Sylvie

COMPOSITEUR Pierre de LA GARDE / Pierre MONTAN-BERTON / Jean-Claude TRIAL
LIBRETTISTE Pierre Laujon

 

Pastorale héroïque en trois actes et un prologue, sur un livret de Pierre Laujon, alors âgé de 22 ans (*), et avec des ballets de Jean-Baptiste Déhesse.

(*) Pierre Laujon (1727 – 1811), secrétaire du cabinet et des commandements du comte de Clermont, puis du duc de Bourbon, membre de l’Académie en 1807, poète et chansonnier, auteur de livrets d’opéra

Elle fut représentée le 26 février 1749, puis le 5 mars suivant, au Théâtre des Petits Appartements, monté dans l’escalier des Ambassadeurs.

La distribution réunissait : Mme Trusson (ou de Tresson) (Diane), Mme de Marchais (L’Amour), le chevalier de Clermont (Vulcain), et M. de Courtenvaux en danseur (un Cyclope) dans le Prologue, Mme de Pompadour (Silvie, nymphe de Diane), Mme Trusson (Daphné, nymphe de Diane), Mme de Marchais (L’Amour), le duc d’Ayen (Amintas, chasseur), le marquis de la Salle (Hylas, faune), le vicomte de Rohan (un Chasseur).

Selon Adolphe Jullien, On en fut si content, qu’on redonna le même spectacle le mercredi 5 mars, afin que la Reine, le Dauphin, la Dauphine, Madame Infante et Mesdames pussent le voir, avec le même succès qu’au premier soir.

 

Le 6 août 1765, Bachaumont annonce : M. Laujon , déjà connu avantageusement dans le genre lyrique, semblait se reposer à l’ombre, non de ses lauriers , mais de ses myrtes ; il vient de se réveiller, et l’on a fait déjà quelques répétitions d’un opéra en trois actes de sa façon, qui doit être exécuté à Fontainebleau: il se nomme Sylvie. C’est une traduction de l’Amynte du Tasse. La musique est des sieurs le Breton et Trial. L’ouvrage est dans un genre qui semble devoir plaire. Peu de récitatif, beaucoup d’airs de mouvement, d’ariettes agréables , des symphonies et des airs de danse dignes de l’auteur de la Belle Chaconne, d’Iphigénie, etc. Tout ces avantages rassemblés sont du plus favorable augure pour cette nouvelle production.

La reprise eut lieu le 17 octobre 1765 au château de Fontainebleau, dans une version revue par Pierre Montan-Berton et Jean-Claude Trial. Anne-Victoire Dervieux, âgée de treize ans, faisait partie du corps de ballet, et joua le rôle d’une Grâce. Marie-Madeleine Guimard dansa une Nymphe de Diane, tenant une lance à la main. Parmi les autres danseurs : Jean Dauberval, Gaëtan Vestris, la Teresina, Maximilien Gardel, Jean Barthélémy. L’ambiance était morose, en raison de la maladie du Dauphin qui devait mourir le 20 décembre suivant.

Une gouache de Carmontelle est conservée au Museum of Fine Arts de Boston, représentant Marie Allard en nymphe suivante de Diane, et Jean Dauberval (*) en chasseur dansant un pas de deux au second acte.

Marie Allard et Jean Dauberval

(*) Jean Bercher, dit Dauberval (ou d’Auberval) est né à Montpellier le 19 août 1742 et mort à Tours le 14 février 1806. Danseur et maître de ballet français, il étudie à l’école de ballet de l’Opéra de Paris, où il est nommé premier danseur en 1763 et maître de ballet en 1771. Il quitte l’Opéra en 1783 et se rend à Bordeaux, où il devient maître de ballet du Grand Théâtre de 1785 à 1791. Il est notamment l’auteur du célèbre ballet La Fille mal gardée, créé à Bordeaux en 1789.

On dispose de deux dessins de Michel-Ange Challe, de châssis pour le décor de la grotte de Vulcain, au prologue. On a conservé également des dessins de Louis-René Boquet représentant notamment les costumes portés par Sophie Arnould dans le rôle-titre, en Nymphe de Diane, avec arc et carquois ;

par Mlle Allard, également en Nymphe de Diane ;

par Larrivée dans le rôle de Vulcain, au prologue, portant un tablier de forgeron, et s’appuyant sur une béquille, le marteau à la main ; par les Cyclopes, au prologue, costumes d’étoffe pluche de couleur sombre, éclairée de jaune et de cerise, avec le maillet sur l’épaule, et des chaînes sur le corps.

