauvrir les harmoniques, outre qu’il interdit tout vrai canto piano. Et clairement, pour les chanteurs de l’Académie baroque européenne d’Ambronay, l’exercice n’était pas une sinécure : on les sentait beaucoup plus libres dès qu’ils oubliaient la manière pseudo-philologique. C’est que parler une langue ne s’improvise pas, ne se remplace pas par quelques réflexes, et pour l’heure seul Eugène Green et Benjamin Lazar peuvent tenir entre eux une discussion dans ce patois systématique sans risquer le fou rire. Il serait bon qu’ils gardent cette pratique domestique.

A ce système malheureux s’ajoutait celui d’Hervé Niquet, augmentant un certain malaise. Son orchestre bodybuildé ne manque pas d’élan, mais ô combien de charmes, de tendresses, de subtilités. Jamais rien de sensuel, rien d’hésitant non plus : on va droit au pas de charge. Cependant, le génie de Destouches survivait à cette manière furieuse, qui sur un air éploré faisait chanter tout haut un méchant violon dont tout un chacun sentait qu’il devait jouer piano. Et ces gens sont musiciens pourtant.

Equipe vocale valeureuse : la Folie de Mélodie Ruvio montre de beaux moyens mais devra apprendre à phraser et à nuancer, le Carnaval de Paul Henry Villa ne méritait que des éloges, alors que le Momus de Marduk Serrano Lopez n’avait pas encore sorti sa voix. Splendide Jupiter de Marc Callahan, avec un métal, une projection déjà remarquable, délicieuse séance du Professor di pazzia, un joli contre ténor, Enrique Alberto Martinez Riviera : Destouches écrit à l’intérieur de l’Acte III un petit divertissement en italien subtilement troussé. Les élèves danseurs étaient lestes et joliment expressifs, le spectacle anodin ne froissait pas l’œuvre. »

Isola disabitata – http://isoladisabitata.over-blog.org/article-7368399.html

Classica – mars 2008

« … Autrement surprenantes furent les danses conçues par Marie-Geneviève Massé dans Le Carnaval et la Folie de Destouches qui achevait l’épisode «baroque », agrémenté par l’équipe du Comique de colloques, parodies et récitals autour de Cadmus. Trop longtemps repère de spectacles indigents, la ferveur baroque y bat à nouveau comme l’a montré le succès de l’invitation lancée au réjouissant spectacle de l’Académie d’Ambronay sous la houlette de Hervé Niquet et dans la finaude mise en scène de Jacques Osinski. Un souffle neuf plébiscité par une salle où l’on n’hésite plus à secouer les habitudes vestimentaires. De-ci, de-là che­mises à jabots, punks colorés et robes de bal font croire par moments au bal de Matie-Antoinette par Sofia Coppola. »

Diapason – avril 2008 – Cherche Folie désespément – 2 février 2008

« En coproduction avec le Festival d’Ambronay et en contrepoint à Cadmus & Hermione, l’Opéra-Comique programmait une série de pièces plus légères, dont Le Carnaval et la Folie d’André Cardinal Destouches. Créée en 1703, cette première “comédie en musique “ française, en un Prologue (omis) et quatre actes, triompha jusqu’en 1755, dix ans après Platée de Rameau, qui s’en inspire (un peu). Si le livret d’Antoine Houdar de La Motte a pour mérite de parodier les scènes obligées de Quinauit et Molière (son Maître de Folie semble sortir de chez Jourdain) et de glisser d’habiles allusions politiques (en gros la tradition doit être réévaluée pour perdurer), il n’en manque pas moins de tension, ce qu’accentue la sinistre “ mise en scène “ de Jacques Osinski. Il est compréhensible que ce spectacle itinérant n’ait pu disposer des fastes d’un Cadmus, mais n’était-il pas possible d’évoquer, du moins, mer en courroux, aquilons, dieux, amour, révolte, jardins, saisons, à travers la direction d’acteurs (inexistante), le décor (plat et laid), les costumes (vaguement XIXe siècle), les lumières (crues) ? N’était la sensuelle chorégraphie pour cinq danseurs de Marie-Geneviève Massé (inventive Chaconne !), l’on fermerait les yeux… Il faut dire que les jeunes interprètes de l’Académie européenne baroque d’Ambronay découragent les bonnes volontés par leur gaucherie. Excluons-en le prometteur Carnaval de Marc Callahan, baryton percutant à la belle prestance.
A l’instar de son professeur Campra, Destouches, veine plus langoureuse et moins théâtrale, brille dans la mélodie, excelle à tirer du chant des mots, au fil d’une partition pauvre en récitatifs et surabondante en “ petits airs ».
A ce titre, il convient à Hervé Niquet, dont la direction prône sans conteste « prima la musica ». Paradoxalement, le premier acte en devient un vrai pensum, pris à un tempo d’enfer, engloutissant respirations, silences, nuances, diction et, pour tout dire, narration. Cette approche quasi vériste trouve ses meilleurs moments dans le tempétueux acte II, où le valeureux orchestre fait valoir dynamique et couleurs — mais elle nous prive de bien des détails. A polir. »