Ballet des Fêtes de Bacchus

COMPOSITEUR François de CHANCY et autres
LIBRETTISTE Isaac de Benserade (?)


Ballet dansé au Palais Royal, les 2 et 4, 9 et 12 mai 1651.
La Gazette du 6 mai l’évoqua en ces termes : Le 2, le Roy dansa, devant la Reyne, accompagnée de S. A. R. Mademoiselle, des princes de Condé, de Conti et de toute la cour, dans la grande salle du Palais-Cardinal (*), le ballet des Festes de Bacchus à trente entrées, où il ne falloit point demander qui étoit le Roy, l’adresse inséparable de toutes ses actions le distinguant et le faisant assez remarquer à-tout le monde. Le 4, le Roy dansa derechef son ballet.
(*) quoique devenu Palais Royal depuis la mort de Richelieu, on continuait à l’appeler Palais Cardinal.

Le numéro suivant de La Gazette indiqua qu’il fut à nouveau dansé le 9 et le 12, tant ce spectacle avait paru agréable.
Loret, quoique n’ayant pu assister à aucune représentation, fit une description imagée des conditions dans lesquelles furent données les représentations.
On fut chifonné, pressé,
Incommodé, foulé, poussé.
Les filles même de la reyne
N’y trouvèrent place qu’à peine ;
Plusieurs y suèrent d’ahan.
Il ajouta que les récits furent merveilleux, tous les masques, les danses, les habits, et termina en disant :
Mais n’ayant rien veu cela,
C’est à moy d’en demeurer-là.
Loret attribua les vers à Isaac de Benserade, mais cette attribution est contestée.
La partition est recueillie par Philidor Laisnée (atelier de Philidor l’Aîné) en 1690. Selon la notice, la musique fut composée par François de Chancy, Louis de Mollier, Verpré et Michel Mazuel.

Le Cabinet des Estampes conserve un exemplaire original du ballet, complété par une collection des costumes de tous les personnages, sous la forme de dessins coloriés, dont on ne sait s’ils furent exécutés avant ou après les représentations, et que Victor Fournel attribue à Charles ou Henri de Beaubrun, ou à Pierre ou Nicolas Dumoustier.

Synopsis détaillé
Premier récit
La Sobriété, Cornaro (1) et l’Indigence, chassés de l’Ile dorée et menés en triomphe par un Parasite (3).
La SobriétéL'Indigence
(1) Alvise (ou Luigi) Cornaro, noble vénitien, vécut plus que centenaire (1464 – 1566), et se fit l’apôtre de la frugalité en écrivant quatre traités hygiénistes. Il était représenté dans le ballet sous les traits d’une sorte de Gaultier-Garguille (2) à figure grotesque, tenant des balances à la main.

(2) Gaultier-Garguille, comédien, poète et chansonnier (1573 – 1633), spécialisé dans les rôles de vieillards au Théâtre du Marais, puis associé à Gros-Guillaume et Turlupin. Il fut surnommé « La merveille des comédiens de France ».

(3) Parasite représenté comme un Gras à lard, avec un double menton, coiffé d’une espèce de bonnet de fou, et couvert d’un habit bleu trop étroit, qui lui laisse le cou et la poitrine demi nus.

Récit : Si vous voulez vivre longtemps, Suivez cet avis salutaire, Fuyez la bonne chère, Elle accourcit nos ans […]
Première entrée
Le fourgon, chargé de toutes les choses nécessaires à la cérémonie des Festes de Bacchus (M. de Sainctot Lardenay (1), MM. Queru, du Moustier (2), Lerambert et Ansse (3), chassant le récit)
(1) Nicolas Sainctot, seigneur de Vernars, maitre des cérémonies, puis introducteur des ambassadeurs.

(2) Pierre Dumoustier, frère de Daniel Dumoustier, tous deux peintres officiels d’Henri IV, ou plus probablement son fils Nicolas (1617 – 1669), peintre de portraits au pastel, comme son père.

