Statira, Principessa di Persia

La Statira - livret de 1656

COMPOSITEUR Francesco CAVALLI
LIBRETTISTE Gian Francesco Busenello
DATE DIRECTION ÉDITEUR NOMBRE LANGUE FICHE DÉTAILLÉE
2003 Antonio Florio Opus 111 2 italien

 

Dramma per musica sur un livret de Gian Francesco Busenello, composé à partir du 4 octobre 1655, représenté au SS Giovanni e Paolo de Venise, le 18 janvier 1656 (*).

(*) 1655 selon la calendrier vénitien, tel qu’il apparaît sur le manuscrit

Cavalli en avait commencé la composition durant l’automne précédent, comme en atteste la date du 4 octobre figurant sur la première page de la partition.

Reprises à Bologne en 1665, et à Naples en février 1666, à la demande du cardinal Pasquale d’Aragon, vice-roi de Naples, dédicataire du livret napolitain, qui avait décidé de célébrer – tardivement – le couronnement de Philippe IV d’Espagne, et le mariage de Marguerite Thérèse d’Autriche, fille de Philippe IV, avec l’empereur Léopold Ier.

Philippe IV d'Espagne

La représentation de la Statira à Naples était programmée pour la saison d’opéra de 1656, mais fut reportée à cause de l’épidémie de peste qui frappa Naples cette année-là, et provoqua l’arrêt des représentations et la mort de nombreux musiciens (dont Andrea Falconieri, maître de la Real Cappella).

Pour les représentations de 1666, l’opéra fut adapté pour le public napolitain par Francesco Cirillo (*), chanteur et musicien de la troupe des Armonici, qui tint les rôles de Dario et Nicarco, et par Francesco Provenzale (**), maître de chapelle au Duomo di San Gennaro.

(*) Francesco Cirillo adapta pour Naples l’Orontea de Cesti, en 1654. Il composa lui-même Il Ratto d’Elena.

(**) Francesco Provenzale aurait ajouté des passages instrumentaux.

Une partition est conservée à la Bibliothèque Marciana de Venise, dans la collection Contarini. Dépourvu de Prologue, et le choeur final inachevé, elle est principalement de la main de Cavalli.

Il y eut deux livrets édités à Venise entre janvier et septembre 1656, par Andrea Giuliani. le premier ne comporte pas de dédicace, alors que le second est dédicacé à Il Signor Gio. Grimani. Tous deux font apparaître des modifications par rapport à la partition autographe.

La Statira - livret - 1656La Statira - livret - 1656

Une seconde partition est conservée à la Bibliothèque du Conservatoire de Milan (Fonds Noseda), qui correspond à la version de 1666, de la main d’un unique copiste, et comporte le Prologue et le chœur final.

La Bibliothèque du Conservatoire de Naples conserve par ailleurs la partition de douze arias, et le seul exemplaire du livret édité en 1666.
Le livret conte la célèbre histoire de la princesse Statira, fille de l’empereur Darius III de Perse et seconde épouse d’Alexandre le Grand. Busenello concocte un livret extraordinaire mêlant intrigues amoureuses, passions et jalousies, héroïsme et magnanimité, drame et comédie. Cavalli compose pour les protagonistes 15 airs irrésistibles dont les merveilleux lamenti d’Ermosilla et Cloridaspe. La Statira, principessa di Persia remporta un tel succès qu’il fut repris dans d’autres capitales, notamment à Naples à l’occasion du couronnement du roi Charles II d’Espagne, en 1666. (Festival de Beaune – 2003)

 

« Des amours contrariées (et compliquées !) dans la Perse de Darius sur fond de rivalité guerrière… « Le poème de Statira est de Francesco Busenello, et l’on possède aussi deux versions de l’ouvrage, une pour chaque ville, ainsi qu’un recueil d’airs ajoutés qui se trouve au Conservatoire de Naples. Ces airs, une dizaine en tout, sont probablement de Provenzale les musicologues sont prudents à ce sujet, et avec Dinko Fabris nous avons voulu garder autour d’eux un certain mystère, mais moi qui ne suis qu’un artisan, j’ai reconnu la main de Provenzale. »