On dispose d’une relation dans les Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la république des lettres de Louis Petit de Bachaumont (1781) : Les principaux acteurs du prologue sont Vulcain , Diane l’ Amour ,- le théâtre représente l’Antre de Vulcain ; on voit les Cyclopes occupés à leurs travaux ; l’Amour descend des cieux vient demander à Vulcain de nouvelles armes pour soumettre une Nymphe de Diane. Vulcain le lui promet. Celle-ci arrive à son tour vient demander une Egide pour garantir la Nymphe , Vulcain avoue son impuissance.

Le corps du poëme est imité de l’Amynte du Tasse, mais l’auteur y a introduit plus de machines d’appareil ; le style est très-lyrique l’ouvrage est dans un genre presque neuf, qui pouvoit occasionner sur la scene des innovations très – avantageuses. Le rôle de Sylvie étoit chanté par Mlle Arnoux, celui d’Amyntas par M. le Gros celui d’Hylas par M. Larrivée. Mlle Eveneaux faisoit le rôle de Diane dans le prologue, n’a pas eu un grand succès. La mufique ne répond point à la grande opinion que le Breton avoit donnée de lui par sa Belle Chaconne.

L’édition par Christophe Ballard, en 1765, est intitulée : Silvie; opéra en trois actes; avec un prologue. Représenté devant Leurs Majestés, à Fontainebleau, le 17 octobre 1765.

Silvie fut reprise le 18 novembre 1766, dans la salle des Machines des Tuileries, alors siège de l’Opéra après l’incendie de la salle du Palais Royal. La distribution réunissait : Larrivée (Vulcain), Mlle Avenaux (Diane), Mme Larrivée (l’Amour) dans le prologue. Ballet : Cyclopes (Dauberval), les Grâces (Mlles Guimard, Petitot, Godeau), Plaisirs

Mlle Arnould (Silvie), Legros (Amintas), Larrivée (Hilas), Mlle Avenaux (Diane), Mlle Dubois (Nymphe de Diane), Mlle Dubrieul (Nymphe de Diane), Mme Larrivée (l’Amour), Durand (un Chasseur).

Ballets : Acte I : Nymphes (Mlles Vestris, Allard, Peslin), Nymphes portant javelots, Nymphes portant cors et javelots, Nymphes portant carquois et javelots. Acte II : Chasseurs (Gardel, Dauberval), Nayades (Mlle Guimard), Dryades (Mlle Geslin) Acte III : Vénus (Mlle Peslin), Vestris (Adonis), Apollon (Gardel), Issé (Mlle Guimard), Bacchus (Dauberval), Ariane (Mlle Allard), Zéphire (Léger), Flore (Mlle Petitot), Rogier (Neptune), Amimone (Mlle Rey), Plaisirs, Grâces, Bergers, Bergères

Une cantatrice de dix-sept ans, Mlle Beaumesnil (*), y obtint un immense succès, ce qui décida Anne-Victoire Dervieux à prendre des cours de chant, et à passer – brillamment – une audition.

(*) Henriette-Adélaïde Villard, dite Beaumesnil (1748-1813)

Le livret fut réimprimé en 1766 par De Lormel.

Synopsis

(Version de 1766)

Prologue

L’antre de Vulcain

Sc. 1 – Les Cyclopes travaillent à la forge en chantant.

Sc. 2 – L’Amour descend des cieux avec sa Suite. Ayant utilisé tous ses traits pour enflammer le coeur de Jupiter pour Hébé, et devant se rendre sur terre pour éviter que Diane ne ravisse une Nymphe à ses lois, il demande à Vulcain de lui forger de toute urgence de nouveaux traits. Vulcain met aussitôt les Cyclopes à travailler au service de l’Amour. Ce dernier convie les Ris et les Jeux à raviver le feu de la forge. Les Ris et les Jeux tournent autour du fourneau, font naître les feux qui servent à forger les traits. Amour les encourage en chantant une ariette. pendant ce temps, Vulcain surveille les travaux des Cyclopes.

Sc. 3 – Arrive Diane, avec sa Suite, qui s’étonne de voir là l’Amour. Elle reproche à Vulcain de tarvailler pour lui. L’Amour annonce à Diane qu’il va contrecarrer ses projets. Tous deux se vantent d’être victorieux de l’autre.

Acte I

Une forêt et des bocages consacrés à Diane. Dans le lointain un temple de Diane.

Sc. 1. Au point du jour. Silvie se félicite de sa liberté, et de son engagement auprès de Diane. Elle considère Amintas comme un ami très cher. En revanche, elle fuit un Faune qui la poursuit de son amour.