(3) Sans doute Louis Van der Bruggen, surnommé Hans, et dont le nom se trouve écrit aussi Hanse, Anse et Ansse. C’était également un peintre de portraits dont les pastels et les miniatures avaient grande vogue à la cour. Il fit partie de l’Académie de peinture à sa fondation.

Seconde entrée
Les Concierges du palais de Silène, ayant les clefs des Caves
Troisième entrée
Le Temps (1) (duc de Joyeuse (2)) qui amène la Joie et l’Abondance nécessaires à la cérémonie.
(1) représenté par un vieillard à longue barbe blanche, la tête ceinte de fleurs, un croissant sur le front, des ailes au dos, pourpoint court et collant entouré d’une ceinture bleue parsemée d’étoiles, et garni de nuages. Ses bras sont nus de la main droite il tient une petite faux de la gauche il soulève un serpent qui se mord la queue.

(2) Louis de Lorraine, duc de Joyeuse, pair et grand chambellan de France(1622 – 1654), mort des suites d’une blessure qu’il avait reçue en chargeant un parti d’ennemis près d’Arras.

Quatrième entrée
Filous traisneurs d’espées, sortant du palais de Silène, échauffés par le vin.
Costume de Filou
Cinquième entrée
Deux Afficheurs colporteurs (1), affichant et colportant et criant par toute l’Isle des Festes de Bacchus.
(1) L’afficheur, portant un placard blanc collé sur le bord de son chapeau relevé par devant, tient de la main gauche son seau, et a sur le ventre une sorte de sac formant comme une gibecière.

Sixième entrée
Le Triomphe de Bacchus (Coquet père), monté sur un monstre à trois testes (1) : de singe, de lion et de pourceau, représentant le vin gay, furieux et endormy. Il sera accompagné de trois démons (2) (comtes de Guiche (3), Vivonne (4) et Bonar fils), appelés coballes, et de trois filles (dont Monsieur (5), frère du roy) que ces démons ont rendues insensées.
(1) sur un tonneau, coiffé en aigrette et tout enguirlandé de pampres, avec une couronne de saucisses sur la poitrine, tenant d’une main une bouteille d’osier, de l’autre son verre.

Coquet en Bacchus
(2) avec ses plumes et son aigrette, son pourpoint aux ornements pointus et tailladés, ses cornes, sa queue, et ses ailes de chauve-souris.

(3) Armand de Gramont, comte de Guiche (1638 – 1674), connu pour sa beauté, son grand air, son amabilité, sa passion pour Madame Henriette, passion qui le fit exiler de la cour, et pour le rôle qu’il joua lors du passage du Rhin.

(4) Victor de Rochechouart, comte, puis duc de Mortemart et de Vivonne, frère de la future Madame de Montespan, âgé alors de quinze ans au plus.

(5) Monsieur, né en 1640, n’avait alors que onze ans. Il resta jusqu’à douze ou treize ans sous les vêtements féminins. Son air était celui d’une petite fille et sa voix aussi.

Septième entrée
Quatre nourrices de Bacchus (duc de Mercoeur, marquis de Montglas, MM. Sanguin (1) et La Chesnaye).
Costume pour une Nourrice
(1) peut-être un maître d’hôtel ordinaire du roi

Huitième entrée
Devins (dont le Roy) et Poètes (1)
Le Roy représentant un devin : Que de gens sur ce front dont l’éclat est divin Vont chercher de leur sort un infaillible augure! Et que de courtisans iront à ce devin Pour apprendre leur bonne ou mauvaise avanture. […]
(1) dont l’un représenté comme une espèce de derviche tourneur, à haut chapeau pointu, orné d’un plumet colossal, et dont le costume semble tout hérissé d’ailes qui se soulèvent et s’envolent.