Lorsqu’il compose Statira, Cavalli est au faîte de sa maturité. La création napolitaine devrait suivre de quelques mois la première vénitienne de 1656, mais la cité parthénopéenne est victime d’une épidémie de peste. Il faudra attendre dix ans, et une double occasion aussi importante que le couronnement du roi d’Espagne Philippe IV et le mariage de sa fille Marguerite Thérèse d’Autriche avec Léopold Ier. Statira sort de l’aventure transformée : l’essentiel du livret est identique, mais on observe des changements dès le prologue, le comique est accentué, le personnage de la nourrice, par exemple, est plus consistant. Le style de Cavalli est généralement sec. La version napolitaine ajoute des arias avec violon obligé, donne davantage d’ampleur aux scènes bouffes autant d’éléments que Provenzale développera dans ses propres partitions, de même que les grands airs accompagnés par tout l’orchestre, certains plus agressifs dans leur tempo, d’autres très émouvants, la basse de chaconne, tous les accessoires de la tradition napolitaine. Nous tenons là le fil rouge qui conduit vers la commedia per musica, laquelle s’épanouira dans ses trente ans plus tard. Statira, c’est, si l’on peut dire, la dernière marche avant la constitution d’un opéra proprement napolitain. Après elle, on ne confiera plus l’opéra à des « étrangers ». (Diapason – décembre 2003)

Publier un opera du maître venitien Cavalli dans la collection  » Trésors de Naples « ? Oui, car rarement les liens lyriques entre les deux villes n’auront été aussi explicites que dans Statira : créée à Venise en janvier 1656, avec un livret qui est le chant du cygne de Busenello, l’oeuvre est reprise à Bologne en 1665, puis à Naples en février 1666 lors du couronnement du roi d’Espagne Philippe IV. Dix ans après la création? Dinko Fabris suppose, dans une analyse passionnante des diverses sources, que la mise en place du projet de reprise napolitaine fut difficile. Le nouveau livret s’étoffa de personnages travestis ou comiques, dont le public napolitain était friand, et quelqu’un (peut-être Provenzale) ajouta à la splendeur d’inspiration de Cavalli quelques touches plus napolitaines dans les sinfonias (basse de chaconne) et certaines arias (violon obligé), et même des intermèdes comiques (notamment le personnage de la nourrice Elissena). » (Classica/Répertoire – février 2004)
Personnages :

Mage (Magicienne), Pluton, Mercurio (Prologue)

Dario, roi de Perse (basse) ; Statira, fille de Dario (soprano) ; Cloridaspe, roi d’Arabie (mezzo-soprano) ; Tersandro, conseiller de Dario (soprano) ; Nicarco, général de Cloridaspe (basse) ; Vaffrino, serviteur de Nicarco (ténor) ; Usimano, prince d’Égypte, déguisé sous le nom d’Ermosilla, demoiselle d’honneur de Statira (soprano) ; Lindaura, soeur de Cloridaspe, ssous le nom de Floralba, demoiselle d’honneur de Statira (soprano) ; Brimonte, général de Dario (contralto) ; Elissena, vieille femme (ténor – rôle travesti) ; Birsante (ténor) ; Indiano, serviteur de Tersandro ; Mercurio (ténor) ; Plutone (basse) ; Messo (soprano) ; Maga (soprano).
Synopsis détaillé

Prologue

Une magicienne veut venger le meurtre de son père par le vieux roi d’Arabie Orgonte, en empêchant le mariage de son fils Cloridaspe. Elle fait appel à Pluton, et lui demande d’envoyer sa messagère Alecto en Perse pour porter la malédiction contre Cloridaspe. Mais Mercure décide de protéger Cloridaspe.

Entre-temps Cloridaspe, nouveau roi d’Arabie, écrase l’armée arménienne et libère Statira, fille du roi de Perse Darius, en même temps que sa femme Parifatide. Mais il est blessé ; Statira le soigne et le guérit, et ils s’éprennent l’un de l’autre.