Sc. 2. Les Nymphes arrivent en dansant et s’arrêtent en voyant Amintas. Silvie les rassure, comme elles, Amintas brave la puissance de l’Amour. Les Nymphes se remettent à danser. Les unes mettent leurs armes en faisceaux., et dansent au son du cor de leurs compagnes. D’autres se défient à la course, au javelot. D’autres s’exercent au tir à l’arc. Silvie les encourage, et fait admirer à Amintas leur adresse et leur légèreté. Puis elles s’arment et partent pour la chasse, précédées par Silvie.

Sc. 3. Resté seul, Amintas laisse éclater son amour qu’il est obligé de réprimer. Il se cache en voyant arriver Hilas.

Sc.4 . Hilas et ses Faunes n’ont su se faire aimer. Ils décident d’enlever des Nymphes pour les soumettre à l’amour.

Sc. 5. Amintas a entendu Hilas. Il se promet de combattre ses projets. On entend une chasse interrompue par le bruit des armes.

Acte II

La forêt de Diane. Dans le fond, des rochers escarpés. Des grottes consacrées aux Nayades.

Sc. 1 – Des Nymphes descendent précipitamment des rochers, poursuivies par des Faunes eux-mêmes poursuivis par des chasseurs qui viennent au secours des Nymphes. Les Faunes désarment les Nymphes et font face aux chasseurs. Les Nymphes appelent Diane, alors que les Faunes,n avec Hilas à leur tête, crient vengeance. De même Amintas à la tête des chasseurs. Les Faunes attaquent Amintas, Silvie lance son trait vers Hilas sans le blesser. Silvie et Hilas s’invectivent. Hilas décide d’enlever Silvie. Les Faunes amènent un char tiré par des tigres. Un nuage épais dérobe Silvie au Faune, et la terre engloutit le char.

Sc. 2. Hilas reproche à l’Amour de l’avoir abandonné.

Sc. 3 – Amintas se lamente d’avoir perdu sa Nymphe.

Sc. 4. Apercevant Hilas, Amintas lui réclame Silvie. Le Faune répond en l’attaquant. Amintas le combat et le précipite des roches.

Sc. 5 – On entend un bruit de victcoire. Les Nymphes et les Chasseurs marchent en amenant les Faunes enchaînés. On leur rend la liberté en arrachant leurs fers, et on les renvoie. Les Nayades sortent de leur grotte, et les Dryades du creux des chênes où elles s’étaient enfermées pendant le combat. Les Chasseurs tente de convaincre les Nymphes de céder à l’amour.

Sc. 6 – Diane survient et descend de son char. Elle s’emporte ccontre les Chasseurs et contre les Nymphes. Les Chasseurs sortent.

Sc. 7 – Amintas caché, prend Diane pour Silvie. Diane le détrompe, et demande aux Nymphes de renouveler leur serment, ce qu’elles font. Diane menace Amintas s’il parvient à faire Silvie se dégager de ses voeux. Diane remonte au ciel. Les Nymphes renouvellent leur serment, Amintas s’éloigne.

Acte III

A l’intérieur du temple de Diane

Sc. 1 – L’Amour s’est fait les traits d’un jeune chasseur, et rencontre Silvie. Silvie le met en garde contre les tourments de l’amour. L’Amour porte ses armes en offrande à Diane. Silvie lui demande des nouvelles d’Amintas. L’Amour lui répond qu’il a péri en défendant une nymphe ingrate nommée Silvie qu’il adorait.

Sc. 2 – Silvie est percée de remords, et décide de venger son amant. Elle prend le trait déposé par l’Amour sur l’autel.

Sc. 3 – Silvie va se frapper, lorsque survient Amintas qui arrête son geste. Silvie veut se laisser aller à son amour, mais Amintas la met en garde contre Diane. Le tonnerre gronde, la terre tremble. On entend les Nymphes qui veulent se réfugier dans le temple.

Sc. 4 – Silvie leur ouvre la porte du temple, et leur annonce qu’elle a trahi ses voeux. Elle prend le trait sur l’autel et va s’en frapper. Amlintas l’arrête. On entend un silence, puis des concerts.

Sc. 5 – L’Amour vient annoncer que le trait avec lequel Silvie s’est frappée l’a soumise à la puissance de l’Amour. Il transforme le temple de Diane en asile des plaisirs.

Sc. 6 – Le temple de Diane fait place au temple de l’Amour. D’un côté, on voit le dieu du Silence, qui couvre d’un voile les Plaisirs qui lui présentent des fleurs. De l’autre côté, les Grâces sont prêtes à couronner les amants. Les dieux se rassemblent, les bergers et bergères accourent. Apollon trouve Issé ; Vénus, Adonis ; Bacchus, Ariane ; Zéphire, Floree, etc. Divertissement à la gloire de l’Amour. Les Plaisirs distribuent à Silvie et Amintas des guirlandes de fleurs, emblème des chaînes de l’amour.

Livret