Neuvième entrée
Gens cherchant la cadence (dont Villedan) que le vin a fait perdre (1).
(1) représentés par un danseur et un joueur de violon ivres. Le premier, portant d’énormes bésicles, tient une lanterne à la main gauche, et en a une autre suspendue au haut de son chapeau en corne recourbée.

Dixième entrée
Deux Gueux et une Gueuse ruinés par le vin.
Onzième entrée
Dieu Pan (chevalier de Guise (1)) et ses Faunes (2) qui sortent de l’Isle et dressent une table couverte de mets délicieux.
(1) Roger de Lorraine, chevalier de Guise (1624-1653). C’est lui qui avait ramené Gian Battista Lulli dans ses bagages, revenant d’Italie en 1646.

(2)représentés avec un maillot velu, tout enguirlandé de feuillages, ainsi que la chevelure.

Douzième entrée
Six Chevaliers de la Table ronde (1) qui chassent les Faunes et se mettent à table.
(1) en costume de fantaisie, sorte de cuirasse avec jaquette courte, les jambes nues, et un casque avec aigrette et panaches flamboyants.

Costume de Chevalier
Treizième entrée
Les Bateleurs qui divertissent les Chevaliers.
On voyait dans cette entrée figurer Arlequin, Colles, Godenot, avec les attributs de leur profession. Une estampe représente cette scène : la table et le plancher aux alentours sont recouverts de poules, de coqs, de lapins, qui viennent sans doute de la boite à surprise, et on aperçoit au milieu de la table une petite figure habillée, qui est probablement la guenon dont parle Loret (2). Dans les estampes suivantes, on voit Arlequin, en costume multicolore, Colles avec son chapeau plat et sa batte, Godenot (tout petit) d’abord en fou, puis en Espagnol grotesque, et sa femme en Espagnole.
Costume de Godenot
(2) On y joua des gobelets, Et l’on dit choses non-pareilles D’une guenon qui fit merveilles.

Quatorzième entrée
Inventeurs de pressoirs, Automne (marquis de Villequier (1)) et Achanariens (comte de Carce (2), marquis de Saint-Martin (3) et de Charmazel (4), comte de Bregy (5)).
(1) Louis-Marie-Victor d’Aumont, connu d’abord sous le nom de marquis de Chappes ; il avait pris le nom de marquis de Villequier depuis le 5 janvier 1651, lorsque son père, connu lui-méme jusque-là sous ce titre, l’avait remplacé par celui de maréchal d’Aumont. Il s’appela duc d’Aumont à la mort de son père, le 11 janvier 1669.

Représentant l’Automne, il portait un costume féminin, surchargé de pampres et de fleurs des champs, une coiffure de marguerites, bleuets, coquelicots, surmontés de fougères et de joncs, et tenait une corne d’abondance.

(2) De la famille provençale des Pontevez, comtes de Carces, qui ont fourni un grand nombre de sénéchaux et lieutenants du roi en Provence. Le comte de Carces dont est ici question joua cette année même un certain rôle dans la Fronde.

(3) Charles de la Baume, né en 1611, marquis de Saint’Martin, baron de Pesmes, etc., et lieutenant de la colonelle du régiment des gardes françaises. Plus tard, il se retira aux Pays-Bas, et entra au service du roi d’Espagne.

(4) Les marquis de Chalmazel étaient une branche des Talaru, vieille famille noble du comté de Forez.

(5) Nicolas Léonor de Flesselles (1615 – 1689), chevalier, comte de Brégy, vicomte de Corbeil, seigneur de Flesselles, Brégy et Tigery, conseiller au parlement de Paris (1637), conseiller du Roi en ses Conseils (1644), lieutenant général des armées du Roi (1655), ambassadeur extraordinaire en Pologne et en Suède (1645), capitaine des gardes de la reine Christine de Suède. Il avait épousé en 1637 Charlotte de Saumais, femme de chambre, puis dame d’honneur d’Anne d’Autriche, réputée pour sa beauté, son esprit.