Acte I

Dans les jardins royaux

(1) Statira et Cloridaspe &eaute;changent des paroles d’amour. (2) Ermosilla, la demoiselle d’honneur de Statira, confie qu’il est en réalité le prince égyptien Usimano, travesti pour côtoyer la femme qu’il aime. (3) Statira confie à Ermosilla son amour partagé avec Cloridaspe, provoquant le trouble d’Ermosilla et le désespoir de Floralba, autre demoiselle d’honneur, éprise en secret de Cloridaspe. (4) Statira et Cloridaspe se renouvellent leur amour, en présence d’Ermosilla et Floralba, blessées par leur paroles. (5) Ermosilla, resté seul, en appelle à la vengeance. (6) Vaffrino, serviteur noir de Nicarco confie qu’il est épris d’Ermosilla. Il va rejoindre son maître. (7) Le roi Darius se lamente sur les incursions barbares. (8) Il félicite Cloridaspe de sa victoire, s’enquiert de ses blessures, et sort s’entretenir avec lui. (9) Resté seul, Brimonte, philosophe sur la nécessité d’avoir la Fortune avec soi pour accomplir des exploits. (10) Nicarco confie à Vaffrino qu’il est épris d’Ermosilla et le charge de remettre une lettre à sa bien-aimée, en échange de sa liberté. (11)Vaffrino constate qu’il passe du rôle d’amoureux à celui d’entremetteur. (12) La vieille nourrice de Statira, Elissena, peste contre le destin qui la charge du poids des années. (13) Floralba se lamente d’être éprise d’un roi, elle qui n’est que servante. Pourtant, elle se dit que si elle aime un roi, sans doute est-elle issue d’une race royale. (14) Statira confie son amour pour Cloridaspe à Elissena. Celle-ci se moque de Cloridaspe lorsqu’elle apprend que celui-ci s’est contenté d’un baiser. (15) Cloridaspe vient auprès de Statira avant de repartir à la guerre. Tous deux se renouvellent leur amour, sous le regard envieux d’Elissena. (16) Floralba rumine sa jalousie, mais ne perd pas espoir.

Acte II

En ville

(1) Darius a décidé d’agir rapidement contre les Arméniens, en passant l’Euphrate. Il charge Brimonte, nommé commandant suprême, de lancer l’assaut. (2) Un messager blessé arrive, porteur de mauvaises nouvelles : le roi d’Arménie a décimé les forces perses. Darius, pour le réconforter, lui offre une bague. Cloridaspe propose d’aller secourir les troupes perses. (3) Seul, Cloridaspe, est heureux de reprendre les armes. (4) Floralba est toujours désespérée, et songe à s’enfuir. (5) Vaffrino et Nicarco arrivent à un rendez-vous fixé par Ermosilla. Elle promet à Nicarco de le suivre, déguisée en guerrier, s’il exécute l’ordre qu’elle lui donnera. (6) Ermosilla rumine sa vengeance, et avoue vouloir tuer Cloridaspe. (7) Statira s’étonne auprès d’Elissena de la disparition d’Ermosilla et Floralba. Elissena n’a pas le temps de lui livrer un secret concernant Floralba. (8) Darius et Cloridaspe viennent annoncer à Statira l’attaque des Arméniens et le départ de Cloridaspe. Statira souhaite lui promet la victoire. (10) Brimonte appelle les soldats aux armes, certain qu’il remportera la victoire. (11) Ermosilla annonce à Nicarco, qui n’en croit pas ses oreilles, qu’elle veut qu’il tue le roi Cloridaspe. Nicarco refuse d’être traître à son roi. Ermosilla s’emporte et le tue. (12) Ermosilla ne sait plus quelle conduite tenir, et se demande si Vaffrino gardera le silence après la mort de son maître. (12) Floralba plaisante Ermosilla qu’elle croit déguisée en homme. Ils retournent au camp avec Vaffrino. (13) Entre-temps au palais, la vieille Elissena est tournée un dérision par le page Eurillo déchaîné, qui feint de la courtiser puis, après s’être déclaré chanteur castrat, la roue de coups sans pitié.

Acte III

Campement militaire

(1) Brimonte fait part de la victoire de Darius. Mais Cloridaspe, trop audacieux, a été fait prisonnier. Ermosilla, habillé en Usimano, propose d’aller le libérer. Il révèle sa condition de prince à la surprise de Floralba. (2) A sa demande, Ermosilla lui révèle qu’il est Usimano, prince d’Egypte. En retour, Floralba lui apprend qu’elle fut enlevée en Perse, et confiée comme esclave à Statira par Elissena. Ermosilla remarque une ressemblance avec Cloridaspe, dont une soeur est morte en bas âge. Floralba avoue être éprise de lui. (3)

Caverne où Cloridaspe est enchaîné

(4) Cloridaspe, sentant sa mort proche, lance un adieu à Statira.