Quinzième entrée
Musique grotesque (les sieurs Laleu, Queru et Lambert)
Luthier
Trois musiciens qui sont coiffés de têtes d’animaux le premier pince d’une espèce de guitare ; le second bat les côtés d’un triangle garni d’anneaux; le troisième, dans une posture et avec une expression comique, promène un archet sur un long et mince instrument à une corde sur monté d’une figure burlesque.
Seizième entrée
Le Jeu (1) (duc de Joyeuse), la Débauche (2) et la Crapule (3)
(1) Le Jeu a un damier pour rabat, une collerette de cornets ; des cartes forment sa ceinture et aussi sa coiffure, que domine un cornet à jeter les dés.

(2) La Débauche est tout entourée de guirlandes de verres et de gobelets.

(3) La Crapule a une ceinture de plats, et se tient la main sur le ventre, comme si elle étouffait.

Dix-septième entrée
Le prince d’Harcourt (1), représentant Icare (2) assommé par les Bergers (3) (dont duc de Rouannez (4) représentant un Berger qui se croit empoisonné), qu’il avait enivré du vin que lui avait donné Bacchus.
(1) Henri-Charles de Lorraine (1601 – 1666), prince d’Harcourt, puis duc d’Elbeuf.

(2) L’habit d’Icare, très-riche et très-élégant, était un admirable costume de pasteur d’opéra.

(3) Les bergers portaient la houlette, la panetière et la musette.

(4) Artus Gouffier, duc de Rouannez (1627 – 16996), ami de Pascal et premier éditeur de ses Pensées. C’était un homme d’esprit et de savoir, qui se jeta dans une dévotion très-sévère, se vêtant een habit ecclésiastique, surtout lorsqu’il eut abandonné le duché à sa soeur lorsque celle-ci épousa le marquis de La Feuillade, en 1667.

Récit au Roy (1)
Vénus, la Volupté, Trois Graces
Cosstsume de GraceCostume de GraceCostume de Grace
Vénus : Je suis la mère de l’Amour, Jeune Roy, qui viens dans ta cour Amener les délices.
La Volupté : Et moy, je suis la Volupté Qui termine la cruauté Des amoureux supplices.
Les Graces : Que ce prince est aimable et beau Aussi, mesme dans le berceau Il fut accompagné des Graces.
Toutes ensemble : Rendons ses plaisirs accomplis, Et marchons toujours sur les traces Du jeune Monarque des Lis, […]
(1) le jeune Louis XIV était alors âgé de treize ans

Dix-huitième entrée
Orphée déchiré par les Bacchantes (M. Séguier (1)), Silène et Bacchantes (dont le Roy et Villedan).
(1) un autre Séguier que Pierre Séguier, le garde des Sceaux, alors âgé de soixante-trois ans

Dix-neuvième entrée
Dieu du Sommeil (le sieur Beaubrun (1)), sortant du Temple de Bacchus, suivy des Songes et Phantosmes (M. de Crequi (2), Le Grand-Maistre de l’artillerie (3), M. de Lachesnaye et le sieur Vacher), visions de Trophées, d’Hommes de feu, d’Hommes de glace, du Fleuve d’Oubly, et de fées enfantant des Esprits follets.
Dieu du Sommeil
Le Dieu du sommeil, couronné de pavots que surmonte une aigrette noire ornée de panaches, a le haut de ta figure recouvert d’un masque, ou teint en noir, et au dos des ailes de chauves-souris. Il tient d’une main une corne d’où sortent des vapeurs, et de l’autre une baguette. On voit ensuite un Fantôme, tout couvert de têtes de hiboux et de chouettes, d’ailes de larves, de papillons, d’oiseaux nocturnes puis deux Trophées de Bacchus, le premier coiffé d’une basse de viole, à travers le ventre de laquelle passe sa tête grotesque, flanqué d’autres instruments devant et derrière et jouant du violon sur son épaule ; le deuxième, ayant pour chapeau un pot à bière, dont le couvercle lui sert de visière, la poitrine, les cuisses et les bras entourés d’autres pots. L’Homme de feu est tout rouge, coiffé et habitté de flammes l’Homme de glace, un vieillard transi, tout hérissé de fourrures ; le Fleuve de l’oubli, un grand personnage à longue barbe blanche, avec des épauliéres et une ceinture de feuilles de pavot, fleurs et plantes soporifiques, la tête amplement couverte d’une couronne analogue, hérissée d’un plumet gigantesque et flamboyant.
(1) sans doute Henri de Beaubrun, (1603-1677), peintre connu, dont les portraits au pastel, auxquels il est fait allusion un peu plus loin, étaient surtout fort goûtés à la cour. Henri de Beaubrun joignait à son talent de peintre tes qualités, les manières et l’esprit d’un homme de cour.