En ville

(5) Statira s’éveille d’un cauchemar.

Campement militaire avec caverne

(6) Floralba et Vaffrino constatent la défaite des Arméniens. Ils aperçoivent Usimano en vainqueur, mais s’inquiètent de ne pas voir Cloridaspe. (7) Usimano les rejoint et ils arrivent devant la caverne d’où sort Cloridaspe enchaîné. (8) Usimano rend la liberté à Cloridaspe, et lui demande de lui céder Statira. Cloridaspe accepte. Floralba reprend espoir. (9) Floralba et Vaffrino rencontrent le vieux Brisante qui dit être à la recherche d’Usimano, fils du roi d’Egypte. (10) Statira s’inquiète du sort de Cloridaspe, et promet de se consacrer à Diane si elle perd. Elissena se moque d’elle, et lui conseille de profiter de sa jeunesse.

Dans une forêt

(11) Cloridaspe se méprise d’avoir consenti à perdre Statira. Il invoque les souffrances de l’enfer. (12) Brisante reproche à Usimano d’avoir exigé Statira, sans penser aux conséquences. Il oppose la raison à l’amour, et finit par le convaincre de renoncer à Statira. (13) Usimano retrouve Cloridaspe et lui annonce qu’il lui rend Statira.

En ville

(14) Brimonte relate les faits récents à Darius : la victoire et la libération de Cloridaspe par un aventurier inconnu ressemblant à une dame d’honneur de Statira. (15) Cloridaspe confirme à Darius qu’il a vaincu les Arméniens. (16) Darius confie Statira à Cloridaspe, au grand bonheur de cette dernière. (17) Usimano arrive, qui révèle son identité, et confirme qu’il s’est travesti pour l’amour de Statira. Darius lui donne son pardon. (18) A son tour, Elissena demande le pardon pour avoir gardé le secret de l’origine de Floralba : celle-ci est en fait Lindaura, soeur de Cloridaspe, enlevée par Nicarco qui voulait usurper le trône. Vaffrino exhibe le collier trouvé sur le corps de Nicarco, que celui-ci avait volé à Lindaura. Cloridaspe donne la main de sa soeur à Usimano. Vaffrino reste seul.
Livret en français disponible sur livretsbaroques.fr Livret original :

http://daten.digitale-sammlungen.de/~db/0004/bsb00048070/images/index.html (Rome – Istituto Storico Germanico)

http://www.urfm.braidense.it/rd/03310_5.pdf (Milan – Biblioteca Nazionale Braidense)

Livret (en italien)

http://www.librettidopera.it/statira/statira.html

 

Représentations :

Naples – Teatro Politeama – 10, 11, 12, 14, 15 février 2004 – Cappella della Pietà de’ Turchini – dir. Antonio Florio – mise en scène Paul Curran – décors, costumes Jamie Vartan – lumières Claudio Schmid – avec Roberta Invernizzi (Statira), Dionisia Di Vico (Cloridaspe), Maria Ercolano (Ermosilla / Usimano), Giuseppe De Vittorio (Elissena), Giuseppe Naviglio (Plutone/Nicarco/Dario), Daniela Del Monaco (Brimonte)

 

Festival de Beaune – Cour des Hospices – 26 juillet 2003 – version de concert – recréation en première française – Capella della Pieta de’Turchini – dir. Antonio Florio – avec Roberta Invernizzi, soprano (Statira), Dionisia De Vico, mezzo (Cloridaspe), Maria Ercolano, soprano (Ermosilla / Usimano), Maria Grazia Schiavo, soprano (Floralba), Giuseppe De Vittorio, ténor (Elissena), Giuseppe Naviglio, basse (Plutone / Nicarco / Dario), Daniela Del Monaco, contralto (Brisante), Rosario Totaro, ténor (Vaffrino), Roberta Andalò, soprano (Maga / Eurillo), Stefano Di Fraia, ténor (Mercurio / Brimonte)