(2) Frère du maréchal de Crequi, premier gentilhomme de la chambre du roi, créé duc et pair en 1652, l’année qui suivit le ballet.

(3) Charles de La Porte, marquis, puis duc de La Meilleraye (1602 – 1664), désigné plus souvent sous le titre de maréchal de la Meilleraye.

Vingtième entrée
Trois trophées de Bacchus
Vingt-et-unième entrée
Hommes de feu (duc de Candale (1), M. de Comenge (2))
Costume d'Homme de Feu
(1) Louis-Charles-Gaston de Nogaret, de la Valette et de Foix, duc de Candale (1627 – 1658), connu par sa bravoure et ses exploits militaires, plus connu encore par son esprit, sa beauté, sa grâce et sa galanterie.

(2) Gaston de Cominges, conseiller du roi en ses conseils, capitaine des gardes du corps de la régente Anne d’Autriche, qui, ayant arrêté dans le Louvre, par ordre de la reine, les princes de Cond é et de Conti et le duc de Longueville, le 18 janvier 1650, fut fait gouverneur et lieutenant général pour le roi en la ville, château et pays de Saumur et haut Anjou, le 3 mars suivant, et chevalier des ordres de Sa Majesté le 31 décembre 1661. Il mourut le 12 mars 1663, à quatre- vingt-deux ans.

Vingt-deuxième entrée
Hommes de glace (dont le Roy)
Le Roy, représentant un glacé : J’entre dans un printems qui va rompre la glace Qui me contraint et m’embarrasse, Et je feray bientost sentir aux plus hardis Que mes doigts seront dégourdis. Déjà mon froid imprime une crainte profonde, Et je ne vois guère de monde Qui ne tremble dans l’ame à mon royal aspect Et ne soit glacé de respect. Mon cœur, beaucoup plus grand que tous les coeurs ensemble, N’a que trop d’ardeur, ce me semble, Et je souhaiterois qu’il fust plus froid qu’il n’est Je me doute de ce que c’est. […]
Vingt-troisième entrée
Fleuve d’Oubly (marquis de Pisy-Genlis (1))
(1) René Brulart, marquis de Genlis, de Pisy, de Crosne (1617 – 1696), réputé pour sa laideur.

Vingt-quatrième entrée
Les Fées qui enfantent les Feu follets (dont M. de Rasliere (1))
(1) Ce gentilhomme inconnu est sans doute le même que le M. de Raliere qui figurait, avec MM. de Brion et d’Aluy dans la XVIe entrée du Ballet de l’Oracle de la Sibylle de Pansoust, et que ce La Rallière qu’on voit cette même année dans la Muse historique de Loret (lettre du 15 janvier 1661) partager les jeux guerriers de Louis XIV, au Palais Royal.

Vingt-cinquième entrée
L’Écuyer (1) (M. de Fouilloux (2)) chargé des armes de ceux qui doivent danser après.
Élégie à sa maistresse : Jeune et fière beauté, que je ne nomme point, Au fond de vostre cœur vous sçavez à quel point Le mien est enflammé pour vos aimables charmes.[…]
(1) Figure grotesque au nez et au menton longs, pointus, hérissés de poils, il est tout couvert de rondaches et boucliers attachés à la partie extérieure et intérieure de ses bras, et tient une hallebarde. Deux épées se croisent sur son flanc ; un étendard est tiré à chacune de ses épaules. Pour couvre-chef il a une coquille d’où sort, au-dessus de son front, une tête d’escargot.

(2) Charles de Meaux, chevalier, seigneur du Foullioux, capitaine-enseigne des gardes du corps de la reine-mère, né vers 1629. Protégé par Mazarin, élégant, distingué par son esprit et sa tournure, il était aimé de Louis XIV, dont il partageait les divertissements favoris. Il fut tué l’année suivante, au combat de la porte Saint-Antoine.

Vingt-sixième entrée
Gendarmes ou Gladiateurs animés par le vin.
Figures de bravaches grotesques, ayant pour cuirasses le cercle d’un tonneau ou la caisse d’un tambour.
Vingt-septième entrée
Titans (dont le Roy) qui ont massacré Bacchus, et qui viennent à ses festes, touchés de repentir et de dévotion pour son culte.
Le Roy, représentant un des Titans : Ma naissance est si haute et si proche des cieux, Que je ne pense pas estre un ambitieux, Dont la témérité ne se puisse défendre, Et fait comme je suis, le Ciel pourroit me prendre, Moins pour un des Titans que pour un de ses dieux, […]
Vingt-huitième entrée
Pirates échouées en l’Isle dorée et qui viennent aux Festes de Bacchus
Vingt-neuvième entrée
Mercure (Roquelaure (1)), envoyé de la part de Jupiter, pour honorer les Festes de Bacchus.
(1) Le marquis, puis duc à brevet, Gaston de Roquelaure, maitre de la garde-robe, réputé pour ses indiscrétions, ses bonnes fortunes, ses étourderies et ses gasconnades.

Trentième et dernière entrée
Apollon (Cabou (1)) et les neuf Muses (dont le Roy, le comte de Saint Agnan (2), Villedan, le comte de Maulevrier (3)) qui se trouvent aux Festes à cause de l’affinité qui est entre elles et Bacchus.
La scène représentait une sorte de Parnasse, avec Apollon assis au centre, dans une gloire, et les neuf Muses distribuées autour de lui et siégeant sur des amas de nuages, puis Apollon éblouissant, sous la figure du Sotleil, avec sa lyre en main.
Le Roy, représentant une Muse aux Poètes : […] Du pas dont on me voit venir, Je ne suis pas pour m’en tenir Aux simples lauriers du Parnasse : Il faut que de cent vives fleurs, Que je m’en vais cueillir ailleurs, Ma noble guirlande se fasse.
(1) Avocat au conseil, qui dansait souvent dans les ballets du roi. Tallemant des Reaux disait de lui qu’il était une espèce de coquin (c’est-à-dire un homme de basse naissance), qui joue, qui danse et qui boit…

(2) François de Beauvilliers, d’abord comte de Saint-Agnan, puis duc et pair à partir de décembre 1663, conseiller d’Etat, premier gentilhomme de la chambre du roi ; favori de Louis XIV, renommé pour son amour des lettres, incomparable pour la politesse et le beau brillant.

(3) Edouard-François Colbert, comte de Maulevrier (1634 – 1693), frère du ministre Colbert. Ildevait obtenir une compagnie au régiment de Navarre le 30 mai 1651, quelques jours après la représentation de ce ballet : ce fut le commencement de sa brillante carrière militaire.

NB. les notes figurant dans le synopsis sont extraites de l’ouvrage de Victor Fournel, « Les contemporains de Molière : recueil de comédies rares ou peu connues, jouées de 1650 à 1680 » – Firmin Didot – 1866

 

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